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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 18:48

Chaque année au printemps,  il y a un rituel dans le milieu de la navigation qui consiste, (après avoir gravi ligne par ligne la liste d’attente de plusieurs semaines en cette saison) à venir placer son bateau sous l’engin de levage du port, à serrer les fesses pendant que le dit engin suspend le bateau à quelques mètres de la surface de l’eau, puis dans une effluve de gas-oil mal brûlé, le déplace au dessus du parking avant de le déposer, en principe, délicatement sur un système de calage.

Juste après cette chorégraphie, il est de bon usage de s’agiter de longues heures sous la coque du bateau, avec karchers, brosses et grattoirs pour débarrasser la surface, qui était sous le niveau de flottaison, des algues et petits coquillages qui se sont fixés consciencieusement  un peu partout et surtout aux endroits les moins accessibles…

Viennent ensuite les généreuses offrandes aux enseignes commerciales affûtées qui délivrent, outre scotch et petits mastics spéciaux qui coûtent leur pesant d’or, un précieux produit nommé « anti-fouling », dans lequel les rouleaux à peinture devront se précipiter pour redonner à la coque une allure bien fringante. Durant cette délicate opération l’humanus-plaisancius  veillera à minimiser en même temps, le nombre de gouttes de produit gaspillées en voulant aller trop vite, et le nombre d’heures passées à terre à un tarif qui a été calculé pour l’inciter à laisser la place aux suivants… Dur combat.

La clôture du ballet est matérialisée par le deuxième envol du bateau qui rejoindra son élément naturel, et par un passage de son propriétaire au bureau du chantier pour troquer un chèque contre une superbe facture ; document qui renforcera l’heureux lauréat dans le sentiment que dans ce milieu tout est bien organisé pour éviter qu’il ne s’enrichisse trop…

Ce cérémonial s’appelle « le carénage ».

Incontournable, sous peine de voir une barbe verte pousser tout le tour du bateau et onduler dans les flots comme un pagne autour des hanches d’une tahitienne… Sous peine aussi de cultiver des moules et toutes autres bestioles à coquilles, qui transforment la surface de glisse de la coque en une râpe géante qui ne glisse plus du tout…

Pas le choix donc…

Cette année, sachant que Ciao, avec ses 6 mètres de large, est trop imposant pour passer entre les sangles du travel-lift du chantier de plaisance de Hendaye, il faudrait avoir recours à l’engin beaucoup plus conséquent du quai de pêche…

D’une capacité de 200 Tonnes, celui-ci devrait réussir à lever les 4 tonnes de Ciao sans faire trop d’efforts, et sans trop solliciter la mécanique… Néanmoins le tarif horaire du fonctionnement du monstre est en rapport des 200 Tonnes… Je comprends que ce soit dans une certaine logique, mais il se trouve que ce n’est pas forcément celle qui m’arrange le plus…

Alors, il reste une autre solution évidente pour avoir le bateau posé à terre sans avoir à le soulever : vider l’eau de la mer…

 

J’ai demandé à la Lu-u-ne, et le grutier ne le sait pas…

Elle m’a dit « j’ai bien l’habitu-u-de de m’occuper des cas comme ça… »

Et voilà :


 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 18:15

14 Août 2012 - Yes ! Ciao a rejoint son port d’attache.

 

90 jours séparent le départ de Port Saint Louis du Rhône (Bouches du Rhône) le 17 Mai, et l’arrivée à Hendaye (Pyrénées atlantiques) le 14 Août 2012…

 

Avant d’écrire ces lignes, j’ai relu (pour la première fois) un à un nos récits sur ce blog et visionné les petits films associés…

J’y retrouve l’émotion de chacun des moments évoqués, même si certains semblent lointains… Les images de la mise à flots et du départ, celles de la première navigation semblent appartenir à un autre voyage…

 

Je mesure avec ce recul et me dis avec une sensation remplie :

- « Jolie ballade quand même »…

 

source-technique 7743

En parcourant le livre de bord où chaque navigation est consignée, je redécouvre certains détails. J’y retrouve bien sûr les moments forts, et bizarrement quelques autres dont nous n’avons absolument aucun souvenir ni  l’un ni l’autre…

Ce sont des lieux d’escale ou de mouillage où nous sommes arrivés un soir pour en repartir au petit matin… Des jours qui n’ont servi qu’à passer au suivant et à avancer de quelques millimètres sur l’immense carte que représente le trait de côte espagnol…

 

 

C’est en se déplaçant à faible vitesse, comme sur un voilier, que l’on retrouve la notion réelle des distances et du temps qu’il faut à l’humain pour les parcourir… La ballade a été belle, mais nous l’avons trouvée longue dans le temps imparti…

2066 milles (un peu plus de 3800 km) nous séparent du point de départ.

A l’échelle du globe c’est à peine plus d’une patte de mouche ; et pourtant que de lieux côtoyés, que d’horizons repoussés, de caps et promontoires rocheux doublés…

 

 

w etrave

 

Ce voyage, c’est aussi une mise entre parenthèses, c’est toute une tranche de vie vécue en parallèle de la société et de ses conventions, des commodités…

 

 

A bord du bateau, après quelques jours en mer, les repères familiers de la vie terrestre se perdent, d’autres les remplacent…

 

L’espace de vie est réduit, optimisé, organisé ; chaque chose est à sa place pour la trouver rapidement et à coup sûr ; et il n’y a pas de place pour le superflu…

Tout ce qui est à bord est sous surveillance, rien ne doit s’envoler, se desserrer, tomber à l’eau, se détériorer sournoisement…

 

Les ressources énergétiques et les provisions alimentaires sont comptées.

Le mot « autonomie » prend tout son sens, et domine.

 

Rapidement nous décrochons de l’actualité, des médias ; nous oublions l’Euro 2012, la constitution du nouveau gouvernement français… L’attention se focalise sur l’ici et maintenant.

 

Les corps quant à eux sont sollicités. Ils s’adaptent au nouvel équilibre à trouver dans les mouvements permanents, ils se modèlent aux autres efforts musculaires à fournir.

Prendre les repas, dormir, faire sa toilette, sont des gestes simples qui demandent certains aménagements en fonction de ce qui se passe dehors dans le même moment…

 

Autour du bateau, les distances sont immenses, et à bord le temps s’échappe.

 

C’est la nature qui dicte les règles ; elle est puissante ; elle n’a pas besoin d’en faire étalage, la force des éléments se ressent très vite en mer.

Nous sommes seuls devant elle avec nos petits moyens techniques, dont nous sommes parfois si fiers, mais qui ne pèsent pas bien lourd ; nos petites décisions logiques, nos observations imprécises, nos conclusions approximatives.

Petit à petit la mer nous apprend ; elle nous montre…

Le vent hausse le ton, juste un peu, puis disparait totalement, pour mieux s’orienter ; une brume enveloppe le bateau à en toucher le haut du mât.

Une nuit se fait des plus denses, la suivante des plus limpides, les vagues nous bercent ou nous chahutent selon la direction suivie ou l’angle avec lequel on les aborde…

La surface de l’eau nous renseigne, les nuages nous parlent…

 

Petit à petit nous lisons un peu mieux entre les lignes… Mais l’ouvrage est volumineux, la découverte infinie…

C’est notre première grande croisière ; nous faisons nos premiers pas, nous apprenons à marcher… Sur l’eau…

 

En 3 mois, (j’ai sorti ma calculette) nous avons passé entre 450 et 500 heures de déplacement (à peu de chose près le temps que représente un emploi à temps complet) en conjuguant avec l’élément marin, les verbes anticiper, veiller, gérer, progresser, relâcher, observer, adapter, bref naviguer…

 

Nos regards se sont gorgés de toutes les nuances de bleu, de la transparence des fonds, du flamboiement des crépuscules, de la profondeur des nuits noires…

Les levers de soleil, les oiseaux, les dauphins, l’immensité, la solitude du large, nous ont connecté au rêve, au sens, à la beauté de la vie aussi…

 

En touchant le rivage ici et là, nous avons mesurés les écarts, les dérives, la complexité des inventions de l’humain pour - à priori - se rendre la vie plus agréable… Meilleure ?

Nécessaire progrès ?

A propos de progrès, nous avons d’ailleurs ponctuellement profité des possibilités époustouflantes d’internet aux points Wifi trouvés partout où nous sommes passés, afin de gérer le travail de Syl, les communications avec la famille, les captures de fichiers météo. Autonomie, mais dépendance finalement…

 

Aux escales notre imagination s’est parfois projetée au delà de certaines rencontres trop brèves, et aux confins de certains lieux très attachants, où nous aurions pu laisser l’ancre s’enfoncer, jusqu’à disparaître sous le sable durant quelques semaines et peut-être davantage…

 

Et pendant tout ce temps imperceptiblement, nos âmes se sont nourries d’humilité, de simplicité, de réalité et certainement en final de sérénité…

 

 

Dans la mémoire de l’appareil photo, il y a encore des dizaines d’images à classer, des vidéos captées sur le vif et que nous n’avons pas encore eu le temps de visionner. De ce côté, heureusement la technique est au point, les prises de vue sont annotées de la date et de l’heure, nous allons pouvoir reconstituer la trame précisément.

 

 

Nous sommes arrivés… Ce voyage est terminé… Nous sommes arrêtés.

 

whendaye

 

Nous avions à cœur de respecter l’objectif du 15 Août et nous sommes arrivés le 14. Soulagement.

Comme lorsque l’on était jeune, en rendant sa copie juste avant la sonnerie, satisfait de son travail.

 

On peut relâcher maintenant…

 

 

 

Pour ma part je suis resté quelques temps, incrédule, immédiatement après avoir amarré le bateau. J’associais difficilement « Hendaye », son port et sa baie que je connais si bien depuis plusieurs années, avec ce bateau « Ciao » qui a constitué notre unique environnement de jour et de nuit depuis trois mois ; ce petit périmètre de 11 mètres sur 6 devenu plus que familier, sur lequel nous avons transité…

Les deux en un, au même endroit ! Un choc spatio-temporel qui a suffi à me mettre, pendant une heure ou deux, dans une sensation de mi-songe, mi-réalité. Un peu sonné…

 

Et puis voilà que des ressentis en émanent :

Heureux d’avoir fait ce tour… Heureux d’avoir réalisé un joli bout de rêve…

Ca y est j’ai atterri.

Montée d’émotions…

Quelques regards complices vers Syl, que j’ai senti très proche à mes côtés tout au long de ce voyage, harmonisant par sa présence, sa participation, son investissement et sa personnalité les hauts et les creux de vagues… Une très belle expérience humaine aussi…

 

90 jours, 90 fleurs d’un même et volumineux bouquet, récoltées une à une lors de cette croisière délivrent à présent leur senteur, leur couleur, leur éclat… J’y vois  aussi quelques branches de verdure, quelques magnifiques chardons, quelques épines sauvages.

Un bouquet qui sonne le vrai !

 

A Hendaye, le 14 Août, sur le ponton, le temps d’envoyer un petit texto aux plus proches qui ont vibré avec nous (parfois en rêves, parfois en inquiétudes), --- « Ciao amarré à Hendaye – mission accomplie ! Une belle ballade qui en appelle d’autres… » --- et de recevoir de multiples réponses en « bravos et félicitations », nous prenons la pleine conscience que pour les autres aussi, nous avons vécu trois mois qui sortent un peu de l’ordinaire…

 

Le soir même de notre arrivée nous recevons la visite de Grég (qui a acheté le précédent Ciao en début d’année). Nous parlons « bateaux », de nos vécus ; nous partageons nos plaisirs, nous évoquons nos projets réciproques du bout des lèvres car ils sont encore un peu emballés de papier « rêve »…

 

Syl et moi clôturons la soirée, la journée, et du même coup la croisière en tête à tête, à la terrasse d’un petit restaurant.

 

Ce n’est pas encore l’heure des bilans, mais nous échangeons « à chaud »…

 

A ma question « si tu devais ne retenir qu’un seul mot de ce voyage ? »

Syl répond après une très courte réflexion de quelques secondes :

- « diversité »

et met spontanément une note de 18/20 pour son  ressenti.

-          «  Il y avait toute la gamme, et j’aime quand il y a toute la gamme ! »

Ajoute-t-elle.

 

De mon côté, le mot de synthèse serait : « soutenu ».

C’est le rythme un peu trop fort à mon goût qui domine, et qui situe l’ensemble plutôt vers 15 ou 16/20.  Ce rythme, je l’ai porté par moments comme un fardeau, ayant même songé à le déposer quelque part dans le sud du Portugal, pour y revenir différemment plus tard…

Je suis heureux d’avoir dépassé (sous l’impulsion de Syl) ce moment délicat.

 

Mon plaisir est d’autant plus grand maintenant et il va se prolonger, je le sais, notamment par le traitement de toutes les images qui n’ont pas encore été exploitées, l’assemblage et le montage d’un petit film global de la croisière, et là j’oublierai à coup sûr la pression du temps, laissant toute la place au contenu de ce voyage, et aux riches souvenirs qu’il a gravés.

 

Plus techniquement, j’ai aussi le projet de consigner dans les pages de ce blog, les diverses informations que nous avons glanées aux différents segments de ce voyage. C’est une manière aussi de renvoyer l’ascenseur, car toute ma préparation antérieure s’est appuyée sur les récits d’autres voyageurs  qui se sont « pris les pieds dans le tapis » avant nous, ou qui au contraire ont su souligner l’intérêt d’un lieu ou d’une tactique intéressante.

 

Le bateau, un catamaran Fountaine Pajot de type « Louisiane » aura son chapitre.

Il s’est révélé un fidèle compagnon, nous mettant parfois à l’épreuve, mais jamais en danger ; nous lui devons bien quelques lignes…

 

Au présent, Ciao se repose, et souffle un peu en cette fin d’été. Vraisemblablement il pointera à nouveau ses étraves vers les côtes espagnoles ou portugaises d’ici peu ; la caresse des eaux de la Méditerranée sur ses coques risque fort de lui manquer aussi…

 

Il flotte dans l’air une envie de repartir autrement ; avec du temps pour nous poser là où les lieux et les gens nous inspireraient, là où nous percevrions un écho à notre sens de vie du moment, là où nous pourrions rester quelques jours, quelques semaines avant de changer de décor et partir découvrir un ailleurs…

 

Admirons pour l’heure notre joli bouquet tout frais, et ses dernières fleurs collectées comme en témoignent ces images des escales de la fin du parcours, (Ribadessella, Saint Vincent de la Barquera, Berméo, Guétaria)… Des escales toutes proches, et remplies de charme…

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 11:01

Entre le 2 et le 5 Août, Ciao quitte en douceur le mouillage de Muros, vire le cap Finisterre par un « temps de demoiselle », contourne les falaises escarpées des côtes de Galice, s’offre une courte pause dans la tranquille ria de Camarinas, un autre arrêt bref à La Corogne, une nuit de repos à Cedeira, et arrive en la jolie (et très touristique) ville de Gijon (Asturies)…

 

Le tout en images ci-dessous…

 


 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 19:26

31 Juillet 2012 -

 

Nous étions à Cascais (proximité immédiate de Lisbonne) il y a quelques jours encore...

 

 Après une rapide visite de la capitale Portugaise, qui ne manque pas de charme et d’authenticité, nous avons profité d’une nouvelle accalmie du « Nordata » (vent du nord), pour nous glisser le long des côtes du Portugal, avec pour objectif de remonter le plus possible. Nous disposions à priori de 3 jours de conditions identiques avant la reprise du régime énergique de Nord.

 

Départ Mardi 24 Juillet à 08 h 40 (avec une pensée pour Guigui qui fête ses 32 printemps)-

 

D’un seul bond, une longue navigation que nous appelons entre-nous « jour-nuit-jour » soit 36 heures d’affilée, nous a amené au niveau de Porto.

Wow ! C’est une jolie distance parcourue, mais nous devions faire une escale technique, dans le but de trouver du carburant (*)… et repartir car la période calme semblait disposée à perdurer…

(*) Eh oui, accalmie = pas de vent contraire, certes, mais = pas ou peu de vent… donc 36 heures de propulsion motorisée, et par voie de conséquences environ 75 litres de carburant envolés… Pas écologique tout çà,  et pas économique non plus….

 

Nous avons choisi de nous diriger vers le port de Lexoes qui est une grosse structure portuaire marchande, industrielle ; ce lieu semblait offrir toutes possibilités de ravitaillement.

A  Lexoes, la valse des cargos, pétroliers, et porte-containers est constante, nous avons dû nous faufiler entre eux pour entrer…

Nous y avons trouvé un paysage qui peinait à percer le brouillard, constitué de cheminées, d’immeubles, de grosses cuves d’hydrocarbures, et de grues ; l’ambiance sonore était en harmonie : roulements continus de moteurs,  sirènes, bips des engins de manutention en tous genres…

Les essences olfactives du lieu, rappelleraient facilement un quai de métro parisien aux heures de pointe.

Bref, un bon endroit à inscrire au guide du «Kasstoidela »…

 

Pourtant la ville de Porto est proche, et paraît-il charmante ;  il serait facile de la rejoindre depuis Lexoes, en utilisant les transports en commun. Nous conservons en mémoire cette option pour un autre voyage.

 

Le port de plaisance quant à lui, est tout petit (vu la plaisance du lieu, çà se comprend), il n’y a pas de place pour accoster, et comble de pratique il n’y a pas de station de carburant. Débarquer pour aller à pied en ville semble compliqué et loin, et bien que nous ayons interpellé au passage d’autres équipages, personne n’a pu nous renseigner.

 

Perplexes, nous avons pris acte que notre choix d’escale n’a pas été judicieux… Etant arrivés vers 20 h 30 le Mercredi 25 Juillet, nous n’avions alors pas d’autre choix que de mouiller l’ancre dans l’enceinte du port où il semble que ce soit toléré.

Effondrés dans les couchettes, nous avons tenté de récupérer, malgré les bruits incessants, et les mouvements brusques du bateau lors du passage des cargos.

 

Après une courte nuit qui a quand-même porté conseil, nous avons appareillé le jeudi 26 au matin, en direction de la marina de Povoa de Varzim à 3 heures de navigation de là ; elle a été notre dernière escale portugaise.

A Povoa de Varzim, nous avons bénéficié d’un accueil particulièrement sympathique et chaleureux de la part du personnel du port ; … Mais pas de carburant ici non plus…

Nous avons été autorisés à prendre gracieusement une place provisoire, pour nous laisser le temps d’aller en ville chercher le précieux liquide, ce qui fût fait aussitôt.

 

Une demi-heure à pied, çà use, çà use… Surtout qu’il faut traîner le petit diable de voyage chargé de bidons vides à l’aller, et remplis de 60 litres d’essence au retour…

Chut ! Ne nous plaignons pas, voici de quoi poursuivre la route…

 

Au revoir et merci, les amis de Povoa de Varzim… Nous avons largué les amarres dans la foulée, le Jeudi 26 à 17 heures…

 

« Jour-Nuit-jour »…

 

Et arrivée à Muros, juste avant le Cap Finisterre, le Vendredi 27 Juillet à 13 heures 30.

Ce sont au total 271 milles parcourus depuis Cascais, soit 500 km. Nous sommes contents d’avoir utilisé au maximum cette période de « douces » conditions. Nous sommes par la même occasion revenus dans les clous de nos objectifs temps.

 

Cette deuxième navigation nocturne a pris quelques allures d’irréel, tant nous nous sommes trouvés particulièrement isolés en mer, ne croisant aucun navire, aucun autre bateau de plaisance, aucun pêcheur…

S’il n’y avait eu de temps en temps quelques échos lointains sur l’écran du radar nous aurions pu croire durant des heures et des heures, naviguer sur une autre planète, en océan de songes, uniquement environnés de brumes, d’air humide, à peine posés sur une surface liquide dont nous percevions que de très douces ondulations…

L’obscurité elle-même semblait dissoute ; pas de lune, pas d’étoile, pas d’horizon. Rien…

Ou presque…

 

Le plancton, organisme microscopique et bien vivant ; lui, était au rendez-vous.

Le plancton se manifeste lorsqu’il est agité, en émettant des lueurs fluorescentes. Ainsi lorsque l’on traverse une zone où le plancton est dense, la vitesse provoque sur l’avant du bateau et de chaque côté des traînées lumineuses sur plusieurs mètres. A l’arrière, le sillage est transformé en une trainée de comète aquatique du plus bel effet…

 

Ce soir là, Neptune réservait un cadeau supplémentaire à Syl lors de son quart de veille ; elle en retransmet sa surprise dans la petite vidéo ci-dessous.

 

 

Nous aurions aimé filmer ou photographier cette féérie, mais ces phénomènes sont trop faiblement lumineux pour être captés par la technique dont nous disposons…

C’est dommage mais en même temps, nous avons conscience que graver ces images en l’unique support de nos mémoires leur conserve une dimension émotionnelle intacte, et sauvegarde  l’exceptionnelle magie de l’instant vécu...

 

A l’heure de ces lignes, Ciao relâche à Muros en Galice pour quelques jours avant d’entreprendre le contournement du Cap Finisterre dans les premiers jours d’Août…

 

Afin de fêter dignement, la fin d’une étape qui nous a longtemps soucié, nous avons fait sauter les scellés de la valise « Ras les voiles » remise avant le départ par Mimi !

Nous y avons découvert un festival de bonnes choses à déguster pour l’occasion.

 

Hummmm…

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 15:33

-          R comme Ris

Ris de veau, riz de l’oncle Bins, riz zotto, riz golo, conne riz et compagnie…

 

J’ai déjà écrit dans les précédents articles « on a pris 2 ris dans la grand voile »…

 

Certains ont peut-être compris un sens proche de : « on a pris 2 claques dans la figure »…

D’autres plus imaginatifs ont peut-être pensé que des poissons volants (appelés Ris) se sont par inattention envolés d’un côté du bateau, et ne sont pas retombés dans la mer de l’autre côté, percutant la grand voile en cours de vol…

Plaf ! Plaf ! 2 ris dans la Grand voile !

 

C’est de ma faute ; j’aurais dû préciser :

 

Quand il y a trop de vent il faut réduire la surface de voile.

Pour ce faire, les maitres voiliers (ceux qui construisent les voiles) ont prévu des renforts de couture extrêmement solides, et des œillets qui permettent de descendre un peu la voile et de la refixer correctement pour continuer à naviguer avec la voile moins haute, mais tendue quand même.

 

Ces renforts dans la voile se nomment des « bande de ris ».

Il y en a 2, et même 3 sur une voile bien construite, donc 3 niveaux de réduction possible.

Entre Force 4 et 5, sur Ciao, nous prenons 1 ris.

Entre 5 et 6, nous prenons le 2ème ris.

Au dessus de force 6, nous prenons le 3ème ris.

 

Quand le vent faiblit on dit que l’on renvoie un ris (on remonte la voile d’un cran).

 

 

-          S comme Syl bien sûr et Second du bord…

Se paragraSSe est bien Sûr Si SenSible que je m’eSSorSSerai de ne pas Sortir de choSSes inSenSées, qui riSqueraient d’être auSSitôt SenSSuréeS...

 

Syl, c’est Syl !

 

Seule une encyclopédie pourrait réussir à vaguement approcher le résumé de la synthèse… Alors même un mimi lexique des plus complets et des plus sérieux comme celui-ci (il faut bien le reconnaître), ne peut même pas effleurer le concept …

 

Par chance Mimi la connait très bien, ce qui me facilitera les choses.

 

Définir Syl, expliquer Syl, cerner Syl, c’est déjà ne plus parler de Syl…

 

Je pourrais m’aventurer un peu en avançant que la complexité de sa simplicité est tellement évidente, qu’on ne la soupçonne pas. (…mais je risque de m’embrouiller)

 

Alors je reste sur l’une des phrases favorites de Syl ; et sachez (ou pas) que : « on ne sait jamais rien, il faut s’attendre à tout…»

 

-          T comme Trampoline

Trampoline, Temple de la sieste et de la bronzette.

La pièce maîtresse du catamaran qui se respecte, le hamac XXL, la vie en bleu en dessus et en dessous…

Une des nombreuses raisons de préférer le multicoque au monocoque…

Touchez pas à mon trampoline !

 

-          U comme Uliz (c’est la marque de l’annexe)

L’annexe, petit bateau gonflable, munie de rames ou d’un petit moteur, qui permet, lorsque l’on est au mouillage, de ne pas mourir de faim et d’ennui.

Elle permet de débarquer, d’accoster, de ramener des provisions, d’aller faire un petit tour dans une crique.

On l’appelle « annexe » (ce n’est pas très romantique) à cause de la réglementation maritime, qui exige que chaque embarcation ait la liste des équipements de sécurité et de navigation obligatoires. En tant qu’annexe d’un bateau principal, ce petit canot fait donc exception à la règle, puisque les équipements sont déjà sur le bateau principal. Il porte le nom de « annexe de Ciao ».

L’annexe se bichonne, se surveille aussi, parce qu’elle attire parfois des convoitises, et se revend apparemment bien dans les marchés parallèles…

 

-          V comme Vannes – ah la bonne vanne !

Attention aux vannes sur les bateaux ! Point trop n’en faut ! Ou alors qu’elles soient bonnes !

            Sur cet article je prends des risques assurément !

           

Le bateau est sur l’eau, et l’eau est sous le bateau ; c’est comme çà que les choses vont bien.

Mais à l’intérieur du bateau on a besoin de communiquer avec l’élément marin, pour vider le lavabo de la salle de bains par exemple, ou pour la chasse d’eau des Wc, ou encore pour le refroidissement du moteur, la vidange de la douche à l’autre bout…

Bref la coque est perforée de quelques trous dangereux car ils sont sous la ligne de flottaison, et chaque orifice est muni d’une vanne (un gros robinet) que l’on prend la précaution de conserver en bon état de manœuvre.

Les vannes sont fermées en navigation même lorsque c’est calme. Car une navigation calme se transforme parfois en agitation aigüe, les lavabos en jeysers, les cuvettes des WC en source limpide mais salée…

 

-          W comme Winch.

Qu’est ce qui fait Wincher les Winches ?

Les biceps du capitaine !

Les winches sont des petits treuils d’une mécanique précise et très robuste, permettant d’enrouler les drisses, les écoutes, ou les autres bout’s qui demandent parfois plusieurs centaines de kilos de traction selon la puissance du vent et les réglages que l’on impose aux voiles.

Indispensables à bord, et plus le bateau est grand, plus ils sont imposants.

Le nom français est Cabestan.

 

-          X comme classé X

Tous les petits moments intimes à bord, les « zistoires Rienkanous », les bouts de film, les photos que vous ne verrez pas sur le blog, parce que c’est comme çà ! Na !

 

-          Y comme « Ya Plus qu’à envoyer le mimi-lexique par le Wifi »

 

-          Z comme … Zen Capitaine, reste zen !

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 15:00

D’abord, quelques explications en aparté, à tous ceux qui ne sont pas « Mimi ».

 

Si vous êtes assidus du blog de Ciao, vous avez peut-être lu dans la présentation de l’équipage que l’amie « Mi », Michèle de son prénom, tient une place privilégiée sur Ciao.

Elle est une personne toute en cœur et en sympathie, qui nous accompagne de multiples façons par ses intentions, ses nombreux commentaires, et messages échangés avec Syl.

C’est donc naturellement que nous avons, il y a 2 ans, baptisé le pilote automatique « Mimi ». Ainsi nous parlons d’elle lors de toutes les navigations.

 

Mais Mimi est une « terrienne », et l’un des derniers commentaires sur le blog m’a fait comprendre combien tous les termes spécifiques au milieu marin pouvaient lui être étrangers…

 

Pour elle, et pour ceux qui ne voient les voiliers que de loin en bronzant sur la plage, voici en 26 lettres le « Mimi lexique » de Ciao.

 

Mimi, je t’explique tout :

 

-          A comme Ancre :

Contrairement à ce qu’on pourrait entendre, ce n’est pas parce que tous les bateaux jettent l’ancre que la mer est bleue… et l’appareil qui sert à remonter l’ancre n’est pas un stylo-plume, il s’appelle en réalité le guindeau.

 

L’ancre est un gros crochet métallique, sur lequel est solidement fixée une longue chaîne (40 mètres sur Ciao), prolongée par un cordage appelé aussi câblot de quelques dizaines de mètres supplémentaires, pour constituer ce qu’on appelle la ligne de mouillage. Au total la ligne de Mouillage mesure 80 mètres sur notre bateau.

Et à l’autre bout de toute cette longueur, il y a le bateau qui tient la ligne avec ses petites mains, les taquets, pendant que Michel et Sylvie se reposent.

 

Pourquoi c’est si long ? Pour être bien accrochée l’ancre doit avoir un angle le plus petit possible avec le fond. Il est conseillé de mouiller une longueur de 5 à 7 fois la profondeur où l’on se pose. Mouiller l’ancre par 10 mètres de fond, amène à utiliser (si on veut dormir à peu près tranquille quand le vent souffle fort) au moins 50 mètres de la ligne de mouillage, et davantage si nécessaire.

 

On dit que l’on mouille l’ancre (quand on la jette à l’eau elle est forcément mouillée…) et l’endroit où l’on mouille s’appelle tout naturellement un mouillage.

 

Sur terre quand çà se passe mal, l’encre s’efface, ou fait une tâche.

En mer l’ancre dérape, et un bateau qui finit sur les rochers çà fait tâche !

Il y a des similitudes finalement…

 

-          B comme Bâbord

Sur les bateaux, il n’y a pas un bord plus bas que l’autre. De même que Tribord ne signifie pas que ce bord soit 3 fois plus long que l’autre…

 

La raison d’être de ces termes, dignes du capitaine Haddock, est simple.

Gauche et Droite prêtent à confusion lors des échanges entre les équipiers. Par exemple, si on est à l’avant du bateau et qu’on s’adresse au barreur qui lui, est à l’arrière, on est face à face ; la droite c’est sa gauche, et inversement.

Au bout de 3 manœuvres de voiles, il y a de quoi perdre la boussole.

 

De la même manière que dans une salle de spectacle il y a le « côté cour » et le « côté Jardin » de la salle, pour que le metteur en scène (dans la salle) et les acteurs (sur scène) se comprennent, il y a le côté Bâbord et le côté Tribord du bateau.

 

Difficulté certaine pour un terrien : comment retenir que bâbord désigne la Gauche du Bateau, et tribord, la droite ?

 

Il y a un moyen mnémotechnique qui marche plutôt bien :

Se souvenir du mot Batterie phonétiquement « BA-TRI »

BA s’écrit du côté Gauche (Bâbord)

TRI s’écrit à droite (Tribord)

 

Ok Mimi, Hollande est à Bâbord et Sarko à Tribord, si tu veux… Pour mettre tout le monde d’accord, je dirais qu’ils sont tous à l’Ouest…Sans faire de politique bien sûr…

 

-          C comme Cockpit, C comme Carré

 

Il n’y a pas de poule « pit », ni de poussin « pit » ; çà n’existe pas… Donc pas d’œuf de « pit «  non plus.

 

Cockpit est un  mot masculin, anglais, utilisé aussi en aviation, pour désigner l’endroit où se trouve celui qui pilote l’engin.

C’est là que toutes les commandes sont réunies, les indicateurs, le tableau de bord, et d’ailleurs aussi le pilote automatique !

C’est du cockpit que l’on manœuvre tout le bateau, ainsi que les voiles. Il est généralement à l’arrière d’un voilier, à l’extérieur, donc assez peu abrité ; sur certains modèles le cockpit se trouve dans la partie centrale du bateau.

En mer, on a assez rarement besoin de sortir du cockpit, pour aller régler un problème sur l’avant du bateau.

 

Lorsque les conditions sont mauvaises on porte un harnais, et on s’attache dans le cockpit pour éviter d’en sortir involontairement et de passer à l’eau.

 

Sur Ciao, c’est dans le cockpit que se range le seau bleu…

Et à l’heure de la douche, le cockpit devient la plus grande salle de bains du monde…

 

Le carré quant à lui, est parfois en trapèze, en ovale ou en rectangle ; j’espère que c’est clair.

En termes terriens, c’est le salon / salle à manger du bateau.

Banquettes, rangements, table, bibliothèque, et sur certains bateaux télévision, dvd etc… Sur Ciao, on s’est arrêté à l’auto-radio. 

 

 

-          D comme Drisse – drisse et oh Santiano !

Sur un bateau, le mot « corde » n’est pas utilisé, sauf dans un cas très particulier et uniquement dans ce cas. Il désigne la petite cordelette tressée qui est accrochée au battant de la cloche servant à battre le rappel (à l’heure du casse-croûte par exemple)

A noter que sur Ciao, nous évitons de prendre des cloches à bord ; c’est un principe qui nous facilite la vie.

 

Donc chaque « cordage » a un nom spécifique suivant la fonction à laquelle il est assigné.

Une « drisse » hisse (facile à retenir – comme Paul d’ailleurs qui hisse aussi, mais çà c’est une autre histoire)- on trouve donc par exemple la drisse de grand-voile, la drisse de pavillon (drapeau) etc…

Une « écoute » sert à régler la tension d’une voile – écoute de Grand-voile, écoute de génois etc…

Une « amarre » comme son nom l’indique sert à s’amarrer.

Une « bosse » (comme son nom ne l’indique pas, ne sert pas à bosser ! Il ne manquerait plus que çà !) mais sert à régler la réduction de surface d’une voile – La bosse d’enrouleur de génois, les bosses de ris de la grand-voile, etc…

 

Les autres « bout’ de ficelle » qui trainent à bord, au cas où on en aurait besoin, s’appellent naturellement des bout’s (prononcer boute)- Nous avons donc plein de bout de bout’s en rab…

 

Pour terminer sur ce sujet, on ne « roule » pas les bout’s (pas plus qu’on ne roule des pelles) – on « love » les bout’s.

 

-          E comme Energie électrique, Eolienne, Et les panneaux solaires

 

Moins on en a, et plus on en a besoin, et réciproquement…

 

Sur Ciao, les batteries (les mêmes que les batteries de voiture) stockent l’énergie produite par les panneaux solaires, ou l’alternateur des moteurs. Nous pourrions investir en une éolienne, ou d’autres moyens encore plus marginaux sur lesquels je ne m’étendrai pas…

 

Quelque soit le moyen utilisé, l’énergie entre au compte-goutte et tente de s’accumuler, pendant que du côté de la consommation, le frigo dévalise goulument  le trésor, le guindeau braque la banque en trente secondes d’utilisation, et le soir, l’éclairage mange les miettes qui restent.

 

La passoire ne se remplit jamais, il faut être attentif à toute consommation superflue, éteindre le frigo la nuit, et lorsque l’on navigue, s’assurer que les instruments de navigation, pilote automatique, radar, GPS auront assez à manger.

 

C’est un casse-tête où tous les calculs se révèlent toujours plus optimistes que la réalité.

Ciao est autonome en énergie au prix d’une attention constante et de quelques sacrifices.

Il serait nécessaire de renforcer un peu les moyens de production, et d’installer un frigo moins gourmand.

 

-          F comme Force du vent

 

Avis de grand frais ne signifie pas le rosé est servi ! C’est l’heure de l’apéro.

Bien au contraire.

 

Grand Frais c’est force 7 ; un repère important.

Quand on parle de Force 7 on fait référence à l’échelle de Beaufort.  Elle porte le nom de son inventeur. Elle comporte 12 échelons, 12 étant le plus fort.

 

0 pas de vent - On dit aussi vulgairement pétole, la mer est d’huile (c’est une image ; en réalité elle reste en eau salée ; ne pas mettre dans la salade).

1 très lègère brise - La mer est à peine plus ridée que le visage d’un marin.

2 légère brise - De toutes petites ondulations apparaissent à la surface de l’eau.

3 petite brise - Quelques petits moutons blancs sont visibles. Les voiliers se promènent agréablement. Plus besoin de moteur.

4 Jolie brise - Les moutons sont plus nombreux. Les voiliers avancent assez vite. C’est un temps que l’on aime bien sur Ciao.

5 Bonne brise - les vagues se forment, il y a des moutons partout, (aucun berger, les bestioles courent dans tous les sens) les embruns (éclaboussures d’eau de mer) atterrissent sur le pont, on commence à être attentif et à envisager de réduire la surface des voiles. Aller contre les vagues devient pénible ; l’avant du bateau plonge.

Au vent arrière Ciao file très vite ; c’est impressionnant et encore agréable.

6 Vent frais – les vagues sont plus agressives, elles se dressent et commencent à déferler (rouler sur elles-mêmes) – (les moutons sont tondus, il y a des trainées blanches un peu partout, et à en croire les coups reçus, ce sont sûrement des béliers qui ont pris le relais)-

Cà commence à être le « bin’s » à bord de Ciao. A ce stade on a commencé à réduire sérieusement la surface des voiles. On se fait arroser dans le cockpit lorsque les plus grosse vagues tapent sur la coque. Le pilote automatique ne tient généralement plus son cap, il faut être à la barre. On réfléchit à modifier la route au cas où çà monterait encore.

Au vent arrière la vitesse du bateau dépasse les 10 ou 11 nœuds (18 à 20 km /h) ce qui est grisant et très rapide, pour la taille de notre bateau. Pour garantir sa stabilité (à l’endroit), Il faut l’empêcher d’aller au-delà de 15 Nœuds en réduisant suffisam-ment les voiles.

7 Grand frais - Les vagues déferlent, il n’est plus question d’aller contre elles. Il faut barrer en négociant chacune d’elle pour éviter de trop embarquer d’eau. Les voiles sont réduites à leur plus petite surface possible.

A moins d’être une tête brûlée, Force 7 est le repère à partir duquel on ne sort pas d’un port, ou au contraire si on est en mer, on cherche à en trouver un pour s’y abriter.

A partir de cette force de vent, la radio du bord diffuse des messages d’attention régulièrement. Ce sont les BMS (Bulletins météo spéciaux) C’est le maximum que nous ayons connu jusqu’à présent sur Ciao, avec une mer relativement clémente.

8 Coup de vent – La mer tourbillonne d’écume au sommet des vagues qui font plusieurs mètres de haut. Naviguer sur un petit bateau de croisière devient chaotique. Les risques de problèmes techniques ou corporels augmentent sérieusement.

9 Fort coup de vent – conditions de survie – plus de voiles du tout – faire ce qu’on peut pour éviter un problème majeur, se cacher à l’intérieur, prier...

10 Tempête - même au port, avec cette puissance de vent, on n’en mène pas large. Les amarres sont doublées et les taquets sont très sollicités, les mouvements sont brusques, les chocs avec les pontons sont fréquents.

11 Violente tempête – on oublie

12 Ouragan – mon clavier ne fonctionne plus

 

Au-delà de ce niveau, commencent à se classifier les cyclones en 5 degré de puissance.

 

T’es toujours là Mimi ?

 

-          G comme Génois – G comme Grand voile

Malgré les récentes lois, le port de voiles est toujours autorisé sur les bateaux, quelque soit la religion du skipper.

 

Le Génois, c’est donc le nom de la voile d’avant. Au début, Syl l’appelait « la génoise ». Une recette de pâte à gâteaux parait-il. Dans ce domaine, c’est moi qui n’y connais rien… Il me faudrait un lexique approprié…

Le génois est monté sur un enrouleur qui permet de réduire très facilement sa surface.

 

Il combine son effet à celui de la Grand Voile pour donner de la force propulsive au bateau, selon un principe efficace : si çà souffle çà avance.

 

La Grand Voile est celle que l’on hisse sur le mât (l’espèce de très grosse antenne au milieu du voilier)

On ne peut pas confondre la grand voile avec la petite voile, parce que la petite voile n’existe pas.

 

-          H comme Hendaye

C’est là où on va, et où on espère arriver à temps aux environs du 15 Août.

 

-          I comme Ici où j’écris mes blagues, au lieu d’avancer vers le H de Hendaye.

Ici c’est Cascais, près de Lisbonne. Les portuguech’ prononch’ Cach’cach’.

Nous avons mouillé l’ancre et résisté à un vent de force 7 toute la nuit ; traversant rapidement le Cockpit de Bâbord à Tribord pour rejoindre le carré  – Tu comprends tout Mimi maintenant ?

 

-          J comme Jupe

A fleurs, à pois, à froufrous ;

La jupe du bateau, c’est (comme pour les filles) sur le derrière… du bateau.

C’est le petit endroit qui s’affine au voisinage de la surface de l’eau. Parfois on peut descendre sur la jupe pour aller se baigner.

Sur Ciao, c’est une mini-jupe de chaque côté.

Elles sont décorées de la main de Syl qui y a inscrit « Ciao » et dessiné deux jolis palmiers.

 

-          K comme Ketch

Voici un nouveau jeu pour les prochaines vacances : compter les mâts des voiliers qui passent devant la plage. Je simplifie un peu…

 

            Zéro mât : c’est pas un voilier !

Un seul mât : c’est un sloop

 

Deux mâts :

Si les deux mâts ont presque la même hauteur, mais que le plus petit est vers l’avant du voilier (côté pointu du voilier) et le grand mât vers l’arrière (l’autre côté) c’est une Goélette.

 

Si le mât nettement plus grand est devant et le plus petit mât derrière, c’est certainement un Ketch, mais il faut mieux regarder et sortir les jumelles ; Il se peut que ce soit un Yawl. Dans le cas du Yawl, le petit mât, est très à l’arrière pratiquement au niveau du gouvernail.

 

Trois mâts : C’est un fameux 3 mâts fin comme un oiseau hisse et oh ! Il faut sortir l’appareil photo hisse et oh ! C’est un bo batoooo !

 

-          L comme L...n

L…n c’est un mot interdit sur les bateaux. Je ne peux donc pas l’écrire, et juste le prononcer porterait malheur… Alors il va falloir deviner…

C’est une bête à poil ; un rongeur, mangeur de carottes, et cousin du lièvre.

Çà y est ?

Depuis les temps anciens, où les bateaux marchands étaient en bois, ce petit rongeur qui a la faculté de se reproduire très rapidement, hante les capitaines Haddock… Il se dissimulait facilement parmi les chargements à quai, et se retrouvait à fond de cale, grignotant ici et là, petit à petit, une membrure, une varangue, un bordé, et favorisant ainsi des voies d’eau irrémédiables.

Logique qu’il ne soit pas le bienvenu.

Le marin est superstitieux, et il a conservé sa rancœur contre l’ami Jeannot…

 

-          M comme Mal de mer

Comme un vieil ami un peu tenace, il s’invite sans prévenir, s’installe, s’incruste parfois, au point de nous filer la nausée. Son graal : le seau bleu !

Il ne jubile que lorsqu’il nous voit à genoux, face à l’objet, le suppliant dans des incantations gutturales de nous lâcher les tongues.

 

Il se déclenche parfois pour rien, mais il semble répondre à la règle des 3 F.

F Froid

F Faim

F Fatigue

Si on a 1 des cartes F dans son jeu, on a de fortes chances de gagner un tour de seau bleu.

2 Cartes F =  quelques tours gratuits en plus.

3 cartes F… ah là çà va vraiment mal …on s’identifie au seau bleu, on EST le seau bleu, plus rien n’existe, et comme le seau bleu, on se jetterait bien à la mer…

 

-          N comme Nœud

Avec le nombre de bout’s qu’il y a sur un bateau on peut faire des nœuds en tous styles, et en tous genres. Cela s’appelle du matelotage.

On peut aussi se faire des nœuds dans le cerveau, là, c’est sûrement du surmenage...

 

Je veux parler ici de Nœuds (unité de vitesse).

Pour faire simple, (en oubliant les standards britanniques) en mer les distances se mesurent en milles marins. 1 Mille marin = 1,852 kilomètre.

 

Et pourquoi on ne s’exprime pas en kilomètres directement ?

Parce que 1 Mille marin correspond à 1 minute de latitude sur notre globe, et que le carroyage des cartes est exprimé en degrés, minutes, secondes.

Avec un compas à pointes sèches, on relève la distance entre deux points de la carte, on la reporte sur le bord vertical de la carte où sont indiqués les degrés et minutes de latitude, et on a directement la lecture de la distance en milles.

 

Le nombre de Milles marins parcourus en 1 heure, s’exprime en Nœuds.

Exemple : 6 Nœuds = 6 Milles parcourus en une heure soit : 6 x 1,852 km = 11,1 Km/h

 

En même temps, çà occupe… Comme les navigations sont longues, il vaut mieux que les calculs soient un peu plus sauffystikés qu’à terre, sinon on s’emm…derait

 

 

-          O comme O douce

La gestion de l’eau douce, fait partie de la gymnastique quotidienne.

Se réapprovisionner complètement en eau sous-entend souvent prendre une place de port, et voir s’envoler dans le meilleur des cas quelques dizaines d’euros par la même occasion.

Nous avons 270 litres d’eau dans les réservoirs du bateau, plus quelques jerricans et bidons divers, et deux douches solaires. Nous tenons plus de 15 jours sans soucis.

C’est une question d’organisation.

Par exemple : Prendre une douche au dessus d’un bac réceptacle, permet de récupérer l’eau qui sert à se mouiller, pour effectuer plus tard le premier rinçage. 

L’eau de rinçage toujours récupérée dans le même bac, servira à un premier trempage de la lessive, puis terminera son cycle en nettoyage du pont du bateau.

10 litres = 2 douches et 3 usages.

 

La vaisselle est prélavée à l’eau de mer, et rincée à l’eau douce.

Les toilettes fonctionnent à l’eau de mer.

 

Dès que nous apercevons, un robinet, une douche de plage, c’est l’occasion de compléter un ou deux bidons et de conserver une certaine avance sur nos besoins en eau potable. (Oui nous buvons aussi de l’eau sur Ciao !)

 

Quant à l’eau de pluie, cela fait plus de 2 mois que nous n’avons pas vu une seule goutte tomber du ciel

 

-          P comme Penon – Elle avait de tout petits penons, Valenti-ine

Les penons sont des petits rubans légers qui sont cousus sur les voiles.

Ils permettent de visualiser les écoulements d’air, et donc de régler précisément les voiles en conséquence, en tension, en forme, et de choisir leur meilleur angle avec le vent.

 

-          Q comme Queldroldidéedallersurunbato

 

Ca, çà ne se discute pas, il faut y être pour comprendre que çà coûte cher, que c’est parfois très inconfortable, que çà avance lamentablement doucement, mais qu’on aime bien quand même, parce que c’est le rêve.

 

... la suite dans un autre article (sinon c'est le bug !)

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 21:24

20Juillet 2012 –  un récit de « Caps et de paix »…

 

Sous l’inspiration positive, nourrissante et paisible du village de Ferragudo, nous avons repris la mer le 15 Juillet tôt le matin, pour une courte navigation de 4 heures, afin de nous placer immédiatement avant le cap Saint Vincent.

Ciao a constitué son camp de base au mouillage de « l’Enseada de Sagres », pied d’appel idéal pour franchir ce petit sommet de la mer…

Deux autres bateaux nous ont rejoints dans la baie pour les mêmes objectifs.

 

SAGRESNous avons passé l’après-midi, abrités dans le carré, entre lectures, jeux de Yam, et philosophie de bord, comparant l’endroit aux côtes anglaises ; froid, venteux, avec pour tout décor des falaises abruptes et une plage très peu fréquentée (et pour cause l’eau était à 17 degrés).

Il est inutile de préciser par ailleurs, que la douche prise en fin de journée dans le cockpit a été particulièrement vivifiante et rapide !

 

Pendant ce temps, l’ancre bien accrochée sur un fond de sable, Ciao a patienté, faisant face à un vent de force 5 à 6 qui constitue la petite routine du lieu…

 

Le cap Saint Vincent est un des passages délicats de notre parcours, surtout dans le sens où nous l’abordons ; l’été, il est pratiquement toujours balayé de vents forts ou très forts venant du Nord ; la houle est accentuée par la présence des falaises, et la configuration des lieux.

Heureusement il a la renommée de s’assoupir un peu avant le lever du jour, et de laisser ainsi passer ceux qui comme nous, remontent les côtes du Portugal.

 

Quoi qu’il en soit, en matière de cap, il nous reste trois petites perles d’ici la fin de ce voyage.

Qu’il se nomme Saint Vincent (Extrême Sud-Ouest du Portugal), Espichel (au niveau de Lisbonne), ou Finisterre, (pointe nord ouest de l’Espagne) un cap n’est pas programmé de manière sûre ; ce serait trop simple… Au cap, c’est toujours un « peu plus » qu’ailleurs ; plus fort, plus instable, plus changeant, plus surprenant, plus imprévisible, plus, plus, plus…

 

Par exemple, Saint Vincent peut très bien avoir des insomnies, et oublier son calme du petit matin… c’est alors un assez mauvais plan d’essayer de le passer.

Il peut faire d’autres surprises, et dans ce cas c’est une aubaine, en prenant une exceptionnelle et entière journée de repos…

 

Nos dernières prévisions météo datent de 24 heures. Elles mettaient en évidence une perturbation un peu plus au sud, et il semblerait en effet, (sous toutes réserves) qu’une journée de calme nous soit offerte le 16 Juillet et peut-être même une partie du lendemain.

 

***

 

6 heures du matin le 16 Juillet, branle-bas de combat, tout le monde sur le pont ! Les bateaux voisins s’éclairent en même temps que le nôtre, les ancres remontent à quelques minutes d’intervalle.

La nuit cède un peu de place au ciel qui commence à rougir à l’est, et chuuuut… Saint Vincent dort comme un bébé…

 

Les trois bateaux naviguent de concert à quelques centaines de mètres de distance, sous le ronronnement discret des moteurs ; il n’y a pas un souffle de vent, et mis à part un reste de houle venu du grand large, la mer est calme.

Au pied des grandes falaises, quelques canots sans aucun éclairage, déchirent les flots ; seul un léger sillage blanc trahit leur présence… Pratique locale de pêcheurs discrets ou économes en énergie, inconscience basique, ou autre traficotage ? Nous en resterons sur l’étonnement et la question…

A moins que ce ne soient les anesthésistes de Saint Vincent…ST VINCENT

 

A pas de loup (de mer bien sûr) nous passons sous les moustaches de São Vicente en douceur et en sérénité… D’autres voiliers nous emboitent le sillage ; ils viennent vraisemblablement d’un autre mouillage situé juste avant le nôtre, Enseada de Baleeira.

 

Sur Ciao, nous  visons « Arrifana » le premier mouillage qu’il soit possible d’envisager, c’est une petite baie située à 22 milles plus au Nord ; nous estimons que d’avoir passé le cap est déjà une étape suffisante en elle-même.

 

Les autres bateaux s’écartent doucement de Ciao ; ils font une route plus au large pointant vraisemblablement Lisbonne, distante d’une bonne centaine de milles (24 heures de navigation environ). Inenvisageable ! Quel courage ! Ciao vous dit « Ciao ! »

 

A midi, nous sommes les seuls à prendre place au mouillage de Arrifana… Et nous nous trouvons plusieurs bonnes raisons pour ne pas pointer Lisbonne comme les autres. (c’est fou de ce que l’humain arrive à se justifier lui-même de ses choix parfois peu rationnels…)

 

-          D’abord une pose est nécessaire pour consolider le chariot d’écoute de grand voile, qui à mon avis pourrait se dégrader en cas de conditions musclées. Ca c’est vrai ! C’est une pièce maitresse, qui supporte les efforts énormes transmis par la voile principale du bateau. Je suis donc intervenu en façonnant un petit morceau en aluminium, et en l’intercalant au point où les efforts sont les plus importants. Cette adaptation est peut-être superflue, mais je préfère ménager le matériel que d'avoir à envisager le remplacement complet du chariot d’écoute…

 

-          Il n’y a pratiquement pas de vent, et le peu que l’on ressent serait face à notre direction. Cà c’est un peu vrai aussi…

 

-          Il ne nous reste pas assez de carburant pour naviguer dans ces conditions au moteur durant 24 heures. Pour cet argument, ca dépend comment on fait le calcul. Les arrondis, et les estimations parlent dans le sens où on veut bien les regarder…  

 

-          Nous avons besoin de nous reposer de nos précédentes courtes nuits. Incontestable !

 

 

Dans un petit coin de la tête, nous savons aussi qu’il serait raisonnable de profiter du calme pour gagner un maximum sur la distance qu’il nous reste à parcourir d’ici le 15 Aout. Argument écarté par réflexe, pour l’instant.

 

Ce « cruel dilemme » ne perturbera nullement la bonne et intense (voire violente) sieste que nous entreprendrons avant toute chose…

 

Une fois le sommeil en retard récupéré, la petite pièce en aluminium confectionnée, (avec une copie d’avance), nous constatons que le temps est toujours aussi calme… Et bien sûr le questionnement réapparait.  Il est déjà 17 heures…

 

-          Qu’est ce qu’on fait ?

 

Sur un sursaut d’énergie et de lucidité, le capitaine de Ciao vote pour un départ ; le second du bord souffle à la simple évocation de l’idée, mais accepte d’ouvrir le dialogue. 

Un long débat constructif s’engage pendant que sournoisement de nombreuses minutes disparaissent de notre espace temps…

Que le temps passe vite en discussions !

 

Vers 19 heures, toutes hypothèses confrontées, l’équipage s’est rejoint dans le choix unanime du départ, le bateau est à nouveau préparé ; Ciao, certes un peu moins courageux que ses frères, qui sont déjà très loin derrière la ligne d’horizon, se résout alors à pointer lui aussi ses étraves vers Lisbonne…

 

En mer, nous refaisons plusieurs fois les calculs pour le carburant. Nous marquons soigneusement les niveaux sur les réservoirs, les heures pour contrôler l’évolution, et nous maintenons les moteurs en régime modéré.

Des dauphins nous saluent avant le coucher du soleil. Les choses se présentent bien.

 

La houle du large est néanmoins encore bien présente ; elle nous gêne, ralentit le bateau, et nous brasse allègrement, les déplacements à bord sont difficiles ; nous portons les harnais et nous sommes attachés. Les moteurs se relaient toutes les 2 heures. Les voiles sont flasques, indécises, exigeantes en réglages inutiles…

Petit à petit, manœuvre après manœuvre, dans la nuit les motivations s’inversent. Je ne me sens pas bien, le mal de mer me gagne ; les forces diminuent, la dynamique somnole, puis s’endort.

Je transmets mon malaise à Syl, qui au contraire se sent en forme.

J’ai envie d’écourter, de rentrer au port de Sinès sur tribord, et dont nous apercevons les lumières à 2 ou 3 heures de navigation.

Syl m’en dissuade, communique son énergie ; elle propose de prendre de larges quarts de veille me laissant davantage de moments de récupération. Ok nous continuons.

C’est là toute la force d’un équipage en harmonie, et c’est vraiment bon à ressentir.

 

Par moments, le vent a faiblement aidé notre progression, allégeant par la même occasion la consommation des moteurs toujours nécessaires à la propulsion.

 

Au petit matin, le capitaine remis à niveau reprend du service, alors qu’à son tour le second accusant une fatigue justifiée et bien compréhensible, fréquente plus assidument la couchette.

 

C’est souvent comme çà sur Ciao, nous nous épaulons, nous fonctionnons régulièrement selon le principe des vases communicants,  devant l’élément « mer » qui nous voit tour à tour parfois vaillants parfois éteints…

 

Par contre à l’escale, nous avons constaté que nous sommes toujours en phase, et à l’affût d’un bon plan, d’un menu du jour quelque part à l’ombre, pour un rapport qualité/prix optimal…

 

Dans un moment de conscience supérieur, je me suis entendu déclarer que je nous trouvais davantage « escalateurs » (nouveau mot à proposer à l’académie française) que « navigateurs »… Disons … « Voyageurs » en tous cas…

 

Après 20 heures de navigation, et avec 10 litres de carburant au fond des nourrices, nous faisons relâche à Cascais, petite ville aux portes de Lisbonne. Nous prévoyons de rester plusieurs jours ici.

 

CASCAISDès l’arrivée, au mouillage le vent s’établit à force 6 puis 7. Quelques rafales à 35 nœuds ; c’est fort ! Il y a peu de bateaux autour de Ciao. L’ancre tient bon, nous nous sentons en sécurité à bord, mais consignés car dans ce cas les débarquements en annexe sont équivalents à 10 minutes d’arrosage copieux.

Nous l’avons testé, en rentrant d’une cession avitaillement, et aucun de nos vêtements ou sous-vêtements n’avait plus une fibre de sec ; sauter directement à l’eau aurait produit exactement le même effet… Bon avec 35 ° sous le soleil, c’est un souvenir amusant !

 

Nous projetons dans les prochains jours de rejoindre Lisbonne par une navette ferroviaire, et d’y consacrer une journée de visite…

 

Nous reprendrons la mer aux prochains calmes relatifs annoncés, vers le 22 ou 23 Juillet, avec à l’idée de refaire un grand bond de 30 à 36 heures, directement vers Porto.

 

Allez courage Ciao !

 

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 16:12

Ce soir, depuis le carré de Ciao, l’image me plaît…

 

 

ferragudo nuit 

C’est « Ferragudo », petit village de pêcheurs, près de Portimao…

 

 

C’est aussi notre premier pas sur le sol portugais.

 

La frontière entre l’Espagne et le Portugal est maintenant à une centaine de Kilomètres derrière nous.

 

Nous avons quitté le sol espagnol à Huelva, le 11 Juillet par un départ très matinal, un peu avant 4 heures dans le but de bénéficier de vents « pas trop défavorables ».

 

Il faut savoir que dans la région et à cette saison, le régime des vents semble assez constant en ce qui concerne leurs directions : le vent vient du secteur Nord entre 3 heures le matin et Midi, et il vient de l’Ouest ensuite en se renforçant par l’effet des brises thermiques.

Pour la simple raison que nous allons précisément vers l’Ouest, nous n’avons eu comme choix que de nous lever très tôt…

 

Sans que nous en soupçonnions le potentiel, cette assez longue navigation de 9 heures pour parcourir les 55 milles séparant Huelva (Espagne) de Faro (Portugal) a rejoint le sommet du « hit- parade » de nos navigations agitées. Le force 3 du départ, s’est à notre grande surprise rapidement transformé en force 6 bien établi ; Ciao s’est adapté, réduisant ses voiles au maximum, et il a vaillamment continué sa route contre les vagues, à bonne vitesse certes, mais aussi en alternant grands bonds et bruyants plongeons… 

Du côté de l’équipage, ce départ romantique sous les étoiles en tenue décontractée s’est tout aussi rapidement transformé en lutte nocturne sous une pluie d’eau salée.

Chacun de nous a pris son lot de fraîcheur océanique, pour finalement se sentir trempé sous les vêtements imperméables passés juste un peu trop tard…

 

Après quelques heures à ce régime, comme pour nous rappeler (en plus humide) notre première navigation, nous avons ensuite bizarrement été livrés à ce qu’on appelle « une pétole » (absence de vent) et un nécessaire recours aux moteurs pour plus tard terminer le parcours vent de face.

 

C’est ainsi que notre effective première escale au Portugal s’est résumée en un mouillage juste à l’entrée de la baie de FARO.

Mais de FARO, nous n’en avons malheureusement rien vu, nous sommes restés à bord de Ciao. Nous étions « rincés » dans tous les sens du terme, incapables de trouver l’énergie de mettre l’annexe à l’eau…

La fin de journée s’est effilochée sous l’effet de quelques heures de sieste et de petites réparations ici et là comme après chaque navigation sportive.

 

Il est vrai que le moral de l’équipage avait perdu quelques points sous l’effet de la fatigue et du rythme soutenu que nous nous imposons, passant par la même occasion loin sous la moyenne, et recueillant une appréciation entre « médiocre et passable ».

L’avis du conseil de bord s’il y en avait un, aurait pu être : « aurait besoin de prendre son temps » ou peut-être « semble avoir perdu son sens dans la précipitation ! ».

 

 

Cette expression très scolaire m’appelle directement à ouvrir une parenthèse de pleine satisfaction en orientant nos pensées vers nos filles, restées studieusement et courageusement face à leurs copies d’examen pendant tout ce temps.

 

-          Coup de chapeau à Hélène qui s’en sort brillamment avec une réussite avec mention « bien » au Bac pro,  démontrant s’il en était besoin qu’elle est tout aussi à l’aise dans le domaine équestre, qu’un dauphin en méditerranée… Bien joué Hélène !

 

-          Feu d’artifice d’applaudissements à Olivia qui s’est offerte la mention « très bien » dans la version « couture et habillement du spectacle » du Bac pro… Wow !

 

Un grand « Bravo les filles ! »

 

 

 

Sur Ciao, le lendemain 12 Juillet, nous avons réitéré un départ aux petites heures, animés par les mêmes motivations de stratégie éolienne, bien que le bilan à l’issue de la navigation de la vieille soit très mitigé.…

 

C’est à voile et à vapeur cette fois, que Ciao s’est acquitté de sa tâche, nous déposant délicatement juste avant la renverse de vent, en face de ce charmant village de Ferragudo.

 

Il y a des lieux qui parlent plus que d’autres. Je pense qu’ils répondent à nos sensibilités... Les lieux, sont vraisemblablement neutres, et pourtant celui-ci me semble porter une poésie, une âme, un charme…

C’est un village qui a conservé son authentique cachet. Les rues sont étroites, escarpées, les maisons sont blanches pour la plupart avec quelques ornements dans les tons pastels,  quelques entrées se cachent sous des tonnelles de fleurs ; plus loin le matériel des pêcheurs est entassé sur le quai ; le point culminant de la colline est coiffé de l’église dont la cloche égrène les heures... Il ne manque donc rien.

 

Les images se glissent d’elles-mêmes à travers l’objectif de mon appareil photo…

 

ferragudo quaiferragudo rue horiz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ferragudo carrelage

ferragudo rue vertic

 

Lors de notre découverte, comble de bonheur, au détour d’une ruelle une petite place se dévoile ; bien sûr elle réunit quelques terrasses.

 

Trouver sur la carte de l’un des petits restaurants un excellent menu du jour complet (de l’entrée au dessert avec les boissons et le café) pour moins de 10 Euros pourrait relever de l’hallucination.

Eh bien à Ferragudo c’est encore une réalité en juillet 2012 !

 

Le gens sont sympathiques et particulièrement accueillants. A la moindre demande de notre part, ils se mobilisent, se renseignent s’ils n’ont pas l’information, et reviennent vers nous pour nous être agréables. Nous constatons que la langue portugaise présente beaucoup de similitudes avec l’espagnol. Les écrits se déchiffrent assez facilement, alors que verbalement leurs dialogues et leur accent sont totalement incompréhensibles. Chacun connait quelques mots de français, complète en anglais ou par une gestuelle improvisée…

Les sourires et l’amabilité sont partout présents…

 

Alors comment ne pas craquer sous le charme et rester un jour de plus ? Nous n’avons pas trouvé la parade…

Et comme Syl partage également ce petit coup de cœur de l’endroit, nous resterons en fait deux jours ici, histoire d’attendre que le Cap Saint Vincent tout proche nous autorise à le franchir dans de bonnes conditions.

 

A Ferragudo, nous avons soldé nos dettes à l’oreiller, et retrouvé une bonne appréciation de notre voyage. C’est vrai que le terme « con-voyage » de bateau a faillit à un moment, prendre l’étiquette de son anagramme…

 

A nouveau les projets rejaillissent ; nous y reviendrons certainement ; ce pourrait être une bonne base pour se poser quelques mois d’un futur hiver, après une navigation tranquille entre Hendaye et ici, et repartir en méditerranée en début de saison d’été… Nous en reparlerons plus tard…

 

Nous sommes à la porte du Cap Saint Vincent, extrême pointe sud Ouest de l’Europe, capricieuse dentelle de terres et de roches battues par les vents. Nous prévoyons de le passer lundi 16 Juillet dans la matinée, lors d’un court créneau de calme prévu par les sites météo que nous consultons assidument.

 

Nous entreprendrons à partir de là notre lente remontée vers Lisbonne, puis Porto, sachant par avance qu’il nous faudra de la patience et de la tactique pour louvoyer contre les vents dominants à cette saison.

 

A bientôt sur le blog de Ciao !

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 21:43

Entre Gibraltar et Trafalgar…

 

MALAGA 1Après une escale dans la sympathique ville de Malaga, en attendant que le vent veuille bien se calmer et tourner dans le bon sens, Ciao a repris la mer, bien résolu à franchir l’une des difficultés du parcours.

 

MALAGA 2

 

 

 

 

Même si ce n’est pas le Cap Horn, le détroit de Gibraltar, se présente comme un passage un peu technique, pour un voilier de croisière.

Chaque passage est un vécu différent ; voici celui de Ciao en ce 3 Juillet 2012 :

 

Comme chacun le sait le détroit constitue une porte large de 8 milles (environ 15 km) pour passer de la Mer Méditerranée à l’Océan Atlantique ou réciproquement, entre les côtes marocaines, et les côtes espagnoles qui insèrent le petit territoire britannique de Gibraltar.

 

Ce que chacun ne sait pas forcément, c’est que ce couloir se comporte comme un vaste entonnoir par lequel les eaux de l’Océan viennent « se déverser » dans la Méditerranée. En effet la grande bleue est une mer fermée, sans marée significative, et avec un taux d’évaporation important ; son niveau à donc tendance à être plus bas que celui de l’Océan. De plus, ce dernier, sous la simple influence des marées, voit son niveau varier d’environ 2 mètres entre la pleine et la basse mer.

 

Pas besoin d’être géomètre pour comprendre, qu’à certains moments de la journée, les niveaux vont être sérieusement décalés aux parages du détroit, et que le « déversoir » sera plus actif qu’à d’autres moments…

Bien sûr en mer, Il n’y a pas d’escalier d’eau, ni de cascade, ni d’écluse. On imagine bien que les niveaux s’harmonisent sur quelques dizaines de milles de part et d’autre du détroit, et que cela crée des courants marins ...

 

Mais pour épicer un peu l’endroit, et mettre un peu d’ambiance sur les bateaux de plaisance, la nature a vraisemblablement prévu que des profondeurs de l’ordre de 200 mètres côté Océan, et 900 mètres au milieu du détroit et côté méditerranée, mettraient de l’animation sur le plan d’eau !

C’est gagné, car non seulement çà « déménage » en surface, et en prime, les grandes profondeurs échangent des volumes d’eau de températures différentes, et de densité différentes (la salinité est plus forte en Méditerranée).

En résumé, c’est donc un grand bouillon, et nos petits bateaux, ne pèsent pas bien lourds devant les forces en présence.

 

Il existe des cartes et des graphiques indiquant heure par heure (en fonction de la marée) ce à quoi on peut s’attendre approximativement aux différents endroits du détroit,  les emplacements où des rouleaux déferlants ont tendance à se créer, ainsi que les zones où des contre-courants se mettent en place ; ce sont les couloirs à prendre pour passer d’Est en Ouest. Dans l’autre sens, c’est plus facile.

 

C’est donc amusant (sur le papier), de calculer sa route en remarquant que si on va vers l’Ouest, il vaut mieux démarrer de Gibraltar 3 heures après la pleine mer, longer la côte, mais pas trop, serrer un peu les fesses et hop, 4 ou 5 heures plus tard, on se fait expulser de l’autre côté, après Tarifa.

 

Jusque là, je n’ai parlé que de l’eau…

Mais au dessus de la surface, ce n’est guère mieux.

C’est comme à la maison ; lorsqu’il y a courant d’air entre les deux façades, et que la porte du salon est restée ouverte !

 

Il va de soi qu’il faut choisir le courant d’air dans le bon sens de la marche !

 

GIBRALTARFort de toutes ces données longuement étudiées, nous sommes partis de Estepona  à 10 heures ce 3 Juillet, et nous avons présenté notre brave Ciao à l’entrée du détroit, au bon endroit et au bon moment.

 

Un seul paramètre était faux : absence totale de vent alors que nous comptions sur un force 4 pour nous pousser.

La « brise Yamaha » a donc essayé de pallier au manque, mais comme dans toute imitation, la copie est moins bonne que l’original ! La « brise » des moteurs génère une vitesse d’environ 5 nœuds, alors qu’un bon vent de force 4, nous envoie facilement à 7, 8 nœuds ; nous avons donc pris un peu de retard sur l’horaire ; logique, mais pas dramatique…

 

Il a donc fallu compenser en trajectoire, pour glaner les « tapis roulants » dans le bon sens. Nous étions interpellés de nous voir avancer au moteur, sans rien modifier au régime, à tantôt à 6,9 Nœuds, et deux minutes plus tard à 2,8 nœuds, selon que le courant nous poussait ou nous freinait.

Bon… tant qu’on avance ! Ce n’est que question de patience, disions-nous.

 

Nous avons observé chaque cargo, chaque ferry, et chaque navire à grande vitesse, dans un chassé croisé constant entre les côtes marocaines et espagnoles, afin de ne pas nous trouver sur leur trajectoire.

Nous avions le temps de suivre aussi du regard quelques dauphins, des ailerons non identifiés, et ce que nous avons pris pour un globicéphale ; le temps de faire quelques petits commentaires à la caméra…

 

On aurait presque pu prononcer « c’est cool Gibraltar ! pourquoi en faire toute une histoire ? », lorsque le réveil a sonné !

 

Nous étions au 2/3 du détroit lorsque le vent arrière s’est manifesté vivement. Le temps d’orienter les voiles en conséquence, et de comprendre que l’on pouvait stopper le moteur bâbord, Ciao grimpait déjà en vitesse au voisinage des 9 -10 Nœuds.

 

Euh ! Pour l’épisode « on serre les fesses », c’est maintenant !

 

La mer s’est évidemment aussitôt hérissée en de multiples vagues très courtes de plus en plus fortes. Le pilote automatique étant dans ces cas-là forcément hors course, les biceps de Syl ont pris provisoirement le relai à la barre, pendant que je réduisais avec difficulté la voilure, au 1er ris, puis trois minutes plus tard au 2ème ris. Ouf c’est fait ! Petite lutte quand même !

Sachant que réduire la voile au vent arrière est possible, mais physique !

 

En sortant de la manœuvre de réduction de voiles sur le pont, j’interroge Syl :

 

- A quelle vitesse on va ?

- Toujours 9 – 10 nœuds !

- Ouh ! ça va être chaud !

- Il faudrait prendre un 3ème  Ris ?

- Oui sûrement, ça peut monter encore !

 

Et avant que de n’aie le temps de faire deux pas, subitement Syl reprend :

- Viens vite je ne peux plus tenir la barre, c’est trop dur dans les vagues !

 

Dans ce cas-là, il faudrait pouvoir attraper la télécommande et faire « pause », le temps d’adapter le bateau au changement de conditions… Rien de tout cela, tant pis pour la voile, 2 ris c’est déjà bien ; priorité à la direction du bateau !

 

Si j’avais eu le temps pour un mot d’humour, j’aurais volontiers lancé :

C’est un bisou d’adieu de la Méditerranée, ou la tape amicale de l’Océan qui nous accueille ?

Ou encore :

C’est quoi le synopsis du film ?

« comment changer en quelques minutes, une ballade estivale au moteur sur un catamaran parfaitement horizontal, en descente de canyon en rafting de plus en plus humide ? »

 

Non, pas le temps pour la blague, ni l’esprit d’ailleurs, j’étais cramponné à la barre et à deux mains, pour garder le bateau au maximum dans l’axe, craignant à tout moment l’embardée et l’empannage (l’empannage c’est la grand-voile qui traverserait d’un bord sur l’autre de manière violente, en cassant je ne sais quoi au passage, mais en cassant forcément quelque-chose !).

Il y a eu plusieurs alertes, mais Ciao s’est révélé digne de confiance sur ce coup là. C’est une manière comme une autre d’apprendre à connaître son bateau.

 

Scotché à la barre, je gardais toujours un œil sur notre moteur bâbord  -mille milliards de mille sabords ! -  encore en position basse. Le pauvre s’est trouvé très malmené dans ces vitesses (normalement les moteurs sont remontés hors de l’eau lorsqu’on est sous voiles). Faisant office de frein permanent, il n’a cessé de heurter dans chaque vague, parfois totalement submergé. Je le regardais en me disant, s’il redémarre on aura de la chance !

 

Nous étions au point d’orgue ; le vent na plus monté ensuite, heureusement. C’était un 6 soutenu, avec de longues rafales certainement supérieures, le tout dans des remous indescriptibles jusque Tarifa.

 

Les images sont gravées que dans nos mémoires, et elles sont plutôt belles, bien qu’impressionnantes. Quelques autres ont été captées par la caméra, ce sera l’objet d’un futur petit montage…

 

Tarifa derrière nous, les conditions devaient logiquement se calmer, mais en réalité le vent est resté fort. La mer quant à elle a retrouvé une surface plus caractéristique d’un vent de force 6 ; ce n’est pas devenu une ballade bucolique pour autant, mais une allure tout à fait gérable.

 

Nous nous pensions tirés d’affaire, lorsqu’un wind-surfeur est venu graviter autour du bateau, faisant de grands signes d’obliquer vers la côte. A un passage plus proche il a pu nous faire comprendre qu’il y avait un homme à la mer sans gilet de sauvetage dans la direction qu’il nous indiquait.

 

Tiens ça manquait ! On aurait pu s’ennuyer…

Cap à tribord, mer de travers et douche salée intégrale pour chacun de nous deux, le temps de rouler un peu la voile d’avant et de les régler pour la nouvelle allure.  

 

Les pensées deviennent synthétiques en cas d’urgence. Il n’y a pas de place au doute.

 

Préparation des bouées : ok.

Ne pas perdre de vue notre interlocuteur : ok.

Lancer un appel radio…en anglais ? en espagnol ? pas ok !

Laisser tomber !

Continuer vers la côte : ok.

 

Parallèlement, je prenais conscience qu’il nous faudrait affaler les voiles à l’approche du naufragé, et finir doucement l’approche au moteur… d’ailleurs, le moteur  bâbord allait-il redémarrer ? Quant à l’autre il était relevé…

Déjà les choses s’annonçaient compliquées, surtout en imaginant grimper la personne à bord dans ce chahut général…

On ne se prépare jamais assez à ce genre de circonstance… Je l’ai lu tant de fois…

 

Une demi-heure plus tard, le wind-surfeur s’est rapproché de nous en maitrise totale de sa trajectoire et de sa voile, il est passé à quelques mètres du bateau, a ralenti son allure, et et nous a indiqué que la personne avait été secourue par un autre wind-surfeur.

Par gestes il nous remerciait.

Et quelque-part nous aussi, d’être dispensés de la suite !

 

Nous avons pu reprendre notre route normale vers le nord, en réalisant que nous venions de passer en Atlantique.

Le vent a faibli rapidement, puis est passé de face.

 

Le moteur bâbord a redémarré à la première sollicitation, démontrant assurément une bonne conception marine ! Pas de publicité, mais une satisfaction non dissimulée !

 

Cependant, comme rien n’est parfait, le moteur semblait osciller sur son support…

 

L’escale est décidée à Barbate, (juste avant le Cap Trafalgar) que nous avions possibilité d’atteindre juste avant la tombée de la nuit…

 

A 22 h 30 les manœuvres dans le port ont confirmé que la fixation du moteur était endommagée.

 

La lumière du lendemain, a donné son bilan : nous resterons bloqués à Barbate, car la chaise du moteur est cassée, le moteur menace de passer par le fond si nous continuons.

 

PANNE MOTEURLa suite est classique, technique, pas comique, et côté euros… Bien sûr « ça pique ! »

 

L’assurance prendra néanmoins en charge une partie des coûts.

 

La pièce est venue de Barcelone en express, et nous a permis de repartir ce Samedi 7 Juillet vers Cadix, d’où ce petit mot est posté.

 

 

 

Plus que jamais nous sentons la pression du calendrier ; la route qui nous reste à faire contre les « Alizés portugais » plombe un peu l’optimisme sur la tenue de notre date prévue d’arrivée à Hendaye. C’était un projet, çà devient un challenge !

 

Le bon côté de la chose serait que nous avons enfin eu le temps, d’écrire, de lire, de réparer ici et là les petites choses qui clochaient, et Syl de mettre à jour son travail par internet…

Nous avons tenté de prendre ce qui nous était présentement proposé…

 

A ceci près que lors d’un déplacement en ville, un nouveau désagrément est venu se greffer.

 

Nous savions qu’il était nécessaire de ne rien exposer au vol, car d’après les guides de navigation, la région semble avoir un taux de délinquance assez prononcé.

 

Nous l’avons vérifié à nos dépens, en constatant que nos 2 vélos pliables, pourtant attachés ensemble et entravés par un antivol, ont tout bonnement disparus devant la vitrine du cyber-café.

Après quelques « Grrr…» inutiles et impuissants, nous conviendrons que la marche à pieds est également excellente pour la santé !

 

A bientôt...

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 13:37

Une puce sur le dos d’un éléphant…

 

C’est l’image que m’évoque Ciao, évoluant à la vitesse de ses petites voiles qui tentent de capter le moindre souffle de vent, sans y réussir totalement, le long de cette échine interminable (le dos de l’éléphant -pardon pour la promotion du tourisme en péninsule ibérique-) que constitue la côte espagnole entre le point où nous l’avons rejointe en face d’Ibiza, et Malaga où nous sommes aujourd’hui.

 

Par des navigations assidues de 6 à 12 heures par jour, nous avons avancé doucement à une moyenne de 5 Nœuds (9 km/h)…

Autant dire qu’en voilier, on a le temps d’observer les moindres détails le long de la côte, et à notre grand  étonnement, en ne rencontrant que deux types de paysages jusque Alméria.

 

Des jours entiers à observer des cailloux, des roches sombres, des falaises abruptes émergées depuis des millénaires et qui ne portent aujourd’hui encore, aucune trace de vie. Pas un arbuste, pas un cactus ; rien que du minéral brûlant de soleil tombant à pic dans le bleu profond de la méditerranée, sous une frange de dentelle blanche, nous permettant de mieux cerner les distances et les échelles de ces colosses qui nous feraient perdre toute notion de grandeur.

 

La variante se livre lorsque brusquement le relief s’efface au détour d’un des multiples caps, ou corniche pour laisser découvrir une zone habitée. L’effet de contraste est saisissant tant ces « petits » endroits sont totalement saturés d’immeubles de 15, 20 étages ou plus, agglutinés le long d’une plage. IMMEUBLES

La vie, a dû s’incruster là, il y a quelques siècles, par quelques maisons de pêcheurs que l’on ne devine même plus, pour laisser la place à ces énormes constructions qui se côtoient sans aucune harmonie, ni soupçon d’esthétique. Curieuse politique d’aménagement du territoire…IMMEUBLES 02

 

 

 

 

 

 

Nous sommes souvent interloqués devant ces amalgames de béton, en essayant d’imaginer le plaisir, et l’équilibre de vie des populations locales… Le temps nous manque, mais nous aimerions mener l’enquête, rencontrer des gens, échanger, comprendre…


 

Plus loin, aux environs d’Alméria, si le thermomètre n’était pas aux environs de 35 degrés, on pourrait croire que les plaines sont enneigées. Des centaines et des centaines d’hectares apparaissent blancs, à peine fractionnés géométriquement.

Nos amis espagnols auraient-ils cette fois emballé le paysage d’Andalousie dans du film plastique ?

Eh bien oui ! Nous savions que nos belles tomates du mois de janvier, et d’ailleurs une grande partie du rayon fruits et légumes (disponibles toute l’année) de nos hypermarchés venaient de ces régions… Nous visualisons maintenant et prenons conscience des volumes et des tailles de cette astronomique production sous serres…

SERRES

SERRES 01

Pauvre nature…


Et nous, que sommes-nous en train de devenir ?

Sensations de vertige…

 

 

Revenons les pieds sur mer ; sur Ciao ; le tempo de notre voyage a changé, et même si la vitesse de progression est lente, le rythme est soutenu. Nous ne sommes plus en croisière, nous sommes en « convoyage de bateau ». Il faut avancer. Nous avons planifié et nous devons tenir nos dates.

Les nuits sont parfois courtes ; il y a peu de mouillages abrités sur cette portion de côte ; nous nous posons souvent simplement en bord de plage lorsque la mer est calme, et il arrive qu’au petit matin Ciao s’apprête à surfer sur une houle venue d’on ne sait où… Il faut quitter ; ah ! Il est 5 heures… Alors on se dit « ce sera l’occasion de faire une grande étape ! ».

Nous validons que le catamaran est beaucoup plus stable que ne le serait un monocoque en mêmes circonstances, et nous apprécions de pouvoir nous autoriser ce type d’escale, sachant que l’on pourra se reposer en navigation.  

 

Un jour sur trois environ, nous débarquons avec l’annexe, les sacs à dos, en quête d’un « super-mercado » pour réapprovisionner en pain, et produits frais, trouver un bar avec une connexion Wifi, rafraichir les données météo (précisons-le : souvent à côté de la plaque) et rafraichir par la même occasion l’équipage par une « Cervesa, Helados, ou Mojitos…», histoire de donner régulièrement une touche « vacances » à ce déplacement.

D’autant qu’il revêt par moments des allures de « non-sens » (planning oblige) comme tout au long de la journée d’hier, où nous avons pris un départ face au vent, convaincus par les prévisions météo qu’il s’agissait d’une particularité locale, donc très passagère…

 

 Nous nous sommes propulsés avec un moteur d’abord à mi-puissance, puis au maximum, et enfin nous avons poursuivi avec les deux moteurs « plein pot », à la limite de rebrousser chemin, progressant péniblement à 3 Nœuds contre un vent de force 4 à 5, et une mer hérissée de moutons dans laquelle Ciao semblait se prendre pour un dauphin, en ignorant totalement ce que nous devenions.

En fait au terme de 5 heures de shaker et 30 litres de carburant volatilisés, nous sommes quand-même contents de vérifier que le mal de mer nous a bel et bien quittés, et que le seau bleu (après soigneux rinçages) peut passer à une autre activité plus gratifiante, comme recueillir les produits de la pêche.

 

Oui, s’il vous plait personne ne se moque !

Sur Ciao nous pêchons maintenant !

D’ailleurs pour preuve (vérifications comptables à l’appui), notre tableau de pêche a ainsi progressé :

D’abord :

 

-          Un bidon plastique

-          Une poche plastique (décidément la mer est sale)

-          Une vedette à moteur (qui nous a arraché la ligne après un emballement de moulinet, et un « déracinement » de canne à pêche – heureusement qu’elle était solidement attachée)

-          Le tee shirt du capitaine (ferré par la manche lors d’une manœuvre sur l’arrière) – multiples jurons en conséquence…

-           

Puis l’expérience a porté ses fruits :

 

-          2 Serrans et 1 sardine

-          5 Oblades

 

Avec un couac quand même

 

-          Un oiseau de mer (qui s’est précipité sur le joli poisson qui constitue le leurre de la ligne à la traîne ; l’oiseau s’est heureusement décroché au bout d’une minute de ski nautique)

 

Et retour fructueux par

 

-          6 maquereaux espagnols

 

Ouah !!! disent-ils fièrement ! Clap clap clap !

 

Bon c’est vrai, pour l’instant pas de poisson noble, pas de bonite, mais nous sommes en très nette progression.

 

Aux environs de Gibraltar, nous allons devoir relever nos lignes pour éviter malencontreusement de repêcher un immigrant clandestin !

 

Sous ce trait d’humour décalé (pardon si je choque) se cache une bien triste réalité qui m’affecte ; chaque jour nous entendons sur la radio marine VHF, des appels officiels concernant des embarcations légères qui se sont lancées depuis les côtes marocaines à travers les flots pour tenter de rejoindre l’Espagne. 57 personnes sur l’une, 14 personnes sur un autre pneumatique, et jusque là nul ne sait où est passé tout ce beau monde …

Quelle époque !

 

Tiens justement revenons à nos pontons…

Nous sommes à Malaga, pour deux jours (pour cause de vent fort d’ouest). Malaga est un grand port commercial, paquebots, cargos, vedettes de promenades sillonnent le bassin ; les quais sont bordés de terrasses ombragées et sonorisées, l’allée de promenade est équipée de brumisateurs ; l’endroit est très fréquenté ; les policiers du port passent leur temps à griller du gasoil en faisant l’aller-retour d’un bout du quai à l’autre.

 

D’ailleurs nous étions à peine accostés, sans attendre que les amarres soient frappées, qu’ils nous mettaient le grappin dessus en nous expliquant la règle d’ici.

« Si vous restez une nuit, vous payez 1 fois jusque minuit pour aujourd’hui, et 1 deuxième fois à partir de minuit pour demain. » Bref il faut payer 2 jours pour passer une nuit ! Original ! Il faut de l’imagination pour pondre un truc comme çà ! Jamais vu encore !

Pas trop le choix, la mer est mauvaise, le mouillage n’est pas envisageable…

 

Nous apprendrons plus tard auprès d’autres voyageurs marins (mais chut çà reste entre-nous) que la police portuaire fait ses « petits arrangements » alors que le bureau du port (fermé à l’heure à laquelle nous sommes arrivés) proposerait un calcul normal : 1 nuit on paye 1 fois ! Etrange…

De plus nous avons dû régler en espèces exclusivement… Interdisons-nous toute interprétation ; nous avons une facture qui ressemble à une vraie !

Nous avons tenté de faire régulariser la situation, mais le fonctionnaire du bureau de port, embarrassé, après s’être emberlificoté dans ses explications, s’est finalement rangé aux explications des « grilleurs de gasoil »…

 

Drôle d’époque…

 

Contrairement à cette ineptie, à 50 milles en amont nous nous sommes arrêtés à Roquetas del mar, superbe marina très propre et parfaitement équipée, où nous avons été accueillis aimablement et cordialement, en payant une modique redevance pour 24 heures, et en bénéficiant d’une souplesse de plus de 2 heures sur l’horaire de départ…

A noter que cette marina était quasiment vide. Seuls 5 % des places étaient occupées.

La crise ! Expliquait le fonctionnaire du port…

 

Ceci explique peut-être cela…


 Nous vous invitons à partager 3 minutes et demi à bord de Ciao en cliquant la vidéo ci-dessous. (Coeurs sensibles : attention au mal de mer !)

 

 


 

 

 

 

Notre prochaine étape consiste à rejoindre Gibraltar, assez proche maintenant, et passer le détroit pour retrouver les eaux atlantiques. Passage délicat où il est nécessaire de jongler finement avec les horaires de marée, les courants marins assez forts, et le sens du vent qui doit nécessairement être un allié.

Il avait été question d’une visite des côtes marocaines ; ce projet restera dans les cartons. Nous devons « tailler la route » à présent…

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 19:53

Quand le beau temps est là, c’est un peu comme quand on a la jeunesse, la santé, ou lorsque les amours vont bien ; moi j’ai l’impression que ce sera toujours comme ça… Immuable… Eternel quoi !

J’ai dû déjà me « faire avoir » (au moins) cent fois, mais j’y crois toujours….

 

Alors un beau matin, je me demande bien pourquoi, quelqu’un a dû mélanger le jeu !!

 

Par exemple, à Majorque, en partant de Porto Cristo, on voudrait aller vers le sud, et « curieusement » le vent est fermement tourné vers le Nord, tonique, déterminé, inflexible, comme s’il nous montrait du doigt la direction à prendre. Bon je sais bien qu’en voilier, il faut adapter sa direction à celle du vent, ou attendre que le vent vienne à tourner pour enfin aller là ou on voudrait…

C’est la théorie.

En pratique, nous sentons le calendrier sournoisement avancer en arrière-plan, et nous n’avons pas envie d’attendre ni d’aller en sens inverse…

 

Et pourtant…

 

 

Nous avions initialement envisagé d’effectuer de contourner Majorque dans le sens des aiguilles d’une montre (distance la plus courte pour nous placer au sud, prêts à traverser vers Ibiza).

Nous aurions longé sa côte la plus urbanisée de Majorque, la plus aménagée en hébergements touristiques…

Nul ne sait si elle nous aurait plu sous cet angle, mais Il y a assez peu de chance selon nos premières perceptions ; et nous aurions vraisemblablement traversé rapidement vers l’île de Ibiza, et ses petits ilots rattachés qui semblent plus attirants.

 

Nous avons choisi d’obtempérer aux ordres du vent, espérant qu’il nous accompagne fidèlement jusqu’au bout… Nous décidons de faire le grand tour par le Nord… Mauvaise pioche ?

 

Après un départ fulgurant (allure de nature à mettre à l’épreuve les (menus) biceps du second qui tenait la barre) toutes voiles dehors, Ciao avale facilement et rapidement les 25 milles qui nous amènent au mouillage de la Cala Aguila, derrière la Pointe Nord Est de l’Ile (Cabo de Pera).

Nous avons la surprise et le plaisir d’y revoir un couple de canadiens (Michel et Martine) sur leur bateau rouge « La foret d’eau ». Nous les avions croisés sur la plage de Porto Cristo, en débarquant avec l’annexe. C’est en voyageurs davantage intéressés que curieux, nous avions réciproquement échangés les grandes lignes de nos projets… Ils sont partis du Canada depuis 2 ans, avec un seul regret disent-ils… De ne pas l’avoir fait plus tôt…la foret d eau

Personnages sympathiques, qui portent sur eux, tout en couleur, les 2 ans d’aventure qu’ils viennent de vivre à la quelle ils adhèrent, arborant fièrement qu’ils se déplacent à 95 % à la voile (c'est-à-dire en composant avec le vent ou l’absence de vent et en utilisant le moteur qu’exceptionnellement… Bravo pour l’exploit ! Sur Ciao, si nous tenons les 50 % ce sera pas mal…); ils nous évoquent une année en escale aux Açores, les mouillages du Portugal employant des qualificatifs qui s’échappent de leurs lèvres avec engouement…

Nous faisons des parallèles avec notre vécu du voyage, jusqu’à ce jour, et nous constatons que le temps nous manque pour pouvoir envisager de musarder ici ou là, et d’attendre le vent …

 

Le lendemain, d’un autre bond tout aussi rapide et glissé, (Eole est fidèle au rendez-vous) « Ciao le brave » pointe ses étraves vers le Cap Formentor (Pointe Nord-Ouest de l’île), et nous pose juste avant le cap, dans la cala « En Gossalba ».

J’avais repéré l’existence de cette cala en lisant le blog du voilier « Renaissance », et il faut rendre à César ce qui est à César : merci à Christelle et Jean-Rémi, d’avoir mis sur la route de Ciao un lieu aussi riche en vécu et en ressentis.

 

Jusque-là : « bonne pioche » !

Un écrin de pierre orné d’arbustes, un théâtre de falaises, comment dire… un endroit où on hésite à entrer en se demandant si c’est autorisé tellement c’est beau et nature… Il n’y a personne lorsque nous arrivons…

La crique se termine par deux petites plages de galets, donnant immédiatement envie d’y débarquer. De vagues sentiers se dessinent parmi les roches et les pins accrochés au relief. Quelques chèvres sauvages commentent entre-elles notre arrivée…

Ciao trône au beau milieu de l’étroite crique. C’est donc tout bonnement royal !!en gossalba

 

L’endroit est magique, des poissons tournent autour du bateau. A peine arrivés, nous mettons une ligne à l’eau avec un morceau de fromage, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous remontons une jolie « oblade », puis une autre, plus grosse encore…

Ensuite plus rien ; qu’importe, notre repas du soir est assuré.

Sans doute attirés par notre présence (un bateau au mouillage en appelle souvent d’autres) plusieurs embarcations sont venues près de Ciao, puis en fin de journée elles nous ont rendu l’exclusivité du lieu… Sublime soirée intimiste, début de nuit impressionnante, noire comme de l’encre entre les murailles avant que la lune ne se lève… Silence spatial… Moments d’éternité…

 

J’ajoute pour les voyageurs qui, au hasard des clics, liraient ces lignes ;  si vous passez par là, enfoncez-vous à pieds en suivant le sentier qui part de la plage et remonte le torrent à sec. Au terme d’une marche d’environ 45 minutes, parmi les pins, les petits palmiers, les rochers et les chèvres, vous arriverez sur les sommets de l’île, avec un point de vue vertigineux sur le cap Formentor et ses abords. C’est la cerise sur le gâteau de cette escale de charme !

 

Dans la nuit, quelqu’un a encore mélangé le jeu… Le mouillage s’est agité, laissant entrer une houle assez forte. Nous avons très mal et très peu dormi ; j’ai dû aller vérifier plusieurs fois si l’ancre tenait bon. Excès de précaution certainement, mais c’est ainsi que l’expérience s’acquiert…

 

A partir de là, « la pioche » devient moins bonne…

 

Plusieurs fois, nous entamons des navigations que nous sommes contraints d’écourter car le vent s’est inversé en cours de route, ou au contraire il nous a malmenés avec des courtes vagues de 2 à 3 mètres dans tous les sens comme c’est le secret de la méditerranée… Nous faisons de nombreuses escales intermédiaires, inconfortables elles-aussi…

La fatigue s’accumule, et pendant ce temps le calendrier feuillette ses pages bruyamment.

 

Le bateau se comporte bien, dans les surfs, le GPS enregistre notre vitesse maxi jusqu’alors, de 11, 2 nœuds... (pour donner un repère aux terriens, en voilier de croisière, quand on avance à 6 ou 7 Nœuds on est content, 8 est presque un luxe !)

 

D’escales en escales, nous trouvons que décidément le tour de Majorque se révèle bien long même si la côte Ouest se révèle superbe… C’est un dédale rocheux, abrupt, insolent, sauvage, inhabité et inhabitable, impossible à accoster sauf à de très rares endroits (comme Porto Soller par exemple)…

 

Après 8 jours dont le programme n’a pas été réellement choisi, Nous sommes à Andraitx (petit port avec zone de mouillage, au sud de Majorque) un créneau se dessine pour traverser et aller vers Ibiza, mais il est court ; il faut jongler entre deux rotations de vent, c'est-à-dire faire confiance à la météo… La durée de la traversée est d’environ 12 heures… Nous constatons que si « par hasard » la fin du créneau s’avançait de quelques heures, nous serons au milieu de la traversée avec du vent fort et contraire (impossible à remonter en catamaran). Situation pas très tentante…

 

Concertation de l’équipage, pour admettre que indépendamment de notre envie d’avancer il y a encore beaucoup de fatigue résiduelle…

 

Nous changeons alors de lieu, pour trouver un refuge plus calme et mieux orienté que Andraitx. A 1 heure de là, nous jetons l’ancre à Camp de Mar. Très bon abri pour les vents de Nord Ouest, et nous y attendons que les conditions soient plus stables pour traverser vers Ibiza. Bonne option finalement. Nous récupérons sainement, déplorant d’être arrivés dans une « crique poubelle » qui a accumulé des sacs de plastique par dizaines. Pas de baignade donc…

 

Nous venons de passer 8 jours sur Majorque avec la sensation de ne pas avoir réellement fait de choix ; nous nous sommes simplement adaptés, avec parfois de bonnes surprises, mais sans globalement y trouver vraiment notre compte…

Et notre « crédit temps » aux Baléares touche à sa fin ; nous savons que nous allons inévitablement devoir écourter la visite à Mélissa, métisse d’ Ibiza…

 

Go ! Au terme de 12 heures de navigation paisible, nous atterrissons sur l’ilot Tago Mago au nord-Est d’Ibiza ; petit caillou qui nous offre un abri de la houle pour la moitié de la nuit, et nous laisse profiter de l’agitation la seconde moitié, le vent s’étant encore inversé…

 

Passer à Ibiza (l’île) sans voir Ibiza (la ville) ce serait dommage… disait Syl !

Me ralliant ainsi à son envie de découverte de ce lieu, nous décidons de rentrer au port d’Ibiza pour être au cœur du sujet.Ibiza

 

J’aurai envie de m’attarder plus tard sur ce ressenti et ce vécu de 24 heures à Ibiza, et je lui consacrerai certainement une page ultérieurement…

En synthèse, je peux écrire que nous en emportons un souvenir marqué, qui justifie pleinement notre décision d’escale dans cette ville où rien n’est vraiment comme ailleurs…   

En quittant Ibiza, nous descendons rapidement sur l’île de Formentera.

 

Formentera ; c’est précisément là où nous aurions aimé nous attarder quelques jours ; selon les informations disponibles sur internet, et divers récits, cet endroit isolé, semblait  avoir conservé des mouillages clairs et tranquilles, de possibles lieux de paix et de sérénité où nous comptions fermer le volet des îles Baléares.

 

La bonne blague !

Les lieux sont sympathiques certes, l’eau cristalline et chaude, sans aucun doute mais la chose a dû s’ébruiter…

Nous sommes effarés de constater qu’il y a pratiquement autant de bateaux au mouillage que de voitures sur le parking d’un centre commercial un samedi… J’exagère à peine !

Les lieux sont saturés de fréquentation, et nous ne sommes qu’à la mi-juin…

Le spectacle est saisissant ; Il y a bien quelques « petits bateaux » mais nous slalomons essentiellement entre des vedettes plus somptueuses les unes que les autres ; plus loin, un « fameux-trois-mâts-fin-comme-un-oiseau-hisse-et-oh-Santiano ! »… yachtPuis un yacht, un navire, appartenant à on ne sait quel milliardaire, nous observons au passage le manège des membres d’équipage au service de cette personnalité… Sur quelle planète sommes-nous ?

 

Bien évidemment, avec notre Ciao aux allures de 4x4 des mers, nous tentons de nous poser à l’écart de tout cet étalage, par 2 mètres de fond, et nous profitons des 26 °de l’eau de cette immense piscine…

Nous serons délogés un peu plus tard suite au passage d’un des ferries desservant le port de « La Savina » ; ce monstre se déplaçant à une vitesse hallucinante, lève des vagues qui arrivent sur Ciao sans que nous ayons le temps de réagir. Basculement latéral, une coque, puis l’autre, et on recommence ; les tasses à café sortent de leurs rangements, la cafetière se retourne, le frigo s’ouvre, tout se qui n’est pas rangé décolle, et notre Syl est cramponnée dans le cockpit convaincue qu’elle va passer par-dessus bord… Ciao n’en fait rien, (il tient trop à son équipière), mais si nous voulons conserver un peu de vaisselle intacte, il semble raisonnable d’aller ailleurs…

 

Moins de 5 minutes plus tard, nous levons l’ancre et rejoignons le « parking du supermarché » le temps d’étudier les cartes et définir un autre point de chute loin, malheureusement très loin des charmes rêvés de Formentera ou le hors-saison se situe vraisemblablement autour du 32 février…

 

A l’heure de ces lignes, nous sommes en escale à Alicante ; les îles sont loin derrière, et en ce qui me concerne, je reconnecte pleinement avec le concept du voyage en bateau ; nous avançons au fil des possibilités, découvrons des lieux moins fréquentés, moins apprêtés, ou la part d’inconnu est plus vaste, tout simplement parce qu’on en attend rien. Je préfère, et de loin…

 

A Alicante, le thermomètre affiche 36,9 degrés dans le carré du bateau ; nous sommes écrasés par la chaleur, et nous sommes à l’heure espagnole attendant la relative fraîcheur de la soirée et c’est l’occasion de finaliser ces lignes.

 

AlicanteCe soir, à Alicante, démarre la fête du Solstice d’été ; du 20 au 24 Juin ce seront 4 jours de fiesta à l’espagnole, les rues du centre-ville sont bloquées ; tels des chars de Carnaval, des réalisations artistiques de dizaines de mètres sont érigées aux quatre coins des quartiers représentant des personnages historiques ou des figures de dessins animés… Les terrasses couvrent des rues entières, les podiums musicaux à peine distants les uns des autres promettent une nuit à un niveau élevé de décibels.

 

Nous ne resterons qu’un soir !

Et le prochain article dans ce blog, dépendra de notre capacité à gérer cette tempête d’un autre genre…

 

A bientôt…

 

 

 

 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 14:20

05 Juin – Minorque, ici Minorque…

 

Eh bien, les amis, les mots sont en vacances, le blog fait la sieste, et les images se dorent au soleil…

 

Ca veut tout simplement dire que tout se passe bien, comme des vacances au soleil et que le capitaine a également les « neurones écrivains » en dilettante…

 

Allez soyons sérieux, voici quelques lignes toutes fraîches…

 

D’abord, constatons que nous avons pris nos repères sur le bateau maintenant ;

les manœuvres de mouillages, les demi-tours « au centimètre » dans les ports pour tenter de faire un plein d’eau, sont devenus presque aussi simple qu’un créneau en ville.

Le second du bord manie les manettes du moteur comme un officier marinier, pendant que le capitaine gambade sur le pont ou sur le trampoline, avec, selon le cas, les amarres, les pare-battages, ou la commande du guindeau pour un ancrage quasi chirurgical entre deux rochers par des fonds bleus clairs dignes des piscines 5 étoiles (je ne sais pas si ça existe ?)

 

En mer, depuis que nous sommes sur les côtes de Minorque, c’est le calme plat, la méditerranée est un lac, et notre vent du moment s’appelle « Yamaha 9,9 Chevaux », pas gratuit, ni écologique, mais un mal nécessaire, pour rester à peu près dans nos dates et nos prévisions de trajet… 

 

 

CALA PUDENT 09Nous avons fait des sauts de puces, de calas en calas, en nous imprégnant de la particularité de chaque lieu ; ici un village de pêcheur, là une simple crique dans les rochers qui constitue un abri pour la soirée et la nuit, ailleurs une plage déserte aux allures de Robinson ; tout doucement, nous prenons le ton du voyage au long cours… 

 

ISLA DEN COLOM

 

Quant aux poissons, ils sont morts… - de rire certainement - car au bout de la ligne de pêche c’est le néant, quasiment le vide sidéral…

Je dis « quasiment » car 3 petits égarés d’une espèce très commune ont accepté de jouer le jeu, en se précipitant sur une ligne de palangrotte posée, au fond… PREMIERE PECHE

Ils se sont dévoués comme pour faire honneur à nos multiples efforts, ils sont montés à bord, puis se sont allongés dans la poêle, donnant un petit sens à nos quelques dizaines d’heures d’action de pêche, sans rien pêcher d’autre qu’un bidon de plastique égaré…

 

L’épuisette quant à elle, reste toute neuve…

Ceci veut aussi dire que notre marge de progression dans cette pratique est infinie…

 

Après un peu plus d’une semaine, nous avons salué Minorque le 4 Juin pour rejoindre sa grande sœur Majorque au terme de 8 heures de traversée.

 

De Minorque il nous reste une sensation mitigée, faite des plaisirs d’avoir découvert des lieux très naturels et charmants (d’ailleurs très recherchés aussi) et de l’agacement de voir parfois implantés des bâtiments monstrueux, hôtels ou résidences de tourisme, en dépit de toute logique esthétique sur des bords de plage superbes. Cala Macarella 19

Minorque la petite dernière à se faire coloniser par l’industrie touristique, semble curieusement à la fois y céder et y résister en même temps… ES GRAU 08

Sa configuration naturelle, contribue à relativiser sa fréquentation, évoquant parfois les paroles dans la chanson de Louise Attaque « elle est pas vraiment belle, elle est pas moche non plus… » Cala Macarella 04

J’ajouterai « mais elle est intéressante à découvrir », en dehors des sentiers battus ; peut-être aurions-nous aimé y passer un peu plus de temps…

 

Cala Galdana 01

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ISLA DEN COLOM 02

 

 

 

 SANDY BAY 05Cala Macarella 27

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Majorque nous est apparue assez majestueuse de loin, avec un relief très marqué ; une vraie tête d’île !

Mais à mesure que la côte Est s’est dessinée plus nettement, les barres d’immeubles, et les concentrations urbaines se sont dévoilées en même temps, avec pour effet de nous inciter à ne pas trop nous attarder sur Majorque… A moins que les jours prochains atténuent cette première impression.

 

Nous nous sommes posés pour une nuit à Porto Cristo, petite enclave portuaire au cœur d’une ville de moyenne importance.

 

Pour l’anecdote, au mouillage, devant la plage, nous avons réalisé l’un des rêves de Syl :

 

2, 5 mètres de fond, eau claire, sable fin …Un plouf  depuis le bateau ! Et rejoindre le sable doux et chaud de la plage en quelques brasses à peine… Humm… Le vrai plaisir de la croisière quoi…

 

Mais, bien sûr, comme tout rêve, à un moment, le réveil est parfois brusque ;

En conséquence, ce matin vers 8 h 30, alors que l’équipage de Ciao est encore loin dans son abandon nocturne, un ferme et retentissant « Ban ! Ban ! Ban ! » ébranle le calme de la cabine, obligeant de capitaine à chausser en une seconde et demie, une tenue minimaliste …

 

Késako ???

Oups ! malgré la lumière aveuglante , deux silhouettes à casquette se dessinent à contre-jour ; dans un zodiac  avec inscription « Police du gouvernement de Majorque »…

Pas de doute, j’ai beau écarquiller les yeux, je vois toujours 2 policiers en uniforme, et un employé du port… (j’aurais aimé un petit déj au lit, mais je crois que c’est autre chose, je ne vois pas les croissants…)

 

On est « mal garés » peut-être…

 

« Passeport, imatriculacioooonnn de la barca  !!! »  No fondéar aqui ! Bla bla bla bla –

Euh, en fait, je crois qu’on est trop près de la plage… Il y avait une bouée jaune à ne pas dépasser, et elle est loin devant… Ben oui, mais le rêve de la Syl alors !!!!

 

Bon ; après avoir noté tous les numéros de tous les papiers, l’adresse, et le nom du capitaine (comme par hasard uniquement du capitaine…), nous sommes fermement invités à sortir de l’endroit… Ok ok.

 

J’ignore à ce stade si je recevrai, au retour un courrier aux couleurs espagnoles, avec en bas à droite un chiffre en Euros…

 

Il y a parfois des questions qu’il vaut mieux ne pas poser…

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 13:41

Que dire si ce n’est que nous avons approché la perfection lors de cette navigation…

Le rêve du plaisancier, le caviar du voilier, seraient des qualificatifs tout à fait de circonstance.

 

Nous sommes partis de Banyuls au petit matin, le Jeudi 24 mai, sur « une queue de Tramontane », vent violent qui souffle du Nord-Ouest dans la région du Languedoc –Roussillon, en ayant pris la précaution d’attendre que sa puissance soit sur le déclin.

 

Le départ a été énergique pendant quelques heures, poussés par un souffle encore bien présent, et des trains de vagues ayant retrouvé des hauteurs raisonnables (autour de 1 m, 1m 50)…

Le cap Creus, bête noire de la région s’est passé «comme une lettre à la poste » ; nous l’avons respectueusement salué, à bonne distance, tout ayant conservé (au cas où) une réduction de voilure, permettant de faire face à un « coup de gueule » de Môssieur le Cap.

Il n’en fit rien…

 

Rapidement, ensuite, nous avons trouvé un vent stable en direction, régulier en puissance, ni trop, ni trop peu, et notre compagnon Ciao, s’est mis à glisser élégamment sur une mer de plus en plus plate…

Entre 15 heures le Jeudi, et l’arrivée en baie de Fornels sur l’île de Minorque le lendemain à 13 heures, nous n’avons eu pratiquement aucun réglage de voile à effectuer, restant sur une allure de « près bon plein, tribord amures » (c'est-à-dire à environ 60 degrés d’un vent venant de notre droite). Tel un train sur ses rails, notre fier Ciao a tendu ses étraves sur le même point de l’horizon, jusqu’à ce qu’en sortent dans la brume du matin, les pointes rocheuses de l’ile.

 

Au menu de la soirée et de la nuit en mer, il nous a été copieusement servi  :

 

-          Un délicieux coucher de soleil doré et limpide,

 

Suivi de

 

-          Nuit sous une voûte d’étoiles magnifique, avec vision de la voie Lactée, et des constellations mythiques parmi lesquelles j’essayais de repérer le Sagittaire plein Sud, L’aigle avec Altaïr, Saturne dans la Vierge… avec une inévitable pensée vers nos ancètres dont les étoiles étaient les seules pouvant les guider…

 

-          Caresse légère et permanente du vent d’Ouest,

 

-          Aube délicate à peine fraîche, apportant dans ses premiers instants une étrange lueur métallique à la mer…

 

Pour le dessert,

 

-          Tour de magie de l’ami soleil, qui est réapparu à l’opposé de là où il s’était caché, flamboyant et gaillard, visiblement heureux d’avoir éclairé quelques milliards de nos semblables de l’autre côté de la planète…

 

Et en supplément, surprise de Neptune : Ballets de dauphins aux premières heures du matin

 

    


 
                                           

 

Bref un enchantement de croisière, pendant laquelle nous nous sommes relayés à la surveillance de la route, esquivant largement de temps à autre la trajectoire d’un cargo, où d’une embarcation de pêcheurs.

Le pilote automatique, « Mimi » s’est cette fois admirablement comporté, nous permettant d’effectuer une veille à l’intérieur, bien calés dans les banquettes du carré.

 

Nous voici, pour commencer, en escale sur l’île de Minorque, en baie de Fornels (au Nord de l’île), avec au programme de la semaine prochaine de nombreux petits mouillages dans les calas (calanques) rocheuses dont nous vous dévoilerons les couleurs dans un prochain texte…

 

Je referme cette page avec des pensées vers vous qui nous lisez, et qui êtes peut-être au travail, vers nos jeunes qui passent leurs examens, les parents, les enfants, nos voisins et nos amis, vous tous, dont les petits mots en commentaires, font des étoiles supplémentaires dans notre ciel.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 10:09

22 Mai 2012 - Ciao pause en Roussillon…

 

 

Tout comme un papillon trouve une jolie fleur, un bateau en croisière se pose naturellement dans une petite crique, ou un petit port typique, coloré, chaud ; l’équipage à peine débarqué goûte alors l’ambiance des vacances, au gré d’un petit marché animé, ou d’une terrasse ombragée…

Quelques jours plus tard, le papillon déploie ses voiles et avance vers un autre nectar sucré, d’autres façades inondées de soleil, des petites places sous les palmiers et autres icônes exotiques synonymes de dépaysement, et du plaisir de voyager...

 

Ce serait alors l’été, la saison des jupettes, des « petits hauts » chers à ces dames, des shorts et tee-shirts…

La mer à peine ridée, serait d’un bleu turquoise, un petit air viendrait rafraîchir les sourires, agiter les boucles des brunes, et leur faire danser les paréos…

Une petite glace ? Un tour à la plage ?

Humm…

 

Normalement ce serait comme cela…

Mais il semblerait que 2012, (année, paraît-il, de bouleversements) ait décidé en ce début de saison, de placer la Côte d’Azur en Alsace, et l’Ecosse en Roussillon…

 

Voyons …

 

A l’issue de notre première navigation, nous avions trouvé abri à Port-Vendres et nous y sommes restés deux jours au quai des pêcheurs, sous un ciel maussade, gris, plombé.

Séjour aux allures britanniques, où jeans, pulls, et blousons sont restés de rigueur...

 

-          Un temps de février ! Disaient les commerçants…

 

Bon ! Pas grave ! Nous avions besoin de récupérer, peu importe le temps qu’il a fait !

 port vendres

 

                                          Ciao à Port-vendres

 

Le jour le plus favorable (ou le moins mauvais) pour quitter Port-Vendres étant à priori Dimanche 20 mai, Ciao a largué ses amarres à 06 h 30 le matin, l’équipage vaillant et reposé.

 

Ce jour-là, dès notre réveil, nous nous trouvions déjà sous une pluie nordique ; et c’est vêtus de tous les polaires disponibles, vêtements imperméables, bottes, veste de quart, que nous avons appareillé.

Sous l’effet des coups de vents au large, la méditerranée était houleuse et grise, donnant le triste reflet du ciel tourmenté…

L’orage grondait sur la montagne ; l’horizon était bouché, laissant le loisir à quelques éclairs de déchirer la sombre grisaille au large… Pas engageant…

Un seul papillon a été aperçu en mer, et il rentrait s’abriter précisément là, d’où nous sortions…

 

Subitement la radio du bord a émis un bulletin spécial un peu nébuleux, annonçant une dégradation générale dans le courant de journée, contredisant ce qui avait été annoncé la veille ; il est vrai que ces jours derniers, les prévisions météo se sont montrées très changeantes.

C’est dire que de toute évidence les ordinateurs de météo-France et d’ailleurs n’y comprennent pas grand-chose à ce début 2012…

 

A peine étions-nous en mer, que l’idée de poursuivre dans ces conditions ne me ravissait plus du tout ;

Sur la route du Sud, il y a le cap Creus à passer, et sa réputation n’est plus à faire.

Je sais par ma petite expérience que si le temps se gâte sous les orages, nous allons vivre des moments pour lesquels j’estime que nous ne sommes pas encore suffisamment préparés : notre connaissance du bateau est insuffisante, notre amarinage n’est peut-être pas encore achevé.

 

Ce principe que m’enseignait mon grand père : « dans le doute abstiens-toi », est-il encore valable ?

En ce qui me concerne, et lorsqu’il s’agit de partir en mer : « oui ».

Syl plus confiante aurait volontiers poursuivi, se référant peut-être à Publius Syrius, (esclave conduit à Rome puis affranchi) : « le courage croît en osant, la peur en hésitant »…

 

La responsabilité revenant de fait au capitaine, Ciao est entré dans le port de Banyuls après 2 heures de navigation…

 

banyuls

 En saluant les bouées rouge et verte de l’entrée, nous savons que nous serons certainement bloqués ici plusieurs jours…

 

A Banyuls aussi il pleut.

 

La baie est plutôt jolie, avec ses maisons à flans de coteaux, son petit port niché dans un  recoin de la côte. Il n’y a pas de touristes. Nous apprendrons que nous sommes le seul bateau de passage.

 

Quelques instants nous réexaminons nos choix…

« Peut-être aurions-nous dû continuer ? » 

« Mais jusqu’où ? »

La côte espagnole a également pris des airs de côte bretonne, toute la région méditerranéenne est sous le mauvais temps… Les îles Baléares sont hors d’atteinte pour le moment, les vents sont contraires…

 

 

De toute façon, pour l’heure, l’option est prise : Escale à Banyuls.

 Alors vivons-la pleinement et faisons contre mauvaise fortune bon cœur…

 Que nous manque-t-il ?

 Nous avons chaud, nous sommes au sec, de quoi manger, en bonne santé…

 La vie est belle !

 

 

BANYULS 02

C’est l’occasion de bouquiner, de recentrer les idées, d’écrire pour le blog… (et de dire à chacun des lecteurs :  « merci pour vos petits mots laissés en commentaires sur nos précédents écrits… on a l’impression de vous emmener avec nous »)

 

Ce sera aussi une escale technique pour régler un souci mineur mais particulièrement casse-pieds.

Nous devons trouver de quoi réparer le palan de grand-voile de Ciao qui a fréquemment lâché prise dans la première navigation ; au démontage, il montre des signes de faiblesse, il est fendu et menace de casser ; il va falloir le remplacer.

 

L’autre avantage (et pas des moindres) de l’escale au port dans ces conditions humides et fraîches, est de pouvoir brancher un chauffage électrique, pour sécher l’atmosphère, les vêtements, la literie qui absorbe l’humidité ambiante.

 

Et pour fêter çà nous ferons du pain, et une tarte aux pommes puisque le four est chaud !

 

Allez un petit coup d’œil sur internet :

Une amélioration s’annonce pour le Mercredi 23, si elle se confirme, notre papillon Ciao prendra un cap au Sud, direct vers Minorque (la plus petite des Baléares, la plus à l’Est aussi).

 

C’est une navigation « XXL » pour Ciao au stade où il en est. Minorque est à 155 milles de là où nous sommes, ce qui devrait nous occuper pendant environ 30 heures, donc tout le monde a compris qu’il y a une nuit incluse… Reste à souhaiter que le pilote automatique soit vaillant cette fois (n’est ce pas Mimi ?), et la mer clémente…

 

Quant au seau bleu oublions-le, peut-être nous oubliera-t-il aussi ! 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 23:21

Baptême du feu…

 

Voilà 6 mois que nous fantasmions sur la première navigation du nouveau Ciao avec des dizaines de questions…

 

Cette « nav » revêt aussi toute son importance dans beaucoup de domaines, car elle réunit en elle beaucoup de « premières fois »…

 

A vous, qui nous accompagnez par vos petits mots dans le blog, vos sms,  vos petits mails, la voici dans ses principales lignes :

 

Jeudi 17 Mai 2012

Au départ de Port Napoléon à Port Saint louis du Rhône, l’humeur est légère ; il est 05 h 30 au point du jour l’image est jolie, prometteuse d’une belle journée, ciel limpide, rosé vers l’est, vent faible et dans le bon sens pour nous… Les prévisions météo se confirment, et nous devrions avoir ce temps toute la traversée. Nous nous dirigeons vers Cadaquès (Espagne), à 100 milles (180 km)

 

Tout fonctionne correctement, le bateau avance vite, à pratiquement 7-8 nœuds ; je n’ai pas d’anémomètre et j’estime que nous avons un force 3 ; nous portons toute la toile…

 

Deux heures après le départ, le vent faiblit un peu, nous envoyons le spi… Super !

Nous avançons à 5 nœuds à présent. C’est agréable, mais nous savons qu’à cette allure nous n’arriverons pas de jour.

 

Nous nous prenons à faire des parallèles avec ce que nous connaissons du bateau précédent, et nous sommes ravis, d’évoluer à plat. Le sillage est vif, bruyant, comme le roulement des vagues en bord de plage ; il y a une certaine puissance qui se dégage de ce déplacement fluide, sur une mer belle. Un régal.

 

Nous enclenchons le pilote automatique, et comble du luxe en navigation, nous prenons un bon petit déjeuner à table, (c’est une première fois) café, pain beurre confiture, comme à la maison… et jusque-là, tout est conforme au rêve !

 

Vers 11 heures le vent changeant de direction, nous devons affaler le spi.

Tiens ! Voilà la première blague de la journée : le spi se coince dans sa chaussette ; il reste totalement déplié, battant au vent qui monte un peu maintenant. Il ne faut pas trop traîner comme çà…

Je dois finalement batailler pour l’affaler en grand sur le trampoline, avant qu’il ne passe à la mer, et le rentrer petit à petit dans son fourreau. Quelque chose ne fonctionne pas dans ce montage !

Il faudra y regarder plus tard, au calme, car là avec ce petit quart d’heure tonique sur l’avant du bateau, à regarder en l’air, j’ai le cœur à l’envers. La mer est un peu agitée maintenant.

 

C’est d’ailleurs aussi la première fois que nous entreprenons une longue navigation sans être amarinés ; c’est la première sortie de la saison, et il faut croire que « la patate » qui me sert de cerveau a oublié ses acquis de l’an dernier !

Il me faudrait une petite récupération au calme...

 

Que nenni ! C’est le vent qui commande, et là il me donne l’ordre de réduire la voile ; Il arrive de travers, le bateau accélère, les vagues se forment, et ciao commence à me dire qu’il a besoin qu’on s’occupe de lui.  Bon ok, on prend 2 ris d’emblée on sera tranquilles…

 

Monter sur le pont se concentrer sur la voile, capeler correctement les bosses de ris, font que j’oublie de gérer mon équilibre pendant le même temps…

 

Et c’est comme çà qu’a commencé le « festival du seau bleu » !

Quand on a l’estomac près des lèvres, les manœuvres ont tendance à accélérer les choses…

 

Vers 13 heures Syl, se prépare des œufs durs, et une grande salade dans le carré qui gigote passablement. Globalement pas trop perturbée par les mouvements du bateau, elle se fera un repas en tête à tête avec elle-même...

Pour ma part un simple regard sur le plat me suffit…

 

Je pense que maintenant les choses vont rentrer dans l’ordre. Le bateau est stable, et file à 7 nœuds avec les voiles réduites ; nous sommes maintenant au près, à 60 ° du vent environ.

 

Une heure plus tard de gros nuages noirs se profilent devant nous, et par précaution je prends le 3° ris dans la grand voile.

Ca c’est une idée que j’ai trouvé excellente par la suite, il est 16 heures 30, nous sommes maintenant à environ la moitié de la route, au beau milieu du golfe du Lion, et la mer est bien formée à présent, le vent nous gifle à Force 5-6 maintenant, Ciao est secoué à cette allure de près qu’il devient difficile de tenir.

 

Le baromètre du bord, sonne une alerte « baisse de pression - vents forts probables »

 

Nous prenons la décision de nous dérouter vers Port Vendres, pour soulager le bateau, et avoir un angle moins pointu avec le vent. De toute façon, nous savons que nous arriverons de nuit, et qu’un mouillage entre les rochers de Cadaquès ne serait pas envisageable.

 

Petit à petit le vent monte encore, la mer aussi ; Force 6 établi, avec parfois des rafales supérieures. 3 ris, et génois ½ roulé, nous défonçons les vagues à 8-9 nœuds. C’est une machine à laver, et nous sommes la petite boule de lessive au milieu…

 

Il m’est à nouveau arrivé de me confier deux ou trois fois au seau bleu, et Syl m’a maintenant rejoint ; la grande salade a fait demi-tour…

 

Vers 19 heures, le pilote automatique (amicalement surnommé « Mimi ») nous lâche, incapable de tenir le bateau sous les impacts des vagues. Bravo Mimi ! Mais bon… On t’en veut pas…

Nous comprenons que nous allons devoir tenir la barre pour le reste de la route. Heure d’arrivée prévue par le GPS : 03 h du matin… çà fait 8 heures à tenir, çà promet d’être chaud !

 

La nuit tombée, nous fonçons littéralement dans le néant, ne voyant que les étraves du bateau qui bondissent et nos deux petits bouts de voile qui frétillent dans les écarts de barre.

Regard scotché au compas, tour à tour, nous maintenons notre cap vers Port Vendres, mais le vent a tourné encore un peu ; l’allure est très près du vent donc très inconfortable… J’avais lu que les catamarans n’aiment pas les allures de près, maintenant c’est vérifié…

 

Le festival du seau bleu bat son plein, tour à tour, c’est organisé, minuté, rythmé! Tous les quart d’heure, il y a maintenant une vaccation… C’est amusant à écrire après, mais sur le moment, les forces commencent à manquer, le froid à attaquer. Il faut s’auto-motiver pour tenir bon.

Syl pensait à un bon lit bien chaud, ou encore à cambrioler la valise de secours de la Mimi (voir précédente vidéo). Moi je me disais que j’allais inscrire des mots d’encouragement au fond du seau pour les prochaines fois…

 

Régulièrement les plus grosses vagues franchissent le bord du bateau, et scotché à la barre on se fait copieusement rincer.

 

Là, aux petites heures de la nuit, le rêve, a clairement pris une tête de cauchemar. Comme dit Renaud, c’est de la plaisance, c’est le pied !

 


 

 

Et la Baston dans la nuit était aussi une première …

 

Néanmoins, à aucun moment, il nous a semblé être en danger ; le bateau a gardé un comportement bien équilibré malgré les coups de boutoir de la mer ; même si à un moment nous avons eu la sensation de décoller et de retomber lourdement. Juste impressionnant…

 

Lorsque le cap Béart a pointé son phare juste devant, nous avions encore environ deux heures à tenir, et petit à petit la mer et le vent se sont modérés.

 

Les lumières de la côte devenant visibles, nous retrouvions nos forces dans le calme relatif, mais nous ignorions qu’il nous restait une petite épreuve juste pour tester notre combativité…

 

Des éclairs lointains, puis de plus en plus proches se sont mis à nous entourer… Dans le fracas des vagues encore bien présentes, nous entendions le tonnerre se rapprocher…

Pour le bien il aurait fallu débrancher les appareils électroniques, et poser la tresse de masse prévue pour canaliser la foudre en cas d’impact (improbable mais quand même…) avec le mât.

Nous nous sommes regardés, et nous avons poursuivi notre route sans rien modifier, un peu dépassés pour lutter, et nous disant « si on doit griller ce soir, c’est que c’était notre heure »… Je me souviens avoir dit à Syl, « si tu connais le langage des anges, c’est le moment de leur faire un petit coucou »…

 

Finalement, sans recevoir plus que quelques gouttes éparses, les éclairs nous ont considérablement aidés à repérer l’entrée du port dans la nuit d’encre ; chaque coup de flash, nous renseignait un peu plus précisément sur l’approche à réaliser. Excellent !

Cadeau des anges ? En tous cas merci, car nous avons eu vraiment la sensation d’être aidés sur la fin…

 

03 heures du matin, après 21 h de navigation nous nous amarrons dans le bassin de pêche de Port-Vendres, nous échangeons quelques mots dans le carré, conscients d’avoir approché nos limites (pas celles du bateau), et nous relativisons notre « gentille promenade » avec les exploits des tour-du-mondistes de course en solitaire…

 

Le sommeil fut particulièrement lourd et profond à bord de Ciao, mais seulement pendant 2 heures, car interrompu par :

« toc toc toc… Faut changer de place ! Il y a un paquebot qui arrive ! »

Grrrr !!! gchmele !!! et autres onomatopées non transcrites ici…

 

A bientôt pour la suite…

 

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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Nous sommes partis de Hendaye le Lundi 14 Juillet 2014

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