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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 23:00

La traversée entre L’île de La Palma et Gran Canaria, s’est révélée un peu plus calme que prévu ; Trente neuf heures d’une longue journée glissée en sandwich entre deux nuits de pleine lune, en ont malgré tout fait une navigation agréable, engourdis par le rythme des quarts que nous commencions à oublier.

Avouons aussi qu’il a parfois été nécessaire de souffler un peu dans les voiles pour faire avancer Agur... (Qui regarde trop la météo navigue au bistrot, ou met en route le Volvo ! - n’est-ce-pas Jules !)

Nous avons été à trois ou quatre reprises escortés par les dauphins, et au large de Tenerife, pour la première fois, nous avons longuement côtoyé un groupe de globicéphales.

2015 05 22 - Las Palmas, escale technique.

Oh ! En dehors de notre conscience que leur apparition n’est pas très fréquente, le spectacle est néanmoins assez limité ; un souffle « style geyser », quelques gros ailerons émergeant près du bateau révélant par les remous des masses corporelles assez lourdes, sombres, davantage intrigantes qu’attirantes ! Et puis plus rien…

Ah si ! Encore un peu plus loin exactement la même chorégraphie…

A gauche, à droite, devant, nous étions cernés de « globis », craignant plus ou moins d’en égratigner un, plus distrait que les autres, qui somnolerait sur notre trajectoire. Tout s’est bien passé.

2015 05 22 - Las Palmas, escale technique.

Cependant, impassibles, ces derniers ne nous ont absolument pas rendu notre salut amical ; nous avons pris quelques photos, mais pas eux ! Bref une absence totale de connivence qui contraste avec celle des dauphins toujours prêts à faire une cabriole enjouée entre les deux étraves, ou un clin d’œil au barreur !

Arrivés à bon port, nous sommes maintenant en mode statique, à Las Palmas, et chose suffisamment rare pour le signaler, Agur est fermement amarré en marina pour quelques semaines, chaîne et ancre rincées à l’eau douce, s’il vous plaît !

Plus rien ne bouge à bord, nous en sommes agréablement surpris, après ces très longues périodes au mouillage, où nous avions pris l’habitude de la mouvance perpétuelle, jusqu’à ne plus la ressentir, même si parfois les mouvements devenaient particulièrement accentués sous l’effet des houles résiduelles qui contournent les îles quand les conditions se dégradent…

Nous redécouvrons qu’il n’est plus nécessaire de tout caler, de tout ranger, nous osons à nouveau poser tasses, verres et bouteilles sans précaution, oubliant totalement le risque de les retrouver en bonne voie de se fracasser au sol, bref nous reprenons quelques mauvaises habitudes…

Mais le confort se paye, car nous étions parfaitement amarinés et nous risquons bien maintenant de perdre une grande part de ces précieux acquis ; après ces quelques semaines d’immobilité, il nous faudra réapprendre à gérer ces sensations pâteuses voire nauséeuses des premiers jours en mer…

L’escale à Las Palmas c’est aussi l’occasion de faire la maintenance technique à bord, vidanges des moteurs, filtres à huile, à gasoil, et autres réjouissances odorantes dans les endroits les plus sympas du bateau, et les plus vastes bien entendu.

A ce propos, nous avons rencontré une curiosité lors de nos vidanges de liquide de refroidissement, une petite énigme à priori résolue et qui peut être utile à d’autres que nous :

Nous avons vidé 2 à 3 litres de liquide de plus que nous n’en n’avons remis avant d’arriver au niveau maxi ! Etonnant non ?

Incrédules, nous avons recompté nos bouteilles, et pas d’erreur : 2 litres d’écart minimum à chaque moteur…

Remettre moins que l’on ne vidange n’a rien de logique ! Nous pensions avoir oublié une étape quelque part ; une purge, un remplissage partiel ?

Nos questions avaient beau se diversifier, elles ne trouvaient pas de réponse claire pour autant : une poche d’air quelque part ? Qui va se réguler au fur et à mesure des utilisations ?

Pour valider ces débuts de raisonnements, nous avons fait tourner chaque moteur 1 heure ; petite victoire : il a été possible de compléter un peu les niveaux, mais pas à la mesure des 2 ou 3 litres de différence et loin de là !

Perplexes…

Parmi les voisins de pontons, personne n’étant inspiré, nous avons fini par interroger le revendeur Volvo implanté ici à Las Palmas :

Les moteurs n’ont pas suffisamment chauffé, en une heure de fonctionnement à relativement bas régime, pour que tout le circuit se soit totalement ouvert au liquide de refroidissement. Une partie du circuit du moteur prendra la quantité de liquide qui lui est nécessaire plus tard lors de nos prochaines navigations lorsque les moteurs seront davantage sollicités…

Tout serait donc normal.

Il suffira de surveiller aux prochaines navigations et de compléter.

En dehors de ce petit questionnement, nous avons conduit nos révisions complètes, (huile, gasoil, inverseur, pompe à eau de mer, etc…) « comme des chefs », sans cacher une certaine auto satisfaction (on n’est jamais si bien servi que par soi-même) et en signant au final le carnet d’entretien comme les plus consciencieux des professionnels !

Côté « fun », nous attendons de pied ferme nos premiers estivants sur Agur, qui arrivent avec les premiers jours de Juin ; nous avons tout un panel de possibilités pour agrémenter leurs quinze jours de vacances, sans encore savoir quelles options seront choisies, car en bateau, ce n’est pas nous qui choisissons, c’est la météo (encore elle) et nous espérons qu’elle soit sympa avec nous.

Nous avons actuellement d’étonnants épisodes frisquets, et très venteux, avec de gros nuages gris menaçants… Effet local ? Peut-être ! Nous sommes à Las Palmas…

Sur une demi-plaisanterie, nous nous disons que la nature abat ses « mauvaises cartes » avant l’arrivée de nos vacanciers, pour nous réserver ensuite des conditions idéales…

Verdict dans un mois…

Quoi qu’il en soit le mois prochain s’annonce particulièrement « touristique » sur Agur, et l’ambiance à bord - elle- a de forte chance d’être au « beau-fixe », et s’il y a quelques averses il est probable qu’elles soient de Sangria ou de Rhum arrangé !

Sachez par ailleurs que si d’aventure ma correspondance sur le blog pendant cette période en souffrait, ce serait certainement l’explication ! (explication = la fréquentation touristique ; pas les averses de sangria !)

A une prochaine vague sur www.ciaociao33.com !

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 17:20

Complètement à l’Ouest !

Force est de constater que notre séjour à La Gomera, bien qu’il y fût assez long, n’a étrangement pas été de nature à initier de grands écrits sur le blog…

Cette île est charmante, et tout simplement elle nous a charmés.

Nous nous sommes laissés hypnotiser par sa douceur, par sa nature, et comme ici le temps ne semble pas avoir de prise sur les lieux ni sur les personnes, sept semaines sont passées comme seulement sept jours ou sept minutes, entre ballades, lectures, et un petit mot tout simple mais ô combien magique : la « Vie ».

Il m’est intéressant de constater au passage, que j’ai spontanément à ma disposition moins de mots pour exprimer ce bien être simple et harmonieux, que pour narrer les différentes situations d’ordre matériel qui habituellement occupent la majorité du temps… Qu’importe, retenons que l’essence de cette île a quelque part communiqué subtilement avec les nôtres, et y a laissé de bonnes sensations.

Le matin du 22 Avril des conditions optimales étaient en place, et nous avons fait voile vers l’île de La Palma à une dizaine d’heures de navigation.

La Palma

Rejoindre La Palma, l’île la plus à l’Ouest de l’archipel constituait un double objectif :

  • Découvrir une île réputée peu touristique, au relief marqué et à la végétation généreuse.
  • Nous positionner géographiquement de manière à rejoindre plus facilement le port de Las Palmas de Gran Canaria au centre de l’archipel, avoir le temps de régler quelques petits points de maintenance du bateau, et nous préparer à recevoir nos jeunes vacanciers début juin.
2015 05 06 - Complètement à l'Ouest

Autant le temps s’était arrêté à La Gomera, autant il a repris du service à La Palma, nous bousculant un peu dans une nonchalance qui commençait naturellement à nous gagner.

 

Nouvelle île, nouveau système météo.

 

Nous avons dès les premiers jours, tenté une sortie dans la partie centrale de l’île, sans y voir autre chose qu’une couverture nuageuse dense et menaçante ; bref une ballade sur une journée mal choisie et sans grand intérêt.

 

Nous avons rapidement compris que le relief culminant à 2400 mètres gérait à lui seul notre planning de visites de l’île, commandant à sa guise nuages, averses, ou beau temps.

 

Subitement quelques jours plus tard, un ciel bleu immaculé semblait prévoir de s’installer pour plusieurs jours.

 

Nous en avons profité pour louer aussitôt une voiture durant 3 jours et sillonner ce bout de terre fertile, où les habitants s’activent principalement autour de la culture de la banane.

 

De plaines maraîchères en ravins escarpés, en passant par des cascades surprenantes, ou des quartiers de villes authentiques, nos itinéraires furent variés, et nos journées surbookées de 8 heures le matin à très tard le soir. Mais avec plaisir !

le sud de l'île

le sud de l'île

Tazacorte et ses décors de mosaïques

Tazacorte et ses décors de mosaïques

ses quartiers typiques

ses quartiers typiques

Fraîcheur...

Fraîcheur...

Couleurs !

Couleurs !

Chaleur !

Chaleur !

Saveurs...

Saveurs...

La Palma vaut la visite c’est sûr ! Et peut-être d’y consacrer quelques semaines, pour découvrir le meilleur des multiples sentiers de promenade qui y sont aménagés.

Mais voilà qu’à peine la voiture rendue, alors que nous aspirions à retrouver un certain calme qui caractérise plutôt notre vie à bord, et à préparer d’autres promenades, les fichiers météo montrent une courte fenêtre favorable pour une traversée vers Las Palmas.

Cette navigation qui nous demandera entre 30 et 36 heures de navigation, n’est pas des plus faciles, car elle se trouve la majeure partie du temps contre le vent dominant, et de ce fait se pressent assez rebutante.

Réflexions intenses sur Agur : comparaison des options, calculs, choix. Nous avions prévu de partir vers le 20 mai, nous ne sommes que le 6 ! Mais y aura-t-il un autre créneau vers le 20 ?

Evidemment nul ne le sait !

Avec la météo, c’est toujours une loterie, et c’est ce qui rend particulièrement difficile de se donner des rendez-vous dans un port ou dans un autre avec des dates impératives…

En joueurs timides, peut-être, au lieu de relever de défi d’attendre le 20 Mai dans la totale incertitude, nous choisissons plutôt de lever l’ancre ce soir, mercredi 6 !

Nous profiterons de nuits de pleine lune, ce qui est plutôt agréable, et d’un vent d’Ouest puis Nord Ouest, donc portant, et devrions arriver vendredi au petit jour sur Las Palmas, juste avant que la fenêtre ne se referme… Nous aurons davantage de temps pour notre préparation là-bas.

Allez, avec un clin d’oeil : pensez que pendant que vous serez sous vos douces couettes, nous veillerons tour à tour sur la marche du bateau, ces deux nuits prochaines ; et de notre côté nous vous imaginerons dans les embouteillages jeudi et vendredi matin lorsque le soleil se lèvera sur l’immensité qui nous entoure !

Je ferme vite l’ordi et je rejoins Syl qui déjà s’affaire à la cuisine pour anticiper nos prochains repas en mer.

A bientôt sur le blog de Ciao !

nota : des modifications de programmation sur la plateforme du blog rendent mes mises en pages difficiles, aléatoires, et inesthétiques. Désolé, je n'ai pas encore trouvé la parade !

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 19:34
Ballade à La Goméra.
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- " J'ai passé toute ma vie dans ce village ; c'est une vie paisible, tranquille ; je suis née ici, et depuis rien n'a changé "...
 
 
Ce sont les quelques mots recueillis au détour d'une ruelle en escaliers, auprès d'une villageoise d'Imada.
 
Du haut de sa montagne et de ses 70 ans au moins, cette "mamie canarienne" affiche un sourire édenté, mais généreux et serein, comme si la naïveté de son enfance s'était, elle aussi, prolongée intacte jusque là. Depuis ce balcon naturel penché vers l'océan, chaque jour de son existence, elle se nourrit de ce panomara plongeant sur le versant sud de l'île, gravant dans sa mémoire toutes les nuances de verts qu'offrent les cactus, les bruyères et les palmiers.
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A peine humectés aux bons soins d'une cascade aujourd'hui bien avare, les jardins en terrasses, aménagés au fil des générations, fournissent aux villageois à la fois l'occupation et la ressource, et leurs petites maisons simples semblent répondre à ce dont ils ont besoin, rien de plus...
 
Imada, village encore épargné des folies du monde moderne, est à l'image de cette île toute entière, qui est restée dans sa fraîcheur naturelle sans être arrièrée pour autant.
 
Les voies de communication sont impeccablement entretenues, un réseau de transport en commun sillonne toute l'île, un petit aéroport assure les vols inter-îles, et même (à regrets) quelques pylônes aux multiples antennes hérissent certains sommets, pour nous permettre d'assurer nos "indispensables bavardages" entre semblables...
 
Seulement 17 000 habitants sont répartis au sein d'une poignée de villages, sur cette pastille volcanique d'une vingtaine de kilomètres de diamètre, émergée de l'océan il y a quelques deux millions d'années...
 
Sur une aussi petite surface, le relief culmine quand même à 1500 mètres d'altitude, c'est dire que s'il complique un peu les déplacements sur l'île, il offre en contre-partie des diversités saisissantes de paysages.
 
Sur dix kilomètres de marche, nous avons traversé successivement des larges espaces très aériens (et très aérés aussi) , des forêts anciennes, denses, humides et moussues, des côteaux fleuris printaniers, et nous avons terminés entourés de cactus, traversant le lit d'une cascade aussi assoiffée que nous...
 
En vous détournant exactement 5 minutes et 20 secondes de votre temps précieux, sur une chanson d'un artiste local Juan MESA, nous essayons de partager avec vous le sourire que nous inspire La Gomera.
 
Nous ne trahirons aucun secret si nous avançons que nous nous plaisons ici...
 
 
(mettre le son, et cliquer sur l'icône "youtube", puis sur "plein écran" de manière à profiter au mieux de cette interlude simplicime)
 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 22:26

Du point de vue de la météo, les côtes Sud tiennent leurs promesses ; quelques degrés en plus, un peu plus de soleil (quoique pas tous les jours), et moins de vent ! Mais de là à dire que les lieux sont agréables…

 Gran Canaria sud

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Hotels-immeubles ou immeubles-hôtels ;  et entre ces lieux « sur-bétonnés » : pas grand-chose !

 

En dehors du site naturel de Maspalomas, coqueluche des documents touristiques, constitué il est vrai, de jolies dunes évoquant un coin de désert africain, le reste n’est que roches grises, éboulis et galets.

Bref, normalement il n’y aurait pas de quoi provoquer une déferlante d’admirateurs ; et pourtant ils y sont venus, ils y viennent par avions complets, et il y a fort à croire qu’ils y viendront encore longtemps…

 

Ils sont allemands en grande majorité, d’autres débarquent de Scandinavie, ou du Royaume Uni. Actuellement, durant les mois d’hiver les hôtels affichent leur fréquentation maximale.

Ce beau monde s’ébat sur les terrasses des palaces, rares endroits où l’herbe (parfois synthétique) est verte, et où s’élèvent de fiers bouquets de palmiers ornant les lagons bleus des piscines. C’est en effet assez joli, luxueux même, mais c’est totalement artificiel. Jusqu’à avoir créé de toutes pièces des plages de sable blanc sur lesquelles stationnent des bataillons de parasols et de transats alignés à la perfection , prêts à accueillir l’offensive des fesses pâles.

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Au pied des hôtels, il ne manque rien : boutiques de gadgets tous azimuts, restaurants,  salles de fitness, spa, soins esthétiques, coiffeurs, bijouteries, parfumeries, supermarchés, activités nautiques variées et organisées… Et quelques centaines de mètres plus loin, face à une autre zone hôtelière, on prend les mêmes et on recommence.

Systématiquement, avant toute salutation dans leur langue maternelle, les  commerçants qui semblent immédiatement nous avoir identifiés comme des « proies »,  (ou des poires ?) s’adressent à nous en allemand, puis en deuxième tentative en anglais. Ils paraissent particulièrement étonnés lorsque nous demandons des explications en espagnol, et très souvent ils nous répondent en anglais, cachant assez mal leur empressement à nous vendre quelque chose… Nous faisons évidemment rarement affaire dans ce cas, mais peu importe, il y a tant de gibier à plumer ici qu’ils passent à d’autres tourtereaux.

En vitrine des magasins, restaurants ou points d’information, les affichages sont en allemand.

La musique diffusée sur les terrasses est allemande parfois anglaise, la bière est de marque « Bavaria », les écrans sont calés sur les chaines allemandes.

Nous n’avons rien contre le peuple germanique, mais nous trouvons surréaliste, qu’ici, les Canaries ne soient plus tout à fait espagnoles ; serions-nous passés outre Rhin au milieu de l’atlantique ! Un monde parallèle ?

Soyons sérieux, hormis quelques degrés, et la sécheresse, nous cherchons encore à comprendre quel est le dépaysement pour ces touristes qui quittent leur pays pour retrouver quelques milliers de kilomètres plus loin quasiment les mêmes repères que chez eux.

 

Déçus et perplexes, nous avons de manière générale des difficultés à comprendre où se trouve l’intérêt touristique de ce littoral ; nous en déduisons que les canariens ont vendu « le soleil » à ceux qui en sont le plus privés, et ils y ont ajouté tout la panoplie « touristique » qui l’accompagne.

Ils semblent bien avoir vendu en même temps une bonne partie de leur âme, mais en ont-ils seulement pris conscience ?

 

Même avec de la bonne volonté, il est inutile de chercher une quelconque profondeur ici, tout n’est que superficie, vernis de faux exotisme, qui est de surcroît, posé sur un support qui laisse sérieusement à désirer…

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En dehors des grandes structures touristiques aux vitrines impeccables et luxueuses, les aménagements urbains sont souvent brouillons, inachevés, parfois sales, malodorants.  Les villages de pêcheurs, sont devenus des petites villes, mal structurées, mal agencées, manifestement dépassées par cet accroissement massif et rapide de la fréquentation et de la population.

 

Encore un peu plus loin, au hasard d’une ballade dans les écarts d’un village de pêcheurs qui a perdu son identité, un camping aux allures de bidonville abritant sommairement les échoués du système, achève de nous soulever le cœur.  Une révolte intérieure dépitée monte vis-à-vis de cette société consumériste de laquelle nous sommes issus, mais dont nous en observons ici une sorte de caricature, ou tout simplement l’illustration de sa dérive.

 

Peut-être avons-nous eu tort, mais nous avons remis à plus tard la visite de l’intérieur de l’île, le massif étant à cette période de l’année engorgé de nuages, et nous sommes du même coup restés sur cette « plutôt mauvaise » impression de Gran Canaria. Il est vraisemblable que la quiétude des villages montagnards aurait pu nous apaiser un peu. Nous gardons en mémoire cette ouverture ; nous repasserons peut-être.

 2015-02 9975 WEBPuerto Mogan, le lieu réputé le plus charmant de la côte sud de Gran Canaria,

 

Nous avons profité d’un jour de calme plat pour remonter vers la capitale, Las Palmas, n’ayant pas ainsi à affronter le vent violent du Nord caractérisé par les accélérations, véritables courants d’air entre les îles, puis nous avons enchaîné par la traversée vers le nord de  l’île de Ténérife, un peu plus à l’ouest.

Navigation d’une journée, récompensée par un mouillage spectaculaire dans la baie d’Antequera, et descente rapide le lendemain au vent arrière le long de la côte Est de l’île, ont plus ou moins effacé de nos mémoires les ressentis négatifs accumulés précédemment.

DSC00387 WEBBaie d’Antequera

 

Ténérife

Au premier coup d’œil en longeant les côtes, l’île de Ténérife nous semble plus jolie, mieux urbanisée, même si elle est tout autant touristique que la précédente. Elle parait plus attirante.

Mais à ce stade, nous ignorions encore l’accueil qui nous serait réservé en qualité de « nomades des mers ».

Depuis le début du voyage, c’est la première fois qu’en tant que « voyageurs » nous avons la sensation d’être rejetés, repoussés, évités, sauf à entrer pleinement dans le système « plaisance » des marinas aux prix gonflés.

Nous avons posé pied à Las Galletas, petite baie au sud de Ténérife où selon nos informations nous pensions jeter l’ancre pour quelques jours. Le mouillage n’existe plus,  une marina a pris sa place... Contre mauvaise fortune bon cœur, nous y accostons avec l’idée de rester quelques jours si les conditions sont correctes.

Elles ne le sont pas.

Le coût d’une place est le triple de celui réclamé à Las Palmas, les aménagements sont basiques, l’amarrage sur pendilles est peu pratique ; nous quittons donc Las Galettas après deux nuits, ayant fait les pleins d’eau et la lessive, frustrés de n’avoir pas eu le temps de profiter de cette première escale sur Ténérife.

Nous constatons au passage qu’il serait encore possible, pour une courte période, de jeter l’ancre à l’extérieur de la marina, devant l’entrée. Mais c’est un environnement houleux et rocheux, qui ne nous séduit pas, et de toute façon, mouiller à cet endroit ne permet pas de débarquer, car renseignements pris, l’annexe ne peut pas être laissée dans la marina.

Ici la règle est simple : soit on paye sa place au prix fort, soit on passe son chemin…

 

En quittant Las Galettas, nous ne savons pas trop où aller, car l’île de Tenerife se révèle bien pauvre en possibilités de mouillages et nous devons obligatoirement rester sur le côté sud de l’île pour nous abriter des vents forts de Nord-Est attendus les jours suivants.

Nous errons devant la ville de Los Cristianos. Le port est complet, réservé aux locaux, et il est interdit là aussi d’y débarquer en annexe sous peine d’amende. Nous jetons l’ancre au pied d’une falaise à l’extrémité EST de la ville ; nous nous trouvons néanmoins un peu loin pour aller débarquer à la plage…

Le lendemain, nous déplaçons le catamaran et nous mouillons devant la plage à bonne distance, respectant la signalisation des bouées ; la Guardia Civil nous en déloge aussitôt, et nous prie de repartir d’où nous venions, au pied de la falaise, où il semble que cela ne puisse déranger personne, puisqu’il n’y a personne ! Les goélands quand à eux, nous font bonne figure, et une tortue qui nage par là ne s’offusque pas de notre présence ; sur ces encouragements nous essayons de nous convaincre de rester avec eux.

Nous ressentons assez clairement que nous ne correspondons pas au type de clientèle attendu sur ce littoral. Nous partageons notre amertume avec l’équipage d’un autre catamaran de voyage, posé au même endroit que nous, pour les mêmes raisons. Nous partageons aussi quelques apéros, et diverses informations sur les autres îles à découvrir.

Face à l’hostilité de ces terriens farouches, la sensation communautaire des voyageurs au long cours se renforce, et donne envie de poursuivre la route dès que possible.

 

DSC00402 WEB

Agur, l'un des deux catas à gauche (celui qui n'a pas de voile)

 

Depuis maintenant 10 jours nous caressons du regard la douce falaise qui nous abrite totalement des vents violents du Nord Est, mais qui se révèle impuissante contre le retour de houle qui nous agite copieusement nuit et jour.

Agur s’incline, bondit, sursaute, balance, oscille, pendant que nous nous déplaçons agrippés aux mains courantes, et qu’aux heures de cuisine nous rusons pour maintenir les récipients dans une position où les liquides ont le plus de chance de rester à l’intérieur…

Pas si simple la vie en mer…

 DSC00390 WEBLe calme est  revenu, et nous nous préparons à rejoindre l’île de La Goméra.

 

 

*** MENTION SPECIALE pour nos jeunes qui ont déjà réservé leurs vols et qui débarqueront à Gran Canaria en Juin prochain :

Ne perdez pas votre sourire à la lecture de cet article !

Si nous avons bien compris vos motivations, vous vouliez faire de la voile et naviguer…

Alors c’est parfait ; notre plan prévoit de passer un minimum de temps sur ces côtes surchargées, et de vous emmener batifoler ailleurs, sur d’autres petites plages naturelles qui existent bien sûr aussi, mais qui se méritent par quelques heures de navigation dans l’alizé impétueux…

A bientôt sur d’autres rivages !

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 22:19

D’une escale à l’autre... 

Retenus ici par des charmes invisibles, pressés de partir de là par un inconfort généralisé, chahutés entre les deux, distraits par des rencontres, voici quelques pages d’une vie de « nomades des mers », qui commence à s’inscrire hors du temps et de l’espace.

 

archipel Canaries

 

MORRO JABLE (Fuerteventura)

Le 4 Décembre, en arrivant à Morro Jable (petite ville sur la côte sud de l’île de Fuerteventura) nous pensions nous poser pour une quinzaine de jours au maximum, et puis allez savoir pourquoi, nous y sommes restés sept semaines…

 

Seraient-ce ces teintes particulières des roches bordant la plage « Las Coloradas » (Les rouges), où nous étions souvent l’unique bateau à y avoir jeté l’ancre, qui nous auraient hypnotisés ?

las coloradas

Serait-ce le gris des digues, qui lorsque nous quittions notre mouillage pour trouver refuge dans le bassin du port, nous rassurait ?

le port

Serait-ce encore l’ocre des sables sahariens, retrouvés partout à bord d’Agur après quelques jours de Sirocco, qui nous auraient séduits ?

sable

 

Non ! Ce n’est pas une question de couleur ; dans ce cas ce serait le coucher de soleil ou peut-être l’arc en ciel qui aurait eu le dernier mot !

 

Dans cette petite ville, nous avons tout naturellement pris nos repères, organisé notre quotidien, réglé nos axes de vie principaux. Peu de choses en fait ; il suffit juste de quelques points clés.

Comme ce petit restaurant en bord de plage « le Waikiki » où un « Irish Coffee », le soir du 31 décembre, est venu nous aider à pousser 2014 dans le passé, et à accueillir la nouvelle année. C’est d’ailleurs là aussi que nous avions salué l’anniversaire de Syl en début de mois.

Du côté pratique, nous sommes autonomes en électricité solaire et nous pouvions facilement faire nos pleins d’eau au port ; les deux éléments indispensables pour tenir un siège ! Et pour nous adoucir encore la vie déjà bien soyeuse, un service de livraison nous apportait jusque sur le ponton, prêt à charger dans l’annexe, le stock de bouteilles d’eau et les cartons de courses faites le matin même au supermarché.

Nos loisirs, loin d’être extravagants, ont consisté en des ballades en ville, des après-midis à la plage ou au calme sur le bateau, et aussi d’assez nombreuses parties passionnées de scrabble.

Sans que nous l’ayons expressément choisi, tous les ingrédients étaient donc présents, se fondant d’eux-mêmes selon une recette d’alchimiste, et transformant petit à petit une vie simple en bonheur… tout aussi simple.

Et planant sur ce nuage là, il semblait qu’autour de nous, tout y réponde naturellement…

A ce propos, nous gardons en mémoire la sympathie des pêcheurs à qui nous avions involontairement pris la place de leur bateau avec notre annexe. Ce jour-là, au retour de notre promenade à terre et constatant notre erreur, nous craignions au minimum une observation ou un regard de travers, et nous avions été surpris, au-delà des larges sourires sur les visages burinés d’entendre :

- « se passa nada ! » (ce n’est rien !)

et de recevoir en guise d’amende pour mauvais stationnement, 2 kilos de sardines fraîches !              Et comme il n’était pas question d’avancer le moindre Euro :

- « Una cerveza (une bière) ? » …

- « Si si ! Gracias ! ». 

Tout simple, je disais !

 

Chacun de ces détails a participé, (sauf peut-être le Sirocco, et cette infiltration généralisée de sable saharien !) à ce que nous nous sentions bien à Morro Jable.

Même si rien ne nous a retenus précisément en ce lieu, rien ne nous a invités à le quitter rapidement. Voilà aussi comment, lorsqu’on a réussi à laisser tomber la pression du temps, on accède au luxe de répondre au ressenti qu’émanent les lieux, sans trop chercher à comprendre le pourquoi…

 

« Alors l’espace prend tout l’espace, et puis le temps prend tout son temps… »                                       (paroles d’une des chansons de Syl)

morro jable

Morro Jable (Fuerteventura)

 

EN MER (entre Fuerteventura et Gran Canaria)

Le 15 janvier, nous nous sentions repus de cette escale et les conditions étaient réunies pour que nous poursuivions notre découverte de l’archipel en filant plein Ouest vers Gran Canaria, l’île voisine de 57 milles, soit un peu plus de 100 km. Le vent était annoncé du secteur Nord Est entre 15 et 20 Nœuds (force 4 à 5), le tout sous un ciel bleu et ensoleillé, et une vingtaine de degrés. Des conditions idéales, s’inscrivant en quelque sorte dans la fluidité de ce que nous vivions...

Le réveil fut matinal, à 05 heures, dans le but de nous garantir une arrivée de jour.

Nous avions commencé par hisser les voiles sous 20 à 25 nœuds de vent, ce qui semblait déjà beaucoup pour un petit matin et s’annonçait prometteur pour la suite ; nos regards interrogateurs vers le ciel et le baromètre, ne nous ont toutefois pas incités à changer notre projet.

Le temps que les premiers rayons du soleil s’étonnent de notre départ, Agur, affamé par 7 semaines de jeûne, avait déjà avalé comme un glouton les 8 milles de navigation côtière nous séparant de la pointe Sud Ouest de l’île.

Il est particulièrement  grisant, lorsqu’un vent puissant vient du rivage, et que de ce fait la surface de l’océan reste plate, de se sentir enlevé par les puissantes forces véliques, de sentir le bateau accélérer vers les 9 ou 10 nœuds, et de voir se découper sur l’arrière les deux sillages blancs bondissants. Sur un catamaran, on peut difficilement dans ce cas, retenir un regard vers le haut, vers le mat, les haubans, les voiles, et se demander si les efforts sont compatibles avec la résistance du matériel ; apparemment oui !

Prudents, c’est néanmoins avec la grand voile réduite au deuxième ris et le génois à 70 %, que nous avons doublé la pointe de l’île sous 30 nœuds de vent établis (force 7), rejoignant en même temps la houle de 2,50 m à 3m de travers, mais heureusement assez longue. Tout de travers, mer et vent, c’est l’une des allures les plus délicates ; celle où l’on est vigilant, celle où on observe le bateau et sa manière de passer dans la mer en recevant tous les efforts du même côté...

Au niveau de Punta Jandia, extrémité Sud Ouest de Fuerteventura, sur des fonds se situant entre 30 et 50 mètres et avant d’atteindre les grandes profondeurs, plusieurs vagues espiègles et menaçantes sont venues sans aucune délicatesse partager le cockpit avec nous, justifiant pleinement nos tenues un peu « nordiques » pour la latitude.

Agur ne nous a pas déçus sur cette épreuve, finalement largement à sa portée. Le résultat en est que nous sommes d’autant plus en confiance sur notre bateau, à chaque nouvelle expérience de ce type.

Deux ailerons de dauphins aperçus furtivement et quelques poissons volants plus loin, les vagues sont restées enfin chez elles, et nous avons poursuivi vigoureusement et rapidement vers Las Palmas de Gran Canaria, sous 20 nœuds, puis plus tard, 15 nœuds de vent moyen, rejoignant les prévisions générales de la météo qui ne prennent pas en compte des accélérations locales du vent dues aux reliefs importants des îles. En milieu d’après-midi, nous étions déjà en vue de l’île voisine.

Nous avions imaginé comme ce fut souvent le cas lors des approches, apercevoir Gran Canaria de très loin, avec ses sommets à presque 2000 mètres d’altitude. Au contraire, le ciel bleu des premières heures de la matinée a cédé vers midi au blanchâtre, puis l’atmosphère s’est embrumée de telle sorte qu’aucun signe de terre n’est resté visible, avant de voir s’approcher un littoral banal au ras de l’eau, révélant uniquement la presqu’île attenante à la ville de Las Palmas.

Le dessinateur avait mis un grand coup de gomme ; les montagnes, voilées dans une atmosphère de brumes et de nuages, jouaient les effacées…

A proximité de Las Palmas, grues portuaires, plateformes de manutention, immeubles, cargos en stationnement, et quelques cheminées fumantes se sont chargés de compléter le décor, ne recueillant pas nécessairement notre admiration…

 

LAS PALMAS 1 

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LAS PALMAS (Gran Canaria)

Las Palmas est une escale technique, où apparemment il vaut mieux s’efforcer d’oublier nos souhaits d’esthétique naturelle ; l’intérêt se situe ailleurs : c’est une grande ville, et ce lieu est le point de départ de nombreuses traversées transatlantiques. Tous commerces existent, toute compétence professionnelle est représentée, toute pièce ou produit spécifique pour le bateau peut se trouver aisément ici.

Notre bateau ne nécessite pas de grosse réparation, uniquement un entretien des moteurs à anticiper, et quelques bricolages sur le circuit d’eau, quelques joints d’étanchéité à refaire sur les hublots, et un repérage général des ressources disponibles au cas où, dans ce courant de l’année il serait nécessaire de repasser ici avant la traversée…

Aussi, nous sommes passés par Las Palmas pour recueillir toute information relative à la venue de nos enfants respectifs en Juin Prochain, et bon nombre des kilomètres parcourus avec nos petits vélos pliables à travers la ville se sont animés de notre plaisir de les recevoir dans quelques mois…

FOLKLORE CANARIEN 

Las Palmas de Gran Canaria, avec presque 400 000 habitants, concentre plus de la moitié de la population de l’île ; nous y avons retrouvé les centres commerciaux tels qu’ils existent chez nous, les mêmes enseignes, quelques autres en plus, les rues piétonnes, les vitrines aguichantes.                       En  compensation de notre première mauvaise impression lors de l’arrivée par la mer, le cœur de la ville nous est apparu agréable, la grande plage de « Las Canteras », et le parc « Pueblo Canaria »  avec ces animations folkloriques ont contribué à nous réconcilier quelque peu avec cette cité.

Oh ! Ce ne sera jamais le grand amour, mais il n’est pas, non plus, une souffrance d’y rester quelques jours.

Nous sommes donc allés à l’essentiel, un peu sur tous les fronts en même temps, nous sentant intérieurement agités par cette société grouillante, ayant même, par contamination sans doute,  la sensation d’être débordés.

Ajoutons que dès notre arrivée, le temps s’est révélé frais, venteux et maussade. En recoupant quelques informations, nous avons pris conscience que nous étions sur le côté de l’île le plus exposé au vent dominant.

Le relief de l’île, qui à cette saison tire à lui toute la couverture nuageuse, confisque par la même occasion quelques degrés à sa côte nord, et la masse de nuages plombant le ciel (et l’ambiance) provoque inévitablement de fréquentes petites averses. Ces conditions sont locales ; nous avons eu confirmation qu’au sud de l’île le temps est très différent.

Avouons-le, nous étions pressés d’aller voir un peu plus loin...

 

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LES BATEAUX-STOPPEURS

En dépit de ces petits désagréments, séjourner dans un port comme celui-là permet des rencontres.

Chaque jour ou presque, lorsque nous étions présents sur le bateau, notre attention était attirée par un «- Hello ! » venant du ponton. Un jeune le plus souvent, ou un couple se manifestant avec un  grand sourire, se hasardant en quelques mots d’anglais, pour nous demander si nous traversons l’atlantique prochainement, et si nous accepterions des équipiers.

Cette question est récurrente ; en échange de travaux de nettoyage sur le bateau, de faire la cuisine, ou de donner des cours de langues étrangères, ces jeunes cherchent un embarquement vers les Antilles ou le Brésil… Qu’ils soient allemands, français, suisses, anglais, tous sont en prospection active, selon les mêmes méthodes : affichettes scotchées un peu partout, et le « porte à porte » à l’arrière des bateaux amarrés. C’est pour eux un travail à plein temps pour suivre toutes les nouvelles arrivées, une stratégie sans faille à élaborer, pour déjouer leur concurrence mutuelle.

Ils sont une dizaine à tourner chaque jour dans la marina, chargés d’un sac à dos plein d’espoir, et posant inlassablement les mêmes questions…

Mais il y a peu de bateau en partance actuellement ; le flot important des départs était entre Novembre et décembre ;  dans ces mois de grands rushes, ils étaient paraît-il, une centaine à chercher des embarquements.

L’issue est invariable : rares sont ceux qui parviennent à trouver une place, et nombreux sont ceux qui restent à terre et doivent chercher une autre option ; rentrer au pays, ou si le budget le permet trouver un vol à bas prix, de dernière minute, en ruminant la frustration d’être privé de l’expérience marine.

Sur place, à Las Palmas ils logent dans des logements inoccupés ; des squats plus ou moins autorisés, dont ils se passent les adresses. Sans lendemain, et avec très peu d’argent, ils grignotent petit à petit leur capital de confiance en essuyant refus sur refus, ou promesse qui finalement se dédit, et affichent parfois une certaine fatigue.

Nous avons sympathisé avec Paul et Anna jeunes allemands, et les avons aidés à rédiger correctement en français leur petite annonce proposant leurs talents culinaires et une initiation à la trompette contre une traversée. Ce fut notre contribution pour cette année.

 

La question d’embarquer des équipiers est complexe. Il ne s’agit pas, comme en auto-stop de partager quelques heures de voyage.

Embarquer quelqu’un aux Canaries signifie cohabiter pleinement pendant quelques semaines dans les conditions particulières qu’est la vie en bateau et cela nécessite d’être en phase sur divers points ; le plus facile étant de partager le plaisir de la navigation (bien que ce ne soit pas systématiquement un plaisir lorsque les conditions se dégradent) et de se retrouver sous les cocotiers !

Les options d’escale aux Iles du  Cap vert ou la traversée directe divisent certains projets, et au-delà de ce choix viennent les mises au point sur la manière de se partager l’espace, les repas, les contraintes, les quarts, les frais pendant une période qui s’étalera au minimum sur 3 ou 4 semaines.

 

Il existe, paraît-il, de belles expériences de découvertes et de complicités réciproques ; elles seraient cependant assez rares.

Il y a aussi des voiliers qui se transforment en « poudrières flottantes » à mesure que les jours s’égrènent et que les humeurs se révèlent.

Sur Agur, nous sommes partagés face à ces demandes souvent sympathiques. Notre réponse est facile cette année puisque nous ne traversons pas ; l’an prochain elle aura davantage matière à s’argumenter. Nous avons le temps d’affiner notre propre point de vue.

 

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ON DIRAIT LE SUD

Après 13 jours d’arrêt à La palmas :

C’est sans tristesse, en ce 28 Janvier, que nous avons quitté le port industriel, en slalomant entre les cargos et pétroliers en attente devant le site.

- « Adieu grande ville, ton concert de sirènes quotidien, ta grisaille, ton vent froid, tes engins en tous genres, ton monde agité, ton bruit de fond permanent… »

 

La descente vers le Sud c’est faite sans encombre, au vent arrière, en quelques heures, bénéficiant encore des vives accélérations dues au relief ; à ce propos, nous avons eu cette fois le plaisir de découvrir les sommets de l’île, d’apercevoir les vallées escarpées, les petits villages accrochés à flanc de montagne.

Quelques « Wow ! » nous ont échappé réveillant nos motivations à visiter l’intérieur de l’île, espérant que les montagnards aient réussi à conserver le côté authentique des Canaries pendant que leurs frères du littoral cédaient aux promoteurs immobiliers…

 

Nous faisons  actuellement une halte à Pasito Blanco, au mouillage, dans une petite baie calme et reposante, face à une plage très peu fréquentée, comme on en trouve assez peu sur cette côte très touristique.

 Le soleil est de retour comme promis et avec lui les températures diurnes qui chatouillent déjà les 25 degrés en cette fin Janvier.

 

PASITO BLANCO

Agur au mouillage à Pasito Blanco

 

Nous avons prévu plusieurs escales, très proches les unes des autres, sur cette côte Sud de l’île, quelques excursions intérieures, et nous poursuivons notre repérage en vue de recevoir nos « jeunes » en Juin…

L’humeur est, comme le temps, revenue au beau fixe.

Est-ce utile de préciser que nous mesurons chaque jour notre chance de pouvoir régler nos conditions de vie selon nos préférences du moment ?

Même s’il est vrai que la liberté est intérieure, comme me le rappelle souvent Syl, avoir le pouvoir d’agir sur son environnement immédiat, et aussi celui d’oublier le temps, en constitue déjà les deux premiers éléments. C’est en tous cas, à mon avis une richesse colossale, qui présente de surcroît l’avantage d’échapper à toutes les places boursières du monde, et à l’assiette imposable !

Ce n’est peut-être pas un hasard si le nombre « d’équipages vagabonds » est en constante augmentation…

A bientôt sur le blog de Ciao/Agur !

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 13:00

Janvier 2015 – Bonne année !

Les jours se succèdent, les semaines passent, Noël est maintenant loin derrière, la nouvelle année affiche déjà plus de 10 jours à son compteur.

Malgré mon envie pourtant bien réelle de poster vite ces quelques souhaits de bonne année, j’ai l’impression de courir derrière la queue d’un cerf volant remorqué par une formule 1.

Mais, mieux vaut tard que jamais paraît-il…

Pendant ce temps qui file trop vite, mes propres soucis s’éloignent, les nœuds de l’esprit se détricotent, ma confiance en la vie reprend toute sa place, et il me semble avoir maintenant les pieds sur terre ; ce qui est le comble lorsque l’on vit en mer…

Nous recevons parallèlement des bribes d’actualités de « chez vous ». Nous en recevons peu, mais suffisamment pour les reconnaître assez sombres, suffisamment pour sentir l’humeur collective affectée, et de loin essayer de nous y associer en soutien moral.

Néanmoins nous sommes encore en décalage, et nous n’y pouvons rien…

Parce que le beau existe malgré tout.

Parce que nous avons conscience que c’est une chance de vivre ce que nous vivons.

Parce qu’au cœur de votre hiver vous avez peut-être froid au corps et à l’âme ; avec les moyens qui sont les nôtres, nous cherchons à partager avec vous quelques morceaux de ciel bleu de ces mois de Novembre et Décembre derniers.

Qu’ils adoucissent ce début d’année et ouvrent une fenêtre de lumière !

 

 

 

   (Cliquer, en bas à droite, sur le logo  « youtube »  et ensuite sur «  plein écran » + mettre le son)

 

 

Nous nous préparons maintenant à quitter Fuerteventura après un mois et demi d’escale, et nous allons mettre le cap sur Gran Canaria, l’île voisine distante d’un peu plus de cent kilomètres.

Nous quittons un univers aride voire semi-désertique sauf sur certains points du littoral bien aménagés pour le tourisme.

Nous pointons les étraves vers Las Palmas, l’une des capitales de l’archipel qui compte plus de 380 000 habitants. Dans la partie centrale de cette île de Gran Canaria, nous nous attendons aussi à rencontrer des paysages verdoyants, une variété de végétation qui nous changera de décor…

Voilà l’un des aspects de la magie du voyage ! 

Provoquer un renouveau, initier un changement complet d’environnement…

Changer d’île, c’est changer d’ambiance, changer de repères, bousculer les petites habitudes auxquelles nous avons tendance à nous accrocher instinctivement, c’est aussi nourrir l’envie de découverte.

Mais pour que la magie soit complète, je vous laisse sur une citation de Marcel Proust, retrouvée dans une lecture récente :

 

 « Le véritable voyage de découverte

ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages,

mais à avoir de nouveaux yeux. »

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 17:51

DSC00321web.jpg

Joyeux Noël !

 

depuis Morro Jable, à Fuerteventura (Iles Canaries).

 

 

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 17:37

Je sens que le blog de Ciao s’accommoderait bien de quelques écritures… Voilà plusieurs jours que j’y pense, mais rien ne semble émerger... Syndrome de la page blanche ? 

Les étendues désertiques des îles de Lanzarote et de Fuerteventura auraient-elles fini par atteindre mes neurones écrivaines, jusqu’à les dessécher, les stériliser ?

Non.

Pour être vrai, et je ne me vois pas d’autre choix, je dois reconnaître que j’ai eu à travailler intérieurement ces dernières semaines, emberlificoté dans des contrastes impossibles, incompatibles, déroutants.

D’un côté il y a le voyage de Agur qui se passe bien ; nous glissons doucement sur le littoral Est des îles de Lanzarote et de Fuerteventura, la météo est relativement clémente.

 archipel-Canaries-FUERTE.jpg

montana de Fuego

Montaña de Fuego (Lanzarote)

 Certains lieux que nous découvrons sont particulièrement saisissants, (comme la Montaña de fuego à Lanzarote, site de volcans spectaculaires), parfois d’autres endroits qui se résument à des agglutinations touristiques maladroites invitent plutôt à détourner le regard, mais jusqu’à présent nous sommes plutôt agréablement surpris. Tout va bien à bord, c’est le côté blanc.

 

De l’insupportable noir qui est en face, je n’en dirai que quelques mots. C’est un coup de fil qui se voulait anodin pour prendre des nouvelles, et qui annonce un pépin de santé chez un proche, là-bas, loin de nous, nous renvoyant à une impuissance décuplée par la distance…

Classique, et certainement fréquente, cette situation ne guette que celui qui ose partir…

C’est sur ce ressenti que se remet en relief la décision de voyage loin de chez soi, pour longtemps. Bien sûr je connaissais le risque, bien sûr on en a parlé, mais en même temps j’avais secrètement espéré ne pas y être confronté. C’est raté.

Tolérance zéro, la moindre impasse est exclue, j’ai compris que le « secrètement espéré » était à retravailler.

Il n’y a pas que du rêve dans un voyage, il n’y a pas que de l’excitation et du bonheur égoïste. Il y a tout autant de la conscience des enjeux, il y a de la gravité parfois. Et je peux témoigner qu’il est particulièrement difficile de faire cohabiter tous ces extrêmes.

En quelques semaines, les nouvelles ont évolué, elles se veulent plus rassurantes sur le plan concret ; par contre l’impact reste inchangé et ce qu’il a amené d’émotions et de remises en question est toujours actif et présent. C’est certainement mieux comme çà.

 

Comme tout ne se résume pas en cette dualité blanc ou noir, il faudra bien trouver les autres couleurs ! C’est ce que m’ont soufflé les premiers rayons du soleil il y a deux matins à l’arrière du bateau.

 DSC00315

 

Depuis le départ, nous ne sommes plus dans un rêve de voyage, nous sommes dans une vie de voyage ; nécessairement cette vie, comme toute vie,  contient et contiendra vraisemblablement tout.

Le blog de Ciao vit avec nous ; il n’est pas très bavard aujourd’hui ; il médite…

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 13:15

L’île de Porto Santo, par son calme et sa sobriété naturelle, nous avait transportés sur le seuil d’une nouvelle ambiance. C’était là le début du voyage ; on nous l’avait dit, et c’était vrai. Le fait d’y passer deux mois en escale, a encore renforcé cette sensation. Nous n’étions vraiment pas pressés de quitter, mais la proximité du mois de Novembre et des perturbations météorologiques qui le caractérisent nous a incités à lever l’ancre sans plus attendre.

Le 27 Octobre, nous avons longuement observé ce petit bout de terre s’éloigner dans le sillage d’Agur  jusqu’à ce que l’horizon finisse de grignoter la cime des pics les plus hauts de l’île.

N’en déplaise au cousin Jules, fin régatier, nous avons choisi des « petites conditions » pour traverser ; c'est-à-dire un vent portant mais relativement faible ; pas envie d’être secoués après deux mois d’escale ! De jour, comme de nuit, la mer est restée belle, parfois arrondie d’une longue houle venue du Nord.

Ce fut une lente traversée cette fois, à 5 noeuds de moyenne souvent appuyée au moteur, mais confortable ; nous avons pu, en pleine mer, mener une vie tranquille à bord, entre lectures, siestes, et un coup d’œil sur la route pour esquiver les nombreux cargos ; au cours de la deuxième nuit, à l’approche de l’archipel canarien, il est arrivé que nous soyons entourés simultanément de cinq bâtiments, cargos, pétroliers et même paquebots,  dont les directions sont parfois restées énigmatiques pendant de longues minutes... C’est une activité qui, naturellement, tient éveillé.

En cette saison, les nuits sont plus longues, et entre 19 h et 7 heures le matin, nous avons organisés nos quarts de veille en créneaux de 3 heures et demies environ de manière à respecter un petit temps pour s’endormir, et bénéficier consécutivement de deux cycles de sommeil d’une heure et demie. 

Cet aménagement que nous n’avions pas encore testé nous a radicalement changé la vie ; il va sans dire qu’il est adopté. La récupération a été bien meilleure et les quarts de veille plus faciles à tenir.

Une cinquantaine et quelques heures plus tard, à l’approche des premiers îlots, au Nord de Lanzarote, notre ligne de pêche s’est égayée à l’initiative d’une jolie bonite de plus de 2 kg, première prise depuis notre départ. Elle a fourni trois excellents repas, d’autant meilleurs qu’il semblerait que là où nous l’avons prise, c’était une réserve de pêche ; nous l’ignorions bien sûr... (et la marmotte…)

 La-Graciosa.jpg

La Graciosa, au premier coup d’œil n’est pas spécialement renversante, mais la belle sait cacher ses charmes pour mieux les révéler ensuite, c’est peut-être ce qui lui a fait mériter son nom ; allez savoir…

Nous avons jeté l’ancre parmi une quinzaine d’autres bateaux, devant la plage sud de l’île, la playa Francesca, bien à l’abri des vents de Nord et Nord Est qui sont actuellement établis.

 

Plage Graciosa

 Playa Francesca – en face, les falaises de Lanzarote.

 

Ici il faut débarquer en annexe directement sur la plage ; il n’y a pas de ponton ; en fait il n’y a rien. C’est un paysage presque lunaire qui environne cette plage, et la sensation d’isolement, au cœur de cette nature sauvage est totale.

 Amarilla-Graciosa.jpg

Montaña Amarilla – (173 m)

Quelques cônes volcaniques dominent l’île à quelques centaines de mètres d’altitude. Ici des coulées de lave, là des scories de roches expulsées jadis des cratères ; du sable, beaucoup de sable, des dunes, quelques boules de buissons desséchés ; un décor de cinéma sculpté par le vent.

C’est une beauté naturelle caractérisée non pas par l’extravagance ou le sensationnel, mais par la pureté et le dénuement, le tout enveloppé d’un silence absolu.

Aguras-Graciosa.jpg Montaña del Mojon – Agujas – (266 m)

 

Il n’y a pas de route sur l’île, juste quelques pistes pour les rares véhicules tous-terrains des résidents.

Pour rejoindre Caleta del Sebo, seul lieu habité, il faut marcher trois quarts d’heure, en bord de plage pour commencer, puis progresser sans repère au milieu des dunes, avant de voir pointer quelques blocs cubiques blancs qui sont les premières maisons du village.  dunes-graciosa.jpg

 

Nous ne sommes pas spécialement ermites dans l’âme, mais que cette sensation de « seul au monde », a été bonne à ressentir !

Pour qui sait encore s’émerveiller d’une nature intacte et dépouillée, ce petit bout d’île est un baume qui nettoie, purifie, ressource l’âme des occidentaux que nous sommes encore un peu ; de moins en moins quand-même…

 

Le village, aux allures marocaines frappantes, révèle lui aussi un charme inattendu.

Malgré son apparent dénuement, quelques commerces, épicerie, pharmacie, boulangerie, permettent d’y trouver le nécessaire. A la terrasse du cybercafé, nous y rencontrons d’autres navigateurs, (souvent des français) les plaisanteries fusent, les échanges sont spontanés et agréables…

A chaque table un ordinateur portable ou une tablette sont en action pour la météo ou la communication avec les proches…  Au calme oui, mais pas isolés !

Face au tout petit  port, actuellement complet, quelques restaurants accueillent la poignée de touristes qui viennent en ferry depuis Lanzarote.

Quelques maisons à usage locatif, quelques résidences secondaires, une zone de camping libre, bref de quoi donner envie de se poser quelques jours… Avis aux amateurs…

 Nous avons même aperçu une discothèque !

 

caleta-del-Sebo.jpg Pas de passage piétons ! Mais pas la peine, non plus, de regarder en traversant…

 Caleta-del-sebo-Graciosa.JPG

Une des rues pistes principales du village.

 

La Graciosa nous a donc rapidement séduits ; il est probable que nous y attardions un peu, ne serait-ce que pour faire le tour de l’île, voir les cônes volcaniques de plus près, nous griser d’espace, de vent, de calme,  avant de découvrir Lanzarote toute proche et plus touristique puis Fuerteventura.

Nous sommes du côté Est de l’archipel, ces îles ont comme point commun leur caractère semi désertique ; les terres africaines sont en effet très proches.

En ce début Novembre c’est encore l’été, le thermomètre est coincé entre 23 degrés la nuit et 27 le jour. L’océan attend avec impatience notre premier bain canarien !

Que dire de plus ?

A un prochain album photo …

 

 

 

 

 

 

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 12:06

Syl – le retour !

Un mois plus tard, et 4000 kilomètres aériens plus loin, cet article répond au précédent, et vient solder l’épisode « Retour-en-France-pour-raison-de-contrôle-Urssaf » avec,

dans le rôle principal :  Syl,

Clé de voûte administrative et comptable de l’association qui l‘emploie - justement - pour qu’il n’y ait pas de problème avec la dite Administration, ni avec la comptabilité d’ailleurs…

En pleine nuit du 12 au 13 Octobre, vers 3 heures du matin, j’attendais sur le trottoir de l’Avenida de la mar à Funchal l’arrivée de l’aérobus, qui, comme son nom l’indique vient de l’aéroport, et accessoirement ramène à la « vraie vie » les comptables en fin de mission spéciale.

Interrompu dans un premier sommeil, et bien qu’ayant marché dix minutes depuis la chambre d’hôtel réservée pour l’occasion, je flottais encore entre deux songes, avec l’impression d’attendre le retour d’un vaisseau spatial en provenance d’un autre monde, lorsque l’aérobus s’est stationné, sans surprise, à quelques mètres de moi, m’obligeant alors à me réveiller tout à fait.

C’est comme dans un film tourné au ralenti, à peine la porte du bus escamotée dans son « pshiiittt » caractéristique, qu’est apparue Syl, aérienne, souriante, radieuse, éblouissante même…

Une Syl, à la fois encombrée de ses bagages (pourtant allégés de quelques gros dossiers), et surtout (beaucoup plus visiblement) débarrassée de certains poids, enclumes et menhirs psychologiques.

J’ignore réellement s’il y avait d’autres passagers dans le bus, en tous cas ce qui est certain, c’est qu’à la descente, je n’ai vu qu’elle, c’est dire si l’image prenait de la place !

Pour comprendre ma surprise (bonne surprise !) il faut préciser que nous avions très peu communiqué pendant son séjour en France ; juste quelques échanges de textos, synthétiques et suffisants pour que nous nous sentions malgré tout bien en phase. Et comme nous savons tous que certaines subtilités ne peuvent se transmettre en quelques mots, j’étais resté sur son image de départ…

 Au final, un fabuleux décalage énergétique était palpable entre nous, et s’il avait pu être canalisé, il aurait certainement été de nature à pouvoir éclairer un stade de foot pendant toute la durée d’un match, prolongations incluses. A bien y réfléchir c’est certainement ce qui m’a ébloui à son arrivée.

-          De son côté, je décryptais une surprenante dynamique que je mettais au crédit de son vécu extrêmement riche  des dix jours écoulés, un peps effervescent probablement dopé par l’accueil des copines, un cœur gonflé par quelques heures chaleureuses passées avec ses enfants, ou je ne sais quel pétillant provoqué par le rappel de la vie urbaine dans les rues grouillantes de Bordeaux… A moins que ce ne soit cette belle assurance (même si elle le dirait avec beaucoup plus de modestie) posée sur une satisfaction légitime d’avoir rempli son rôle professionnel à l’excellence…

 

-          Par chez moi, saurais-je avouer une toute simple sérénité du genre monastique, après un vécu solitaire certes, mais ressourcé au maximum par cet isolement particulier, juste peuplé de bruits de vagues, uniquement habité de sensations d’accord parfait avec la nature, générant inévitablement un calme, proportionnel à ce rythme arrêté propre à une très longue journée qui en aurait duré dix.

 

Un certain nombre d’heures a donc nécessairement été investi entre nous pour niveler, par les récits détaillés et argumentés, cet immense escalier qui, loin de nous séparer, nous faisait apprécier réciproquement la force de nos différences et l’écart colossal de ces deux modes de vie que nous venons pour la première fois de mettre directement en parallèle.

J’ai appris alors que toute cette énergie n’avait été accumulée que sur les dernières 24 heures, c'est-à-dire à l’issue de l’ultime épreuve du contrôle, libérant automatiquement toutes les soupapes sur-pressurisées depuis quelques semaines, et à la limite de la rupture dans les jours (et les nuits) précédant l’évènement…

Heureusement pour moi, Syl manquait de sommeil, et le voyage de retour avec escale de plusieurs heures à Lisbonne l’avait fatiguée (elle se sentait rincée à l’arrivée, disait-elle) ; je réalisais alors être passé assez près de l’électrocution immédiate sur le trottoir en face du fameux aérobus, si par hasard elle avait été en forme…

 De la même manière qu’une première adaptation sur quelques jours avait été nécessaire à Syl lors de son arrivée sur le sol français, un second sas de décompression s’est imposé à son retour et aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre.

 

Avec le recul, nous avons conscience que ce sont bien de deux mondes distincts dont il s’agit.

Au cours de notre préparation du bateau, et sur le début de ce voyage, nous avons muté doucement de l’un à l’autre mode de vie, et nous en avions perdu la mesure de l’écart qui les sépare…

 

Retenons donc pour l’essentiel que le contrôle Urssaf s’est bien passé, et qu’en dehors de deux petites remarques incidentes, aucun redressement n’est prononcé. De ce côté c’est mission accomplie. Syl est une pro !

 

Par contre, en rebond, une autre évidence est apparue assez clairement à la lumière de cet épisode :

Il est particulièrement difficile d’être cette « pro » là,  et en même temps de vivre  pleinement un voyage comme celui que nous avons entrepris.

Aïe !

 

Mon récit ci-dessus, même s’il est illustré, n’est pas exagéré. Et, entre vivre sur le bateau et être secrétaire-comptable pour une entreprise à terre, il existe un tel différentiel qu’il semble bien difficile de concilier les deux durablement.

Provisoirement oui, mais durablement il semble que non ! Voici la nuance qui fait évidence.

 

Un grand écart est réellement en train de se creuser sous les pieds de Syl, et la longueur de ses jambes (pourtant…) ne suffisent bientôt plus pour tenir en même temps les deux appuis…

 

Comment en effet se sentir en phase avec la vie d’une structure professionnelle en France en étant à quelques milliers de kilomètres, avec un décalage horaire, une connexion internet occasionnelle et parfois même hypothétique en certaines zones ?

Comment conjuguer la conscience professionnelle et sa nécessaire présence d’esprit, et aussi les communications par téléphone, par mail, par courrier parfois, et se trouver dans le même temps en mode « nomade » sur une longue période, orientée sur la découverte d’autres cultures, le plus souvent « désoccidentalisées » ?

Comment conjuguer avec une météo qui ne nous permet pas d’être où on veut quant on veut, et être opérationnel à des moments clés de la vie de l’entreprise ?

 

Sans précipitation, mais d’ici environ un an, Syl transmettra vraisemblablement son expérience.

Le but est de mettre les deux pieds au même endroit, sur le bateau, et de vivre de manière plus sereine et plus entière ce que nous avons entrepris, et d’éviter par la même occasion ce porte-à-faux permanent, ces figures d’équilibristes à chaque nouvelle escale, pour retrouver en urgence ses repères minimum pour travailler.

Ce retour en France a donc permis de mieux mesurer les enjeux, de clarifier, de mettre des mots sur la situation et d’exprimer aux collaborateurs concernés la problématique vécue.

C’est incontestablement une nouvelle étape de taille qui se profile, d’autres liens nourriciers à couper, une mutation à effectuer.

Pas d’urgence a-t-on dit ; notre projet incluait une année complète dans le secteur Madère – Canaries afin de tester ce vécu, et éventuellement y apporter des aménagements. Nous sommes donc au cœur du sujet.

 

Au chapitre « marin » nous profitons encore quelques jours de Porto Santo, de la quiétude qu’inspire cette escale, alternant les périodes au mouillage et les entrées en marina pour esquiver les coups de vent du Sud.

Nous veillons les fichiers météo, redevenus calmes pour le moment, et qui laissent deviner des vents favorables en fin de mois pour descendre aux Canaries.

En attendant, nous regardons amusés la diversité des équipages qui s’arrêtent ici… et il y aurait bien de quoi faire un article de blog… 

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 19:51

La « rentrée » à Porto Santo –

Nous nous félicitons tous les jours d’avoir profité des alizés portugais, ce flux énergique, qui nous a promptement fait traverser, fin Août, en un peu moins de 72 heures.

Très peu de temps après notre arrivée, un système météorologique précoce et particulièrement stable (dépression centrée sur les Açores), a généré, à la surprise générale, des vents contraires durant plusieurs semaines sur ce parcours, clouant ainsi sur le continent les voiliers à destination du sud.

Il y a donc eu très peu d’arrivées pendant cette période, et ceux qui tentaient l’expérience, accostaient exténués, comme l’équipage de ce gros catamaran qui a mis 5 jours, essentiellement au moteur, pour venir de Gibraltar ou encore comme cette famille en monocoque avec 3 jeunes enfants qui a lutté 8 jours, au près serré, depuis la côte sud du Portugal. Dans la troisième semaine de Septembre, le barrage météorologique, jugeant la blague suffisante, a rouvert ses vannes, libérant d’une manière automatique et prévisible, des chapelets de voiliers que l’on voyait pointer un à un, sur l’horizon, chaque jour. Tous les matins, le jeu consistait à compter les nouvelles arrivées nocturnes, et telles des commères de quartier, nous commentions pendant le petit déjeuner, les farandoles de linge mis à sécher ou les levers très tardifs de ceux qui avaient navigué une grande partie de la nuit…

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Nous sommes passés de 2 bateaux au mouillage, à une quinzaine…

 

Tous ces voyageurs s’arrêtent quelques jours, rarement plus d’une semaine, et enclenchent assez rapidement leur descente vers les Canaries et le Cap vert, archipels qu’ils visiteront avant la traversée atlantique calée idéalement entre décembre et Janvier.

N’ayant pas le projet de traverser cette année, nous serions bien placés, s’il y avait un concours, pour gagner le record de la plus longue escale 2014 à Porto Santo…

Nous profitons  largement de l’endroit, laissant la part belle aux bains de soleil et d’eau de mer, et ce, depuis le début de notre séjour, ressentant clairement que Porto Santo marque un nouveau tempo et que doucement l’esprit du voyage s’installe.

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Oh ! Un imposant voisin !

 

Fin Août, dès le pied mis à terre, j’avais envie de parcourir, et pourquoi pas de courir de long en large et d’explorer chaque mètre carré de ce territoire rocheux qui ressemble à une grande maquette. Curieuse sensation qui m’habitait à l’arrivée, comme si rien ne devait m’échapper… Peut-être l’excitation de la première escale un peu plus exotique que les autres ?

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2,5 km nous séparent du village de Vila Baleira ; à pieds ou en vélo, nous les avons arpentés de nombreuses fois pour nos ravitaillements, et le soleil nous a vite fait comprendre qu’entre 11 heures et 17 heures il était préférable de rester au frais, à moins de suer sang et eau et de se griller l’échine ; il n’en fallait pas davantage pour calmer mes ardeurs face aux perspectives effrénées sur les sentiers caillouteux du massif.

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Début Septembre, sous nos yeux amusés, les rues du village de Vila Baleira se sont subitement vidées des flots de visiteurs estivaux ; les terrasses des petits  restaurants, elles aussi surprises par la date, ont gardé leurs parasols ouverts au dessus des tables sans convives.

De son côté, le ferry qui effectue machinalement ses rotations quotidiennes entre Madère et ici, et dont les ponts étaient garnis d’une frange multicolore ininterrompue de passagers, s’est mis  à naviguer quasiment à vide, longeant la plage de l’île, elle aussi devenue déserte…

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Eh oui, à Porto Santo comme ailleurs, la « rentrée » a sonné le rappel.

Et ce rappel a sonné fort, car même ici sur le bateau, où nous aurions pu nous imaginer à l’abri de toute tentative de récupération de la part du continent et de ses tentacules aliénantes, l’un de nous deux a été pris au lasso de la société...

C’est Syl qui a fait les frais de cette capture à la volée ! Et il y a trois semaines, notre voyage s’est mis en apnée dès la réception d’un texto :

 « Sylvie au secours ! Contrôle Urssaf».

Eh oui, on le sait, Sylvie est secrétaire comptable, à ce titre elle gère à distance, par internet, les salaires de 8 personnes, toute la comptabilité et le secrétariat d’une association. Pour un contrôle Urssaf, pas de mystère, elle devra nécessairement être présente ; ce sera début Octobre. Aïe !

 

Nous avons appris par la suite que cet avis de contrôle avait été émis par l’administration début juillet (avant notre départ de Hendaye). Par le hasard d’un courrier égaré qui a dû être renvoyé, et qui est resté (pour la deuxième fois) lettre morte durant les vacances de la personne désignée pour le réceptionner, nous avons eu le temps nécessaire pour arriver paisiblement jusqu’ ici sans nous douter de quoi que ce soit…

Réveil brusque ensuite, certes, mais au moins notre cheminement  est ainsi resté préservé de toute tracasserie parasite. Et je peux confier ici, sans trahir un secret, qu’en matière de tracasserie et de stress, le second du bord est passé en première ligne !

Singulières circonstances de la vie, tout de même, car nous analysons à présent qu’il y a de fortes chance que le cours du voyage ait été modifié si nous avions eu plus tôt la connaissance de cet épisode à gérer.

D’ailleurs serions-nous partis de Hendaye ?

Ou serions-nous partis et restés sur le continent, au sud Portugal, pour gérer plus facilement le retour de Syl ?

 

Quoi qu’il en soit, il va sans dire, que ce sujet bien terre à terre nous a occupé tout l’espace dès qu’il a été connu ; le carré du bateau s’est trouvé envahi de papiers administratifs en préparation de cette journée que tout comptable a (curieusement) une tendance naturelle à redouter, ou en tous cas à bien préparer.

Les descentes à terre pour de longues connexions internet ne se comptent plus ; il a aussi fallu réserver les vols pour la France, le ferry pour rejoindre Funchal et son aéroport, bref, s’organiser en fonction de cet évènement surprise qui a totalement ravi la vedette à Porto Santo, malgré la quiétude qu’inspirerait cette île perdue au milieu du bleu atlantique. 

 

Bon, même si notre ambiance s’en est trouvée perturbée, avouons que la frustration par rapport aux lieux est modérée car il y a malgré tout assez peu choses à faire, à voir, ou à visiter à Porto Santo.

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Au passage, signalons que nous trouvons l’organisation touristique portugaise particulièrement adroite,  avec ses documents publicitaires aux photos alléchantes, et sa promotion aveuglante d’excursions en autobus, en bateau, en taxis,  en location de voiture et scooters pour motiver coûte que coûte des visites sur l’île et alimenter la seule ressource qui semble faire vivre les 5500 habitants.

On ne peut pas réellement en être choqué…

D’ailleurs on sent que la vie, elle-même, a longuement hésité et peiné pour s’installer ici.

La végétation est quasi absente, et pour le peu qu’elle ait pu se hasarder aux rares endroits où la roche s’efface, une malheureuse introduction, vers le XV e siècle, de rongeurs aux grandes oreilles, (cousins du lièvre), a eu raison de cet effort végétal sur le minéral… Les tentatives ultérieures de reboisement sont restées sans réel résultat. Sur la majorité du massif la roche est à nu, avec quelques tâches verdâtres qui se révèlent le plus souvent être des cactus.

L’eau est rare, les sources sont insuffisantes pour pourvoir la population ; l’eau courante est produite par désalinisation de l’eau de mer.

Du côté humain, l’histoire relate de multiples raids de pirates de diverses origines, trouvant ici un débarcadère facile, offert  par la longue plage de la côte Sud, saccageant tout lors de leurs incursions barbares, obligeant les habitants à se terrer dans le relief, et faisant en sorte qu’ils n’aient d’autre choix que de tout rebâtir après leur départ…

Cette île aux peuplades téméraires semble donc avoir rebouclé plusieurs fois sur la construction des bases mêmes de la survie, et se trouve aujourd’hui peut-être encore un peu « à la traîne » cherchant encore comment elle pourrait mieux sourire à cette ultime ressource, moderne mais fugace, qu’est le tourisme.

 

En cette fin Septembre, le temps reste superbe et le soleil est devenu un peu plus doux ; profitant d’une rare journée de repos que s’est accordée Syl, nous avons pu entreprendre une randonnée jusqu’au sommet du pic Castello (487 m), qui offre une vue dominante sur toute l’île. Bien que l’aridité générale soit criante ; le pic Castello est l’un des rares massifs à être un peu plus vert ; il présente une ballade aménagée très agréable sous les pins, et après avoir traversé les plaines desséchées, il vaut réellement l’effort de grimpe qu’il demande.

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Bref, une belle journée qui oxygène muscles et méninges, et qui ravit rétines et objectifs photos.

  

L’île de Madère que nous apercevons à une quarantaine de kilomètres vers le Sud, est, on le sait, plus attrayante par sa végétation abondante, le terrain de ballades et randonnées qu’elle présente, ainsi que pour ses centres d’intérêts urbains.

Nous aurions déjà pu rejoindre Madère, et nous y attarder. Nous ne sommes qu’à cinq heures de navigation environ, et le vent est pratiquement toujours favorable pour y aller. C’était là notre plan initial, et nous comptions bien d’ailleurs, prolonger notre stationnement sur l’île principale, jusque vers le mois de Mai prochain…

Sur ce point, ce n’est pas le surcroît de travail de Syl qui a motivé la remise en question ; c’est simplement que Madère laisse très peu de choix en matière de port et de mouillage.

La seule marina où il est pratiquement envisageable de stationner sur un long terme est placée à l’extrémité Est de l’île. Non seulement son implantation oblige à deux heures de transport en commun pour rejoindre Funchal et les divers centre d’intérêts, mais nous avons eu confirmation que le coût d’une place pour notre bateau est près de 3 fois plus élevé là-bas qu’ici à Porto Santo.

Circonstance aggravante, il n’y a pratiquement pas de mouillage possible sur l’île qui permettent de séjourner lors des mois d’hiver. L’entrée en l’unique marina devient donc incontournable ce qui ne correspond ni à notre conception du voyage, ni au budget disponible.

 

L’escale à Porto Santo, nous a donné l’occasion de communiquer fréquemment avec d’autres équipages, et nous constatons que même à la belle saison comme à présent, nombre de voyageurs en bateau (toujours à la recherche du meilleur plan possible), trouvent un avantage à laisser le voilier en escale à Porto Santo, à prendre le ferry vers Madère, y trouver un hébergement en gîte pour quelques nuits et revenir relativement satisfaits d’une courte escapade qu’ils jugent suffisante sur l’île principale.

Nous avons fait nos calculs, et sans surprise, les résultats amènent à une conclusion identique ; nous projetons donc d’adopter cette stratégie.

Quelques jours sur Madère au lieu de quelque mois ! Dommage, tant pis… Nous ne savons pas trop comment clôturer cette réflexion sur cette île dont nous avions longuement parlé et où nous avions fait nombre de projections.

Disons donc qu’il semblerait que le cours logique du voyage nous emmène plutôt ailleurs…

 

En conséquence, nous tournons à présent nos regards plus au Sud, vers les îles Canaries.

L’archipel comprenant 7 îles, présente un littoral naturellement plus diversifié et offre apparemment davantage de possibilités de mouillages et de stationnements en abris protégés. Nous espérons y trouver les conditions que nous recherchons, et l’équation n’est pas facile, car elle se partage entre :

-          sécurité face aux intempéries hivernales,

-          intérêt des lieux,

-          proximité des réseaux internet pour Syl,

-          et coûts cohérents…  

 

Nous nous souhaitons bonne chance !

 

Nous n’en sommes pas encore tout à fait là ; pour l’heure, Syl boucle ses dossiers et ses bagages, (non sans quelques soupirs appuyés) et s’apprête à passer une semaine laborieuse dans la fraîcheur automnale du Sud-Ouest.

Je ne l’accompagnerai qu’en pensée, restant à bord de Agur je profiterai de son absence pour préparer nos prochaines destinations, glaner toute information utile, de telle sorte qu’avant la fin du mois d’Octobre, et dès lors qu’elle sera rentrée de son voyage « d’affaires » en France, nous puissions prendre alors la direction des Canaries… 

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 18:54

Porto Santo (archipel de Madère)

En dehors de quelques courses que nous avons faites au village de Porto Santo et des premiers repérages engagés, cette petite île de 11 km sur 6, ne nous a pas encore révélé son âme ; par contre son caractère très aride transparaît immédiatement, et aussi le fait qu’elle se montre relativement bien organisée avec commerces et services en nombre, offrant des produits de qualité à des coûts très corrects et souvent inférieurs à ceux que nous connaissons.


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Hum… Pleut pas souvent par ici…


porto Santo 4

 Centre village


Le port accueille un ferry par jour en provenance de Madère, l’île principale,  distante d’une cinquantaine de kilomètres. La fréquentation touristique n’est pas envahissante.

Les bateaux de passage sont peu nombreux : nous sommes au mouillage parmi trois ou quatre autres voiliers, une dizaine d’autres sont entrés dans la petite marina, qui visiblement aimerait bien, avec ses jetées qui s’avancent comme des petits bras, et la sympathie de ses gérants, glaner d’autres voyageurs et étoffer ses pontons….

C’est la première escale qui dépayse vraiment ; il fait beau et chaud, les nuits sont à 25 degrés, la température et la transparence de l’océan appellent immédiatement à la baignade, quelque part sur la grande plage qui ourle pratiquement toute la longueur de l’île sur la côte sud, ou directement depuis le bateau ; ce qui n’est pas mal non plus.

 porto santo 3

Agur, en bordure d’image tout à fait à gauche

 

Nous avons prévu de consacrer quelques journées à la découverte des sentiers de randonnée, et d’une dizaine de points entourés au fluo par la réceptionniste de l’office de tourisme sur le dépliant qu’elle distribue dans un phrasé français bien rodé à l’exercice.

Porto Santo devrait donc nous retenir une partie du mois de septembre, et il y a fort à parier que je compléterai ces lignes…

 

 

 

 

Uniquement pour ceux qui auraient le réflexe de demander :

« Et cette traversée alors ? C’était comment ? »

 

Ben voilà, notre premier pas dans la cour « des grands » est fait… Elle est derrière nous, cette traversée du Portugal vers l’archipel de Madère !

Ou encore, comme on dit communément : « ça, c’est fait » !

J’ai lu sur internet de nombreux récits de différentes navigations, petites ou grandes, et je n’ai pu me convaincre que d’une chose : en mer chaque expérience est unique et non reproductible ; celle-ci, bien-sûr, s’inscrit sur la liste…

Nous pouvons dire que nous avons fait bonne route.

Même si…

 

Nous avions choisi de partir de Portimao dans un créneau de prévisions météo bien installées que nous guettions et qui se confirmaient de jour en jour avec un vent de Nord dominant, annoncé assez soutenu pour les premières 24 heures (Jusqu’à 21 à 22 nœuds) puis autour de 15 à 17 Nœuds ensuite, et faiblissant vers 10 à 12 Nœuds du secteur Nord/Nord-Est en fin de parcours.

Nous avons pu constater que la prévision était exacte et conforme à ce que nous avons rencontré. Ce serait mauvaise langue de rajouter « pour une fois », car les fichiers météo « gribs » que nous téléchargeons sur Ugrib ou Zygrib sont souvent assez pertinents.

D’ailleurs je dirais volontiers que : « avec le nombre de - bon vent ! - qu’il nous avait été souhaité avant le départ, il ne pouvait en être autrement. » (Merci)

Dès le départ, dimanche 24 Août, Agur s’est donc régalé de longs surfs, immédiatement après que nous ayons doublé le cap Saint Vincent (encore lui), par le sud à environ 5 milles.

L’océan, bien formé, nous a d’abord concoctés une première journée plutôt active, car il était préférable de barrer manuellement plutôt que de laisser faire le pilote automatique qui avait tendance à autoriser quelques embardées indésirables au catamaran. (Certainement faudra-t-il corriger encore un peu le paramétrage de ce pilote tel que nous l’avions déjà fait avant le départ de Hendaye ?)

Peu importe, ce n’était que plaisir de barrer à des pointes de vitesse grisantes et assourdissantes de plus de 10 Nœuds (jusqu’à 13 N dans les mains de Syl) sous grand voile à 1 ris et Génois entier ; pourtant, petit à petit, quelque chose nous laissait prévoir que la première nuit risquerait de nous sembler longue à ce rythme-là et à la barre…

Nous avons bien essayé à plusieurs reprises de réenclencher le pilote, et de temps à autre une vague plus grosse que les autres nous amenait au travers du vent (et des vagues suivantes) au prix de gerbes d’écumes un peu envahissantes ; d’ailleurs ce fut l’occasion d’une douche salée pour Syl  qui veillait sur les instruments. Tout a été trempé. Nous nous sentions bien à l’abri dans le cockpit, mais tout était relatif.

Bien décidé à limiter ces figures de style un peu douteuses, j’ai repris manuellement la barre toute la soirée dans un temps toujours aussi gaillard.

Néanmoins, quelques heures plus tard, à la nuit tombée, en l’absence de tout clair de lune, sans aucune visibilité sur la surface de l’océan et la fatigue se faisant sentir, il a fallu que je me rende à l’évidence : le pilote automatique redevenait meilleur que moi, et d’ailleurs je commençais à ressentir sérieusement les prémices du mal de mer m’assaillir.

Ah ! Ce mal de mer et sa règle des 3 F : Faim - Froid - Fatigue ; on sait qu’il suffit de l’un des trois facteurs pour le déclencher, et j’avais « la fatigue au clignotant rouge » depuis un moment déjà, mais je me sentais bien alors…

Alors… Trop tard !

Pilote louvoyant et capitaine incommodé, Agur a poursuivi, plutôt bien que mal, à pleine vitesse dans la nuit, d’abord sous un long quart assuré par Syl pas trop confiante, puis sous une légitime alternance malgré l’estomac toujours renversé de ce qui restait du capitaine.

En effet, comme pressenti, la nuit a été longue ; au petit matin le vent a faibli un peu, et le pilote a su rendre correctement son office sans qu’il soit nécessaire d’intervenir régulièrement pour corriger son cap.

Pas une goutte d’eau, pas un biscuit sec ; je n’ai absolument rien pu ingurgiter pendant 36 heures, sans faire un retour immédiat. C’est le prix de la leçon je suppose, pour avoir osé provoquer un seul F sur les 3…

Alors oui la route a été bonne, mais j’ai compté ces trente six heures, comme on compterait trente six chandelles après s’être cogné le crâne, et cette période a sincèrement été vécue intérieurement un  peu en décalage avec le plaisir total…

Syl a bien géré quant à elle, s’essayant à la lecture dans le carré le premier jour, elle a vite compris qu’il valait mieux ne pas insister : une bonne sieste et un cachet de Stugeron ont suffi à régler le souci naissant. Et dès le lendemain, elle s’est évadée dans de longues heures de lecture, (dans le cockpit cette fois) et ainsi jusqu’à l’arrivée !

Quelle chance !

Les Femmes apprendraient-elles plus vite à gérer les choses qui concepts par F ? (Fiesta, Féérie, Fleur, Faire la sieste, Falbala & Fanfreluche, Fard à paupières, Farfalle, Farine, Faisselle…)   à creuser, mais pas trop quand-même…

 

Bref, à la trente-septième heure, la fin de mon châtiment je suppose, les choses étaient rentrées dans l’ordre toutes seules, et la vie à bord a ressemblé à une valse à deux temps entre Syl et moi entre couchette et surveillance de l’avancement, justement pour que la route soit bonne…

 

Surveillance indispensable, car même si on se sent au milieu de nulle part, avec personne autour, pendant des heures durant... Sournoisement vers 4 heures du matin, alors que l’oreiller appellerait volontiers à sauter son tour de surveillance de l’horizon,  on n’est pas à l’abri de quelques blafards rais lumineux arrivés sur l’arrière, et d’un petit point qui apparaitrait sur l’écran du radar …

L’alarme se déclencherait alors et dans l’engourdissement du sommeil, qui on le sait déforme les jugements, on se laisserait bien encore convaincre de l’annuler en se disant « c’est encore une de ces grosses vagues qui fait un écho parasite »...

 

Cette fois c’était un cargo, un vrai, bien solide, certainement énorme, mais dont on ne voyait que trois petits points lumineux, un rouge et deux blancs. En décryptant la position relative de ces feux, et sans idée sur la taille réelle de l’engin, il semblait faire une route parallèle à la nôtre…

Finalement à bien y regarder, un quart d’heure plus tard il se trouvait toujours sur le même angle, et devenait de plus en plus gros ; en silence il s’approchait. Apparemment nos trajectoires convergentes présentaient un potentiel point de collision dans un futur assez proche.

Quelques courtes minutes se sont encore écoulées, et d’après le radar il était à deux milles de nous, toujours à l’arrière droit et toujours en trajectoire menaçante. Une action s’imposait.

Que faire ? En trajectoire, une seule option : écarter sur la gauche de 45 °, voire davantage ; oui, mais il faudrait changer de réglage des voiles et les changer de bord car elles étaient réglées pour le vent arrière et étaient déjà à la limite du possible.

Il faut bien le reconnaître, c’est toujours rageant, d’engager une manœuvre quand on est fatigué, alors que l’on sait que ce cargo, venant de l’arrière, est sensé gérer sa trajectoire sans menacer d’autre embarcations… C’est la règle, mais bon, la raison du plus fort…

Peut-être l’homme de quart ne nous avait-il pas vus ? Y en avait-il un d’ailleurs ?

Avant d’entreprendre le changement d’amures, j’ai tenté un joker : éclairer les voiles avec le puissant projecteur de pont…

Bingo !

Le résultat ne s’est pas fait attendre ; à peine une minute plus tard, je voyais les feux du cargo s’orienter différemment ; le rouge est disparu, les feux de proue et de poupe se sont superposés, le  feu vert est devenu visible. Ouf il a viré, et il nous est passé sur l’arrière à un demi-mille (900 mètres). Je reconnais que compte-tenu de la vitesse et des cotes XXXXL de l’embarcation, çà semble très proche.

Leçon n° 2 : à l’avenir, il serait bien d’avoir le joker dans sa manche, et de découvrir son jeu un peu plus tôt. Après tout, çà ne mange pas de pain…

Il y a tant d’espace en pleine mer, que l’on pourrait  cultiver l’idée qu’il soit statistiquement bien improbable de risquer de percuter un autre bâtiment au large, et pourtant nous avions là un numéro gagnant au premier rang dès notre première navigation loin du trafic côtier.

 

Oui, oui, la route a été bonne…  Même si, à environ à mi-parcours, en plein après-midi,  Syl a été interpellée par un curieux obstacle, sortant de l’horizon par deux formes verticales inhabituelles, aux coordonnées suivantes : 36° 37’00 N – 011° 21’00 W. Pourtant rien sur la carte. Un navire ?

Au changement de quart elle attirait mon attention, et je ne pouvais que confirmer son doute ; aux jumelles, le navire en question n’était qu’un récif abrupt sortant des fonds environnants de 2500 mètres par deux colonnes de roches et s’élevant à quelques dizaines de mètres au dessus des flots. Invraisemblable, cet obstacle n’est pas porté sur notre carte électronique, Navionics référence Gold 46 XG.

A moins qu’il ne soit le résultat d’une éruption volcanique dans la nuit précédente ? J’en doute.

De nuit, ce récif sorti tout droit des abîmes, est vraisemblablement éclairé, il m’a semblé apercevoir un promontoire qui devait porter un feu ; pas de réel danger donc, mais quand même la pilule est grosse quand on sait qu’une carte qui couvre les côtes européennes jusqu’aux Canaries, coûte 200 Euros, et qu’un détail de cette importance a été négligé pour de sombres raisons de découpages de zones (aucun détail indiqué à cet endroit ni d’ailleurs sur une zone très étendue séparant, on ne comprend pas pourquoi, des secteurs parfaitement renseignés).

Lamentable et irresponsable commerce !

Je sais bien, et ce n’est pas la leçon n° 3 ; il faut à bord, des cartes papiers en plus ; double équipement donc…

Pour faire face à une défaillance du matériel, je suis d’accord, mais pour pallier à des « trous » banalement laissés sans aucune information sur un document récent et à jour, qui concerne un itinéraire aussi fréquenté, je tousse un peu !  

Mais, au fait, comment faisait Christophe Colomb ? Autre époque !

 

Je trouve aujourd’hui assez facile et léger, pour les diffuseurs de cartes électroniques, de dégager leur responsabilité par un avertissement à l’écran qu’il est nécessaire de valider à chaque démarrage de l’appareil.

Cet avertissement devrait plutôt être écrit en ces termes : «  je vends le système, j’encaisse grassement, je sais qu’il est incomplet par endroits, mais je ne suis responsable de rien… »

Je sens que je vais « balancer » sur les forums internet…

-          Fin provisoire de colère -

 

 

21 degrés la première nuit, 23 la suivante, et 25 degrés la troisième ! Ah !  Voilà une bonne sensation qui n’est pas passée inaperçue lors de cette traversée. La température s’est graduellement adoucie à l’approche de l’archipel de Madère. Nous avons pu enfin quitter les bonnets, et anoraks indispensables, la nuit, depuis notre départ de Hendaye.

 

Dans la nuit de Mardi à Mercredi, l’éclat du phare de Porto Santo s’est manifesté à une distance de 25 milles environ (45 km). Terre ! Terre ! C’était une toute petite traversée de 3 jours, mais j’ai vraiment aimé ce moment, (l’effet mémoire des 36 h dans le cirage, certainement, et la promesse d’un repos proche)

Mercredi à partir de 1 h 00 le matin, un rapide calcul nous a invités à ralentir volontairement le bateau, afin de nous garantir une arrivée de jour. Grand voile seule avec un ris, génois roulé, le petit vent de force trois nous emmenait alors à un peu moins de 5 nœuds ; parfait !


 porto santo

Dans le petit matin : la vision de l’île et de ses élancements de reliefs, belle, jeune, fière, prometteuse… Voilà un autre plaisir que cette traversée nous a livré, à mettre au même rang que cette myriade d’étoiles toutes parfaitement visibles sur la voute céleste cristalline des deux premières nuits.

La troisième nuit plus sombre à cause de la couverture nuageuse a compensé la tristesse du ciel en saupoudrant la surface de l’océan de pépites luminescentes de plancton. Il y a décidément toujours quelque chose de beau en mer…

Nous n’avons pas vu de dauphin cette fois, ils se réservent certainement pour une autre occasion …

 

 

Mercredi 27 Août 09 heures, l’ancre se glissait sous le sable fin du mouillage de Porto Santo.

Oui assurément nous avons fait une bonne route.

453 milles parcourus en 72 heures, 6,3 N de moyenne ; nous sommes contents d’être là.

 

 

Si ma mémoire est correcte, c’est Jean-François DENIAUX qui écrivait quelque chose comme :

« Nous sommes arrivées à bon port, parce que nous avons fait ce qu’il fallait,

et que la mer nous a laissés passer »…

 

J’aime bien ce mariage de responsabilité et d’humilité.

Il me semble que l’esprit de cette phrase, qui me revient en mémoire d’une lecture assez ancienne, nous accompagnera tout le long de ce voyage.

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 12:17

Porto Santo.

Pour ceux qui attendent des nouvelles, quelques mots avant de récupérer un peu de sommeil, et « d’atterrir » :

Mercredi 27 Août 09 heures, Agur est arrivé au mouillage à Porto Santo, (Archipel de Madère) après une bonne navigation plutôt rapide… Tout va bien à bord !

 

A bientôt pour plus de détails.

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 01:31

Go vers madère !

Un petit mot rapide pendant que nous nous apprêtons à quitter l’Algarve et à mettre le cap au 235°.

Depuis 8 jours en baie de Portimao, nous nous sommes laissés glisser dans une ambiance estivale, qui donne vraiment la sensation d’être en vacances, entourés de beaucoup d’autres… qui sont aussi en vacances !

Les falaises de l’Algarve nous ont livré quelques uns de leurs clichés spectaculaires et enjôleurs, agrémentés par le fait que depuis que nous sommes ici, nous n’avons pas aperçu le moindre nuage, et que la lumière est souvent avantageuse…


FALAISES ALGARVE  

FALAISES ALGARVE 1

BATEAU PECHE

de belles lumières du matin

FALAISES ALGARVE 2

un petit coin -très- tranquille


Contrairement à ce que montrent les images précédentes, la fréquentation touristique est importante sur cette côte à la végétation et au climat qui rappellerait facilement les rivages méditerranéens. Bémol (encore une fois),  à propos de la température de l’eau qui reste très fraiche ; à vue de gros orteil, autour des 18 degrés… Pas de quoi nous décider à la baignade, et loin s’en faut !

L’envie d’aller voir plus loin est maintenant mûre…


PLAGE

et une  plage de « vacances », facile d’accès.

 

Notre séjour dans la région s’est symboliquement clôturé hier soir sur des notes de Fado, égrenées par Ana Moura et son orchestre lors d’un concert en plein air à Logoa (10 km de Portimao).

C’est toute l’âme portugaise qui vibre avec la voix de cette chanteuse… Une bien belle soirée dont nous avons gravé quelques extraits en vidéo dans le but d’un futur petit montage.

 

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Et ce dimanche 24 Août, c’est le départ !

Notre première « grande » traversée ; en tous cas la plus grande jusqu’alors. 455 milles, (820 kilomètres) pour rejoindre Porto Santo, l’île la plus proche de l’archipel de Madeira. Il nous faudra un peu plus de 3 jours et 3 nuits, selon notre vitesse, et donc selon le vent…


 traversée Madere


Les conditions prévues sont assez vivantes : 17 à 21 Nœuds (Force 5) dans la première moitié, 15 Nœuds (Force 4) ensuite ; Agur devrait aimer ; quant à nous ? On vous dira çà dans quelques jours…

Ce sera l’entraînement pour les traversées ultérieures, nettement plus longues ; nous en sourirons peut-être plus tard, mais cette navigation vers Madère constitue un petit challenge : un peu plus longtemps en mer, aucune escale à envisager en cours de route ; c’est du direct, et on ne peut pas faire demi-tour (face au vent) si çà ne nous plaisait pas !

Nous sommes prêts, plein d’eau, repas d’avance, et bien reposés…

A bientôt sur « l’autre rive » !

 

 

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 18:29

Ferragudo – baie de Portimao (Algarve)- Pont d’envol vers Madère…

 

Notre séjour sur Cascais (entre le 5 et le 15 Aout) s’est effiloché dans le temps et dans le vent, dans une routine presque terrienne, entre les courses dans un hypermarché assez proche qui nous attirait comme un aimant par son côté pratique, quelques ballades en ville, d’assez longues mais nécessaires connexions à internet, et quelques demi-journées tranquilles sur le bateau…

Nous avons néanmoins consacré une journée à la très touristique région de Sintra (20 km au nord de Cascais), petite ville, fichée dans un écrin de végétation abondante sur un relief escarpé, qui offre la visite de plusieurs châteaux et palais somptueux, parfois extravagants, hérités d’un passé compris entre le moyen âge et le XIX ème siècle. Cette visite, qui nous a enchantés par ses qualités esthétiques, a, par contre, été assez peu accessible pour nous sur ses contenus culturels dans la mesure où aucun document, aucune visite guidée, n’étaient proposés en langue française ; dommage.

Nous avons passé beaucoup de temps à essayer de déchiffrer les dépliants et les différents panneaux relativement imprécis et confus afin de tenter d’organiser notre visite, avant de conclure que les offices de tourismes préféraient vraisemblablement orienter la clientèle vers un forfait réunissant une quantité de sites à ingurgiter les uns après les autres ; en clair : « le package pour touristes », une recette « all inclusive » à la mode, mais qui ne nous a pas séduits. D’ailleurs, même au pas de charge, et en utilisant les lignes d’autocars allant d’un site à l’autre, il est apparu impossible - et de loin - de boucler le tout dans une seule journée ; alors…

Alors, après avoir foulé les marches et les passages pavés des contreforts du château médiéval « Castelo dos Mouros », en bougonnant quelque peu sur les abus mercantiles du tourisme dans cette région, nous nous sommes dirigés un peu par hasard, vers le domaine de « Quinta da Régaleira ».

Etrange, mystique, et surprenant dans ses aménagements, ce parc de 4 hectares nous a retenus plusieurs heures, et a fait naître à de multiples reprises des expressions d’émerveillement, et autant d’interrogations sur les motivations de ses bâtisseurs…

L’esprit et l’ambiance de la journée ont été heureusement sauvés par cette belle visite.

 CASTELOCASTELO 1

 

 

 

 

 

 

  gros-ARBRE.jpg

GROTTES  TOUR

 

Après le bonus temps évoqué dans le précédent article, nous nous sommes donc décidés à laisser derrière nous, Cascais et sa baie très ventée au sein de laquelle 30  à 35 nœuds de vents nous ont complètement saoulés pendant les derniers jours.

Nous avons levé l’ancre dès les premiers rayons de soleil le 15 Août, en direction de Sinès, 60 milles plus au Sud. Une navigation rapide, animée par les « Alizés portugais » de force  4 puis 5 à 6, a confirmé notre plaisir à la barre d’Agur, et aussi sa capacité à accrocher régulièrement les 10 nœuds lors des longs surfs bruyants.

SINES 

Sinès, est un port industriel peu attirant qui permet néanmoins une escale de repos, au mouillage face à la plage « Vasco da Gama », dans une large enceinte très protégée, entre les quais des pêcheurs et la marina.   En soirée nous étions interpellés par le calme plat environnant, contrastant avec le niveau sonore élevé et permanent provoqué par le vent les jours précédents.  

 

Sans que nous ayons mis le pied à terre, dès le lendemain au lever du jour, Agur pointait vers le Cap Saint Vincent, extrême sud-ouest de la péninsule ibérique, et par là-même du continent européen… 

  CARTE

Une longue navigation se préparait alors, avec 85 milles à couvrir pour viser en toute fin de journée une escale à Ferragudo, dans la baie de Portimao.

 

« Cabo Sao Vicente » ou Cap Saint Vincent.

Ce cap est différent de tous les autres que nous avons évoqués jusqu’à présent ; sa configuration quelque peu agressive, en tous cas imposante, marque très nettement un changement de région, un changement de climat, et modèle un espace maritime qui devient méconnaissable une fois le promontoire viré.

Notre ressenti a été tel que cela vaut bien un paragraphe !

Depuis le milieu de matinée, nous descendions à bonne allure dans un flux de Nord-Ouest modéré de 12 nœuds environ ; vers 16 heures, soit une heure avant les parages du cap, la mer se formait de grosses crêtes blanches à mesure que le vent montait doucement à 15, puis 17 et enfin autour des 20 nœuds (force 5 bien établi). Nous naviguions avec la Grand voile au premier ris et le génois entier, nous tenant prêts à réduire encore au besoin tant il était évident que le cap ferait les gros bras…

Bonnet de laine, cols roulés et anoraks étaient de rigueur, malgré le plein soleil ; sous l’effet du vent, la sensation de froid a dominé toute la journée et les 19 degrés affichés au thermomètre n’étaient guère convaincants.

Virer le cap, signifie s’éloigner petit à petit du vent arrière, passer ensuite au vent de travers, et finir au près ; le tout s’est échelonné sur une heure environ. En modifiant ces allures, la sensation de vitesse s’accroissait, et l’inconfort aussi ; la fraîcheur était encore plus perceptible, frisant le désagréable.

Fallait-il réduire encore les voiles ? Non, c’était proche du maxi, mais nous sentions que ça n’allait pas durer très longtemps… 

  CAPLe cap St Vincent vu depuis le Sud

 

Puis le rocher s’est approché, ses détails sont devenus tous visibles ; le phare qui le surmonte, certainement blasé par le nombre d’équipages qui le photographient, semblait nous regarder passer d’un air désintéressé.

Très rapidement la mer est devenue plate ; totalement plate. Le vent, toujours aussi vif, propulsait le bateau, comme le ferait un énorme moteur régulier, à une vitesse Gps de 9 à 10 nœuds, et cette fois sans vague pour l’aider.  

Agur labourait l’océan de deux tranchées qui se rejoignaient en une gerbe verticale quelques mètres derrière le bateau et laissaient un long sillage blanc loin derrière nous. Impressionnant et grisant.

Le vent a persisté encore un peu derrière le cap, et s’est effondré (le vent s’est effondré, pas le cap !) en moins d’une minute pour laisser un léger souffle franchement chaud venant de terre. Bonnet, anorak et pulls sont tombés instantanément sur la banquette du carré; il faisait 26 degrés.

Etourdis de senteurs chaudes venant de terre, comme des effluves de maquis, de lauriers, ou d’eucalyptus peut-être, nous avons bénéficié encore une heure d’un doux force 3 pour nous faire avancer à 6 Nœuds vers Portimao

L’océan quant à lui est passé d’un bleu dur, profond, zébré d’écume blanche à des teintes très claires de topaze bleu, évoquant les eaux méditerranéennes dans le calme des criques solitaires, avant de nous charmer dans les orangés du couchant…

Ah ! Magique ce cap Saint Vincent ! En tous cas dans ce sens-là, et à cette saison !

SUNSET 

La baie de Ferragudo à 25 milles plus à l’Est, s’est fait un  peu désirer du fait que notre vitesse avait retrouvé des caractéristiques ordinaires, et lorsque nous nous sommes glissés entre les feux rouges et verts de l’entrée de la baie, la nuit était totalement tombée. Il a fallu s’y reprendre à deux fois pour mouiller l’ancre, très précisément, au beau milieu d’une trentaine d’autres bateaux presque déjà endormis.

Nous nous sommes posés, tout près d’un gros ketch éclairé comme un sapin de Noël, dont l’équipage sur le pont guettait la manœuvre, et devait nous trouver un peu trop proches de leur chère embarcation qu’il aurait certes été dommage d’écorner...

Qu’importe, le temps était calme, et le profond « sommeil du juste » nous a très vite pris en charge gommant toute improbable anxiété quant à la tenue du mouillage.

 

Ferragudo.

Ferragudo, est un village de pêcheurs discret dans la grande baie de Portimao. Beaucoup pourraient le trouver banal, avec ses maisons un peu disparates, ses cabanes de pêche rudimentaires en bordure de plage et les casiers malodorants empilés ; mais à nous, il nous parle autrement…

Il résonne ce que nous avons vécu et ressenti lors de notre passage en 2012 en direction du Nord… Comme un petit havre de paix, Ferragudo nous avait invités à nous poser et à prendre un peu de recul par rapport au voyage et à la vie en bateau…

C’est ici à Ferragudo, que nous avions exprimé notre envie, et validé la décision interne de repartir un jour, plus loin, plus longtemps.

 

Dès le premier jour, nous avons retrouvé notre petit « resto » fétiche, et sa serveuse sympathique, Silvia, qui se souvenait de notre précédent passage.

  SILVIA

Nous pouvons dire que c’est ici que ce voyage est né, et sans que nous l’ayons spécialement voulu, Il se trouve naturellement que c’est d’ici que nous partirons pour traverser vers Madère dans quelques jours.

En revenant à Ferragudo une espèce d’ellipse de deux ans s’est refermée, comme si nous reprenions aujourd’hui l’essence ce qui était en nous à ce moment-là, et que nous poursuivions une route tracée d’avance vers des horizons jalonnés des mystères de la vie et d’inconnues…

 

Au présent, tout en surveillant la situation météo sur cette partie de l’atlantique afin de trouver un créneau de 4 jours pour traverser avec de bonnes conditions (ni trop fort, ni trop faible), nous allons profiter de quelques ballades sur les falaises de l’Algarve, de séances plages (trop rares à notre goût jusqu’à maintenant), et il faut bien l’avouer nous comptons bien nous  accorder un ou deux écarts diététiques sur des spécialités portugaises…

Tout un programme quoi !

Après tout, ce sont encore les vacances non ?

 

FALAISES 1Côte sud du Portugal

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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