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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 21:49

De l’île de Carriacou jusqu’à sa grande sœur Grenade, il y a quatre heures de navigation ; un saut de puce.

Loin de suivre la route directe, c’est sur une quinzaine de jours que nous faisons le voyage, prenant le temps de découvrir les petits coins secrets des Grenadines en cette saison privilégiée où il n’y a quasiment personne.

 

Le temps est beau, très chaud, le plus souvent calme, permettant d’oser des mouillages qui seraient trop exposés en périodes d’alizés. Il nous appartient uniquement de surveiller quotidiennement l’évolution des tempêtes qui traversent l’océan. La treizième vient de passer comme les précédentes beaucoup plus au nord.  Nous n’en ressentons ici aucun effet.

 

En contournant Carriacou par le Nord (pour aller à Grenade qui est vers le Sud !), nous suivons l’idée de découvrir deux petites îles toutes proches : « Petit Saint Vincent » et « Petite Martinique ».

Nous nous affranchissons des formalités administratives entre les deux îles, distances de moins d’un kilomètre, et pourtant administrées par deux pays différents. Une tolérance douanière y est parait-il observée.

 

 

Petit Saint Vincent, « PSV » pour les initiés.

 

C’est une île privée, sur laquelle a été aménagé un complexe 5 étoiles qui présente une vingtaine de petits cottages à louer, nichés dans la végétation. En cette saison tout est fermé à la clientèle ; seule une équipe de maintenance travaille sur place.

 

C’est pour nous l’occasion de visiter l’île, les installations, de faire les curieux, de profiter des plages désertes, des transats inoccupés, des paillottes solitaires, de faire les pitres dans l’espace « zen »…

2016 09 26 - De toutes les couleurs !
2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Ce qui est vendu comme « Le Rêve » est là, palpable, il nous environne ; tout est à la fois vrai et presque irréel.

Nous flânons seuls et librement dans ce décor.

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Le personnel, occupé à diverses tâches de nettoyage ou de réparations, nous salue aimablement.

L’un des employés, plus disponible, nous accompagne spontanément dans la visite des aménagements du complexe hôtelier. Il devient opportunément notre guide, et nous explique tout…

Les installations visent à l’autonomie totale : énorme groupe électrogène, conséquente machinerie de  désalinisation d’eau de mer, vaste jardin potager, poulailler, ateliers de menuiserie, de mécanique ; tout est prévu sur place.

 

Nous apprécions à leur juste valeur ces aménagements, au regard des équipements souvent précaires et minimalistes des îles voisines, où par exemple, les habitants n’ont d’autre choix que de récupérer l’eau tombée du ciel et de s’en satisfaire…

 

Les propriétaires de l île sont associés ; un américain et un anglais.

 

Nous observons par la qualité des aménagements que leurs investissements privés font la différence face aux fonds limités des petits états indépendants formant les îles Grenadines.

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

En compensation, pour se brancher à cette source de félicité, la clientèle devra quand même cotiser à hauteur de 1200 Euros la nuit pour un cottage de deux personnes… 

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

L’océan quant à lui, est envoûtant ; il appelle à la baignade sans modération. 

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Quatre-vingt mètres plus haut, au point culminant de l’île, c’est un panorama à 360 degrés qui nous décline tous les bleus de la palette, et nous coupe le verbe.

Comment fait-on pour emmagasiner la sensation que procure toute cette beauté ?

 

On aimerait s’en imprégner au plus profond, la fixer en nous pour toujours, pour se la réinjecter si un jour on en avait besoin.

Illusoire… Pas de conserve de la sorte !

Alors nous dégustons, chaque minute, en conscience.

 

 

Les fins de journées ne sont pas en reste.

En peu de temps, vers les 18 heures dès que le soleil plonge derrière l’horizon, le show commence.

Le ciel se prend alors pour une forge, les nuages apportent leur note de fantaisie, en s’amusant à voiler les silhouettes des îles voisines.


Ici, à Petit Saint Vincent, les couchers de soleil nous prennent en otage ; ils nous imposent  généreusement et avec insolence leur spectacle que rien ne vient troubler.

Pourquoi sont-ils plus beaux ici plutôt qu’ailleurs, nous n’en savons rien.

 

S’asseoir et recevoir… 

2016 09 26 - De toutes les couleurs !
2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Une demi-heure plus tard c’est la nuit noire, et le silence complet.

 

Le silence, c’est aussi une particularité de PSV, car en beaucoup d’endroits nous sommes confrontés plusieurs fois par semaine et systématiquement le week-end, à une sorte d’invasion sonore qui consiste à recevoir des rythmes de « musiques », (qui selon nous n’en sont plus) à un volume exagérément élevé.

Le son porte très loin à la surface de l’eau ; à 500 mètres et bien davantage, émanant parfois d’un minable troquet face à la mer, c’est le déchaînement d’une sono surdimensionnée qui nous donne le tournis jusque tard dans la nuit.

Nous nous demandons souvent qui peut aimer cet enfer acoustique ?

 

Humm, en l’occurrence, nous apprécions donc particulièrement le silence de PSV…

 

 

A PSV, il y a aussi une cerise sur le gâteau : un petit bijou, à un jet d’oursin (comme dirait un certain Ivan) ; voici Morpion !

A quelques centaines de mètres de Petit Saint Vincent, cet îlot naturel de sable fin, est serti dans une barrière de corail qui le protège totalement.

On y accède à la nage ou avec une embarcation très peu profonde.

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

De la taille d’un court de tennis, Morpion est usuellement le rendez-vous des « Just-Married » pour une série de photos  aériennes,  en costume et robe blanche.

Le « Rêve dans le Rêve », pour certains clients de Petit Saint Vincent venus de l’autre bout du monde pour l’occasion.

Un paisible sourire pour nous, face à ce qui ressemble quand même bien à un cliché commercial.

 

Enfin, cette pastille de sable est bien là, entourée d’une eau cristalline et chaude, et elle n’y peut rien si l’humain, en plus d’y avoir posé une paillotte, se met à y faire des projections alambiquées…

 

Nous profitons jusqu’au bout de notre envie, de toutes ces beautés naturelles plus ou moins aménagées, mais toutes particulièrement esthétiques.

 

Nous aurions pu rester des lustres en ces lieux, mais force est de constater qu’il arrive un moment où l’on est rempli, où l’on aspire à découvrir autre chose, une autre profondeur, pour peut-être revenir plus tard. 

La Petite Martinique. 

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

C’est la voisine de PSV.

Son vis-à-vis, et presque son contraire.

Un millier d’habitants, et quasiment aucune structure touristique.

2016 09 26 - De toutes les couleurs !
2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Une plage proprette, mais banale, fonctionnelle ; la vie y coule, sans que rien ne semble avoir changé depuis longtemps.

 

De nombreux bateaux de pêche sont amarrés en face de l’unique village. Il y a du mouvement, les gens s’affairent.

Ici on vit de la pêche, et de la commercialisation du poisson dans les îles voisines.

 

Un débarcadère en bois permet l’accostage quotidien de petites vedettes de passagers, en provenance de Carriacou ou de Grenade ; elles livrent aussi les approvisionnements alimentaires de base.

2016 09 26 - De toutes les couleurs !

Dans le village, l’impression générale est agréable, les maisons sont entretenues et fleuries, les chemins et abords sont nettoyés, ainsi que la plage. C’est suffisamment différent des autres îles pour que nous le remarquions aussitôt débarqués.

Il y a trois petits commerces d’alimentation, avec toujours aussi peu de diversité, et la même absence de fruits et légumes…

 

Nous restons quelques jours au mouillage, prenant ici la mesure de l’isolement des jeunes qui grandissent sur cette île en marge du monde.

Comment font-ils le parallèle entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient par internet sur leurs écrans de téléphone ?

Quel est leur avenir professionnel ?

Combien de temps cette île gardera-t-elle encore son intégrité ?

 

 

Quelques jours plus tard, après avoir exploré la côte Est, puis la côte Sud de Carriacou, (en fait nous avons fait le tour complet de l’île) nous revenons spécialement à Petite Martinique où nous avons le plaisir de retrouver Ivan et Patricia sur leur catamaran Paseo. Nous nous y sommes donné rendez-vous par mail.

 

Depuis les Canaries l’an dernier, nous avons sympathisé avec eux. Nos sillages se sont croisés plusieurs fois par hasard ; cette fois c’est organisé, presque orchestré, une sorte de rendez-vous d’espions.

Ayant reçu notre message de détresse, ils avaient une mission de contrebande : nous apporter depuis les îles Françaises une livraison de café, toujours introuvable dans les Grenadines…

 

Nous sommes sauvés in extrémis, à la limite de la rupture de notre trop petit stock !

Merci ! Nous sommes parés pour trois mois, et de ce fait dispensés de siroter le Nescafé…

 

Dès nos retrouvailles, nous laissons derrière nous Petite Martinique, dont le mouillage est encombré, pour rejoindre ensemble Petit Saint Vincent, à dix minutes de navigation.

 

Voilà déjà notre piqûre de rappel à « PSV » !

 

Ivan et Patricia apprécient aussi la beauté et le calme des lieux.

Nos bateaux y mouillent côte à côte.

Paseo et Agur au pays des rêves

Paseo et Agur au pays des rêves

Ivan est très adroit en chasse sous-marine ; Il déniche sous nos yeux incrédules langoustes et cigales de mer planquées dans les trous de roches coralliennes. Initiation en direct !

Nos repas en commun autour de ces charmantes bestioles ont des allures d’exception…

 

Durant quelques jours nos échanges sont nombreux et chaleureux.

Puis le moment arrive de reprendre chacun notre programme.

Paseo flânera encore quelques semaines dans les îles de Saint Vincent.

A plus, bon vent !

 

Quant à nous, nous descendons enfin sur Grenade, par une navigation des plus agréables, avec un vent modéré et un océan paisible.

 

 

Grenade, « l’île aux épices ».

 

 

Ce sera le prochain article sur le blog de Ciao. Promis, c’est pour très bientôt !

 

Grenade est une île attachante, encore authentique. Elle me rappelle la Martinique des années 80.

Nous nous régalons de fruits (enfin !!), de sourires accueillants, de nouveaux espaces dans une végétation luxuriante, généreuse et naturellement riche d’essences que nous découvrons : cacaoyers, nutmeg (noix de muscade), etc...

 

Nous sommes tant occupés par la découverte qu’il me manquerait presque le temps d’écrire !

 

D’autant qu’une priorité est venue se greffer : nous devons esquiver la première tempête tropicale, qui fonce droit sur nous.

C’est un système classique en cours de formation sur l’océan, en provenance de l’Afrique.

Encore moyennement musclée cette dépression nécessite, par précaution, d’aller s’abriter dans l’une des baies profondes du sud de l’île.

C’est fait !

 

Selon les prévisions, cette tempête va nous agiter l’ambiance du bord les 28 et 29 Septembre, pour vraiment s’intensifier un peu plus loin en mer des Caraïbes et vraisemblablement prendre ses galons de « cyclone » en direction de Cuba, ou Haïti.

 

Deux jours consignés à bord, sous rafales de vent et fortes pluies, me laisseront forcément du temps de rédaction…  (peut-être… dit Syl)

 

A très bientôt donc !

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 18:10

Il y a un mois et demi, nous sommes arrivés à Carriacou de la même manière que nous arrivons partout ailleurs, en nous disant « nous nous posons pour quelques jours, et peut-être davantage, ce sera selon… »

Six semaines sont passées et l’ancre d’Agur est restée profondément enfouie, enracinée, à risquer de la fossiliser…

 

Pendant six semaines nous avons gravé sur nos rétines le même décor, celui de Tyrell bay, anse naturelle sous le vent de Carriacou, ni moche ni sublime ; tout simplement naturelle et paisible.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

La baie est calme, bien protégée, le bateau bouge à peine et çà c’est un élément agréable qui, au quotidien, pèse favorablement dans la balance du côté : « on reste ».

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Le tour des lieux s’est fait rapidement : une plage, une petite route de béton toute droite qui la longe, quelques « cases-bars » plus ou moins lumineuses, quelques restos dans le même style, et juste de quoi se ravitailler à l’essentiel sans être trop exigeant (surtout pas exigeant).

 

En effet, dès l’arrivée, nous avons accusé une certaine déception vis à vis de la diversité des approvisionnements alimentaires.

 

Ce n’est pas spécifique à Carriacou, au contraire ; mais nous attendions de cette île, plus grande que les autres, une meilleure offre, plus riche, plus large ; une profusion de fruits et légumes par exemple.

 

Eh bien non !

 

Les fruits que nous trouvons le plus couramment à un prix abordable et de bonne qualité, sont les bananes et les mangues. Pour le reste, c’est une question d’opportunité, et ça se comprend, l’île produit peu et les arrivages par ferries sont irréguliers.

 

Suivant la même logistique, les légumes se trouvent « au compte goutte » ; il faut souvent faire trois ou quatre étals pour réunir de quoi composer une entrée de crudités telle que nous la connaissons.

 

D’une manière générale, depuis que nous sommes dans les Grenadines, nous avons dû nous forcer à effacer de nos menus un certain nombre de plats : par exemple tout ce qui entrerait normalement dans un rayon « boucherie charcuterie», et aussi les produits frais, les yaourts, le fromage également.

 

 

Malgré tout, après quelques essais/erreurs, jour après jour, nous avons tissé notre toile.

 

  • Nous avons fini par trouver où acheter des œufs sans devoir en jeter 4 sur une douzaine. Ils sont vendus en vrac, comme à l’époque de nos grand mères, sans indication sur la date de ponte ou la date limite de consommation. Au feeling !

 

  • Nous avons ciblé avec un taux de réussite correct où se fournir en pain sans qu’il ait un goût de savonnette. Nous avons encore des progrès à faire car il nous semble acheter toujours le même type de pain, et lorsqu’on le tranche, nous le découvrons complet, blanc, ou brioché, selon le tirage, car bien sûr rien n’est indiqué sur l’emballage…

  

  • Plus difficile, nous nous sommes résolus à concevoir la possibilité d’ingurgiter du Nescafé en remplacement de vrai café qui est, on se demande bien pourquoi, totalement introuvable ici. Les pays producteurs ne sont pourtant pas loin.

 

  • Pour finir avec ce bougonnement libérateur, avouons que certains produits restent un mystère pour nous : les « Corned beef » et autres viandes en conserve. Instinctivement nous détournons la tête à leur vue. Peut-être avons-nous tort…

Nous avons bien tenté de goûter le jambon en boîte, il a terminé par-dessus bord en guise d’appât pour nos pêches (efficace d’ailleurs).

 

Selon le principe « tout ce qui ne tue pas rend plus fort », nous nous sommes donc adaptés et nous avons même réussi le tour de force de nous persuader (provisoirement) que nos manques ne seraient que les conséquences de nos exigences…

 

Lorsqu’on sait ce qu’endurent certaines populations, nous sommes bien conscients que finalement nous ne manquons réellement de rien !

 

Alors nous avons adopté, malgré nous, l’incontournable « chicken » ; le poulet industriel présenté sous toutes ses formes, cuisses, wings, blancs, dos, nuggets ; on le trouve uniquement en surgelé, en espérant quand même qu’il n’ait pas manqué quelques maillons à la chaîne du froid…

 

Réflexe paranoïaque de l’européen ? C’est possible ! Nous serions donc incurables…

 

Récemment sur une autre petite île, nous avons observé, ébahis, un jeune homme installé dehors, par 30 degrés à l’ombre, à côté de la façade d’un magasin.

Il était occupé à reconditionner des morceaux de poulets congelés reçus en gros cartons et posés là à même le sol.

Tranquillement, à mains nues, à température ambiante (tropicale), il les replaçait dans de  petites poches en plastique de 2 parts.

Sur la table, le tas de petites poches terminées attendait, tranquillement aussi, d’être replacé plus tard au congélateur.

Tout est normal ! Où est le problème ?

 

Mais, certains jours gris, reconnaissons que nous évoquons le magret de canard du Sud Ouest avec une nostalgie certaine…

 

 

Au fil des jours, là, sans grand-chose, entre nos pêches aussi régulières que productives, nos indispensables récupérations d’eau de pluie, un certain équilibre s’est établi, et cet équilibre a résisté naturellement à ce qu’on le remettre en question. C’est ainsi que le séjour à Carriacou s’est prolongé de lui-même jusqu’à être l’un des plus long depuis le début du voyage.

 

Nous savons parallèlement que nous devons gérer au mieux les 5 mois à passer dans le sud de l’arc Antillais, distiller les escales, ne pas avancer trop vite pour éviter, tant que faire se peut, la lassitude.

 

Nous avons lâché le projet de rejoindre l’île de Tobago distante de 90 milles (180 km) dans le Sud-Est, constatant que la direction du vent se montre quasiment toujours contraire à la route.

Nous gardons donc l’option pour l’an prochain, en route directe depuis la Martinique.

 

Parce que l’an prochain…

Il y aura encore la saison des cyclones et il faudra encore s’exiler… Tel est le tribut du navigateur sous les tropiques !

 

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Pour meubler un peu, nous avons pris le temps de faire quelques ballades dans l’île, histoire de nous familiariser au mode de vie local qui se révèle, lui aussi, différent de ce que nous connaissons.

 

L’île de Carriacou est peu touristique. Nous dirions volontiers : « tant mieux ! », elle est restée authentique.

 

L’habitat est dispersé, et assez disparate aussi ; de la grande villa en béton aux petites cases de planches, chacun profite comme il le peut de sa vue sur mer. 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Les panoramas sont magnifiques, les plages s’étendent sur des kilomètres du côté « sous le vent » Il est facile de trouver son petit coin solitaire, isolé. Les structures hôtelières sont rares et discrètes.

 

La côte au vent est déserte, sauvage, un peu délaissée même.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

A Windward, petit village au nord de l’île, nous avons été surpris par l’existence d’un micro « chantier naval » à l’ancienne.

Un homme de l’art y a entrepris, seul, la construction traditionnelle de ce qui deviendra un petit cargo destiné aux liaisons inter-îles..

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Les travaux ont démarré il y a un an !

 

On pourrait croire que le matériau principal est le bois.

Il semblerait que ce soit plutôt un savant mélange de savoir-faire, détermination, courage et patience.

 

______________________

 

 

Il y a relativement peu de voitures personnelles sur l’île. Pour la grande majorité, les habitants se déplacent en taxis collectifs.

 

 

Nous avons testé, c’est efficace, économique, surprenant parfois, toujours cordial.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

De nombreux mini-vans équipés en 12 ou 15 places assises sillonnent l’île continuellement. Ils portent des numéros en fonction des secteurs qu’ils desservent.

Ils sont personnalisés, peints, agrémentés d’une sono aux rythmes plus ou moins épicés selon le goût du chauffeur.

 

Pour les utiliser c’est simple : il suffit de se tenir en bordure d’un chemin, et dans les minutes qui suivent une voiture s’arrêtera, c’est sûr, pour proposer une place.

Ensuite c’est le lâcher-prise.

Il est inutile de repérer l’itinéraire, les chauffeurs ne prennent jamais le même circuit, ils composent leur course au fur et à mesure, en fonction des clients.

Quand subitement le véhicule s’arrête, c’est que quelqu’un descend, ou que d’autres personnes vont monter sans que l’on saisisse vraiment comment ils se sont compris. On a l’impression que chacun sait ce que l’autre veut. C’est fluide ; la clé de l’énigme c’est que tout le monde ici se connaît.

 

Parfois au prix d’une très longue marche-arrière le van va récupérer, au fond d’une vallée isolée, une mamie pimpante qui descend faire ses courses au village.

Ou encore, un sac en plastique dont on ne sait ce qu’il contient ni à qui il appartient, est passé au chauffeur par la vitre toujours grande ouverte. Quelques minutes plus tard le sac ressort et passe dans d’autres mains. Une commande peut-être ?

 

Il y a toujours quelqu’un pour nous indiquer que nous sommes arrivés à destination, le chauffeur lui-même ou un passager attentif qui a compris nos intentions. Les gens sont prévenants, attentifs.

 

C’est curieux, dans ces taxis, on se sent à la fois étrangers et intégrés à la population qui nous prend en charge pour un moment, comme si nous étions des leurs.

On se sent en sécurité bien que l’état des véhicules soit parfois limite ; les amortisseurs n’amortissent plus grand-chose, les sièges sont défoncés ; les ceintures sont totalement superflues, et c’est le klaxon qui régule les priorités ;  mais tout se passe bien…

 

Pour l’équivalent d’un Euro et vingt centimes, c’est un quart d’heure de vie locale concentrée ! C’est en tous cas toujours un bon moment garanti que de se déplacer en taxi collectif…

 

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19 Août 2016 - ça y est ! 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Nous avons décidé d’arracher l’ancre ! La chaîne, entourée d’algues est deux fois plus épaisse que d’origine, les cordages de la patte d’oie dégoulinent de filaments verdâtres, et quelques coquillages s’arrachent aux premiers tours d’hélice.

Dans ces eaux chaudes, la vitesse de la prolifération subaquatique est impressionnante.

 

 

L’idée est d’aller passer quelques moments sur un ilot voisin, Sandy island, type « fond d’écran » : une bande de sable blanc de 300 mètres de long avec quelques bouquets de cocotiers pour faire joli ; rien d’autre.

Tout autour : des fonds coralliens à explorer en palmes, masque, tuba 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Nous avons prévu un ou deux autres mouillages "trank'île" à proximité immédiate de Carriacou pour les jours à venir.

 

Ensuite pendrons-nous la direction de Grenade, l’île principale ?

C’est probable…

 

 

Affaire à suivre !

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 23:31

Bonjour les lecteurs du blog de Ciao ! Il est grand temps de donner quelques nouvelles. 

Je constate que plus le voyage s’avance, et moins j’en raconte…

Les moustiques véhiculeraient-ils, en plus du Zika et autres cadeaux empoisonnés, une sorte de nonchalance et de laisser-aller « couleurs locales » ?

C’est possible !

 

Allez ! Je me reprends en mains.

 

Nous avons passé pas mal de temps aux Saintes à laisser couler les jours, puis sur l’île principale de la Guadeloupe, dont nous avons fait le tour complet, agrémentant nos escales de petites visites et ballades à terre.

Là, il aurait presque fallu écrire chaque semaine, car chaque escale recelait son lot de découvertes, de curiosités mais quelque chose a manqué ; le temps, l’inspiration, le recul par rapport aux différents vécus qui se sont enchaînés rapidement...

 

Quelques petites perles :

Le lagon de St François protégé par la barrière de corail

Le lagon de St François protégé par la barrière de corail

Petite Terre, îlot inhabité, espace protégé.

Petite Terre, îlot inhabité, espace protégé.

Sur les plages de Petite Terre

Sur les plages de Petite Terre

Petite Terre…façon « seul au monde »

Petite Terre…façon « seul au monde »

Lagon de Petite Terre

Lagon de Petite Terre

Luxuriance tropicale, vers les chutes du Carbet.

Luxuriance tropicale, vers les chutes du Carbet.

Cascade aux écrevisses

Cascade aux écrevisses

Après la Guadeloupe, nous sommes repassés par Les Saintes pour profiter encore un peu de ce havre de paix et des dernières semaines de la belle saison.

 

Aux Antilles, il n’y a pas d’hiver, il fait toujours chaud, autour de 30 degrés. La belle saison dite « sèche », la plus touristique, s’étale entre les mois de Décembre et Mai.

Fin Mai, progressivement, les hôtels, les résidences et les rues se vident, et on bascule en basse saison.

 

D’ailleurs en Juin, nombre de commerçants ferment boutique et prennent leurs vacances annuelles.

C’est la saison « humide » qui démarre doucement mais sûrement.

2016 07 03 – Agur aux Grenadines

Les épisodes pluvieux deviennent plus fréquents, quelques orages éclatent, et surtout à partir de Juin on entre dans la saison à risque cyclonique.

 

 

 

Le risque cyclonique est une caractéristique majeure à prendre en compte dans la région, eu égard à la violence des phénomènes.

 

 

Pour comprendre en quelques mots, le développement des cyclones est dû au fait que la température de l’océan tout entier se réchauffe avec les mois d’été. Les phénomènes d’évaporation s’intensifient, des systèmes dépressionnaires (dépressions tropicales) prennent naissance entre l’Afrique et les Antilles, se déplacent vers l’Ouest, traversent la zone où nous sommes et remontent en direction de l’Amérique centrale ou du Nord.

 

Chaque système dépressionnaire qui s’amorce ne dégénère pas systématiquement en cyclone.

Mais déjà en soi, ce que l’on appelle une dépression tropicale est comparable à un coup de vent de la saison hivernale, chez nous en France, avec des vents jusqu’à 35 Nœuds, la chaleur et de fortes pluies tièdes en lot de consolation.

 

Lorsque la dépression tropicale s’intensifie, elle est classée « tempête tropicale », en fonction des vents qu’elle génère (de 35 à 65 Nœuds). Plus violentes, les tempêtes tropicales sont alors baptisées d’un prénom, elles sont répertoriées.

 

Si la tempête tropicale s’intensifie encore, nous avons affaire à un cyclone. Les cyclones sont classés en 5 catégories suivant leur force. Les vents d’un cyclone sont particulièrement destructeurs (ils peuvent dépasser  les 150 Nœuds - 300 km/h).

Quelque soit leur catégorie, être sur la trajectoire d’un cyclone avec un bateau serait catastrophique ; déjà au stade d’une tempête tropicale, la situation serait préoccupante.

 

Alors pour se préparer aux passages de ces « machines à tout casser », ou éventuellement les esquiver quand on peut se déplacer, il y a les statistiques des services météo spéciaux, qui repèrent et analysent les trajectoires des tempêtes et cyclones depuis plus d’un siècle.

 

Dès qu’un nouveau système est en cours de formation, il est tracé en permanence et sa trajectoire prévisible (avec les marges d’incertitudes) est diffusée sur les cartes visibles sur internet.

Il est possible de savoir 2 à 3 jours avant à quelle sauce on risque d’être mangé, et de réagir en conséquence.

Historique des trajectoires des systèmes cycloniques sur 110 ans

Historique des trajectoires des systèmes cycloniques sur 110 ans

On remarque immédiatement qu’il vaut mieux être au sud de la zone qu’en plein milieu du passage !

 

Voilà pourquoi, nous nous sommes décidés à voguer vers le bas.

 

La période la plus critique se situe entre Août et Octobre.

 

Toujours selon les statistiques, on peut s’attendre à voir passer dans la région au cours de la saison 2016 entre 10 et 16 systèmes potentiellement dangereux. Parmi eux 4 à 6 seraient des tempêtes tropicales, et 1 ou 2 d’entre eux des cyclones majeurs.

 

 

Les stratégies sont différentes pour les uns et les autres.

Certains bateaux sont restés par exemple en Martinique, au port ou au mouillage du marin, enclave naturelle relativement protégée, mais en espérant néanmoins ne pas être concernés par un passage trop aigu.

Il y a entre 1000 et 1500 bateaux dans cette zone ; c’est impressionnant et on se demande bien quelle danse ils feraient si le plan d’eau s’animait outre mesure.

 

Beaucoup d’équipages prennent le choix de descendre vers le sud. Une grande majorité stationne à Grenade, avec les mêmes problèmes de promiscuité, mais avec potentiellement moins de risque qu’en Martinique.

 

D’autres vont et viennent entre les îles en restant sur le qui-vive, et se déplacent à l’annonce d’une trajectoire menaçante.

 

 

L’idéal pour être vraiment à l’abri des trajectoires de ces bolides serait de descendre jusqu’au Venezuela, mais aujourd’hui les conditions de sécurité ne sont pas réunies et le risque de piraterie semble bien supérieur au risque cyclonique…

 

 

Alors compte tenu de tout ce qui précède, nous avons opté pour descendre visiter les îles du sud, l’archipel des Grenadines, puis Tobago (tout en bas à droite) pour le cœur de la saison.

2016 07 03 – Agur aux Grenadines

Fin Mai, en quittant les Saintes, nous sommes allés directement en Martinique ; une navigation d’une vingtaine d’heures.

 

Pour l’occasion, et c’est suffisamment rare pour le signaler, nous naviguions de concert avec un autre voilier rondement mené par Yves, Pati, et leur fils Julien.

Un sympathique bord à bord maintenu quasiment d’un bout à l’autre.

 

Le temps que les choses s’installent, et ce fut comme une danse de voiliers, dans la lumière du couchant. De très belles images d’AGUR ont été prises par Julien, alors que de mon côté je filmais l’autre bateau « ARGO IV ».

La mise en commun de nos prises de vue m’a permis de réaliser ce petit film (son et plein écran recommandés) :

Quelques jours après notre arrivée en Martinique, un minuscule indésirable s’est invité à bord.

C’est « Le Zika » dont on entend parler partout.

Il existe bel et bien !

 

C’est Syl, qui l’a hébergé personnellement environ cinq jours.

Couverte de petits boutons rouges, un peu patraque, ressentant des fourmillements dans les mains et dans les pieds, pestant contre des douleurs articulaires un peu partout, elle a fini par éradiquer l’intrus sans complication ni traitement.

 

Je savais qu’il n’aurait pas le dessus !

Et tant mieux ! Mais un moment, parait-il, pas très agréable…

 

 

Nous sommes restés assez peu de temps en Martinique. Cette île fera l’objet de toute notre attention à la saison prochaine.

Anse d’Arlet

Anse d’Arlet

La Martinique, c’est l’île aux fleurs, la bien-nommée et nous avons quand même pris le temps de visiter les jardins de Balata. Une féérie !

Jardin de Balata - Balisiers

Jardin de Balata - Balisiers

Jardins de Balata – Rose de Porcelaine

Jardins de Balata – Rose de Porcelaine

Jardins de Balata - épiphytes

Jardins de Balata - épiphytes

Jardins de Balata – palmeraie

Jardins de Balata – palmeraie

Après ravitaillement en eau, Gasoil, et un minimum de vivres en conserves, nous sommes descendus doucement, gardant un œil sur internet, et prenant le temps de visiter le chapelet d’îles qui constituent les Grenadines.

2016 07 03 – Agur aux Grenadines

Aux Grenadines c’est un festival de bleus, un ravissement de plages à n’en plus finir. Les clichés de cartes postales s’enchaînent.

Tobago cays

Tobago cays

Tobago cays

Tobago cays

Tobago cays

Tobago cays

Jusqu’à présent, nous avons successivement fait escale à Béquia, Canouan, aux Tobago Cays, et à Mayreau.

 

La nature est belle c’est certain.

Sur internet on en voit de nombreuses images aériennes dignes de posters ou de fonds d’écran, montrant la surface de l’océan d’un bleu profond parsemée de protubérances vertes cernées de bleu turquoise.

Plages de sable blanc, cocotiers, barrières de corail, tout y est…

 

Clichés de rêve comme l’on dit.

 

Revers de la médaille : durant ces dernières décennies des voyageurs de toutes origines en ont été éblouis, et l’ont vraisemblablement fait savoir ; dans le même temps, des investisseurs ayant flairé le filon, ont rivalisé d’audace construisant des complexes touristiques luxueux aux meilleurs endroits sur les îles habitées.

 

Des petits aéroports ont été aménagés et permettent à une clientèle plutôt aisée de rejoindre

ces petits paradis en empruntant des vols inter-îles.

 

Les voyageurs en voilier (dont nous contribuons à grossir le flot), sont nombreux. Des sociétés de location de bateaux très efficaces, renforcent encore leur nombre.

 

Bref la manne touristique est là, maintenant bien implantée, et elle régit à peu près tout, comme partout…

Nous trouvons que la beauté naturelle est un peu moins belle lorsqu’elle est trop commercialisée.

 

Heureusement nous sommes actuellement en période creuse, très creuse. Nous sommes étonnés d’être parfois seuls dans un mouillage, ou au tout au plus avec deux ou trois voisins.

Les plages semblent nous appartenir.

Les structures touristiques sont fermées, nous disposons librement des paillotes en bord de mer, ou des tables de pique-nique.

 

Cette ambiance « hors saison » permet de découvrir la population dans des caractéristiques proches de ce qu’elle devait être avant le rush touristique.

 

L’accueil est souvent chaleureux, aimable, avenant, voire parfois spontanément amical.

Nombreux sont ceux qui viennent vers nous et engagent la conversation, ou s’enquièrent de ce que nous semblons rechercher.

Dans ces îles anglophones, nous sommes malheureusement confrontés à la barrière linguistique. Nous échangeons sur l’essentiel, mais pouvons difficilement approfondir.

C’est frustrant tant il nous semble que ces gens en auraient à raconter...

 

 

 

Nous faisons facilement la distinction entre ceux qui nous proposent quelque chose à vendre (poisson, gâteau, glace, eau, gasoil etc…) et les autres qui s’intéressent et cherchent uniquement un moment d’échange et de partage.

 

Les villages sont surprenants. A Canouan ou à Mayreau, les voies de communication sont partiellement terminées, des pistes en terre battue sillonnent un habitat assez dispersé, en tous cas pas très ordonné.

D’assez nombreuses cases en planches côtoient des toutes petites constructions en dur plus ou moins finalisées.

Autour des maisons, des cabris broutent les brindilles.

D’innombrables détritus (bouteilles plastiques) sont enchevêtrés dans la végétation et ne semblent gêner personne. Le vent les y a mis, c’est sûrement au vent de les enlever…

 

A Béquia, plus touristique, le site est curieusement divisé en deux parties.

Les villas et établissements de luxe, où tout est impeccable, trônent d’un côté de la baie ;  des cases en bois plus ou moins peintes, couvertes de tôles ondulées sont éparpillées parmi les terrains vagues sur la colline d’en face.

Une des plus belles villas, côté pile.

Une des plus belles villas, côté pile.

l’une des cases les plus typiques, côté face.

l’une des cases les plus typiques, côté face.

La ville de Port Elisabeth fait un trait d’union entre les deux mondes.

 

 

Dans chaque localité de belles maisons, encore assez rares, sortent du lot. Elles ont des allures de grandes et jolies villas pimpantes.

 

Il nous semble, à ce stade de notre découverte, que chacun ici essaye, avec plus ou moins de  talent et d’efficacité, de capter l’argent du tourisme, délaissant peut-être les moyens de subsistance ancestraux comme la pêche, les cultures, l'élevage…

Mayreau,  plage sauvage de la côte au vent

Mayreau, plage sauvage de la côte au vent

Agur au mouillage à Mayreau

Agur au mouillage à Mayreau

Depuis une semaine l’ancre d’Agur est solidement accrochée dans une baie abritée de la petite île de Mayreau (2 kilomètres sur 1). L’endroit est paisible, le mouillage confortable malgré un vent assez soutenu dans cette période.

 

Nous avons arpenté le seul village, 250 habitants.

C’est très rural.

Il n’y a pas de source sur l’île, donc pas de réseau d’eau courante. Les besoins de la population sont assurés par la récupération des eaux pluviales. Chaque maison a sa citerne. Le village dispose de citernes à usage collectif.

 

L’électricité n’y est installée que depuis 2003 ; elle est fournie par 4 gros groupes électrogènes qui tournent jour et nuit.

 

Le réseau téléphonique fonctionne, nous avons accès à internet mais à condition de prendre son temps.

 

 

Après quelques jours, nous connaissons par cœur les maigres rayons de l’unique épicerie (qui est plus petite qu’une épicerie de camping), et malgré notre bonne volonté nous en ressortons généralement avec le sac à dos assez léger.

Les quelques réserves du bord sont largement sollicitées, et nous espérons que l’on puisse les reconstituer à la prochaine escale

 

Pour améliorer l’ordinaire, nous ne dirons pas que nous avons pêché une petite carangue, car nous ne savons pas si nous sommes ici dans une réserve de pêche…

 

Et comme tout le monde, nous passons notre temps à récupérer, filtrer, traiter l’eau de pluie à destination des douches ou de notre consommation d’eau potable.

2016 07 03 – Agur aux Grenadines
retour « aux sources » !

retour « aux sources » !

Nous continuerons dans les prochains jours notre progression vers le sud, vers Union Island, Cariacou, Grenade.

Je note de ne pas oublier d’écrire dans le blog !

 

A une prochaine cession…

Bonnes vacances à tous !

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 21:14

Nous sommes restés près d’un mois à musarder dans le tout petit archipel des Saintes… 

Le bourg - Terre de Haut

Le bourg - Terre de Haut

2016 05 03 - Tours et détours en Guadeloupe

De quoi faire rager tous ceux qui y débarquent pour la journée sur Terre de Haut, sillonnent à la hâte, en scooter de location les lieux les plus connus, avant de rembarquer dans la dernière navette à 17 heures.

 

Même s’ils repartent vraisemblablement contents d’avoir « fait les Saintes », confortés par leur appareil photo numérique repu de clichés dignes de cartes postales, ces gens ne peuvent, s’ils s’écoutent, échapper au sentiment d’avoir manqué quelque chose…

L’idéal, dit-on aux touristes, serait de passer au moins une nuit aux Saintes.

 

En effet, c’est après 17 heures, lorsque les scooters se sont tus, que les rues se sont vidées, n’y laissant que quelques locaux discutant avec les commerçants apaisés, que le bourg de Terre de Haut reprend sa respiration.

Les familles sont dehors profitant des lumières blondes des fins de journées ; quelques enfants, après l’école, jouent sur la plage.

 

Les petits matins, avant l’arrivée du premier ferry, ont cette même simplicité ; c’est l’évidence de la vie d’un village, que l’on perçoit bien ancrée depuis quelques dizaines d’années en arrière.

 

Quelques pêcheurs nettoient et proposent aux plus matinaux leurs dernières prises toutes fraîches, pendant que  les pélicans disputent aux frégates le menu fretin écarté de l’étal.

 

Des villageois s’interpellent de loin dans leur créole coloré, se saluent, engagent entre eux pour la mise en forme, une petite joute taquine.

Tout le monde semble se connaître, et cohabiter en harmonie ; en tous cas c’est ce qui apparaît.

 

Un tableau charmeur.

Avoir le temps de se glisser dans ces moments-là, c’est avoir une chance de faire connaissance avec cette grande famille.

Baie de Marigot - Terre de Haut

Baie de Marigot - Terre de Haut

A la lumière de notre vécu, je me risquerais bien à ce petit jeu de mots : fréquenter les Saintes, c’est quand même approcher d’assez près l’idée qu’on se ferait du Paradis !

 

Pourtant nous sommes arrivés aux Saintes le 23 Mars, sous un ciel plombé agrémenté de fortes averses. La grande baie de Terre de Haut, classée paraît-il la 3° plus belle baie du monde, nous est d’abord apparue bien terne. Un instant, nous nous sommes demandés si nous n’étions pas simplement blasés, ou si quelque chose nous aurait échappé ?

aux abris !

aux abris !

Tout le monde sait que sous la pluie, peu d’endroits sont charmants, et il se trouve en effet que la baie des Saintes ne s’exprime pleinement que sous la lumière des beaux jours. C’est alors que les couleurs claquent, que les reliefs se révèlent, que les bleus hypnotisent et que la magie opère.

Plage du fond du curé - Terre de Haut

Plage du fond du curé - Terre de Haut

le bourg - Terre de Bas

le bourg - Terre de Bas

Il a donc fallu supporter ces quelques jours capricieux, anormalement arrosés en pleine « saison sèche » et attendre que le ciel bleu se décide à reprendre ses droits.

 

Il fallait juste un peu de patience ; histoire que nous prenions pleinement conscience de notre privilège de disposer d’autant de temps que nous le souhaitons. Un luxe presque indécent…

 

 

Aux Saintes, nous savions que nous allions retrouver des copains-bateaux, rencontrés aux Canaries il y a un an.

Ce fut donc un plaisir de revoir Yves et Pati accompagnés de leur chien savant Looping, et de passer quelques après-midis ensemble. Retrouvailles animées, voire parfois hilares, sur l’un ou l’autre bateau, autour de quelques jeux, en attendant que les nuages à grains sortent du champ de vision.

Ils nous ont appris que Les Saintois n’ont parait-il pas connu une saison « de car’wèm’ » (carème) aussi arrosée depuis 1975. Une chance que ça tombe sur nous !

De là à nous faire une réputation de - « Agur, le cata de mauvaise Agur qui amène la pluie » - il n’y avait qu’un pas que nos amis ne se sont pas gênés de franchir !

 

Après la pluie, comme promis, le festival de couleurs a pu commencer ; les maisons aux toits rouges et aux façades multicolores se sont mises à nous caresser le regard, et pour le peu que l’on ait pris quelques mètres d’altitude, les esthétiques perspectives qui positionnent cette poignée d’îles nous déclenchaient des sourires admiratifs.

Voilà, nous étions conquis.

 

Les crayons et papiers à dessin sont sortis de leur boîte, et plusieurs heures durant, nous nous sommes surpris à communier avec les lieux.

La caméra vidéo a souvent été aussi de la partie, pour rassembler quelques minutes de ces moments et tenter de donner un aperçu de notre dure existence… (la vidéo est en fin d’article)

 

De petites plages confidentielles, intimistes, en promenades solitaires au hasard de sentiers qui ne semblent fréquentés que par les iguanes, nous nous sommes nourris de silence, de couleurs et de plaisirs simples comme, par exemple, reconnaître les fleurs et plantes autour de nous, ou encore collecter quelques graines décoratives...

Anse Figuier - Terre de haut

Anse Figuier - Terre de haut

Le point d’orgue de ce séjour aux Saintes a certainement été l’originalité d’un dimanche midi  sous les cocotiers avec nos amis qui nous ont fait rencontrer Yvon, pêcheur saintois toujours prêt à nous conter son île et ses astuces.

 

L’essence de cette journée réussie, pourrait se résumer à quelques pierres disposées sur le sable, un peu de bois sec, un feu qui crépite sous la grille accueillant la généreuse pêche d’Yvon, et la bonne humeur d’une poignée de marins heureux…

Ajoutez à cela une petite touche de féerie, par l’apparition timide d’un iguane farouche, la chorégraphie boitillante d’un agouti, l’histoire de famille d’une poule sur le sable et le ballet majestueux de frégates sur le bord de cette plage insolente d’exotisme et ça devient un souvenir majeur qu’il sera impossible de déloger…

Le Pain de Sucre - Terre de Haut

Le Pain de Sucre - Terre de Haut

Quelques jours plus tard, toujours à l’initiative d’Yvon le pêcheur, un petit tour en « saintoise » la barque typique locale, pour une sortie sur un ilet voisin, inhabité, pour le simple plaisir de découvrir des fonds sous-marins encore préservés. Cet épisode a poussé encore un peu plus loin notre appréciation de l’endroit.

 

Ces quelques semaines sur place, ont permis aussi de multiples ballades dans le bourg, à échanger quelques mots avec certains commerçants, à qui nos têtes commençaient à être familières ; nous avons d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises des profils de navigateurs au long cours, qui durant les années 80 ou 90, ont un jour posé leur sac marin sur la terre des Saintes.

Ils passaient, ils se sont arrêtés quelques semaines, quelques mois et finalement ils ont tellement prolongé leur séjour qu’ils y habitent maintenant, et y sont totalement intégrés.

 

Un signe ? Un appel du pied ?

Nous poser à terre, non, clairement nous n’y songeons pas.

2016 05 03 - Tours et détours en Guadeloupe

Mais reconnaissons que nous aurions certainement pu rester 3 mois aux Saintes sans nous en lasser, et qu’à peine partis, nous savons déjà que nous allons y revenir…

 

L’endroit est attachant, il pénètre doucement l’esprit, il invite sournoisement à rester y vivre chaque jour jusqu’au lendemain et ainsi de suite. Et c’est peut-être là le piège …

 

Voilà en tous cas un petit havre de paix où nous amènerons volontiers nos futurs visiteurs.

 

Cela valait bien un bouquet d’images ; les voici.

Un clic ci-dessus pour un voyage de 4 minutes avec nous !

(Cliquer sur « youtube » en bas du cadre de l’image puis passer en lecture plein écran)

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 22:13

Ah les Antilles ! Musique lascive, senteurs de punch, chaleur, couleurs, cocotiers, l’océan à 28 degrés, les fruits, les fleurs, la gentillesse des îliens…

C’est à vivre, plus qu’à décrire !

La plage de Sainte Anne en Martinique, là où nous avons « atterri ».

La plage de Sainte Anne en Martinique, là où nous avons « atterri ».

La contrepartie c’est qu’il y a du monde ! Si j’annonce  « 200 bateaux au mouillage de Sainte Anne », je ne dois pas être loin du compte…

On n’en voit qu’une petite partie sur cette image.

On n’en voit qu’une petite partie sur cette image.

Au chapitre des contreparties, pour être équitable, il faut y ajouter quelques moustiques discrets mais très efficaces, des grains fréquents très efficaces aussi pour ruiner une lessive en train de sécher, et en toile de fond ce que nous rencontrons quotidiennement, je veux parler du coût de la vie qui est nettement supérieur à celui de la métropole…

 

Comme rien ne saurait être parfait en ce bas monde, pour avoir les uns il faut bien prendre les autres… Alors nous sommes quittes à en profiter pleinement !

Une autre vue de Sainte Anne, en Martinique

Une autre vue de Sainte Anne, en Martinique

A Sainte Anne, peu de temps après notre arrivée, nous avons eu le plaisir de passer une matinée  avec David, un ami de longue date en déplacement professionnel aux Antilles. Très (trop) courte visite coincée entre deux rendez-vous, mais échanges magiques, improbables.

 

Notre dernière rencontre remontait à la fête de Sylvie en 2011. Certains s’en souviendront peut-être, il se chargeait de l’animation.

 

Déployer ces quelques années de « Alors raconte !» en à peine quelques heures a été particulièrement dense et riche !

Merci David (je sais que tu nous lis) pour ce moment d’exception duquel je n’ai même pas pris le temps d’une photo ! Nous devrons nécessairement nous revoir !

 

 

Après cette visite, nous sommes remontés tout au Nord de l’île, nous tenant prêts à traverser vers la Guadeloupe.

Halte à Saint Pierre, au Nord de la Martinique, un autre charme. Ville de 30 000 habitants rasée en 1902 par une éruption explosive de la Montagne Pelée, rayée de la carte en 70 secondes, et reconstruite à minima. Elle compte aujourd’hui 4000 habitants.

Halte à Saint Pierre, au Nord de la Martinique, un autre charme. Ville de 30 000 habitants rasée en 1902 par une éruption explosive de la Montagne Pelée, rayée de la carte en 70 secondes, et reconstruite à minima. Elle compte aujourd’hui 4000 habitants.

Luttant un peu contre nos envies d’en connaître davantage, nous avons volontairement laissé la Martinique pour plus tard, et avons rapidement rejoint la Guadeloupe, là où nous voulions commencer notre découverte ; nous y sommes depuis le 23 Février.

Lever de soleil sur l’ilet Gosier (Guadeloupe) ; pas trop moche non plus…

Lever de soleil sur l’ilet Gosier (Guadeloupe) ; pas trop moche non plus…

A Gosier, une autre rencontre était programmée.

Marie-Pierre (amie d’enfance de Sylvie) et son mari Henri sont déjà venus plusieurs fois en Guadeloupe.

Il était convenu que nous fassions de part et d’autre le maximum pour nous y croiser. 

 

2016 03 - A l'heure antillaise !

C’est chose faite, et bien faite !

 

Deux journées passées ensemble, qui ont coulé comme le bon vin qu’ils avaient amené pour l’occasion ; ce fut l’opportunité pour eux de goûter à la vie de bateau, et ensemble nous sommes allés mouiller l’ancre devant une plage de rêve, après deux bonnes heures de navigation.

Plage de la Caravelle – Ste Anne (Guadeloupe)

Plage de la Caravelle – Ste Anne (Guadeloupe)

2016 03 - A l'heure antillaise !

A l’heure où j’écris, nous savons que Marie-Pierre et Henri sont déjà en France, prêts à reprendre le travail.

Nous pensons très fort à vous ! A une prochaine ! 

 

2016 03 - A l'heure antillaise !

Il nous reste maintenant à composer ce mois de Mars sans compter le temps, mêlant la découverte aux nécessités du bord, tranquillement…

 

A bord d’Agur, les journées commencent naturellement tôt, au lever du jour, vers 6 heures 30 (plutôt vers 08 heures pour les dames), et à 22 heures au plus tard, le poids des paupières a eu raison des piètres voyageurs que nous sommes…

 

Normalement nous ne devrions plus être sous le coup du décalage horaire, et pourtant nous avons encore des difficultés à intégrer ces belles journées qui ressemblent à une période de « plein été », mais avec la nuit qui tombe à 18 h 30 comme au cœur de l’hiver.

Cette contradiction induit certainement quelque chose dans nos horloges internes qui  peinent à s’adapter…

 

Il nous reste aussi à adopter la démarche « traîne-tong » pour être dans le rythme local !

 

En fait c’est tout un apprentissage, la vie des îles !

Et il y en a qui pensent qu’on s’amuse !

Parcourir les petits marchés colorés…

Parcourir les petits marchés colorés…

…et parfumés, résister à la tentation de tous les goûter !

…et parfumés, résister à la tentation de tous les goûter !

Et aux heures de sieste, observer les Pélicans.

 

Ces grands oiseaux sont à la fois attirants et impressionnants.

 

Lorsqu’ils volent, ils semblent imperturbables, placides, battant lentement des ailes, le bec plaqué sur leur long cou, et le tout, bien droit dans l’axe de la route ; on embarquerait volontiers sur leur dos, pour un remake de chez Walt Disney.

Ils sont rapides, en quelques secondes ils ont traversé le champ de vision.

 

De temps en temps on peut les voir tournoyer dans le ciel.

Subitement ils se permettent une figure de style, et descendent en un piqué vertigineux qui se termine par un plouf pas très gracieux, mais très certainement avec un poisson dans le bec.

 

Pourtant ils n’ont pas l’air guerrier, comme çà…

Tiens, celui-là, il jurerait qu’il n’a pas plongé, alors qu’il a encore une goutte au bout du bec !

Tiens, celui-là, il jurerait qu’il n’a pas plongé, alors qu’il a encore une goutte au bout du bec !

En ce qui concerne les bestioles typiques, je mets de côté les Iguanes pour un prochain article ; nous en avons aperçus mais nous n’avons pas encore engagé la  conversation.

 

Bref !

Tout le monde a compris que tout va bien à bord d’Agur, et que cet article, faute d’une teneur exceptionnelle, révèle une certaine violence dans la douceur de vivre !

Il fallait bien çà après la traversée !

 

Je clôture donc sans rougir, et vous dis « à la prochaine ! »

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:06

 

Pour ceux qui sont restés à terre dans la grisaille de l’hiver, pour  ceux qui nous suivent par ces lignes, ceux qui s’interrogent sur leur prochaine traversée, ou encore ceux qui rêvent comme longtemps j’ai pu le faire, voici une petite place quelque part sur le bateau pour partager avec nous ces 15 jours et 16 nuits pas tout à fait comme les autres…

 

Cette première grande traversée s’est  gravée jour après jour, et à certains moments, minute par minute, comme un chapitre de vie particulier, tant d’un  point de vue humain, que sur les aspects de la navigation proprement dite.

 

Si en 2016, il est devenu courant, basique, classique de traverser les océans en voilier, ce fut, pour nous, tout sauf banal.

Ce challenge était à la hauteur de nos envies, de notre expérience, de nos possibles. Juste à la hauteur, c’est ce qui en fait une expérience initiatique à la source de laquelle j’en retire beaucoup d’enseignements.

 

Cette transatlantique nous a joué toute la gamme, nous surprenant souvent, contrariant nos plans, réveillant nos inquiétudes, titillant nos peurs, nous inondant de sensations intenses et heureuses là où nous ne les attendions pas.

C’était une superbe compétition contre nous-mêmes et nos propres limites, et même si au moment de certains vécus j’aurais aimé zapper plus rapidement au suivant, aujourd’hui je ne voudrais pas lui soustraire une seconde.

 

Nous sommes arrivés remplis et pour ma part je dirais converti.

Cette traversée recélait pour moi beaucoup plus de symbolique que je ne le préjugeais.

Je ne rêve plus de voyage, je le vis.

Je suis au centre, délivré de cette aspiration vers ce que j’appelais « mon rêve », et qui cristallisait mon attention depuis si longtemps, au détriment de tant de moments précieux et bien réels...

 

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Deux versions ont été rédigées.

 

La première, d’une approche assurément plus féminine, (par Syl) ; elle brosse un tableau nuancé, à la fois vrai et charmant ; c’est la mémoire des sens.

 

Ensuite le journal de bord.

C’est par lui, pour les plus patients ou ceux pour qui chaque détail compte, que le voyage se fait en respectant son rythme.

Mémoire objective, c’est mon garde-fou, celle que je relirai si d’aventure mon ressenti s’émoussait.

 

La croisière sensitive

 

 

       Les choses, les couleurs et les formes :

 

La mer : tour à tour calme et tranquille, frémissante, désordonnée, décidée, impétueuse, parfois violente. Nous l’avons vue pratiquement plate, à peine ridée, écrêtée de blanc, ondulant avec la houle, ou levant des vagues d’au moins 4 mètres.

 

Le bateau : les yeux rivés sur les voiles, l’anémomètre, le baromètre, le lecteur de carte, le pilote automatique, le gps, le niveau des batteries ... Dans cette immensité océanique, nous sommes en vigilance de toutes les mesures permettant de garder notre notion de l’espace, du temps, et des conditions.

 

La carte marine et la petite croix que nous notons chaque jour pour visualiser notre progression.

 

Le jour, le soleil, sa course, sa couleur qui change, son plongeon dans la mer en quelques secondes.

 

La nuit, la lune, son reflet dans l’eau, les étoiles, la voie lactée, le plancton fluorescent, ou alors, plus rien, le noir total par absence de lune : impressionnant, il n’y a plus d’image tout autour, il ne reste plus que le son.

 

Les nuages, en masse blanche cotonneuse, en filets étirés, en petits moutons blancs, ou en grosse couverture grise menaçante.

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Personne, en dehors de nous, (mis à part les 2 premiers jours et le dernier à proximité des côtes).

 

Les dauphins, fidèles à nos rendez-vous de départ, comme pour nous souhaiter bon voyage.

 

Les algues brunes, disséminées en surface de l’eau, parfois en larges nappes, et s’accrochant régulièrement à la ligne de pêche ... Présence normale ou signe de réchauffement climatique ?

 

Les exocets : petits poissons volants très nombreux, dont certains prennent le trampoline pour un terrain d’atterrissage.

 

La corbeille de fruits, en un gros filet suspendu dans le cockpit, indicateur du temps qui passe par son niveau de remplissage : au départ, 4 kg d’oranges, 2 kg mandarines, 2 kg pommes, 1 kg poires, 1kg bananes. A l’arrivée, 1 pomme !

 

La couleur bleue : couleur environnante de la mer et du ciel, le bleu des cache hublots, du bimini, des k-way et des bottes, d’un certain seau (qui n’a pas servi !), quelques bleus aussi, reçus au passage des coursives par temps chahuté, et puis aussi... le bleu des yeux du Capitaine...

 

 

       Les sons et les bruits :

 

Le silence : on pourrait croire que seuls au milieu de l’Atlantique, sans rien autour, il ne reste plus que le silence... Nous l’aurons eu un moment, en absence de vent et donc de mer, mais finalement, ce n’est pas à espérer car le mouvement s’arrête lui aussi. Mieux vaut repartir dans la symphonie des éléments.

 

L’eau : en mouvement régulier comme un roulis sur la plage, ou en vagues plus fortes s’écrasant contre la coque, la mer nous livre en permanence son état par son langage : glou glou, blourk, splash, flap,... 

 

Le vent, à travers tout ce qu’il anime : modéré, il siffle une chanson douce qui nous pousse tranquillement ; parfois, ses « hou » « hé » « ho » nous font presque l’effet de voix humaines. Quand il monte en force, il nous le fait clairement savoir : ça siffle, ça souffle, ça tire, ça couine ça grince, ça claque... tout devient alors instrument à vent ou de percussions !

 

La VHF, radio marine, qui nous renseigne d’une présence seulement les 2 premiers jours et le dernier. Tout le reste du temps, silence radio !

 

Le couic couic d’un oiseau, en plein milieu de l’océan, signe d’une présence vivante autour de nous, et on se demande comment il vit ainsi sans terre où se poser...

 

La musique : enregistrée par avance sur MP3 et branchée à l’auto radio (on devrait dire bateau radio), elle participe à l’ambiance de bord par les sentiments et sensations qu’elle dégage. Je monte le son quand, par le mode aléatoire, elle tombe sur une chanson des Chœurs de France et particulièrement celles du concert de « La Mer ». Alors, je me revois et je revis des moments d’intense émotion en me rappelant ces moments de scène, où nous étions habillés en marins et chantions haut et fort la mer, les vagues, et les bateaux, et la similitude de ces moments vécus pour de vrai cette fois !

 

La sonnerie du réveil, qui nous extirpe du sommeil quand c’est l’heure de prendre son quart de nuit : une horreur !...

 

La pluie en passant sous un grain, flic floc, qui rajoute au bruit de l’eau, comme s’il y en avait besoin...

 

La respiration lente, régulière et paisible du Capitaine, signe d‘une présence à bord, nuançant ainsi les heures solitaires de mes quarts de nuit...

 

 

       Les odeurs et senteurs :

 

L’huile essentielle de menthe poivrée, en début de voyage, en prévention du mal de mer : une fraicheur dégageant les sinus et les voies respiratoires, comme un grand bol d’air pur.

 

Le basilic, qui résiste à nos déplacements et se porte comme un charme, continuant ainsi à distiller ses essences aromatiques dans nos plats.

 

Le poisson volant qui se débat suite à son atterrissage dans le cockpit dégageant une odeur assez prenante, mélange de marée, de fruits de mer, et de peur...

 

La crème solaire, en petite dose, car elle sature vite les narines.

 

La transpiration qui fait que l’on apprécie encore plus nettement celle du gel douche.

 

L’arome familier du café le matin, ou du pain qui cuit dans le four.

 

Quelques odeurs plus particulières : J’ai remarqué que plus les conditions de navigation sont difficiles, plus j’éprouve l’envie de nous « soigner » un petit plat ou un dessert, comme si la nourriture devait compenser le coté désagréable que l’on peut avoir parfois. Alors ça sent le pain perdu, le crépiau aux pommes, le cake aux raisins...

Mis à part le dernier jour de nav, compte tenu des conditions, où là, plus rien n’est possible : je rends mon tablier !

 

Le parfum, de l’un ou de l’autre, que nous reconnaissons...

 

 

       Les goûts et les saveurs :

 

Le rapport à l’alimentation change quelque peu en mer. Pour ma part, au départ j’éprouve une forte envie de manger, comme un besoin de me caler l’estomac. Je suis alors attirée par des choses plutôt salées, comme du jambon cru, du saucisson, des chips... et progressivement, l’envie de sucré reprend sa place.

 

Les poissons : nous avons eu l’occasion de gouter une dorade coryphène lors de la nav vers le Cap Vert, mais sur cette transat, point de dorade. La seule qui avait mordu à l’hameçon s’est décrochée à l’approche du bateau, et depuis, les algues trop nombreuses s’accrochent en permanence à notre fil de pêche, nous avons donc renoncé à la dorade. En changeant de ligne, nous ramènerons à bord un barracuda (Hum !... délicieux !) et une bonite ! Se rajouteront à notre festin les exocets, qu’il suffit d’aller ramasser sur le trampoline au petit matin. Une quinzaine sur la transat. Ca se mange, et ce n’est pas mauvais !...

 

L’air marin : je m’attendais à trouver le goût des embruns et de l’air salé, mais non... Peut-être parce que l’air est relativement sec et qu’il ne transporte donc pas de particules humides aux effluves marines. Mais là encore, un bémol pour le dernier jour car les vagues sont passées à plusieurs reprises sur le bateau, noyant cockpit et rentrant jusque dans le carré ! Tout devient alors salé, humide, poisseux... Ouf, heureusement que ce n’est pas arrivé au départ !

 

Les baisers du Capitaine...plus ou moins salés...

 

Et le goût....  du voyage et de l’aventure !

 

 

       Les sensations corporelles :

 

L’équilibre : nécessité de gérer les mouvements et les déplacements, de se tenir, de savoir où on pose chaque chose... Cela demande une conscience presque continuelle du corps et de l’espace.

 

Le froid qui nous a surpris les premières nuits, avec un vent frais, arrivant de derrière et refroidissant le cou et le dos quand on est à la barre. On ressortira blousons et écharpes.

 

Le chaud augmentant au fur et à mesure de notre progression. Nous sommes partis en pantalon-veste, nous finissons en short t-shirt.

 

La fatigue : la gestion des quarts de nuit, et du décalage horaire progressif (1h tous les 4 jours), nous met parfois dans un état second... En prévoyance, nous avions installé le carré en forme couchette, ce qui nous a valu de nombreux moments de récupération en appréciant particulièrement le moelleux d’un oreiller et la douceur d’une couette.

 

       Et puis...

 

Le temps qui passe, qui s’étire, qui peut paraitre plus ou moins long selon les moments,

 

La lecture, qui occupe une bonne partie du temps, et devient source d’échange entre nous,

 

Se sentir connectée avec ceux qui sont à terre, par des pensées régulières, des échanges imaginaires avec les uns et les autres, comme une envie de partage, d’union...

 

            Et encore, quelques sentiments...

 

De complétude, avec des moments particulièrement magiques ; généralement quand les conditions sont optimum, vent force 4, pas trop de mer, pas de houle croisée, ça file en un mouvement fluide et naturel, il fait beau et doux, la musique est bonne, et... waouh, on se sent submergé par une vague de bonheur, de bien-être, avec cette sensation particulière d’être connecté à un tout, d’être en harmonie totale, c’est un moment de pure extase...Et là, on est super contents d’être là, de vivre l’expérience, et on sait qu’elle sera à jamais gravée dans notre mémoire et nos cellules, et on en est ravis !

 

De stress, quand les éléments s’affolent, que l’orchestre commence à accélérer le tempo et le volume, que ça s’agite. Si peu que ce soit la nuit, alors... on se dit qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’un truc foire, que ça casse, que ça tourne en catastrophe, c’est impressionnant. On doit se tenir à chaque mouvement, tout est amplifié, tout est difficile, il faut de la force, de la résistance, du moral. Et là, on se demande vraiment ce qu’on fout là !... Heureusement, on sait que ça ne va pas durer trop longtemps, on est presque arrivés... Et dire qu’il y a pire... Oups...

 

De reconnaissance, envers le Capitaine pour m’avoir fait vivre tout cela pour de vrai (généralement, je me contente de « vivre » en chansons, y’a moins de risques...)

Et envers Agur, quand, dans le mauvais temps, je le vois braver les vagues, comme un fidèle et vaillant compagnon, me surprenant plus d’une fois, étant à la barre, à avoir envie de lui donner quelques tapes sur le flanc comme pour dire « c’est bien Agur, t’es un bon bateau ! »...

 

Et pour finir, il faut bien le dire, de petite fierté : Ben oui ! En fait, être dans le milieu depuis plus d’un an, côtoyer d’autres bateaux, en voir partir 250 de Las Palmas pour cette traversée, finalement, petit à petit, l’idée devenait presque banale... Et puis, plein d’autres l’ont fait avant nous, et bien d’autres suivront, alors... Mais au moment où on y est, surtout sur ce dernier jour, on mesure que ce n’est pas si banal que ça, et une fois arrivés, on est forcément contents et fiers d’avoir vécu tout cela, c’est notre transat et elle ne ressemble à aucune autre et « YES, ON L’A FAIT !!! ». 

 

Reste maintenant à découvrir ici d’autres formes, couleurs et langages, et à première vue, il y a de quoi !

On commencera par un planteur, histoire de se mettre à la couleur locale.

Tchin à tous !

Syl

Le journal de bord

 

Jour après jour.

Je peux témoigner qu’en grande traversée, il n’y a pas de zapping possible, le temps est le maître, et c’est à travers lui, si on accepte pleinement chaque minute, que peut-être, et seulement peut-être, autre chose naîtra.

Le « lâcher prise » et  « vivre le moment présent » qui sont sur toutes les lèvres par chez nous comme la mode du moment, deviennent alors les piliers de l’expérience, et la conscience de chaque instant sa pierre angulaire.

 

Ce sera peut-être long, ennuyeux, étonnant, confrontant, euphorisant ou magique… Je n’en sais rien.

C’était comme çà aussi, pour nous, avant le départ.

 

Nous savions juste qu’un épisode particulier allait se jouer, nous ressentions tout son potentiel, nous étions prêts à le vivre, à recevoir tout ce qu’il contiendrait…

 

 

Juste avant le départ :

 

Après nos péripéties nocturnes agitées au mouillage de San Nicolau, nous étions tendus et fatigués en arrivant à Mindelo notre dernière escale au Cap Vert, et ce ne sont pas les quelques jours passés dans cette capitale qui nous ont reconstitués.

 

Ce sont les ingrédients du départ, son contexte ; je commence donc par là.

 

En entrant dans la baie de Mindelo, nous avions été impressionnés par le nombre de voiliers présents au mouillage. Il y en avait partout, pourtant la baie est vaste, et nous avons trouvé une petite place très loin du lieu de débarquement.

Pourquoi autant de bateaux ?

Nous l’avons compris presque instantanément en les voyant : les alizés n’étaient pas encore installés, ces équipages attendaient visiblement depuis assez longtemps que les conditions soient au rendez-vous pour s’élancer vers l’Ouest.

 

A priori ce serait pour bientôt selon nos sources ; et en effet 48 heures plus tard, comme un courant d’air sur un paquet de confettis, tous ces bateaux avaient quitté Mindelo un à un, à leur rythme, nous laissant sur place à régler nos derniers impératifs.

Syl, d’un point de vue professionnel, avait quelques heures à passer sur internet, et moi, je devais remettre à jour le nettoyage de la partie immergée du bateau, pour qu’il glisse comme une anguille entre les flots.

Nous avions une vague impression d’avoir raté le coup d’envoi, d’être à contretemps de la danse.

 

Nous devions prévoir au minimum trois ou quatre jours pour régler tout cela, sans compter les descentes à terre pour les formalités, les courses, et découvrir un tant soit peu cette ville. Malgré nous, une sensation de pressurisation était en train de monter, car nous craignions que ce créneau de départ déjà ouvert depuis plusieurs jours ne se referme rapidement.

 

Quelques nuits plus tard, agitées par de fortes rafales qui me faisaient à chaque fois bondir de la couchette pour vérifier notre position (le syndrome de San Nicolau et de l’ancre qui dérape…) nous étions fins prêts à partir matériellement parlant, mais nerveusement usés par le rythme, le bruit du vent fort permanent, et une (…) de sono de quartier qui chaque soir nous jouait la même chanson en boucle pendant des heures ! Ouch !

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Bye bye Mindelo ; nous sommes le Jeudi 21 Janvier 2016 à 11 heures le matin, après avoir complété le gasoil et fait la réserve d’eau.

 

Les fichiers météo qui délivrent une prévision sur 8 jours, sont bons, ils annoncent alors des alizés modérés sur cette période, et pour la suite, nous « ferons avec », comme l’on dit. Go !

 

Nous prenons un bon départ, rapide, tonique, poussés par les classiques accélérations dues aux  reliefs, et un courant favorable, le genre de navigation qui fait retrousser les babines à 8 nœuds sur une mer encore protégée par les îles, quasiment plate.

Je ressens encore ce soulagement de départ ; sincèrement çà fait du bien !

 

Et puis cette fois, nous sommes au cœur du sujet ; cette transat tant évoquée, imaginée, intellectualisée, est en train de palpiter et de délivrer ses premiers moments ; enfin. Bonheur simple, mais bonheur !

 

En moins de deux heures, les îles s’effacent derrière nous, dans une atmosphère brumeuse. Une petite voile apparaît sur l’horizon à tribord, dans la même direction que nous, même vitesse. Je tente un contact radio pour saluer nos compagnons d’aventure ; pas de réponse ; des étrangers certainement.

 

Quelques heures plus tard, sous l’influence des îles encore proches, la surface de l’océan devient alors totalement « brouillon » ; houles croisées provoquant des mouvements brusques du bateau, c’est inconfortable. A la tombée du jour, nous sommes barbouillés.

Pour ma part je subis les mouvements du bateau, je les supporte mais je dois gérer l’équilibre et l’horizon… Syl prend un cachet de Stugeron avant la nuit et se repose bien ; j’aurais dû en faire autant ; je traîne ce barbouillage jusqu’au lendemain après-midi.

 

Ce jour-là, tous deux conscients du « casse-croûte » que nous entamons, nous nous disons en souriant : « Qu’elle idée de vouloir traverser l’océan en bateau, quand on sait qu’il faut 8 heures en avion ! »

 

Vendredi 22 Janvier

 

Le catamaran va vite, il est propre, il file à 6,5 nœuds de moyenne avec un vent de 12 à 15 nœuds. Il n’y a plus personne autour, l’autre voilier a disparu ; parfois un oiseau, des poissons volants. Nous sommes à plus de 150 milles (env 300 km) du point de départ.

 

La radio du bord émet encore des bribes de conversation en espagnol entre des bateaux invisibles, qui se trouvent certainement dans un périmètre d’une trentaine de milles, la portée des ondes VHF.

 

Des cirrus dans le ciel témoignent de la proximité de la perturbation plus au nord aperçue sur les prévisions ; les alizés vont certainement faiblir un peu, c’était prévu ; tout est conforme.

 

La journée s’effiloche en siestes, et le vent faiblit en soirée. Force 3. Nous sommes sereins. L’énervement d’avant départ retombe doucement.

 

Plusieurs fois on nous avait dit : « une fois au large, tu ne verras plus personne ; plus besoin de faire de quarts de veille ; tu mets le pilote, le radar, et tu dors ! ». Mouais… Ca fait bizarre quand-même ; mais c’est tentant...

 

Ce n’est que la deuxième nuit ; remplis de courage, nous sommes d’accord pour maintenir encore les quarts de veille. Sans le savoir, c’est une résolution doublement justifiée que nous prenons…

 

A minuit, je démarre un moteur pour une heure afin de recharger un peu les batteries car toute la journée les panneaux solaires sont restés à l’ombre des voiles, et le frigo est en fonctionnement.

A l’appui de la propulsion mécanique, c’est l’occasion de rectifier le cap car le vent, petit à petit, nous avait contraints de nous écarter de quelques milles de la route tracée.

Correction donc de quelques degrés sur bâbord.

 

C’est pratiquement la pleine lune. On y voit à 360 ° jusque l’horizon comme lors d’un crépuscule. C’est un éclairage féérique diffusé par l’atmosphère légèrement brumeuse à la surface de l’océan.

 

Une demi-heure plus tard, mon regard capte un petit lampion vert entre deux vagues sur notre droite, à mi distance entre nous et l’horizon. Incrédule, j’observe aux jumelles ; en effet je vois un feu de navigation vert, mais je ne discerne pas la structure du bateau ; un voilier ? Une barque de pêche si loin des îles ? Perplexe. L’embarcation semble arrêtée, nous la laissons rapidement glisser sur l’arrière.

Au radar, rien ; que les échos des plus grosses vagues. Bizarre.

Je réalise que cette petite embarcation est à peu de chose près là où nous devions passer si je n’avais pas changé de cap quelques instants plus tôt. Invraisemblable concours de circonstances, pas du tout rassurant …

 

J’informe Syl au changement de quart ; nous devons rester vigilants. Tout est calme pour elle.

 

En fin de nuit, je reprends mon tour. Je somnole avec le réveil près de l’oreille, et toutes les 30 minutes je sors faire un tour d’horizon systématique. C’est réglé, presque mécanique ; un peu téléguidé, mais c’est suffisant pour repérer à temps quelque chose qui s’approcherait.

A 5 heures, apparaît un feu blanc sur l’horizon, droit devant.

Normalement un feu blanc, c’est l’arrière d’un bateau.  A priori nous suivons quelqu’un.

Je reviens voir 10 minutes plus tard, le feu est nettement plus visible, un autre se dessine juste à côté. Rapidement c’est une grappe de feux qui se rapproche en plein face à nous. Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

On ne le suit pas, il se rapproche beaucoup trop vite.

Il est droit dans notre axe et en sens inverse.

 

Au radar rien, sauf les échos des plus grosses vagues. Cette fois ce n’est plus bizarre, c’est louche…

 

Aux jumelles je distingue la proue d’un petit cargo qui tangue en remontant les vagues, face à nous.

Il est urgent de faire quelque chose ! Je m’écarte brusquement de 20 degrés, et nous croisons en effet de très près un petit navire de commerce d’une cinquantaine de mètres aux multiples projecteurs et aux feux de navigations invisibles à cause de l’aveuglement produit par les éclairages. Il est si proche que s’il y avait eu des hommes sur le pont je les aurais distingués facilement.

Coup de chaud rétrospectif donc. Ca nous arrive finalement assez souvent ce genre de rencontres.

 

Cette deuxième nuit conditionne évidemment toutes les suivantes, nous ne sommes plus en confiance. Jusqu’au bout de la transat nous conserverons nos quarts de veille ; nous comprenons par ces deux constats que le radar présente un dysfonctionnement.

Jusque là irréprochable, il est devenu gravement myope ; il faudra l’examiner à l’arrivée.

 

Samedi 23 Janvier

 

Au lever du jour il y a un poisson volant échoué sur le trampoline. Nous le récupérons.

La journée file, tranquille, le bateau est maintenant plus lent, nous sommes sur une allure de « grand largue » peu exigeante en surveillance au niveau des voiles ; nous nous reposons tour à tour.

 

Nous n’entendons plus rien à la radio ; de temps en temps je m’assure qu’elle fonctionne toujours.

Oui, c’est juste qu’elle diffuse un silence profond ; nous sommes vraiment seuls.

 

Aussi, nous avons maintenant parcouru suffisamment de distance pour conclure que nous avons atteint le point de non-retour. C'est-à-dire que s’il y avait besoin, pour une raison impérieuse de regagner le Cap vert, face au vent et au moteur, nous sommes maintenant en limite d’autonomie de carburant.

 

A partir de là, le sentiment d’isolement face à tout ce qui peut arriver, est entier.

 

Le soir s’approche, et avec lui la ronde des quarts. Syl assure de début de nuit jusque minuit. Je prends ensuite jusque 3 heures.

La lune, quant à elle, s’élance dans le ciel juste à l’arrière du bateau, monte au zénith, et se couche devant, exactement dans notre direction. Ce fidèle éclairage est puissant, presque irréel il nous accompagne toute la nuit.

Rien à signaler, mis à part un  poisson volant qui atterrit dans le cockpit, et qui prend la direction du frigo avec son compagnon.

Syl reprend jusque 6 heures, et je la délivre au lever du jour.

C’est notre rythme par défaut. Il nous convient à l’un et à l’autre.

Les nuits sont à peine fraîches à 23 degrés, mais le vent nous donne une impression plus froide. Pour les quarts, nous sommes couverts, avec bonnet, écharpe.

 

Dimanche 24 Janvier

 

La routine est presque installée ; au réveil, un poisson volant sur le trampoline, et un autre en pied de mât. Ca nous en fait 4, le repas est pourvu.

 

Nous calculons déjà qu’en fonction de notre moyenne, nous serions en mesure de traverser en 15 jours. L’idée est plaisante. Si le bateau n’avait pas ralenti pendant 24 heures, nous aurions gagné une journée.

Chaque jour à la même heure Syl note le point et le reporte sur un graphique à l’échelle ; c’est le visuel de notre progression. Une toute petite ligne tracée et un grand espace blanc devant.

Il est immense cet océan !

 

Les alizés sont devenus plus vigoureux, 20 à 25 Nœuds ; la mer est formée. Agur avance vite, le bruit de cascade derrière nous est impressionnant. Régulièrement, au hasard d’une vague plus forte et de travers, çà cogne, çà vibre. Nous espérons que le vent ne se renforcera pas davantage.

Avec ce niveau sonore et notre attention à chaque mouvement, à chaque bruit, le sommeil est difficile à trouver.

Quand Morphée nous happe à l’usure, nos rêves coïncident avec le réel. Je suis par exemple en pleine course de 4x4 sur une piste à bosses, puis un téléphone sonne indéfiniment ; c’est le réveil pour la prise de quart…

Sur l’Océan, l’esprit « dit vague » !

Ce dimanche nous reculons les horloges d’une heure car nous nous déplaçons plein Ouest ; d’ici l’arrivée il faut se décaler de 3 heures.

 

Lundi 25 Janvier

 

Nous avons amélioré notre vitesse moyenne générale. A 6,5 nœuds, elle nous permet d’espérer boucler en 14 jours. C’est le minimum qui semble à notre portée, mais « qu’est ce que ce serait agréable de réduire la durée d’un jour ! »

Nous calculons sans cesse, pour nous occuper, pour nous motiver. Nous sommes à 25 % de la distance totale.

Repas des poissons volants ; goût assez fin, mais pas grand-chose dessus ! Pas mal d’arêtes. Il n’est pas certain que l’on garde les prochains…

 

Il est impossible de pêcher à la traîne car des longs trains d’algues en surface s’empêtrent systématiquement avec la ligne dès qu’elle est à l’eau. Toute la journée nous voyons passer des quantités d’algues. Est-ce normal ? Une prolifération anarchique ?

 

Mardi 26 Janvier

 

Journée de manœuvres.

Le vent est instable, irrégulier.

Changements incessants d’allures.

Qu’importe, nous sommes rodés, les gestes sont fluides, sûrs, rapides.

 

Nous prenons la météo par le téléphone satellite, et nous découvrons que dans 3 jours une zone de calmes va nous barrer la route. Nous devons obliquer vers le Sud d’une centaine de milles (180 km), pour la contourner.

 

Dans l’après-midi, une indigestion me tracasse. Migraine, maux de ventre. Je ne supporte ni le bruit, ni la luminosité. Impossible de faire cesser le désagrément. Pas de mode « pause », la transat continue. Je me repose davantage. Syl assure, elle est en pleine forme.

 

Nous adoptons une voilure réduite en fin de journée pour essayer de passer la nuit sans intervenir sur les voiles. Le bateau ralentit un peu, mais nous gagnons en confort, et surtout nous évitons les manœuvres sur le pont, qui lorsque l’on n’est pas en forme sont particulièrement éprouvantes.

 

Je prends quand même les quarts de nuit ; ils sont franchement pénibles. J’ai une sensation « d’interminable » qui se met en place. Il me semble que nous sommes partis depuis 15 jours déjà alors que nous n’avons pas encore bouclé la première semaine.

 

Mercredi 27 Janvier

 

Ce n’est toujours pas la grande forme. Même migraine, la tuyauterie est vraiment détraquée.

Je me repose jusqu'en milieu d’après-midi, à la diète. Syl assure admirablement, elle fait du pain frais, surveille le pilote, les voiles, elle bouquine.

 

Dans l’après-midi je refais un peu surface, mais l’éclaircie est de courte durée.

 

Force 4 dehors, creux de 2 mètres au maximum, çà avance plutôt bien, le pilote automatique gère parfaitement, heureusement.

Nous descendons toujours doucement vers le Sud.

 

Pendant tous ces jours, nous ne voyons personne, nous n’entendons rien à la radio. Nous sommes seuls, seuls, seuls.

 

Nous gardons nos rythmes de nuit, ils nous sécurisent, même s’ils nous fatiguent un peu.

 

Jeudi 28 Janvier

 

Je suis toujours embrouillé dans mon malaise digestif. La migraine est toujours là ; je rage, je peste ; rien n’y fait. Je me repose le plus possible pendant la journée.

Syl tient le coup, passant du cockpit à la cuisine, surveillant notre progression, le point, et le teint pâle de son compagnon réduit au service minimum.

 

Après 48 heures, je sors enfin du tunnel. Ouf. L’appétit revient.

 

Nous reculons encore les horloges d’une heure.

 

Cette fois, ma notion du temps a explosé. Plusieurs semaines semblent me séparer du moment du départ. L’effet est bizarre. Je me mélange les souvenirs, alors que tout est noté. Même ce qui s’est passé la veille me semble à deux ou trois jours derrière.

Syl n’a absolument pas cette perception. Pour elle tout est normal. Nous sommes partis depuis une semaine, ce qui au vu du calendrier est incontestable.

 

Nous reprenons une prévision météo. Elle confirme que notre option vers le sud a été payante. Nous avons devant nous au moins 5 jours de vent à force 4, vers 15 à 18 Nœuds. Excellente nouvelle !

 

Le vent est dans l’axe de notre route. Nous portons les voiles  « en papillon », une de chaque côté. Avec retenue de bôme et contre-écoutes, c’est plutôt stable, mais nous gardons un œil sur le pilote en permanence ; il faut parfois corriger un peu le cap. Les quarts de nuit se font désormais à la barre. C’est un cran de plus au curseur « fatigue ». Nous nous relayons plus souvent.

 

Syl a un peu de mal à réguler son sommeil ; le contrecoup des deux jours où elle a porté davantage le poids des responsabilités certainement. Il faut lâcher maintenant.

 

Nous sommes à mi-distance selon nos calculs.

Nous avons perdu un peu de temps pendant les deux jours où je récupérais, alors que le bateau était sous-toilé, mais les affaires reprennent.

Nous optimisons les réglages. Les voiles captent le moindre filet d’air utile.

La moyenne augmente à nouveau à 6,3 Nœuds.

La calculette est souvent sollicitée. 15 jours çà nous semble jouable ! C’est presque une idée fixe, une régate contre ce terme arbitraire, sans trop savoir pourquoi.

 

Vendredi 29 Janvier

 

Dès le matin, le vent est calé dans l’axe de la route ; il est constant autour des 15 nœuds. Les trains de vagues sont dans l’axe ; attention, aujourd’hui c’est du sur mesure !

 

Je prends la barre en manuel juste pour le plaisir, pendant 3 ou 4 heures le matin, et autant l’après-midi.

Notre vitesse se cale à 6,9 N de moyenne.

 

Le ciel est d’un bleu enivrant, l’océan donne la réponse coordonnée quelques tons plus foncés.

Crêtes de vagues blanches, surfs à répétition. C’est le paradis nautique !

 

Je vole, je plane, la musique en rajoute. A la barre, je danse avec le bateau, les vagues, le vent.

Tout est intuitif, la coordination est parfaite.

L’émotion m’envahit. C’est exceptionnellement bon, et ca dure toute la journée.

 

Je ne m’y attendais pas, mais je fais le plein en cette journée du 29 Janvier de tout un réservoir béant depuis des dizaines d’années.

Saoulé de plaisir, le cœur sur-gonflé, je sais que je viens de recevoir le cadeau de cette transat.

Il est imprimé, gravé, scellé dans ma mémoire ; c’est un joyau.

 

Syl en a profité pour se relaxer et retrouver son quota de sommeil. Tout est bien.

 

En soirée le vent monte à 25 nœuds.

Prise de ris dans la Grand-voile, en nocturne ; j’apprécie moyennement, mais çà se passe bien, solidement attaché à la ligne de vie, alors que les vagues commencent sérieusement à agiter le pont.

Cette saute d’humeur d’Eole est passagère. 

 

Samedi 30 Janvier

 

Agur se gère seul, sous pilote.

La vie à bord se préoccupe à peine des vagues et du vent.

Tout roule tout seul.

 

Syl lit, et moi j’écris une quantité de choses relatives à mon vécu de la veille.

Nous partageons aussi beaucoup nos points de vue, nos perceptions.

 

Nous habitons sur l’océan désormais. Cet univers en mouvement tout autour paraît familier, nous en avons fait notre « normale ».

 

Par le téléphone satellite, nous envoyons un court message aux enfants pour leur indiquer que nous sommes passés la moitié, et que tout va bien.

 

Les températures sont plus chaudes. Les shorts apparaissent, les polaires disparaissent.

 

Dimanche 31 Janvier

 

Les jours s’enfilent maintenant comme des perles sur un collier, et nous imaginerions très bien ce rythme jusque l’arrivée.

Mais ce ne serait pas dans la logique de la nature, qui ne semble pas connaître la constance.

 

Nous rafraîchissons les données météo.

Rien ne va plus.

Si nous continuons en direction de la Guadeloupe, nous allons vers une immense zone de calme plat qui règne trois jours durant. De plus cette période sera suivie par des vents assez forts de Sud- Est. C’est la seule condition qui dissuaderait d’aborder Saint François comme nous l’envisagions. Aller sur Pointe à Pitre ne semble pas plus facile, contourner l’île ne nous ravit pas.

 

Nous changeons nos plans.

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Nous recalculons un nouvel itinéraire en direction de La Martinique. Cette option nous fait aussi traverser la zone de calme qui est trop vaste pour l’esquiver, mais nous la tronquerons ; elle ne devrait durer que 48 heures. Ce qui nous inquiète davantage sont les prévisions qui lui succèdent. Plus de 25 Nœuds de vent, force 6. C’est beaucoup. Nous n’avons pas le choix il faudra le gérer.

 

Les alizés sont encore là ; notre vitesse est bonne.

Rien ne semble en train de changer. J’espère secrètement que les prévisions météo sont un peu fausses ; que le calme sera moins calme, moins longtemps, et le fort moins fort…

 

Lundi 01 Février

 

Toute la nuit nous veillons sur le pilote et la voilure, nous réglons fréquemment l’un et l’autre pour en tirer la meilleure progression.

 

Au petit matin, je suis englouti dans un sommeil similaire à une anesthésie. Syl m’appelle, me bouge, rien n’y fait. Elle est inquiète, un énorme nuage noir nous rattrape. Elle patiente au maximum.

 

En 10 secondes des cordes de pluies se déversent, et le vent siffle ses rafales typiques des grains tropicaux.

Cette fois elle hurle un « Michel », très efficace.

Tel un zébulon je me retrouve ébahi au milieu du cockpit ne sachant plus sur quel bout’ tirer. Au cœur de ce sommeil abyssal, je ne me souvenais même plus que j’étais sur le bateau, alors forcément…

 

Le grain passe. D’autres lui succèdent toute la matinée. Sous leurs rafales nous avançons très vite.

 

Décalage d’une heure encore. C’est le dernier. Nous sommes à l’heure antillaise.

 

Nous descendons vers la Martinique depuis 24 heures maintenant.

 

L’après-midi un grand soleil revient.

Le dernier grain s’éloigne avec ses vents internes. Il nous laisse là, englués sur la surface de l’océan encore bien agitée.

Plus un souffle.

Le bateau s’arrête.

Les voiles balancent, passent d’un bord à l’autre. Elles n’ont plus d’utilité, nous roulons le génois et descendons la Grand voile au 2° ris, bôme retenue, pour éviter les claquements.

 

Un voilier sans vent donne une grande sensation de désœuvrement…

 

Les prévisions étaient justes. Nous sommes cloués 48 heures au moins.

 

A moins d’avancer doucement au moteur…

Nous pesons les options. Nous disposons à priori d’environ 48 heures d’autonomie en Gasoil.

Mais les doutes s’immiscent en ce qui concerne la consommation des moteurs. Elle est peut-être supérieure à ce que nous pensons. Nous devons conserver un minimum de sécurité.

 

Rester là « à camper » est possible, mais démotivant au possible. D’autant qu’ensuite nous savons que nous aurons 3 jours de temps fort, voire très fort à supporter pour clôturer cette transat.

 

Nous multiplions les calculs. Nous tergiversons.

Je descends dans la cale moteur installer sur le réservoir de gasoil une jauge visuelle avec un tuyau translucide. C’est plus précis que l’aiguille au cadran.

 

Nous décidons au final de poursuivre au moteur à l’allure la plus économique.

Nous faisons des relevés réguliers. Nous confirmons que nous avons au minimum 48 heures d’autonomie, peut-être 60 heures en optimisant.

 

L’océan s’aplatit. Il devient un grand lac, sirupeux, huileux, et tellement paisible…

 

C’est ce qu’on appelle « la pétole ».

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Moteur en continu, quelques heures sur bâbord, quelques heures sur tribord. Nous avançons à 5 nœuds de moyenne.

 

Il faut que le vent revienne au plus tard Jeudi.

Nous vérifions les fichiers météo ; cette promesse est improbable. Il serait plus raisonnable de compter sur une reprise vendredi matin.

 

 

Mardi  02 Février

Mercredi 03 Février

 

 

Moteur, moteur, moteur.

Océan plat

Soleil et ciel bleu.

Il fait de plus en plus chaud. L’absence de vent renforce cette sensation.

Nous approchons doucement du but.

 

Nous lisons, nous récupérons davantage, nous nous préparons psychologiquement pour la suite.

Nous reprenons la météo pour la dernière fois.

Soulagement ; la prévision a modifié ses pronostics, le vent ne devrait pas dépasser les 20 Nœuds.

 

Jeudi 04 Février

 

Quelques grains réapparaissent au loin.

A leur voisinage 10 nœuds de vent. Nous renvoyons les voiles, et gagnons 2 heures de moteur.

 

Il n’y a plus d’algues dans l’eau. Je vois des poissons sauter devant le bateau. Je tente la ligne à maquereaux.

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Bingo, un jeune barracuda mord à la cuillère ; Il est suivi de près par une petite bonite. Deux ou trois bons repas en perspective.

 

En fin d’après midi, la jauge de carburant est sur la limite basse que nous nous sommes fixés. Le niveau physique dans le tuyau bricolé sur le réservoir le confirme.

Nous stoppons les moteurs. Ils ont tourné 58 heures en tout.

 

Les alizés ne sont pas au rendez-vous. Il y a entre 1 et 3 nœuds de vent ; le bateau s’arrête…

Nous sommes un peu amers. Il nous reste 150 milles à couvrir pour arriver en Martinique.

Grand voile sur un bord, barre à contre, le bateau est « en panne » dérivant très doucement sur notre route.

 

Fin de journée atypique, comme dans un bon mouillage. De très légers mouvements nous bercent.

Il n’y a pas un bruit, pas même celui du rivage que l’on entend habituellement toujours au mouillage.

Nous entamons une nuit de vrai repos.

Pas besoin de veiller.

Le bateau est éclairé ; il est statique.

Pas de quart, quel luxe !

 

Vers 4 heures du matin, ça se réveille doucement dehors. 8, 10, 12 Nœuds de vent. Je renvoie les voiles nous sommes délivrés de ce trou.

 

Une heure plus tard c’est tonique ; force 5.

Agur reprend ses grandes foulées à 8 nœuds.

Le vent est bizarrement orienté au Sud avec une pointe d’Ouest.

Nous sommes au près bon plein à 60 ° du vent, voiles partiellement réduites.

 

A 6 heures c’est plus fort encore, autour de 25 Nœuds. L’océan se forme. Les vagues sont à 2,50 mètres, 3 mètres.

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

Le pilote tient mais embarde de temps en temps.

Je prends la barre en mains, je ne le sais pas encore mais je la garderai pratiquement en continu jusque l’arrivée.

 

A cette allure de près, escalader les vagues est impressionnant. Le vent devrait petit à petit passer sur l’arrière, mais il n’en donne pas encore de signes.

 

A 6 h 30, la radio crachote ; au milieu d’une quantité de parasites je comprends trois mots, mais ils me suffisent : « bulletin marine spécial ». Je sais qu’il annonce au moins du force 7. « M…. »

 

La situation a donc évolué depuis notre dernière connexion. Déception, inquiétudes.

 

Dans la matinée nous recevons mieux la diffusion du Cross Martinique. Nous sommes sous BMS « Grand Frais » 30 Nœuds sur la zone, et rafales à 40 nœuds à attendre à l’approche, dans le canal de Sainte Lucie.

 

Les alizés ne nous laissent cette fois aucun répit.

Ca monte à 30 Nœuds. L’océan gonfle à vue d’œil.

Les vagues sont à 4 mètres, quelques unes, plus hautes se cabrent. Ca explose devant, derrière, et parfois sur le bateau. Le cockpit est régulièrement saucé.

La barre devient physique mais toujours précise.

« Agur t’es un bon bateau ! Tu vas me passer ce truc là ! » ; et jusque-là ça passe.

 

Syl est dans le carré, assise bien calée, parfois allongée, elle gère l’inévitable stress, toujours sur le qui-vive, prête à donner le coup de main qu’il me manque.

Cette position de soumission aux éléments est plus impressionnante qu’à la barre où je garde une relative maîtrise de ce qui se passe.

Elle me donne de temps en temps une friandise. Pas le temps de prendre des repas.

Elle prend la barre trois minutes le temps que j’aille aux toilettes et elle rejoint vite l’intérieur.

 

Pourquoi ce « C.. » de vent ne tourne pas vers l’arrière ! Bon sang !

Je serre les fesses et les dents.

J’ai l’impression que ça ne fait que monter.

 

Nous avons la configuration de voiles minimum, il faut choquer parfois pour étaler quelques minutes de rafales plus violentes, et reprendre ensuite.

 

Il faut attendre la fin d’après-midi pour que le vent passe progressivement sur l’arrière à 120 degrés. C’est mieux, les vagues arrivent d’abord par le travers ; c’est un mauvais moment à passer, puis elles sont avec nous, au trois quart arrière, comme le vent. Ca y est.

 

Nous avançons entre 8 et 10 Nœuds en permanence, le meilleur surf est à 13,7 Nœuds. Mais à ce niveau là, plus de plaisir. C’est de la concentration à 100 %, doigts croisés, orteils croisés, pour que rien ne casse, pour ne pas faire une fausse manœuvre.

 

Une vague plus intrépide que les autres réussit à finir dans le carré et à dégringoler les escaliers de la coursive tribord. Ceux qui connaissent la configuration du bateau apprécieront.

 

Cette journée est gagnée minute par minute.

 

Je redoute les 40 Nœuds promis par le BMS en fin de parcours.

A 18 H 30, par radio, je me signale au Cross, en approche de la côte sud de La Martinique. Ils notent les coordonnées, je rappellerai lorsque nous serons à l’abri. Dans le cas contraire, ils ont toute latitude pour réagir.

 

La nuit tombe à 18 h 30 ici. La lune ne nous éclaire plus depuis quelques jours.

On ne voit plus les vagues, mais elles sont toujours là. Barrer dans l’obscurité est difficile dans ces conditions. J’alterne entre quelques minutes de pilote et je reprends la main.

 

Le phare de l’ilet des Cabrits apparaît. Il nous reste 3 ou 4 heures.

Le vent semble mollir un peu il revient vers les 20, 25 nœuds. L’océan retrouve à son tour des caractéristiques maniables. Il y a du bon.

 

C’est un compte à rebours palpitant.

Nous approchons comme des escargots à l’échelle de la carte, et je ne sais pas à quel moment la claque à 40 nœuds arrivera. J’espère passer avant elle.

 

A minuit nous commençons à passer lentement à l’abri derrière l’ilet des Cabrits.

Nous avons échappé à la claque magistrale et tant mieux.

 

Vendredi 05 Février 1 h du matin

 

Même de nuit, l’arrivée sur Saint Anne est facile, la baie est immense, bien abritée.

L’ancre plonge. Je rappelle le Cross ; tout est bien.

 

Le soulagement est à la mesure du stress emmagasiné tout au long de cette dernière journée.

 

Nous sommes arrivés, nous avons traversé, rien de cassé. Mais wow !

 

Nous nous félicitons d’avoir soigneusement noté au fil des jours, les évènements, nos ressentis, car cette seule dernière journée ferait facilement une ombre sur toutes les autres, et tendrait à les effacer de nos mémoires.

Une semaine après, elle domine encore, mais elle fait partie du tout, il fallait qu’elle y soit.

 

La dégustation du barracuda, de la bonite, le petit punch planteur à l’arrivée aussi font partie du paysage, tout autant que tous vos petits mots chaleureux que nous avons reçus dès l’annonce de notre arrivée.

Un grand merci  à vous.

 

A bientôt depuis les cocos !

Nous allons nous détendre et profiter des lieux maintenant !

2016 02 11 - La transatlantique avec nous...

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 20:03

6 février 2016 – 01h du matin Locale, 6 h00 heure française, nous sommes arrivés…

 

Quelques lignes pour rassurer ceux qui attendent des nouvelles, et dans quelques jours je reviendrai en détail sur cette transatlantique qui en deux mots se révèle être une « superbe expérience» !

 

Merci à ceux qui nous avaient laissé des messages avant de partir, nous avons eu le temps de les lire, mais pas d’y répondre !

 

Comme vous l’avez remarqué, nous visions la Guadeloupe, et 15 jours ½ plus tard, nous sommes en Martinique !

Nous avons changé nos plans, à une semaine de l’arrivée car les conditions météo ne permettaient pas de poursuivre sur la Guadeloupe.

 

Nous somme à Sainte Anne, petit village charmant au sud de l’île, plage dorée, frangée de cocotiers, punch en mains pour fêter çà,  que demander de mieux ?

 

Repos, nettoyage, prise de repères en ce nouveau lieu, et je reviens sur le  blog pour parler de cette Transat avec un grand T.

 

A très vite.

2016 02 06 – 	Yes ! En Martinique.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 20:48

Cette fois çà y est !

Demain Jeudi 21 Janvier, vers 10 heures, « Cap à l’Ouest » !

C’est parti pour la transat, 2100 milles au plus court (3800 km) pour rejoindre la Guadeloupe qui sera notre île d’atterrissage.

De belles conditions sont prévues au moins sur la première moitié de la traversée avec des alizés de 15 à 20 Nœuds (Force 4 à 5), juste bien pour que la croisière s’amuse.

Alors c’est parti !

 

Date d’arrivée… Comme dirait l’autre, çà dépend du vent…

Traversons en 15 jours et nous serons très fiers de notre vaillant Agur et de son équipage !

Traînassons en 21 jours, et nous aurons alors certainement eu plusieurs jours de calmes à gérer.

Allez ! Disons entre le 5 février et le 11 février.

 

Pas de grandes écritures aujourd’hui, voici en échange une ballade en images à Mindelo, une « petite » capitale de 70 000 habitants, colorée et dépaysante.

2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
des influences portugaises...

des influences portugaises...

2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
Une âme africaine.

Une âme africaine.

2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
2016 01 20 - Bye bye Mindelo !
La dernière avec Agur en arrière plan.

La dernière avec Agur en arrière plan.

A bientôt sur l’autre rive !

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 22:37

Une escale qui commence bien, mais qui nous met à l’épreuve ensuite…

 

Fish ? Fish ?

A l’arrivée à San Nicolau, il fait un très beau temps, calme.

Nous n’avons pas encore terminé la manœuvre de mouillage qu’une barque s’approche.

Un jeune homme longiligne, noir comme la nuit, agite de grands bras sur ses rames, à risquer de se les nouer à chaque mouvement. Seul à bord de son embarcation, il interrompt régulièrement son effort pour brandir de loin un poisson à notre attention. Fish ? Fish ?

 

Notre interlocuteur comprend davantage à nos gestes qu’à nos paroles que nous n’avons pas besoin de son fameux « fish » pour le moment ; peut-être dans quelques jours, lorsque nous aurons terminé de déguster la dorade coryphène pêchée une heure plus tôt.

 

Après une bonne nuit de récupération, l’annexe mise à l’eau, nous nous dirigeons vers la plage.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

A notre approche un jeune garçon d’une dizaine d’années arrive les pieds dans l’eau, visiblement pour nous aider à accoster, puis à hisser l’annexe au sec.

 

Nous savons, pour l’avoir lu dans d’autres récits qu’il est là pour nous proposer de garder notre annexe, contre une modeste rétribution, pendant que nous irons dans le village.

A l’aide de quelques mots de portugais, nous tombons d’accord : nous revenons dans 2 heures et il garde l’annexe.

 

 

Dans la rue, deux adolescents nous abordent :

 

  • « Bonjour, vous êtes français ? Nous apprenons le français à l’école… »

 

Nous passons un moment agréable avec ces collégiens qui nous renseignent sur les lieux, et aussi sur leur mode de vie. Apparemment ils ne vont à l’école que par demi-journée, et encore ce n’est pas obligatoire.

 

 

Les informations circulent vite dans le village, et les jours suivants d’autres jeunes nous abordent en français. Chacun a un service à proposer.

 

Tous sont courtois, agréables, accueillants, mais attendent de nous un petit quelque chose ; ce n’est pas dit, mais çà se perçoit très fort.

 

Ils se disputeraient d’ailleurs assez facilement la garde de l’annexe.

Nous devons trancher, Vani était le premier, c’est lui qui garde l’annexe…

Et d'ailleurs il le fait consciencieusement

Et d'ailleurs il le fait consciencieusement

Nous avons compris qu’il était préférable de les rétribuer par le don d’objets, tels que stylos, cahiers, ou un paquet de gâteaux, plutôt que de l’argent.

 

Ceci nous a été confirmé plus tard par un adulte ; si les enfants gagnent de l’argent de cette façon, ils ne vont plus à l’école et préfèrent guetter les touristes qui passent par là.

 

Les jours suivants, à chacune de nos descentes à terre, le petit comité d’accueil s’enrichit de nouvelles têtes aux regards plus ou moins malicieux…

C’est bon-enfant, mais quand même très présent.

 

Ils proposent de nous accompagner ici ou là ; nous jouons le jeu en gérant à la fois une sincère ouverture et une petite distance, ce qui semble nécessaire.

 

Nous leur donnons quelques livres en français.

La distribution de stylos va bon train, ils en sont friands, heureusement nous en avions fait une petite réserve (merci à Ivan et Patricia pour l’info)

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Un jeune adulte francophone se propose comme guide pour visiter l’île, notamment les versants escarpés du côté Nord que nous avons aperçus en arrivant ; pourquoi pas, nous convenons avec lui, de nous organiser cette sortie le Jeudi 14.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Entre temps, nous visitons ce que nous appelons « le village » et qui pour eux est une grande ville ; au premier regard, tout semble mi-construit, mi-démoli.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal
2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal
2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

En réalité, c’est mi-construit ; des projets immobiliers sont nés un peu partout, et les chantiers sont interrompus après le gros œuvre. Manque de moyens.

 

Certains bâtiments, qui ont eu la chance d’être pratiquement terminés, sont occupés par des familles, en dépit de leur aspect « brut de maçonnerie ».

Les voies de communications ne sont pas finalisées. Des poules se baladent en liberté. C’est quand-même assez chaotique.

 

 

A l’autre bout du village, un ensemble hôtelier est construit depuis 8 ans ; des lignes inesthétiques de studios, les pieds dans l’eau et le dos à la roche, au milieu de nulle part ; le complexe, pas vraiment achevé, ne fonctionne pas ; on a envie d’ajouter : « forcément ! ».

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Cette île tente vraisemblablement d’attirer le touriste.

Est-ce faute de moyens ou de professionnalisme en la matière ? Force est de constater qu’elle n’y parvient pas encore.

Est-ce un bien ? Est-ce un mal ?

 

Dans les commerces, nous trouvons tous les produits de base sans difficulté. Conversion monétaire effectuée, ils sont sensiblement aux prix que nous connaissions aux Canaries, soit un peu plus bas qu’en France.

 

Sur le trottoir extérieur, devant le magasin d’alimentation, notre regard s’arrête sur de gros sacs de 25 kg ; c’est du riz importé de Thaïlande.

 

Nous échangeons quelques mots avec un capverdien parlant très bien notre langue pour être marié à une française. Il nous indique entre autres que le pouvoir d’achat est faible ici. Leur salaire quand ils en ont un, est de l’ordre de 2 Euros de l’heure.

Plus tard nous lisons sur un site internet bien documenté, qu’un maçon gagne l’équivalent de 15 euros par jour, et qu’une femme de ménage perçoit environ 100 Euros par mois.

 

Nous comprenons facilement que nous sommes sollicités.

 

Au petit marché, nous trouvons des jolis légumes « du jardin ». Non calibrés, des vrais légumes, avec de la terre aux racines, et des formes naturelles. La poche se garnit de carottes, poivrons, tomates, salades, chou… Très classique en fait.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Mercredi soir nos sacs sont prêts pour la ballade dans l’île, notre casse-croûte aussi, nous avons rendez-vous avec notre « guide » vers 9 heures le lendemain.

 

C’est sans compter une « animation nocturne » qui va contrarier nos projets…

 

Au milieu de la nuit l’alarme du baromètre se déclenche, la pression est en chute libre et le vent se lève de manière inquiétante. Tout le monde sur le pont ! Tout va très vite.

Plus de 30 Nœuds en quelques minutes, avec des rafales très violentes.

 

Un voilier à la dérive passe à côté de nous, il file avec sa ligne de mouillage qui n’accroche plus. J’appelle, je siffle, j’éclaire les hublots, rien à faire, ses occupants dorment encore. Le bateau s’éloigne vers le large ; ce n’est pas trop grave, ils finiront bien par réaliser.

 

Au même moment je vois sur l’avant un catamaran de 15 mètres arriver sur nous. 

A peine le temps d’attraper la torche que je venais de poser, qu’un gros boum secoue Agur. Impact à l’avant. (gros gros mots !)

 

Ce gros pataud, placé latéralement par le vent, pousse autant qu’il le peut sur les étraves d’Agur ; ils sont nombreux sur le pont, et tous éberlués, des mains tentent d’écarter les coques, ça force, ça craque.

 

Ce sont des allemands, et c’est un catamaran de location ; visiblement les gens à bord n’ont pas bien le bateau en mains.

Je leur hurle de démarrer les moteurs.

Le skipper met la sauce mais il se trompe de côté ; je le vois à deux doigts de nous embarquer la patte d’oie avec son hélice.

Cette fois je hurle un « STOOOP !! » qui est valable dans toutes les langues (comme dirait Hélen, la fille de Syl). Il finit par se dégager en utilisant le moteur opposé.

Il a fait chaud sur ce coup là.

 

Pas de dégât sur Agur, les étraves sont robustes. C’est un catamaran basque, il a la tête dure !

Par contre l’autre catamaran présente une déchirure de la coque sur une cinquantaine de centimètres  sous le bordé…

 

Pendant cette petite lutte, circonstance étonnante, le vent s’inverse avec la même violence. Il nous emmène alors vers la plage ; notre ancre qui a bougé d’une cinquantaine de mètres suite aux efforts des deux catamarans ensemble se raccroche. Nous surveillons. Plus rien ne bouge.

Le bateau qui s’en était allé à la dérive au large revient.

 

Le vent se calme, puis le même scénario se reproduit deux heures plus tard, une demi-heure dans un sens, une demi-heure dans l’autre ; sans conséquence, chacun ayant anticipé et étant prêt à intervenir.

 

Le jour se lève sous un ciel tourmenté, Nous annulons notre sortie à terre pour la visite de l’île, quitte à la reprogrammer un autre jour ; nous préférons rester sur le bateau au cas où…

 

Dans la journée, à la faveur d’autres montées subites du vent, nous observons nos différents voisins manœuvrer et repositionner plusieurs fois leur ancre qui dérape. Nous sommes à la fois satisfaits et étonnés que notre mouillage reste bien en place.

Les repères pris sur le rivage sont fixes, mais notre confiance s’altère fortement.

 

 

La plage est battue par de gros rouleaux. Débarquer est dorénavant inenvisageable.

Tant pis pour la visite de l’île, nous sommes frustrés, mais nous décidons de quitter San Nicolau dès le lendemain, car rien ne laisse supposer le retour d’un temps stable, et il nous est impossible d’envisager de quitter le bateau une journée sachant qu’il n’est pas en sécurité.

 

Nous allons donc rejoindre Mindelo, capitale de l’île de Sao Vicente, plus tôt que prévu.

 

 

Comme pour nous conforter dans cette décision, la nuit suivante nous réserve, elle aussi, son lot de surprises.

 

 

D’abord, un orage éclate en début de nuit « c’est la mise en bouche ». Violentes déflagrations en même temps que les éclairs ; il est juste au dessus. Très peu de pluie ; ça claque très fort, le son est amplifié par le relief. Pas rassurant tout ça… Il s’éloigne doucement.

Nous essayons de dormir un peu.

 

Vers 3 heures du matin : alarme du baromètre ; ce doit être la dixième en deux jours ; encore de très fortes rafales ; après une surveillance de deux heures, le temps se calme, et je suis de retour à la couchette.

 

Plus tard, dans un demi-sommeil dû aux circonstances, j’entends à nouveau le vent. Il est continu, sans rafale, pas trop fort, 15 à 20 Nœuds, le bateau tangue. Je ne sais pas ce qui me motive vraiment, mais quand le doute est là, le sommeil n’a pas sa place.

Je me décide à bouger, et je sors dans le cockpit.

 

Là, mes yeux ne s’ouvrent pas assez grands pour capter la réalité. Nous ne sommes plus à notre place, la plage est toute proche derrière nous, à moins de 50 mètres. Les vagues gonflent sous le bateau et de gros rouleaux se brisent tout près. A chaque ondulation, nous sommes en train de glisser doucement mais incontestablement vers eux.

Démarrage des moteurs, nous nous sortons de là en trente secondes, et nous repositionnons notre mouillage bien plus loin, en « sécurité ».

 

L’autre catamaran à une centaine de mètres de nous, est éclairé ; il manœuvre aussi.

 

Il était temps de réaliser, il ne restait que 3,90 m sous le bateau, alors que nous avions mouillé par 10 mètres de fond.

Deuxième coup de chaud en deux jours.

 

 

Nous en concluons que les fonds de cette baie de Porto Tarrafal, ne sont pas de bonne qualité ; ils sont trompeurs ; sable mou et quelques roches, parfois ça glisse, parfois ça accroche très bien et si le vent tourne çà glisse à nouveau ; c’est sournois et imprévisible…

Donc, mouillage à pratiquer par temps calme, ou si les alizés sont bien établis et portent au large en cas de dérapage.

 

Au lever du jour nous sommes consternés de voir un monocoque de voyage couché sur la plage, balayé par les vagues. Un attroupement s’est formé en face. C’est l’un des seuls bateaux qui n’avait pas bougé pendant les coups de vent précédents…

A peu de chose près nous lui tenions compagnie sur les galets…

 

Au réflexe d’aller proposer notre aide, nous opposons une réflexion qui nous convainc que seule une tentative de remise à flot à la marée suivante, et un remorquage sont susceptibles d’apporter une première réponse à cette situation.

De toute évidence notre catamaran ne dispose pas de la puissance, ni des équipements suffisants pour cette manœuvre.

Les naufragés trouveront vraisemblablement la ressource nécessaire parmi les plus gros bateaux de pêche présents sur place. Il y a vingt à trente personnes autour du bateau, ils ne manqueront pas de bras.

 

Nous conservons donc notre décision de partir.

 

Nous quittons San Nicolau vers 07 heures 30, jetant des regards derrière nous, tant sur la coque rouge de ce voilier en mauvaise posture, que sur cette île dont nous n’aurons pratiquement rien vu.

 

Saint Nicolas, tu m’as fait rêver, je te conserve en rêves… Et d’ailleurs, si ma mémoire d’enfant est bonne, il était aussi question, à l’époque, de son indissociable compère le « Père Fouettard »… J’étais sur le point de l’oublier !

 

Nous sommes arrivés Vendredi 15 à Mindelo sur Sao Vicente ; c’est la dernière escale avant la traversée toute proche maintenant.

 

Ici l’ancre croche ferme et la baie est très bien abritée. Ouf

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

De prochaines news avant le Départ !

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 17:47

Dimanche 10 Janvier à 15 heures, soit 7 jours et 5 heures après notre départ de Las Palmas de Gran Canaria, nous avons jeté l’ancre à Porto Tarrafal, les yeux écarquillés à scruter le rivage, le sourire des grands jours, le cœur léger.

 

Comme sur un nuage, soulés de grand air, de bruits d’eau, de mouvements, nous sommes arrivés !

Il fait beau, il fait chaud, 28 degrés ; l’océan est à 22.

 

Navigation d’exception, la meilleure de toutes celles que j’ai connues ; pas particulièrement rapide car nous nous sommes déplacés à une moyenne de 5,2 Nœuds, alors que notre bateau est capable de soutenir 6,5 N comme lors de notre traversée vers Madère, et certainement davantage.

 

Mais quelle expérience !

 

D’abord, l’une des conditions qui contribue à cette sensation agréable, est qu’aucune manifestation du mal de mer, même la plus discrète, n’est venue entacher cette navigation. Nous avons évolué à bord, avec la même facilité qu’au mouillage, nous autorisant lectures, écritures, dessins pour Syl, et toutes tâches quotidiennes habituelles sans avoir besoin de n’en escamoter aucune.

 

Nous avons bénéficié d’un souffle énergique qui nous a éloignés des côtes rapidement.

Puis, deux jours plus calmes nous ont fait vivre des navigations de « dimanche après-midi ». De la vraie plaisance.

Pas de stress, l’isolement total, pas de pêcheur, rien, ni même une bribe de conversation sur la radio.

 

Rapidement nous nous sommes surpris à assimiler la bulle d’eau qui nous entourait à notre univers du moment, rien qu’à nous, rien que pour nous ; si bien que nous négligions parfois de scruter l’horizon pour détecter d’éventuels cargos, intimement convaincus qu’ils ne viendraient pas traverser notre « territoire ».

 

En milieu de semaine le vent a fraîchi, c’était prévu.

20 à 25 Nœuds bien établis durant environ 36 heures, pour nous faire réviser les vraies conditions de traversée. Des creux de 2, 50 m, parfois 3 m, des surfs interminables avec des pointes de vitesse à 2 chiffres, une moyenne qui culminait, et nous, toujours à l’aise sur le bateau malgré les mouvements, à cuisiner, lire, écouter de la musique, dormir aussi.

 

Subitement, sur  l’avant, entre deux crêtes blanches, une silhouette caractéristique s’est dévoilée ; un cargo !

Ce tas de ferrailles a quand même osé croiser notre route ! Et de très près ; nous nous sommes déroutés un instant, c’était nécessaire. Il est passé à 500 mètres, comme pour bien nous rappeler qu’au beau milieu d’un rêve, la réalité existe toujours…

Après son passage, l’immense bulle bleue s’est reformée tout autour, immaculée…

 

Au cours de cette navigation, nous n’avons aperçu que deux autres navires, beaucoup plus loin. A peine avons-nous eu le temps d’analyser leur trajectoire qu’ils avaient disparu.

 

En, deuxième partie de la semaine, un vent modéré s’est réinstallé, l’océan s’est apaisé, Agur a ralenti, nous laissant le temps de goûter à nouveau l’essence de ces moments dépouillés.

Nous sentions l’arrivée doucement s’approcher, avec déjà un regret naissant à l’idée que ce soit déjà bientôt fini.

Encore trois jours…

Plus que deux jours…

 

 

Même si les lignes de pêche sont restées muettes au fil des jours (comme d’habitude), j’ai pêché autre chose de plus intime pendant cette navigation.

 

A la clé, très personnelle, des prises de conscience, des remises en questions, méditations, introspections, découvertes intérieures, appelons cela comme on veut, j’ai perçu exactement ce que je suis venu chercher dans ce voyage. Chemin indescriptible, vers d’autres ouvertures, d’autres conceptions ; sensations de plénitude, de sens de vie ; tout cela je le précise, sans fumer des algues ou autre substance spéciale, et sans breuvage alcoolisé !

Peut-être un jour, pourrai-je y mettre des mots plus concrets…

 

Syl, de son côté, a couché quelques textes sur ses carnets, peut-être les couplets d’une future chanson, ou des points particuliers à partager entre-nous prochainement ; peut-être les deux…

 

Nous avons beaucoup échangé, nous nous sommes incontestablement enrichis de quelque chose.

 

 

Nous avons choisi d’atterrir sur l’île de San Nicolau, l’une des plus authentiques de l’archipel, là où le tourisme n’a pas encore fait ses ravages.

 

San Nicolau, c’est facile à traduire ; et c’est aussi un petit clin d’œil involontaire lorsque l’on sait que Sylvie est née le jour de la Saint Nicolas, et que précisément, lorsque j’étais petit enfant et que l’on me posait la sempiternelle question : qu’est ce que tu veux faire quand tu seras grand ?

Je répondais : je veux être Saint Nicolas ! (l’alter égo du père Noël dans les régions du Nord et de l’Est).

 

Après le clin d’œil, voici le sourire :

A une heure de l’arrivée, sur l’arrière plan de l’île île toute proche offrant son superbe relief accidenté, des globicéphales nous ont salués, puis des dauphins à quelques minutes d’intervalle.

Ces apparitions discrètes ont été interrompues par la ligne de pêche que nous avons subitement remarquée totalement déroulée.

 

Une dorade Coryphène s’était offerte en cadeau de bienvenue ! Le poisson emblématique des traversées océaniques. Jolie, jaune fluo avec des reflets verdâtres, facile à remonter, filets généreux, bref le poisson apprécié des voyageurs en mer.

4 kilos environ - Bienvenue à bord !

4 kilos environ - Bienvenue à bord !

Nous nous préparons maintenant à débarquer à Porto Tarrafal, pour les formalités, prendre la température locale, quelques repères, et trouver un point internet pour poster ce petit mot.

Le port qui se résume à une jetée sommairement aménagée.

Le port qui se résume à une jetée sommairement aménagée.

Plage de sable noir et galets, notre vis à vis au mouillage.

Plage de sable noir et galets, notre vis à vis au mouillage.

De l'autre côté, un élégant voisin.

De l'autre côté, un élégant voisin.

La nuit prochaine s’annonce bonne, le sommeil profond !

 

Il y aura fort probablement un complément d’écritures à venir concernant cette première escale hors du territoire européen.

 

Déjà, il me fallait annoncer rapidement notre arrivée à ceux qui attendaient de nos nouvelles…

 

A bientôt sur nos flots.

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 22:49

Avant toutes choses, nous vous souhaitons une très belle et bonne année 2016, qu’elle vous comble de joies et de bonheur !

Merci à vous qui nous avez laissé un petit mot, ou un mail suite au dernier article du 23 décembre « Noël aux Canaries ». Ce sont des liens qui réchauffent les cœurs !

 

« Ca y est il est revenu ! »

On n’y croyait plus mais « il » est  rentré de sa ballade. « Il » c’est l’anticyclone des Açores !

Le vagabond s’est remis là où il s’est fait son nom, et conséquence directe, les alizés sont là aussi puisque c’est  lui qui les génère.

Que les choses soient à leur place, et tout ira bien ! Non mais !

Voilà de bonnes nouvelles pour les candidats au départ de Gran Canaria, dont nous faisons partie.

En plus, « il » est tout tranquille, et nous fait un tapis d’alizés tout doux comme on l’aime !

Les conditions annoncées semblent assez proches de l’idéal, 10 à 20 Nœuds de vent portant, ce qui permet de penser que nous ne serons pas trop secoués, tout en ayant à peu près tout le temps de quoi avancer. Néanmoins, nous ne viserons pas de record de vitesse sur cette traversée.

Départ fixé ce Dimanche 3 Janvier 2016 vers 9 heures, direction le Cap vert.

Dernier tour d’approvisionnements.

de ce côté là tout est ok

de ce côté là tout est ok

2016 01 - Ca y est il est revenu !

Le bateau quant à lui, a eu droit à son petit soin typique avant de quitter un port : nettoyage de « fond en pont », plus une trace, plus une tâche, il est pimpant neuf ! Il en avait besoin, car ici à Las Palmas l’air est d’une pureté à repeindre les bateaux en gris au bout de quelques semaines de stationnement !

Nous sommes fins prêts !

 

Un petit point par rapport à cette traversée ?

Côté Capitaine :

Les comptes sont faits : 870 milles, environ 1600 kilomètres pour rejoindre le Cap vert, et plus précisément l’île de Sao Nicolau ; il nous faudra environ une semaine. Ce sera notre plus grande navigation depuis le départ. Une belle répétition avant la « grande », qui sera d’un peu plus du double en distance et en temps.

2016 01 - Ca y est il est revenu !

Serein vis-à-vis du bateau et de la technique. Content de quitter la région des Canaries, dont nous commencions  à user le concept, pour découvrir enfin d’autres contrées plus exotiques.

Autrement, d’un point de vue plus global, c’est la première partie de la Traversée (avec un grand T).

C’est le plongeon au cœur d’un rêve vieux de quelques décennies, alors c’est tout sauf banal, même si à force d’y penser, d’en parler, de la préparer, de lire d’autres récits, cette traversée a dévoilé une partie de ses mystères.

Passons pleinement au vécu maintenant, à savoir si celui-ci sera à la hauteur de toutes ces images qui trottent depuis si longtemps dans la tête ? Ca c’est la grande question, et la réponse c’est bientôt.

L‘an dernier, mon fils, marathonien, m’a dit à la veille d’une course un peu spéciale et proche des limites qu’il se connaissait : « c’est 80 % d’excitation et 20 % d’appréhension, à moins que ce soit l’inverse » ! J’ai bien aimé cette phrase qui reflète toutes les ambigüités et nos contradictions intérieures.

Cette traversée c’est une première, et en tant que telle elle est unique. Forcément il y a de l’enjeu !

C’est aussi, plus simplement, une étape d’accomplissement du « voileux », qui a fait ses débuts, bien plus jeune, dans les brumes de la mer du Nord, encadré par des plus anciens, (que je salue au passage : Daniel et Michou, Phil et Isa, Philippe et Dominique, Michel et Geneviève, Jean Mich et j’en oublie) qui touche enfin du doigt ses envies de grand large, à l’âge des tempes grisonnantes. Un parcours, une évolution, un chemin sur presque la durée d’une vie… Sous cet angle, forcément c’est impressionnant.

Vous me faisiez rêver à l’époque, avec vos bateaux plus grands que le mien, et vos expériences captivantes ; ces week-ends à naviguer ensemble, et à arroser à coup d’apéros-bateaux cette petite graine qui aujourd’hui me fait m’envoler. Plein de pensées et un vrai merci envers chacun de vous.

La particularité de ces instants avant de partir, ces prises de conscience, ce recul, c’est déjà en soi une expérience à vivre. Déjà celle-ci me remplit.

Alors c’est parti pour cette aventure, car c’en est une, et je sais qu’elle titille un bon nombre de gars semble-t-il. Allez savoir pourquoi ?

 

Et Syl, quelques mots avant de partir ?

Syl : Mon impression avant départ ?  Euh....   5, 4, 3, 2, 1  Partez !... 

Plus sérieusement ? Je suis bien dans l’incapacité d’appréhender, d’une manière ou d’une autre, comment cela peut se vivre... c’est l’inconnu total, et c’est tant mieux. Je peux dire que je me sens prête, j’ai confiance au bateau, et en nous... à partir de là, je ne peux présumer de quoique ce soit...

Qui plus est, au moment où j’écris, nous ne sommes pas encore devant la transat en tant que telle, puisqu’il y aura une escale au Cap Vert après une nav de 7 jours. C’est comme si j’avais encore devant moi une répétition générale avant un concert. Alors, ça va... Le trac, c’est toujours au dernier moment !... Et là, ce ne sera plus le moment de se préparer ni de réfléchir. Alors, 5, 4, 3, 2, 1 et GO !...

 

A bientôt !

Dès que nous aurons retrouvé une connexion internet…

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 00:19

Proverbe arrangé, (comme le rhum) et nettement plus chaleureux que les célèbres tisons et balcons de par chez vous !

 

A propos de « par chez vous », il était devenu nécessaire en cette fin d’année 2015, que nous foulions à nouveau le sol français. Certains d’entre vous, les plus attentifs, ont d’ailleurs pu nous apercevoir…

 

Ce fut en réalité un très bref séjour d’une quinzaine de jours, malheureusement coincé entre des dates qui se sont imposées d’elles-mêmes, et partagé entre les régions de Bordeaux et de Lille, autour de plusieurs démarches administratives, d’un certain nombre de mises au clair dans le travail de Syl, et aussi de précieux moments en famille…

 

Comme cela se produit toujours dans ces retours au bercail, nous avons mené une course contre le temps pour intégrer tous nos impératifs au mieux, en observant autour de nous, peut-être pour nous déculpabiliser, de multiples agités de la pendule qui couraient autant que nous, mais eux, depuis le début de l’année !

 

Plaisir cependant, de retrouver les ambiances urbaines d’avant les fêtes, les illuminations, les marchés de Noël, les foules dans les rues piétonnes, en contraste avec le contexte encore presque estival des Canaries, où fin décembre, il est plus naturel de prendre une « cerveza » sur une terrasse ensoleillée que de siroter un vin chaud à la lueur des guirlandes clignotantes, qui d’ailleurs sont ici rarissimes.

 

Joie de retrouver la famille, les amis, de partager de bons moments ensemble, et aussi de copieux repas parfois souvent bien arrosés…

 

Il y avait un petit inconvénient à tout ça, car chaleur relationnelle et fraîcheur atmosphérique, c’est ce que l’on appelle « un chaud et froid ». Résultat : l’équipage est rentré à bord d’Agur, sans dessus-dessous, enrhumé jusqu’au plus profond des trompes d’Eustache, et le foie au clignotant jaune.

 

Nous refaisons à peine surface, après 6 jours de traitement adéquat : aspirine, grogs, kleenex par brouettes, et côté restauration : eau, soupe, salade, yaourts.

 

L’heure serait idéalement à prolonger ce quasi - jeûne, alors qu’en  parallèle nous préparons notre « transat » (pas le fauteuil ; la traversée !) et commençons à organiser l’avitaillement ; de quoi faire une rechute de crise de foie uniquement par le regard.

 

Nous estimons devoir approvisionner vivres et boissons pour au minimum 6 semaines, qui se découpent ainsi : 6 jours environ pour la traversée vers le Cap Vert, un séjour de 15 jours ou 3 semaines sur place (selon les échos que nous en avons, il semble qu’il y ait là-bas assez peu de choix et de ressources pour compléter le frigo), et la traversée vers les Antilles qui durera environ 2 semaines, et quelques jours de plus si le vent faisait défaut.

 

Faire les courses d’avance pour 6 semaines, c’est une expérience intéressante qui doit aussi tenir compte de la difficulté de cuisiner en mer, et donc de choisir des menus en conséquence, appétissants si possible, variés, équilibrés, faciles à préparer.

Nous ne pouvons compter, pour notre salut, que sur les  deux feux de la gazinière et son petit four. Pas de four micro-ondes, bien-sûr, faute d’énergie électrique suffisante, pas de congélateur pour les mêmes raisons.

 

Impressionnés par le volume des achats et par l’encombrement à bord, nous vivons une valse hésitation face à nos deux charriots devant chaque rayon du supermarché, entre le trop et le trop peu, ne sachant pas vraiment arbitrer.

Nous avons décidé de faire un premier rush pour les conserves, et le non périssable. En dernière minute avant le départ ce sera le tour des produits frais et de la nourriture emballée sous vide, un casse-tête de gestion dans l’ordre des dates de péremption.

1 er Tour - le plus facile.

1 er Tour - le plus facile.

Cette expérience est une première, il y aura sûrement des erreurs de calibrage, nous verrons bien…

 

 

Le bateau quant à lui est prêt, les dernières vérifications et les derniers peaufinages réalisés nous confirment que nous sommes en confiance ; ca sent effectivement le départ.

 

Reste bien sûr à recueillir le feu vert de notre chef suprême : la météo.

Cette année se révèle étonnante. Les vents dominants ici viennent normalement du Nord Est. Ce sont les alizés, ils sont d’ordinaire parfaits pour aller vers le Cap vert.

Depuis plus d’un mois, les Canaries sont balayées par des vents de Sud Sud-Est, c'est-à-dire à l’envers. Il y a quelques courtes installations des alizés, et le Sud revient aussitôt, soutenu, agressif, peu engageant.

Les flèches indiquent la direction et la force du vent – prévision du 26 Décembre

Les flèches indiquent la direction et la force du vent – prévision du 26 Décembre

L’anticyclone des Açores qui est sensé réguler tous ces flux, est aux abonnés absents. Il semblerait qu’il ait lui-même décidé de traverser l’atlantique, et actuellement il traîne vers les Bermudes !

Nous attendons son retour, comme beaucoup d’équipages ici à Las Palmas de Gran Canaria. Le port est plein à craquer, chose inhabituelle en cette période ; c’est normalement un lieu de passage, avec toujours des places disponibles. Devenu un port d’attente, il enfle sous l’effet de rétention.

2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !

Sur les pontons, l’ambiance est vivante, les gens s’activent aux derniers préparatifs sur les bateaux,  les scies sauteuses et les perceuses sifflent ; ici un régulateur d’allure se monte en dernière minute, là une ligne de mouillage est étalée pour sa remise en état, pendant que sur Agur on grimpe dans le mât pour un dernier coup d’œil.

 

 

 

Comme nous l’avions vécu l’an dernier à la même saison, des jeunes sollicitent fréquemment pour un embarquement. Les points d’affichages sont tapissés d’affichettes en toutes les langues. Les messages sont attrayants, charmeurs parfois.

Nous avons eu le temps d’y réfléchir, de croiser d’autres équipages qui en ont fait l’expérience. Bien que l’expérience humaine puisse se révéler riche, le bilan positif est rare.

Les inconvénients semblent l’emporter sur les avantages, eu égard à la promiscuité, aux charges quotidiennes que représentent les repas, les quarts, les petits malaises, agacements et fatigues inévitables.

Nous déclinons gentiment, ils continuent leur quête poliment…

 

Entre deux rangements, Sylvie consacre encore de longues heures à son travail par internet. La fin de cette année 2015 est très fournie en modifications alambiquées sur les lois sociales. Celles-ci entrainent inévitablement un surcroît de travail dans son domaine de comptabilité et de gestion des salaires.

C’est la deuxième condition, après la météo, qui nous retient encore aux Canaries : Sylvie se doit forcément d’être à jour dans son travail, avant de couper la connexion.

 

 

Nous prolongeons donc notre séjour d’une semaine à Las Palmas. Nous nous préparons à passer un Noël intimiste, et relativement sobre, récupération oblige, et nous rejoindrons en pensées les tablées familiales qui se formeront bien au chaud, quelques degrés de latitude plus au Nord.

 

A bientôt pour un complément avant le départ.

 

Bonnes et belles fêtes de fin d’année à tous.

Et juste pour le plaisir des yeux, les décorations très spéciales de Noël, sculptures de sable, sur la plage de Las Palmas.

2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !
2015 12 23 - Noël aux Canaries, Pâques aux Antilles !

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 18:51

Avec tout ce temps passé aux Canaries, côtoyant régulièrement les étendues couvertes des majestueuses palmes vertes découpées par l’alizé, il était fortement probable qu’un jour ou l’autre nous nous approcherions et poserions un regard différent sur ce fruit familier qui occupe nos corbeilles toute l’année : la banane.

C’est un « grain de Syl » spécialement dédié à cette curiosité naturelle que propose aujourd’hui le blog de Ciao.

2015 11 10 - La Banane !

LA FLEUR DU BANANIER

 

De toutes les fleurs des Canaries, la fleur du bananier est incontestablement la plus imposante. Une visite au « musée de la banane » et plusieurs ballades dans les bananeraies nous ont familiarisés avec le surprenant processus de développement de ce fruit, pourtant devenu si banal.

2015 11 10 - La Banane !

Un peu d’histoire : Le bananier est originaire de Birmanie, Thaïlande, Sri Lanka, Philippines, Inde, sud de la Chine. De là, il aurait gagné l’Afrique dès les premiers millénaires par les Indo-malais.

 

C’est de Guinée équatoriale qu’il sera conduit aux iles Canaries par les Portugais. Puis, il sera ensuite exporté par les Espagnols jusqu’aux Antilles et en Amérique du sud aux alentours du XVI siècle.

 

Petite leçon de botanique :

 

De la famille des Musacées, le bananier n’est pas un arbre, mais une herbe géante. Selon le pays et l’humidité qu’il reçoit, il mesure entre 3 et 8 mètres de haut. C’est en fait la plus grande herbe du monde ! En s’enroulant les unes autour des autres, les feuilles donnent naissance à un « pseudo-tronc » qui ressemble aux troncs des arbres mais ne contient pas de bois. Sa rigidité est assurée par la turgescence des tissus.

2015 11 10 - La Banane !
2015 11 10 - La Banane !

Chaque bananier ne produit qu’un seul régime. Il faut compter une année entre le moment du rejet de la nouvelle plante, la croissance des feuilles, l’apparition de la fleur, et la transformation de celle-ci en un régime de bananes. Compte tenu qu’il n’y a pas de véritable saison, on trouve des bananeraies à différents stades de développement, assurant ainsi une production de bananes toute l’année.

 

Le bananier est une plante étrange qui se succède à elle-même. Lorsqu’on récolte son régime, le pied-mère meurt. (On sectionne alors le pseudo tronc). Mais avant la récolte, il a émis des ramifications latérales qui vont lui succéder. Chaque rejet peut donner un plant de bananier qui peut succéder au pied mère sur la même souche, assurant ainsi la pérennité du bananier, ou être détaché pour être planté et cultivé ailleurs.

 

Dans les bananeraies, chaque « pied » se présente par groupe de 3 : la plante adulte, le pseudo-tronc de l’ancienne plante coupé, et le rejet, prêt à prendre la relève.

 

Groupe de Trois

Groupe de Trois

le pseudo-tronc coupé

le pseudo-tronc coupé

un rejet

un rejet

Partant du bulbe souterrain (ou rhizome), les feuilles se développent une à une en s’enroulant les unes aux autres, jusqu’à former le futur bananier. Chaque nouvelle feuille est émise et passe au centre du « pseudo tronc ». Elle est enroulée comme un cigare et ne pourra se déployer que lorsqu’elle sera entièrement dégagée.

 

2015 11 10 - La Banane !2015 11 10 - La Banane !

Après avoir produit une trentaine de feuilles, le méristème terminal voit sa fonction se modifier : c’est l’induction florale. La tige devient tige florale et se met à croître au centre du pseudo-tronc, poussant à son extrémité l’inflorescence (la hampe florale) qui se développe, grossit et finit par émerger au sommet de la plante. Chez la plupart des variétés à fruits comestibles, l’inflorescence se recourbe vers le sol et pend verticalement.

2015 11 10 - La Banane !

Proportionnellement au bananier, qui mesure ici 2m50 à 3 m, l’inflorescence parait exagérément grande (jusqu’à 50 cm). Elle est constituée de « bractées », de couleur violacées, formant comme un gros bourgeon. Celui-ci est hermaphrodite : il contient des bractées femelles (dans sa partie supérieure) et mâles (partie terminale du bourgeon).

 

Une par une, chaque bractée femelle s’enroule, laissant apparaitre un groupe de fleurs placées en deux rangées serrées, appelées « mains ». Alors que les styles et stigmates des fleurs se dessèchent, l’ovaire, lui, se développe et devient fruit, appelé « doigt ». 

Enroulement des bractées

Enroulement des bractées

mains et doigts

mains et doigts

fleurs

fleurs

Comme pour l’ananas, la fleur du bananier n’a pas besoin d’être fécondée pour se transformer en fruit (parthénocarpie). Ainsi, toutes les petites fleurs des bractées « femelles » deviendront des bananes.

 

Pendant que le bourgeon continue sa croissance, que d’autres bractées s’enroulent pour révéler une autre « main », les « doigts » des premières bractées se recourbent à la recherche du soleil, prenant ainsi la forme des futures bananes.

2015 11 10 - La Banane !
2015 11 10 - La Banane !

Après avoir enroulé plusieurs bractées femelles, jusqu’à constituer ainsi le futur régime, le bourgeon continue sa progression, mais les bractées suivantes découvrent des fleurs mâles, qui ne se transformeront donc pas en fruits. Les fleurs se fanent et tombent.

2015 11 10 - La Banane !
2015 11 10 - La Banane !

On peut alors couper la partie terminale du bourgeon (puisqu’elle ne produit plus de fleurs femelles), afin de favoriser la maturation du régime.

2015 11 10 - La Banane !

Une inflorescence développe entre 5 et 15 « mains » fructifères. Chaque « main » comporte entre 10 et 25 « doigts ». Selon les variétés, le climat, le sol et la quantité d’eau apportée, un régime peut contenir de 200 à 300 bananes et peser 30 kg ! (essentiellement sous climat tropical). Aux Canaries, les bananeraies produisent une variété de petites bananes, très appréciées pour leur teneur en sucres.

 

La récolte doit se faire avant la maturité. Pour cela, on coupe à la machette le régime complet. Il faut choisir le bon moment pour couper le régime, afin que la transformation de l’amidon en sucres dans les bananes évolue sans éclatement du fruit. Ainsi, le régime sera coupé encore vert, et suspendu.

2015 11 10 - La Banane !

Après la coupe du régime, le pseudo tronc est également coupé à sa base mais la plante ne meurt pas puisque un ou plusieurs rejets latéraux prennent alors le relai pour un nouveau cycle. 

A bientôt, et vraisemblablement sur le thème des préparatifs à la traversée océanique !

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 18:38

Alors que chacun de vous se concentre sur la rentrée, il exhale ici comme un air de changement à bord de notre « vaillant vaisseau », qui commence à sentir le champ de course s’approcher…

 

En vision terrienne, on l’imaginerait volontiers gratter le sol de ses sabots, témoignant ainsi de son impatience et de son envie de passer à l’action à l’idée de rejoindre d’autres prés -forcément- plus verts.

Disons simplement que les eaux chaudes de ce mois de septembre émoustillent les étraves d’Agur qui s’est remis à rêver intensément des latitudes tropicales, d’outre atlantique.

 

Voilà comment après avoir vécu tranquillement toute une période de découverte des îles Canaries en ce début d’année, suivie d’une phase chaleureuse de partage de la vie à bord avec ceux qui nous ont  rejoints pour leurs vacances d’été, nous ressentons maintenant que nous initions notre préparation à la suite du voyage. 

 

Mais revenons quelques instants sur ce début Septembre, et ce volet de partage qui vient d’être clôturé avec Christiane, notre dernière invitée.

 

Juste avant son arrivée, avec les premiers jours du mois de Septembre, il s’est installé ici un régime de vents calmes, contrastant totalement avec Juillet et Août qui ont été deux mois fatigants, battus par des alizés vigoureux et soutenus, rendant les mouillages houleux nuit et jour, et limitant les possibilités de navigation entre les îles.

 

Derrière nous aussi les vacances remuantes des espagnols pure souche, qui entre musique à fond et engins à moteurs de tous poils (générateurs de vagues supplémentaires) semblent n’avoir aucune notion de l’espace d’autrui, à moins qu’ils estiment que leurs débordements viennent contribuer à notre agrément. Dans ce cas ils mériteraient une distinction, car certains ont dû investir des quantités de carburant pour nous ravir d’interminables circonvolutions de jet ski autour du bateau.

Ouf, ils sont repartis à leurs occupations !

 

Le vent fort, les vagues et les vacanciers rangés au placard, il semblait rester rien que pour nous, notre invitée et quelques autres (encore rares) voyageurs intemporels, de grandes journées chaudes baignées d’un océan à plus de 25 degrés.

 

Christiane a donc été accueillie tout en douceur à Tenerife Sud, et après un court amarinage au mouillage de Los Cristianos, s’est retrouvée après quelques clignements de paupières lors d’une navigation tranquille, sur les rivages isolés de La Gomera, notre préférée.

San Sebastian de la Gomera, avec Tenerife en arrière plan

San Sebastian de la Gomera, avec Tenerife en arrière plan

Un savoureux cocktail naturel composé de calme, de repos, de bains de mer et de soleil, épicé de la découverte de cette petite île, de visites, de randonnées, a modelé notre invitée jour après jour.

Playa del Cabrito

Playa del Cabrito

Hermigua au nord de l'île

Hermigua au nord de l'île

El Roque

El Roque

Exit les informations quotidiennes à la radio qui, à La Gomera, ne reçoit plus grand-chose, presque oubliés les Sms et les connexions internet par manque fréquent de réseau, rayés de la carte tous prémices de préoccupation professionnelle, et bienvenue à l’instant présent et aux priorités vitales : l’apéro et le trampoline !

 

La fatigue présente à l’arrivée s’est évaporée aussi vite que les gouttes d’eau salée sur ses épaules, qui d’ailleurs se sont mises aux couleurs locales ; les pendules se sont détraquées autorisant aussi bien les repas de midi à 16 h 30 que les siestes en chapelets, les couchers aux petites heures, et du même fait les mâââââtinées grasses.

 

La marraine du bateau s’est glissée sans difficulté dans les particularités d’une vie sur l’eau, faisant fi de l’idée même du mal de mer, acceptant avec le sourire quelques nuits troublées par le fracas de la houle sur le rivage, intégrant les contorsions nécessaires pour débarquer et embarquer proprement au hasard d’un quai glissant ou d’une plage, découvrant le côté précieux d’une banale douche solaire, et ravie de ressentir en permanence la caresse d’un petit air rafraîchissant qui fait défaut dès que l’on met pied à terre.

 

Cure de jouvence et vapeurs d’adolescence avec (soyons fous) une nuit à la belle, à compter les étoiles filantes, une autre (soyons funs !) à pêcher à l’épuisette parmi un banc d’orphies hypnotisées par les lumières du bord ; bref tout un programme sans programme, qui n’aurait pas été complet sans une salutation de tortue, un découpage de l’océan par les dorsales des « globis », et une chorégraphie de dauphins à ridiculiser n’importe quel parc à touristes.

Nuit "Trampo"

Nuit "Trampo"

Pêche a l'épuisette

Pêche a l'épuisette

Hop !

Hop !

et Hop !

et Hop !

Requinquée, revitalisée jusqu’à une future piqûre de rappel, Christiane s’est envolée le 19 Septembre vers Bordeaux, nous laissant un petit « couic » dans la poitrine.

 

Une conscience claire nous est apparue presqu’aussitôt : son départ marque pour nous une transition. Nous avons d’ailleurs profité de l’escale en marina pour remettre le bateau en configuration « voyage » ; la cabine « invités » redevenant espace fonctionnel de rangement jusqu’à nouvel ordre.

 

Nous sentons bien que les trois mois qui nous séparent de la fin de l’année passeront très vite.

 

Sylvie a un important programme de restructuration de son travail.

Il était question qu’elle prenne congé en fin d’année, mais tous aspects bien pesés tant du côté « employeur » que du côté « employée », elle gardera finalement son travail après y avoir apporté de gros aménagements.

Entourée de papiers couverts de tableaux et de chiffres, le regard fixé quelque part entre l’écran et le clavier, l’esprit à quelques milliers de kilomètres d’ici, le téléphone au bout des doigts et la connexion internet à portée de clic, le second du bord plonge d’ores et déjà dans une période de larges éclipses professionnelles .

 

De mon côté j’entreprends d’une part l’exploration des destinations à venir (cocotiers et alizés…) et j’archive soigneusement la quantité d’images photos et vidéo recueillies jusque là. Ce n’est pas le plus désagréable, j’en conviens !

 

Ensemble, il faut aussi nous mettre à l’anglais, utile dès le Cap vert, indispensable après.

 

Et pour rééquilibrer un peu les rôles, j’ajoute à mon endroit la revue complète du bateau pour débusquer tout ce qui pourrait nous gâter l’existence pendant la transatlantique, avec l’objectif d’y remédier lors de la dernière escale technique à Las Palmas en décembre.

 

Devant ces échéances, et comme pour un nouveau départ, l’énergie est changée.

Il nous reste trois mois, pendant lesquels notre attention sera principalement captée par ces sujets relativement prenants. Les listes de choses à penser, à acheter et à faire refleurissent sur la table du carré.

L’heure n’est donc plus aux visites des îles Canaries, néanmoins soyons sérieux, nous nous accorderons encore un nombre certain de bains océaniques profitant des douceurs de Septembre et octobre, de plongées en masque et tuba autour du bateau, soit pour entretenir la propreté des coques, soit pour lorgner sur un quelconque « Sar » ou « Perroquet » à porter au menu du jour, si toutefois la pratique de la chasse sous-marine daigne livrer ses derniers secrets (voilà un autre chapitre à porter au plan de formation du capitaine).

 

C’est donc la rentrée sous un autre angle !

 

Pas d’inquiétude, il y a peu de chance pour que le « burn out »  nous guette ; conjuguer efficacité et sérénité dans ce mode de vie est à la portée des SDF (Sur Domicile Flottant) que nous sommes devenus !

2015 09 28 - Une autre rentrée...

Zoom : la pêche à l’épuisette

 

Il est minuit passé et nous sommes sur le point de regagner nos couchettes quand Michel est attiré par des mouvements d’eau tout près du bateau.

- hé, y’a des poissons !

En effet, ils sont plus d’une dizaine à tournoyer en surface, tout autour du bateau. A la lueur de la lampe torche, nous estimons que ce sont des orphies, à leur corps effilé et leur coloration bleutée.

On ne va tout de même pas aller se coucher sans se tenter une petite pêche ! Ben… Oui, mais avec quoi ? Nous n’avons ni moule, ni calamar, ni autre appât satisfaisant…

C’est quand même dommage de les voir comme ça si près, et de ne rien tenter… Voyons… et si on essayait à l’épuisette ???

Le Capitaine sourit : « Si ça marchait, la pêche à l’épuisette, ça se saurait ! »

Mais c’est sans compter sur la légendaire coopération et complémentarité qui nous lient, Christiane et moi, depuis bien des années, sans parler de notre persévérance… Distribution des rôles : une à la lampe torche, l’autre à l’épuisette, et c’est parti ! Michel quant à lui prendra son outil préféré : la caméra… (La pêche, ce n’est pas son fort, mais ça, je crois qu’il l’a déjà dit…)

Après quelques essais infructueux (en démarrant l’épuisette dans l’eau, il y a trop de frottements pour la relever d’un coup brusque), on affine la méthode : l’épuisette reste hors de l’eau, mais juste au dessus de la surface, la lampe torche attire et éblouit le poisson, l’hypnotise presque, et là, plouf par le dessus et retournement direct de l’épuisette, et vlan, c’est gagné ! Et d’un !

Vite Capitaine, pose la caméra, attrape la manivelle de winch (ben oui c’est avec ça qu’on les assomme… si on veut les manger, il faut bien… mais ce n’est pas un truc de filles, ça)

Nous reprenons alors la traque, toutes enthousiasmées par ce premier succès :

Et de 2 !

Et de 3 ! …  et de 7 ! (Là, vous ne pourrez plus dire que c’est du hasard)

7 orphies pour trois personnes, c’est suffisant pour un repas, on arrête là. Et puis, mine de rien, il est presque 1h30 du mat…

 

Vérification faite auprès de notre « petit guide encyclopédique des poissons d’Europe », (le temps de faire retomber la tension avant d’aller dormir…) nous confirmons que ce sont bien des orphies et comprenons leur venue : « Cette espèce de haute mer se rapproche des côtes en été, pénétrant même dans les ports ou les lagunes. On la rencontre généralement en groupe à la surface. Intérêt culinaire : chair bonne, 1 fourchette » (précision : dans ce bouquin, le maxi c’est 2).

Bon d’accord, il faut bien le dire, nous avons quand même eu la chance d’être au bon endroit et à la bonne saison !!!

Je doute que la pêche à l’épuisette soit chaque fois autant productive…

 

Il n’empêche que cela restera pour moi un des meilleurs souvenirs. Non pas pour les poissons, mais parce que ce moment comporte tout simplement un élément qui pourrait presque passer inaperçu :

Imaginez que nous ayons envisagé des vacances bien organisées et planifiées pour visiter, découvrir, profiter pour faire un maximum de choses … Il y aurait eu un bus à prendre, une voiture à louer, une navigation en perspective… et là, il aurait été nécessaire de se cadrer dans le temps, et je doute fort que nous aurions tenté quoique ce soit à minuit passé…

 

Et moi, j’aime particulièrement ces moments-là, comme volés au temps, parce que rien n’est prévu… Alors, l’inattendu passe, justement par là, et nous avons tout le temps pour l’accueillir et le savourer pleinement… 

 

Merci à toi pour avoir partagé avec nous tous ces beaux moments de simplicité.

Et rendez-vous fixé aux Antilles, ça t’apprendra ! 

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 22:40

Nous venons ici, à bord de Agur, de fêter (déjà) le premier anniversaire de notre départ. C’était le 14 Juillet !

 

Un an… Toute une année, sur les flots bleus, naturellement inspirants, et avec tout ce temps pour penser, sentir, et prendre conscience de ce que nous vivons...

 

En quelques mots, c’est d’abord l’occasion d’exprimer que je suis content d’avoir pris ce départ, d’avoir pu enfin concrétiser ce grand « Rêve », qui a si longtemps dépassé tous les rêves que je pouvais avoir…

 

Nous avions choisi de rester sur une zone proche de « chez nous » pour gérer, entre autres, le travail de Syl, l’appréciation de notre vie à bord, le vécu avec la famille restée à terre, et c’était une bonne option, chacun de ces critères y a trouvé sa justification.

 

Aujourd’hui, sans prétendre tout connaître des îles Canaries, nous pouvons dire que nous en avons fait le tour, et même plusieurs fois dans le sens géographique du terme… Pour ma part, je ressens assez clairement qu’il serait bien de passer à autre chose maintenant.

 

Ce sera un autre attrait en fin d’année, de nous préparer à traverser l’océan pour rejoindre l’arc antillais avec l’escale de quelques semaines prévue au Cap Vert, la traversée en elle-même, et à l’arrivée ce vaste bassin de navigation et de découvertes compris entre Les Grenadines, proches du Venezuela, et les grandes Antilles tout au Nord.

 

Il me semble que nous nous approcherons alors, d’un peu plus près, de ce contenait mon rêve, du moins dans sa dimension « dépaysement » ; et même si je ne saurais en préciser la teneur, je sais par avance qu’il recèle autre chose.

 

L’aventure ne fait que commencer !

 

 

A ce propos, comme chaque ressenti est personnel, chaque manière de l’exprimer aussi, il est certainement l’heure d’ouvrir dans ces pages, un espace d’expression directe pour Syl dans le blog de Ciao.

 

Nous en avions déjà l’idée au départ, et puis le temps passe...

 

Pour distinguer clairement nos écritures, nous avons spontanément imaginé que cet espace pourrait s’intituler « Le grain de Syl ».

 

Sous la forme d’une intervention, d’un commentaire, d’une page, d’un article, ou d’autre chose, « le grain de Syl » prendra la forme et la place qu’il aura envie de prendre, à la manière des coquelicots dans les champs de blés, jusqu’à s’il le veut, constituer tout un champ de coquelicots !

 

De toute façon vous le reconnaîtrez…

 

Voilà c’est dit.

Longue vie aux grains de Syl, au gré de l’inspiration et des envies !

 

 

Ce billet est écrit depuis les côtes sud de Gran Canaria, sous le soleil, avec bains quotidiens dans un océan cristallin à 23 degrés, et bien à l’abri des vents assez forts qui entourent les îles. Ca va.

 

Depuis les dernières écritures, le rythme du bord s’est égayé par la réception de nos vacanciers tout le mois de Juin.

 

Vincent (fils de Syl) et Emilie sa petite amie sont venus début juin, suivis de Anne (ma fille) et Mickaël son compagnon, jusqu’aux premiers jours du mois de Juillet.

 

Nous avons eu la chance de pouvoir composer à la dernière minute, en fonction des éléments en présence, deux circuits différents au départ de Las Palmas, permettant à la fois de découvrir la navigation, et d’autres rivages que ceux de la très touristique Gran Canaria.

 

 

 

3 Juin 2015 -

Vincent et Emilie à l’aéroport de Las Palmas

Vincent et Emilie à l’aéroport de Las Palmas

Avec eux, une boucle de 270 milles (485 km)

Avec eux, une boucle de 270 milles (485 km)

Au début du séjour de Vincent et Emilie le vent s’est positionné au Nord-Ouest sur un court créneau, nous laissant le temps de remonter au Nord jusque La Graciosa. L’épreuve initiatique d’une longue navigation de 20 heures incluant une nuit en mer, des mouillages sur les douces plages de sable blond, et la découverte d’espaces quasi désertiques, puis volcaniques ont constitué des moments assez marquants de ce séjour.

Playa Francesca – Ile de La Graciosa.

Playa Francesca – Ile de La Graciosa.

Aux commandes ! Cap sur arecife – Ile de Lanzarote

Aux commandes ! Cap sur arecife – Ile de Lanzarote

Histoire sans parole !

Histoire sans parole !

Formule magique ! Sur les dunes de Maspalomas – Ile de Gran Canaria

Formule magique ! Sur les dunes de Maspalomas – Ile de Gran Canaria

Lors d’une ballade en voiture au centre de l’île de Gran Canaria.

Lors d’une ballade en voiture au centre de l’île de Gran Canaria.

Après une brève transition de 3 jours à Las Palmas pour remettre à jour le nettoyage du bateau, les lessives, les courses, nous recevions Anne et Mickaël.

 

 

 

16 Juin 2015

 

Las Palmas – Aéroport

Las Palmas – Aéroport

Avec eux un circuit de 225 milles (405 km)

Avec eux un circuit de 225 milles (405 km)

Les alizés (Nord-Est) étaient établis, relativement faibles. En une vingtaine d’heures de mer, nous avons emmené Anne et Mickaël à La Gomera. La transmission de nombreux renseignements sur la navigation et les manœuvres du bateau ont été au cœur du sujet, et ce pour répondre à leur projet assez proche d’acquérir un petit voilier et d’expérimenter par eux-mêmes cette activité. Des graines de voyageurs au long cours peut-être ?

 

Playa de Cabrito – Ile de La Gomera.

Playa de Cabrito – Ile de La Gomera.

Tortue à Tribord !

Tortue à Tribord !

Soirée au mouillage autour du jeu « Times Up ».

Soirée au mouillage autour du jeu « Times Up ».

Sans trucage !

Sans trucage !

Et aussi les dunes de Maspalomas – Ile de Gran Canaria

Et aussi les dunes de Maspalomas – Ile de Gran Canaria

Découverte de la vie en bateau, baptême de navigation, échanges, partages, humour, rigolades, baignades, petits restos, circuits de découverte, randonnées, pêche ou tentatives de pêche, couchers de soleil, nuits en mer, dauphins furtifs, tortues, et surtout le plaisir d’être ensemble augmenté de l’intérêt de redécouvrir nos enfants en tant qu’adultes, ont été les épices de ces deux séjours.

 

Le livre d’Or a recueilli, de la part des uns des autres, de pétillants commentaires à l’issue de ces vacances pas tout à fait comme les autres, remplies d’imprévus, ponctuées de petites surprises simples et naturelles. Merci d’avoir partagé ces tranches de vie marines avec nous.

 

Rendez-vous est pris avec les uns et les autres, pour d’autres séjours plus lointains, tout aussi animés, et vraisemblablement plus tropicaux au fil de notre voyage.

 

Il va sans dire que nous espérons aussi accueillir ceux qui n’ont pas encore pu nous rejoindre ! 

 

-----------------

 

 

Nous allons continuer d’égrener les jours d’été quelque part entre la côte sud de Gran Canaria, puis celle de Tenerife, afin d’être au bon endroit au bon moment pour accueillir une autre visite début septembre.

 

Ce sera la marraine du bateau, Christiane, une amie de Sylvie.

 

Elle arrivera à l’aéroport de Tenerife-sud, et restera environ deux semaines avec nous.

 

La ressentant plus terrienne que marine, nous lui prévoyons un programme tout léger et avec de courtes navigations !

Bienvenue à toi Christiane !

Bienvenue à toi Christiane !

A bientôt sur les lignes de www.ciaociao33.com

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  • : le blog de Ciao...
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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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