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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 20:35

Zoom journal de bord du 21 Janvier 2014 – (Pour toi Mimi)

  

« Bienvenue à bord ! », 

 

J’ignorais que ces trois mots pouvaient avoir la puissance d’une formule magique du style peut-être de : « Sésame ouvre-toi »  ou encore « Alohomora » utilisée par Harry Potter pour ouvrir quelque chose

 

En cet après-midi de janvier, nous attendons la visite d’une ancienne voisine et de sa fille, en séjour dans le pays basque. Les visites sont encore rares sur notre catamaran au cœur de l’hiver dans cette région au climat très doux certes, mais qui par ailleurs ne craint absolument pas la sécheresse. Nous sommes conscients que nous manquons encore d’arguments exotiques pour motiver les venues à bord.

Néanmoins c’est confirmé, aujourd’hui nous recevons pour l’heure du café !

Nos invitées n’ont pas spécialement le pied marin, et le hasard fait bien les choses car nous avions décidé d’entrer dans la marina pour quelques jours afin de recharger nos batteries. Ce sera plus simple de monter à bord et plus confortable pour elles.

Nous avons pris la même place que nous prenons à chaque fois que nous rentrons au port. Nous avons nos petites habitudes, c’est presque devenu une routine. Deux ou trois fois par mois, selon que le soleil a timidement (ou pas) regonflé notre stock d’énergie électrique nous venons nous  ressourcer au sein de notre bonne vieille société nourricière…

Selon une toute autre formule magique très efficace qui comprend un chiffre suivi du mot «…Euros » nous accédons de facto pour 24, 48 ou 72  heures, à ce que nous appelons les commodités de la vie terrestre. Ce qui pour vous, sans même vous en interroger est  la base normale et minimale des conditions de vie, pour nous prend au fil du temps des allures de petit luxe…

Nous savons que nous allons pouvoir brancher le bateau à la borne du quai, profiter du chauffage électrique et d’une merveilleuse ambiance à 19 ° dans tout le bateau ; nous allons faire le plein d’eau que nous pourrons utiliser sans précisément compter les fractions de secondes pendant lesquelles les robinets restent ouverts, et plaisir suprême pour Syl : elle pourra même faire la vaisselle à l’eau chaude !

Ne croyez pas que je m’égare ; ce projet insensé de vaisselle à l’eau chaude est justement le propos qui va sans que je le sache encore, me révéler grand sorcier. Il est vrai que la vaisselle s’est un peu accumulée dans l’évier, en l’attente de cette circonstance rarissime.

Immédiatement après que le bateau soit amarré, un câble gris se précipite donc sur le ponton et sa prise affamée rejoint la source salvatrice, comme un bébé se précipite sur la tétine de son biberon. Sur le tableau de bord les lucioles orangées s’animent :

-          230 V : « ON »,

-          Chargeur de batteries : « ON »,

-          Prises électriques : « ON »,

-          Cumulus : « ON ».

C’est peut-être pathologique, mais je ne peux contester une micro jouissance intérieure, de constater que tout marche bien. Le gestionnaire de batteries indique que 30 ampères se déversent parmi elles. Une certaine sensation lointaine de sécurité matérielle est présente dès que la connexion avec la terre est refaite.

C’est dire si nous sommes conditionnés…

 

S’en suit un peu de rangement sommaire pour que notre « chez nous » ressemble un peu à quelque chose, un petit casse-croûte vite fait, le temps que le cumulus monte bien en température, et Syl de s’éclater dans une symphonie de casseroles, poeles, et couverts, que je m’empresse d’essuyer pour conserver d’harmonieuses relations à bord… (mais non, c’est une blague)

Nos invitées appellent sur le portable, et déjà elles apparaissent en bout de ponton.

Bienvenue à bord ! Bienvenue à bord !

Magique ! A peine avais-je prononcé cette expression pour les accueillir, facilitant leur passage du ponton aux jupes arrière du bateau, qu’un bruit inhabituel me donne la réplique immédiatement. Un très sonore « Pof – Pschuiiiiiiii » venant du côté arrière tribord, me détourne totalement de ma fonction d’hôte poli et attentionné, pour reprendre ma casquette de capitaine et courir vite fait sur tribord afin de découvrir l’origine de cette complainte bizarre, comme déclenchée automatiquement au prononcé des trois mots.

Pas de bateau à proximité, pas de remous dans l’eau. L’origine n’est pas extérieure au bateau, mais interne… Qu’est ce donc ? Sur un bateau, par expérience, on n’aime pas trop les bruits non expliqués ; alors on cherche, jusqu’à trouver une explication rationnelle, et on essaye de faire rapidement faute de quoi les déconvenues arrivent avant que l’énigme ne soit résolue.

Très vite je soulève instinctivement le couvercle de la cale technique tribord, et ma vision confirme mes craintes : un puissant jet d’eau et de vapeur traverse la cale technique comme si une cocotte minute s’y soulageait… L’eau brûlante pulvérisée entreprend d’inonder tout ce qui se trouve à proximité, de l’outillage, du matériel stocké là, le moteur, et pire, l’installation électrique qui je le sais est actuellement branchée au secteur. A première vue c’est vers le cumulus que quelque chose a lâché.

Dans ce cas  le sens des priorités reste certainement instinctif : au tableau de commande je stoppe la pompe à eau qui envoie la pression dans le circuit, et je saute sur le ponton immédiatement en me disant que s’il est encore temps, il faut débrancher d’urgence car on le sait l’eau et l’électricité ne font pas bon ménage.

Débranchement est synonyme de soulagement. En écrivant ce mots je me dis « faudrait savoir ! ». Eh bien oui : content de se brancher, et finalement heureux de se débrancher… (Bon ok, je laisse ça de côté.)

Il me reste à fermer les vannes des cuves qui contiennent 800 litres d’eau qui ne demandent qu’à rejoindre les fonds de la cale moteur. Un calme apparent revient aussitôt.

Syl et nos deux invitées s’interrogent de tant d’agitation subite, qui a eu pour effet de voler la vedette à leur arrivée, et de faire en sorte que nous soyons maintenant totalement privés d’eau et d’électricité…

-          « Bienvenue à bord ! C’est comme çà sur les bateaux ! Un jour = Une panne », dis-je quand-même un peu dépité.

Curieux d’évaluer l’étendue des dégâts, et de comprendre l’origine réelle du « Pof – Pschuiiiiiiii » je me soustrais encore à la petite communauté, pour me faufiler dans la partie « garçon » du bateau (là où personne ne vient visiter et s’exclamer que c’est chouette). Admettons que pour y aller Il faut se contorsionner un peu, descendre à la force des bras par la trappe d’accès, passer entre les commandes de la barre, se baisser fortement et arriver là où sont regroupées les installations techniques : réservoir de carburant, cumulus, chargeur de batteries, régulateur de panneaux solaires, transformateur, tableau électrique, fusibles, et moteur tribord du bateau. (pas glamour tout ça).

Je fais ce petit parcours assez souvent, ce qui me permet d’être assez prompt à la manœuvre.

En dehors du fait que tout autour de moi est trempé et que mes deux pieds sont dans l’eau, je remarque immédiatement que le tuyau d’eau chaude est débranché du cumulus. Il pend lamentablement avec son raccord de plastique accroché dessus, laissant sur l’appareil un orifice béant d’où précisément semblait venir le geyser.

J’étais déjà intervenu sur ce raccord il y a une semaine car il laissait une légère fuite en goutte à goutte. Il était nécessaire de remplacer un petit morceau de quelques centimètres de tuyau d’eau chaude abîmé ; tuyau de couleur rouge. N’ayant pas de tuyau rouge en stock, j’avais fait la réparation avec un tuyau d’eau froide de même diamètre et même matière mais de couleur bleue.

Je me disais que l’eau devait bien se moquer de la couleur du tuyau pour circuler à l’intérieur. Sur ce plan ma réflexion était juste.

Concernant la dilatation physique du tuyau sous l’effet de la chaleur j’avais peut-être omis un paramètre. Toute expérience est donc utile, mais je n’étais pas encore à ce stade avancé de conclusion.

Comme si le geyser et son « Pof – Pschuiiiiiiii » n’avait pas délivré un message suffisamment clair, il me fallait en avoir le cœur net. Je rebranche donc soigneusement le raccord et son bout de tuyau bleu, j’insiste bien sur mes gestes pour bien accrocher le tout et je ressors par mon petit itinéraire de contorsionniste pour aller dans le carré ouvrir les vannes, et remettre la pompe en marche.

J’en profite pour échanger quelques mots avec Syl et mos amies.

La pression se reconstitue en quelques secondes, et apparemment tout est rentré dans l’ordre. C’est du moins ma conviction du moment. Par acquis de conscience je repars me faufiler à nouveau dans ma cale préférée pour inspecter la chose. Pas même une goutte ! Même en regardant de tout près !

Juste satisfaction.          

Mais satisfaction qui n’a duré que quelques dixièmes de secondes, car bien que je me sois gardé de prononcer la formule magique, j’étais aux premières loges pour un autre superbe « Pof – Pschuiiiiiiii » en 3 dimensions celui-là puisque j’étais bêtement dans l’axe du geyser, et à 50 centimètres de sa source !

J’aurais certainement dû m’y attendre mais je n’avais pas précisément cru à l’irruption spontanée et directe de toute cette eau brûlante ; j’imaginais au pire, apercevoir une fuite qui me préviendrait.

L’improvisation a suivi par une esquive réflexe sur ma droite, mais aussitôt après par l’obligation de passer devant le geyser reprendre une deuxième salve au passage, afin de gagner la sortie qui elle, est à gauche.

Je pense avoir atteint un de mes records de rapidité pour me retrouver à l’air libre, tout en tirant sur mes vêtements mouillés et chauds pour les éloigner de ma peau, gestes d’ailleurs nettement insuffisants, car la sensation de brûlure devenait intense. Quelques secondes plus tard je m’étais débarrassé de tout vêtement au dessus de la ceinture, criant en même temps à Syl de couper l’alimentation de la pompe et de fermer les vannes. Retour à la case départ.

Si j’avais eu l’esprit orienté à l’humour, j’aurais été fier d’annoncer, en grand sorcier que j’étais devenu, d’avoir inventé l’eau chaude ! Je n’y ai pas pensé, dommage !

Plus concrètement je me suis laissé badigeonner par Syl, les quelques rougeurs bien visibles sur la poitrine et les épaules avec la crème cicatrisante « Biafine », expliquant synthétiquement à ces dames étonnées mon « trip » solitaire du moment. Plus de peur que de mal…

Une fois les émotions stabilisées, le problème restant entier au niveau du raccordement du chauffe-eau, je laisse à nouveau Syl et nos amies, pour aller acheter de quoi dépanner définitivement et correctement cette fois, avec un « vrai tuyau vraiment ROUGE » et un raccord neuf.

En fin d’après-midi, la cale séchée, les raccordements sécurisés, et l’électricité rebranchée, me permet enfin de partager un rapide goûter avec nos hôtes avant leur départ ; l’oreille attentive toutefois aux éventuels bruits d'eau, et ma présence quelque peu distraite…

Désolé, mesdames. Je n’oserais dire que c’est exceptionnel ; mais cette fois c’est vraiment tombé au mauvais moment ! A croire qu’il faille raisonnablement changer de formule d’accueil.

 

                                                                  _____________________

 

Dans l’analyse que j’en fais à postériori, entre les risques liés à une électrocution accidentelle, et ceux que représente l’eau qui jaillit à 70 degrés, je constate que les dangers de ce mode de vie ne sont peut-être pas là où on les imagine.

Nous prenons d’innombrables précautions, parfois redondantes et superflues pour qu’il n’arrive rien de fâcheux en mer, ou en tous cas pour avoir tous les moyens de faire face à une défaillance matérielle, et lorsque nos proches nous interrogent c’est aussi au large qu’ils imaginent le danger le plus présent.

Et là, le plus banalement possible, très sagement amarré à une place de port, dans la louable intention de permettre de faire la vaisselle à l’eau chaude,  je passe finalement assez près d’un épisode critique…

Les risques d’accident dits « ménagers » sont ils plus sournois, mais mieux acceptés parce que mieux connus de nous tous ? Ou est-ce encore un de ces conditionnements dont nous semblons être les spécialistes ?

Que ceux qui s’inquiètent ne s’inquiètent plus, nous allons investir dans la vaisselle jetable !

« Ce qui ne tue pas rend plus fort ! » (Freidrich Nietzsche)

 

 

PS :

Mimi, cette fois t’es priée de laisser un commentaire, et pas un mail KIDIKECETROCOURT !!!

Parce que nous aussi on aime vous lire !

 

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commentaires

mimi 31/01/2014 13:42


Mimi  est  trop contente du blog capitain ! mais jai laissé un commentaire via facebook  bouh  mais ouétilpassé ?


en tous les cas  MERCI  ca c'est de la vie à bord !  ben  y a plus qu'à attendre la suite et les vagues monumentales qui sont annoncées   faites bien attention à
vous et protégez vous !  des biiiiiiisssssssouuuusss !!!!!!   Mimi kivouszaime

Michel Lefebvre 03/02/2014 12:16



Ben voila !!! Merci Mimikinouzem !


Depuis, nous avons bien reçu les vagues que tu nous a envoyées... Elles ont échoué sur la route de bord de plage à Hendaye, démontant au passage quelques murettes, et défonçant la vitrine d'un
hotel... Mais ici dans la baie c'est resté très calme. La houle du large ne vient pas jusqu'ici...


A bientôt Bizzzzz



yvon Gouillard 27/01/2014 09:47


ohé, ohé, matelot ! matelot navigue dans les flots !


pas de bol ! Mais c'est la vie ! et ses aléas ! Articles très intéressants pour le terrien que je suis, bien que j'aille à la pêche de temps à autre.


Pensons à vous, bisous de la côte d'Opale


 

Michel Lefebvre 28/01/2014 10:02



Ah... La côte d'Opale, son cordon de dunes sauvages, ses immenses plages qui s'étalent sur des kilomètres à marée basse, les chars à voile... Superbe ! Et associée à mes souvenirs d'enfance à
Stella-plage, Berck et les environs, puis plus tard mes débuts de navigation autour de Dunkerque.


C'est un plaisir de recevoir au travers ton commentaire, une carte postale de là-bas. Merci Yvon. Belle vie à toi !



Patrick Pennequin 25/01/2014 07:48


Trop rigolo cet épisode ! Je pense que je vais attendre encore un peu avant d'aller vous rendre visite sur le bateau.....


Pas trop dur ces derniers jours avec cette pluie incessante ?


Amicalement


Patrick

Michel Lefebvre 25/01/2014 13:32



Patrick, tu es le b......u à b..d !


N'hésite pas à venir passer un moment avec nous. Un coup de fil et hop ! Ce n'est pas dangereux, juste un peu animé parfois... mais très cool la plupart du temps.


La pluie, la pluie, la pluie, le vent ; c'est l'hiver au pays basque. On s'est préparé à le vivre ; Non ! pas de soucis... Le bateau est confortable, la baie bien protégée.


Au plaisir de te recevoir.


Amicalement


Michel et Syl



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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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