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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 15:16

Confidences de bers…

 

Pour ceux qui ne savent pas, « un ber », c’est un ensemble de supports (le plus souvent métalliques, bien lourds, et bien costauds), pour accueillir les bateaux lorsqu’ils sont sortis de l’eau et posés sur le parking du chantier naval.

Ils se composent d’un cadre au sol, de chandelles verticales, et au bout des chandelles sont disposés des patins sur lesquels repose la coque du bateau.

 

Les bers tiennent donc délicatement les bateaux bien droits, au bout de leurs chandelles, comme on tiendrait un œuf devant soi, au bout des doigts…

 

Un ber par bateau, sauf cas particulier.

Et bien sûr, pas question de laisser tomber « l’affaire » ! Une « omelette de bateau »  ne serait pas la bienvenue…

 

Il s’en raconte des histoires entre les bers de Port Saint Louis du Rhône, en Camargue ; d’abord des histoires de coup de vent à 50, 60, et des rafales à 80 nœuds (145 km/h) sur la zone, pendant lesquels ils vibrent, oscillent, se cramponnent au sol en entendant les mats et les haubans des voiliers hurler, et les supplier de tenir bon.

Il est particulièrement assourdissant de vivre une journée de vent fort sur une zone portuaire ; il suffit d’imaginer chaque câble, chaque cordage, chaque filière, et ces mats de dizaines de mètres de haut, être l’occasion pour le vent de se faire entendre. Tous chuchotent dans les graves quand le vent commence à monter, puis d’un commun accord, ils grimpent dans les aigus à mesure que la vitesse du vent augmente…

Ils chantent tous ensemble sans chef d’orchestre ; ce n’est évidemment pas très harmonieux, mais quelle puissance !

Et un peu plus tard lorsque le coup de vent est bien établi, c’est un grondement hurlant incessant, présent en tous points, qui s’impose ; pour nous, Etres fragiles devant cette force de la nature, il faut se tenir pour ne pas être déséquilibré, crier pour tenter de se comprendre à quelques mètres de distance ; il faut tout attacher, ne rien poser, (sauf peut être un marteau) sous peine de voir s’échapper dans les secondes suivantes, le seau, les gants, le chiffon, la poubelle, ou encore le pinceau et même la boîte de peinture à moitié pleine…

En Camargue, principalement l’hiver, les coups de vent sont monnaie courante, ils durent plusieurs jours consécutifs… La sensation de froid est pénétrante.

La nuit, le vent reste tout aussi puissant, et dormir dans un bateau posé dans ses conditions suppose ne pas être inquiet de nature, et se convaincre que les vibrations et tremblements divers ne sont que de vagues hallucinations, ainsi d’ailleurs que les quelques dizaines de décibels superflus environnants la couchette…

 

C’est lorsque tout se calme après plusieurs jours sans relâche, que l’on pourrait imaginer les bers se laissant aller à jacasser entre eux, sur des sujets plus légers :

 

-          T’as vu, les propriétaires du cata Ciao sont arrivés !

-          Levés tôt, couchés tôt, et entre les deux, tout le temps au boulot ! Et vas-y que je te grimpe dans le mat quatre fois dans la même demi-journée, que je te gratte la coque par ici, que je te gratte la coque par là…

-          Le capitaine qui scie des planches, le second qui les ponce… Parfois l’inverse…

-          Et je ne t’explique pas les colis qu’ils montent à bord ! Le pauvre cata a déjà pris une centaine de kilos de chargement sans comprendre ce qui lui arrive…

-          Et ce nouveau radar sur son tube inox t’as vu çà ?

-          Flambant neuf, mais quelque chose ne fonctionnait pas dans l’appareil quand les techniciens ont fait les essais ! Tout était posé, fixé, câblé, ils ont dû tout démonter, renvoyer à l’atelier, et plus tard refaire l’installation…

-          Ah oui ! Et le chaudronnier qui avait en charge la fabrication sur mesure du tube inox devant servir de support au radar ; il disait toujours « je passerai demain soir », et à chaque fois il zappait.

 

 

 

A force de relances Il a fini par arriver… passer prendre les mesures, puis quelques jours plus tard (après vaccin de rappel), passer pour essayer, puis revenir encore pour poser la chose, et en final (avec quelques petites impulsions motivantes), installer quelques petits renforts…

 

Cà a pris presque 15 jours à cet artisan, pour que le support du radar soit opérationnel et reconnaissons-le « impeccable »!

Le comble c’est que ce brave monsieur se prénomme « Sylvain »… comme « s’il vint »…

Mais bon ; il est sympa alors… Et quand Sylvain vint, nous l’accueillîmes, (ying) avec un sourire zen.

 

En fait, bien que l’histoire soit vraie, ni les bers, ni les résidents sur le chantier ne se préoccupent réellement de ce que fait le voisin.

 

 cata jpciao 3 jp

 

Le Port Napoléon à Port Saint Louis du Rhône, dispose d’un bassin à flot d’assez modestes capacités, et une grande zone à terre où sont déposés des centaines de bateaux. C’est le concept (assez récent) du « port à sec ». Les moyens de manutention sont impressionnants en nombre, le personnel est présent en conséquence pour assurer les incessantes manœuvres  de mise à l’eau, de sortie, ou de dépose sur des remorques de transports exceptionnels…

 

Sur ce port, qui est en même temps une sorte de chantier naval,  il y a quelques profils de « pré-globe-flotters » qui habitent en permanence sur leur bateau ; ils font des travaux d’aménagement, certains en achèvent la construction…

Chacun s’est réglé un timing personnel, composant avec la météo du moment, et un compte à rebours avant le grand départ à la saison jugée idéale en fonction de la destination choisie ; en attendant ils jonglent entre petits boulots pour remplir la caisse de bord et préparation sur place, à mesure que le compte en banque le permet…

 

Ils sont faciles à reconnaître les « globe-flotters » en puissance : Il suffit de regarder sous le bateau pour y découvrir un véritable « foutoir » constitué d’établis, de bâches, des échelles, des morceaux de bois, des ferrailles, des longueurs de tuyaux d’eau, des bidons de peinture, des vieux vélos, une annexe à moitié dégonflée… Et pour confirmer il y a juste à écouter au-dessus, d’où on entend des bruits de meuleuse, des jurons parfois, et des conversations compliquées de stratification, d’électronique, de panneaux photos-voltaïques, et autres termes en « hic »…

En résumé : sous le bateau, çà ressemble à un vide-grenier concentré… Et au dessus, à un chantier ; concentré aussi !

 

Ici sur la zone du port à sec, tout est très organisé ; il y a des chaudronniers, des spécialistes de l’aluminium, des voileries, des préparateurs professionnels, des peintres, des menuisiers, des mécaniciens, des magasins d’accastillage, un restaurant, une laverie, des locations de containers, des appartements à louer, des vendeurs de bateaux d’occasion… C’est un vrai business !

Les allées du chantier sont sillonnées à longueur de journée par les camionnettes de ces professionnels, ou les petites voiturettes électriques du personnel portuaire…

 

Il y a des centaines d’embarcations à terre, du « petit » voilier de 10 ou 12 mètres au yacht de 40 mètres et plus ; ils sont là en stationnement, tous plus surprenants les uns que les autres. Certains me semblent gigantesques ; Pour la très grande majorité d’entre eux il semble n’y avoir jamais personne à bord. Tout est rangé, rien ne traine…

Je suppose que l’été prochain quelqu’un viendra et que le propriétaire donnera des ordres pour qu’on mette le navire à l’eau le temps des vacances, et après ce sera le « retour sur le ber » pour l’hiver.

Une question me revient régulièrement : à qui sont ces bateaux qui coûtent des fortunes, et qui dorment là, 11 mois de l’année ? Ou encore sa variante : quel métier peut-on bien exercer pour être propriétaire d’un navire à 2 millions d’Euros, et assumer des frais de stationnement d’entretien, et parfois d’équipage, de plusieurs milliers d’Euros par mois ?

Je laisse mes interrogations au vent qui invariablement me répond : « Hoouuuu  ! »… Parfois les drisses le long d’un grand mat, et qui me semblent bien placées pour avoir un avis, répondent « Bling Bling ! » …

 

 

Sur le cata Ciao, qui semble tout petit dans son allée, le plaisir est ailleurs ; comme par exemple tourner et retourner dans tous les sens pour trouver des combines pour éviter de trop dépenser… Faire tout ce que l’on peut faire soi-même… Par exemple des mélanges délicats de peintures pour n’acheter que deux petits pots au lieu des 4 qu’il faudrait pour gérer les différentes teintes ; démonter l’échelle de bains pour la restaurer, considérer l’aspect miteux des bouées de sauvetage, pour peut-être les repeindre, ou changer la housse, etc…

 

Nous avons eu aussi le plaisir d’échanger sur nos projets, avec des voisins de parking, qui ont entrepris en couple la restauration d’un trimaran de croisière. Le capitaine soude et façonne lui-même les pièces inox dont il a besoin ; il s’est en outre, initié à la stratification lui permettant d’effectuer des réparations importantes sur la structure du bateau ; sa compagne et lui en font un adorable boat tout pimpant et au confort de haut niveau, avant de « s’envoler » vers on ne sait quel genre « d’Ouest » au mois de juin… Peut-être nous recroiserons-nous sur les flots… (Clin d’œil à Fred et à JB…)

 

Sur le chantier, le rythme de vie sur Ciao est calé sur le soleil ; ce sont ses premiers rayons, qui en inondant la couchette, font savoir qu’il est aux environs de 8 heures. A cette saison, chaque jour l’astre grignote quelques minutes, et en fin de séjour, notre lever était de plus en plus proche de 07 h 30… 

Oui, pour les incrédules… je confirme : lever à 07 h 30 du matin, et sans se forcer… Etonnant non ?

Non ! Simplement attirés par l’activité du bord, l’envie d’avancer, l’envie de concrétiser, le plaisir de voir le bateau se préparer, et nous-mêmes de ressentir que petit à petit notre environnement s’imprègne de notre signature.

Inutile de préciser que le soir, peu de temps après le coucher du soleil, sous le ressenti une journée bien active au grand air, les yeux se font lourds.

Le repas du soir, nous trouve bien calés dans le carré réchauffé par un petit chauffage électrique d’appoint, et sert de conclusion ; entre 21 h 30 et 22 heures, l’équipage vaillant de Ciao est malgré lui, abandonné à une saine et profonde récupération…

 

Malgré ce rythme tonique, les 8 jours prévus sur place se sont vus allongés à 12 jours pour boucler l’essentiel.

 

Alors que nous nous préparions à quitter les lieux, un bonus « temps » inattendu a retenti ; un peu comme dans un jeu vidéo « Glong ! - 8 jours de plus - voiture en panne ».

Oups… Alternateur HS ; faire enlever la voiture par une dépanneuse, commander la pièce, faire réparer, récupérer la voiture à 30 km de là …

Profitant de cette rallonge impromptue, bloqués sur place avec pour tout moyen de locomotion les vélos pliables, nous avons eu du temps pour accéder aux détails de finition sur Ciao, aux petites retouches esthétiques, qui finalement agrémenteront le séjour à bord.

Il serait fastidieux d’énumérer ici toutes les réparations et aménagements effectués ; nous les avons listés pour mémoire, et nous avons été surpris de compter plus de 50 lignes diverses et variées, dont certaines ont demandé qu’on y consacre seulement 2 heures de travail, mais d’autres parfois 3 jours…

 

 Un petit aperçu en vidéo :

  

 

Il nous reste avant le départ à traiter la partie immergée de la coque (décapage, ponçage, peinture anti-fouling), à vérifier les éléments du gréement dormant (mat, haubans, étai, enrouleur), et à gréer les voiles.

 

Ce sera la part d’Avril…

Avec aussi les derniers petits réglages, les dernières questions, avant de se retrouver sur l’eau avec 3000 kilomètres devant les étraves d’un bateau dont nous ignorons pratiquement tout de son comportement marin.

 

Autant dire que les premières heures seront attentives et intenses, sachant que d’une manière générale, les inconnues sont en même temps les épices de ce type d’expérience…

 

A bientôt…

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commentaires

MIMI 03/05/2012 14:06


BON  BEN MOI  JATTENDS LA SUITE  !


OH EH   YA QUELQU UN ????


DES  BISOUS         MIMI..........................

Michel Lefebvre 11/05/2012 20:25



Merci Mimi ... ben voila la suite !!!


Et en cours de navigation, il y aura des nouvelles aux escales...



alain 28/03/2012 11:01


Bravo pour toutes ces préparation!!


Bonne chance et bon courrage.


Alain.

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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