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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 18:51

A défaut de giter, je cogite…

 

C’est vrai que çà fait un certain temps qu’il n’y a pas eu d’article dans le blog de Ciao…

Pourtant des choses à écrire, j’en ai plein ; trop, peut-être…

 

Elles sont parfois contradictoires, décalées par rapport au vécu… Alors ça se bouscule à la sortie…Ca boucle et ça reboucle…

 

Tiens, là, aujourd’hui, j’aimerais écrire que la traversée vers Madère s’est bien passée, suivie de celle vers les Canaries qui s’est déroulée sans encombre, qu’il fait beau et chaud, que l’humeur est légère, et que nous avons rejoint Papyrus, Marjalou, Renaissance (bateaux et équipages avec lesquels nous correspondons).

Que nous nous préparons à traverser vers les Antilles cet hiver, lorsque les alizés seront là, et lorsque les cyclones ne seront plus là…

Que nous mettons au point notre itinéraire sous les tropiques…

Qu’il y a l’appréhension et l’excitation en même temps…

Qu’il reste quelques petites bricoles à régler sur le bateau avant de poursuivre…

 

L’imaginaire va vite et loin…

Mais visiblement, il y a un temps pour tout, et mon horloge mentale a parfois un décalage horaire important avec la réalité…

 

Certaines horloges retardent… Je pense à certaines personnes qui sont orientées vers le passé, les souvenirs, la belle époque…

La mienne par contre, avance et pas qu’un peu…

Ce n’est pas nouveau ; même en me replaçant régulièrement en conscience dans le temps présent, elle s’échappe systématiquement. C’est sa petite fantaisie, sa liberté, alors parfois je la laisse faire.

 

Nous avons encore du chemin à courir avant de nous placer avec Ciao au départ de la route des Alizés, (j’ajoute pour ceux qui froncent les sourcils : si toutefois c’était au programme un  jour), des décisions à prendre, de l’expérience à acquérir, des choses à régler à terre…

 

Aujourd’hui les faits sont ce qu’ils sont :

les étraves de Ciao louchent sur la bouée rouge-vif qui porte son nom, solidement amarrée dans la grande baie de Txingudi à Hendaye ; Il tourne un peu en rond, selon le vent et les courants ; il ressemble à un bon cheval de randonnée qui broute au pré, en attendant qu’on le selle à nouveau...

 

Septembre, Octobre, l’hiver approche, les possibilités de naviguer agréablement à la voile au fond du golfe de Gascogne s’éloignent. Ciao va hiverner, bon joueur, et nous laisser lui préparer un programme pour l’été prochain.

 

De mon côté, pour tenter de remettre ma pendule à l’heure, j’en suis à examiner l’empreinte de notre croisière toute récente et bien concrète celle-là.…

 

Des jours, des nuits, des navigations, des escales, du bleu, du rouge, des joies, du plaisir, du bonheur, des rencontres, de la solitude, des petites galères, du bien-être, des grosses fatigues, des « on ne sait jamais…», des envies de toujours…

 

 Si un bon vin révèle ses arômes quelque temps après l’avoir dégusté, offrant d’autres saveurs plus subtiles à qui sait les apprécier, on peut supposer qu’il en est de même après une expérience, un vécu, un voyage…

 

Alors je me demande si Monsieur Voyage ferait apparaître après-coup la « colombe magique », la révélation, le sens de tout çà ?

Humm… J’aimerais bien voir pointer quelques traces de son duvet blanc…

 

Enfin comprendre pourquoi je fais partie des quelques « pour cents » de gens qui rêvent de « globe-flotter »…

Mais jusque-là tout reste encore bien nébuleux… Pas de colombe, pas de réponse claire…Le magicien n’en serait donc pas vraiment un…

 

 Retour à la case départ, et sans naviguer 20 milles…

 

Car, c’est précisément « la case départ » que j’aimerais éclaircir… Comme par exemple :

 

-          Qu’est ce qui me pousse depuis l’adolescence à arpenter les pontons de tous les ports de plaisance qui me tombent sous la semelle, pour regarder, détailler les bateaux et me projeter à bord ?

Me tenir mentalement à la barre, puis sur l’avant, m’imaginer à l’abri dans le cockpit, jusqu’à ne plus être là, jusqu’à être loin, très loin en pensées…En mer, mais aussi sur des terres inconnues, vers des populations différentes, des autres cultures…

Jusqu’à passer des heures et des jours le nez dans des bouquins, des revues nautiques ou des sites internet de voyageurs…

 

-          Mais qu’est ce qui peut bien m’attirer vers l’océan, vers l’Ouest, vers les îles ?

 

-          Et du même coup, qu’est ce qui me conduit à aller m’installer un peu à l’étroit, sur une embarcation, prêt à lutter contre les éléments, le mal de mer, les pannes en tous genres, et les aléas d’un long voyage, sans même savoir précisément ce que j’y vais chercher, et jusqu’où j’en suis capable ?

 

Tic tac… tic tac…

 

Si j’en juge par le nombre de « nomades aquatiques, le nombre de ceux qui se préparent à l’être, et ceux qui le voudraient mais y renoncent, je ne suis apparemment pas le seul dans ce cas de figure…

 

Trois pas en arrière, prendre un peu de recul… Ah oui ! Le bon vin, les arômes…

 

Je regarde notre « bout de voyage », je revois les images, encore et encore…Elles sont dans ma tête, sur les films, les photos, j’entends les musiques qu’elles portent, les sensations qu’elles transportent…

Il y en a beaucoup, elles sont très différentes les unes des autres.

Certaines évoquent le bonheur et appellent des certitudes ; d’autres sont dans la gamme des inconforts, de l’indésirable, et font équipe avec les doutes…

 

Cacophonie à l’intérieur…

 

Pourtant il y a un aspect, simple, qui prédomine, et qui me parait évident, facile à décrypter : le contexte marin est un  environnement dans lequel je me plais.

Je m’y complais même, je m’en fabriquerais volontiers un cocon de douceur de vivre même s’il est parfois hostile ; je m’en imprégnerais jusqu’à l’habiter pour pleinement exister…

Et sans que je ne sache vraiment comment, il m’est familier, Il me nourrit.

 

Une nourriture de réalité, de force, de grandeur, d’humilité et de beauté, comme si, dans nos mondes de façade et d’apparats, ces basiques ne pouvaient être que trop rarement réunis.

 

A moins que ce ne soit simplement, l’appel de « La Nature » ?

Peut-être…

Il paraît qu’elle reconnecte l’homme à ses émotions.

 

 Revenons au voyage ;

Il y a eu le retour, la rentrée au bercail, et son flot de ressentis…

Lourds, pas agréables et difficilement explicables…

 

Dans la tête, il y a des pensées bien construites qui acceptent, qui se raisonnent, qui essayent de convaincre l’Etre tout entier que c’est « comme çà ».

A grands renforts de «  on n’a pas à se plaindre »… « Peu de gens peuvent prendre 3 mois de vacances en bateau »… « C’est déja une belle expérience »… etc…

 

Mon mental raisonne… Mais au fond rien de résonne…

 

Sur la fin du voyage, à mesure que Ciao remonte vers le Nord, mon physique parle ; il va mal, il est fatigué, il est tendu, il maigrit.

A l’arrivée il paraît que j’ai une tête maladive. Après avoir quitté le bateau c’est encore moins bien.  

 

J’hésite à conclure entre coïncidence, et concordance…Lier le malaise au retour, serait un cliché facile…

Consultation médicale, traitement antispasmodique… Totalement inefficace…La tension reste là, insondable…

Qu’est ce qui se passe ?

J’héberge un virus ? Un parasite ?

Je suis inquiet de me voir comme çà…Sans énergie… J’ai la sensation d’avoir pris 10 ans d’un coup, en même temps que j’ai perdu 5 kilos…

 

Et puis je revois les images, encore et encore…Les films, les photos…Je les organise pour en réaliser un montage vidéo, c’est long, c’est difficile de faire des choix ; que conserver ? Que faut-il écarter ? Chacune des images porte des sensations, des émotions ; il y a toute la gamme…

Il faudrait presque tout garder, être fidèle à ce que nous avons vécu. Il y aurait trop de longueurs…

Alors sauvegarder l’ambiance, l’idée, l’esprit ? L’impression qui reste en final ?

Je laisse mûrir…

 

Courant Septembre, nous passons à nouveau 10 jours à Bord de Ciao ; c’est un vaccin de rappel en quelque sorte…Au mouillage, je passe beaucoup de temps sur le trampoline, en introspection, en recentrage,  en siestes aussi…

 

Imperceptiblement après quelques jours, il semble que le malaise se dissipe un peu et laisse la place à un regard sur l’aménagement du bateau ; ce qu’il faudrait ajouter, changer, améliorer…

J’envisage les modifications sous un angle concret, technique … Je les partage avec Syl.

 

Sans m’en rendre compte, j’initie une nouvelle dynamique...

Sans m’en rendre compte, je nourris quelque chose d’autre…

Un goutte à goutte qui semble assez vital circule à nouveau.

Je me sens un peu mieux… Coïncidence encore ?

 

Les idées pour le film vidéo reviennent (c’est en cours).

 

Les écrits pour le blog prennent forme (la preuve).

 

Maintenant deux mois plus tard, j’ai retrouvé mon poids et la forme presque normale ; ouf...

J’ignore encore ce qui m’est tombé dessus, et d’ailleurs si c’est totalement écarté,  je me sens mieux à présent, sauf que la qualité de mon sommeil est restée quelque part en vacances…

 

Quand je ne suis pas immergé dans les images du voyage, je m’initie au dessin, à la peinture ; je découvre que c’est une activité qui serait bien en harmonie avec le concept de voyage en mer…

 

Voyager pour voyager n’a pas de sens pour moi. Voyager pour découvrir, interpréter, retranscrire, transmettre, partager, oui.

 

En même temps mes pensées s’embrouillent… J’avais prévenu en début d’article… je cogite ferme !

Photographier, filmer, peindre, dessiner…

C’est comme…

Faire ma propre représentation du monde qui m’entoure…

Ne saisir que le beau pour ne plus voir le reste ?

Ce serait donc une fuite alors…

Ou une quête, selon que l’on regarde vers l’arrière ou vers l’avant… Pfff ;

 

Allez, j’arrête de penser…

Selon un pote j’aurais le mal de terre…

S’il a raison, l’avenir se révèle compliqué… En mer j’ai le mal de mer, et à terre…

 

 A la réflexion (la dernière pour aujourd’hui),

Ce petit voyage de 3 mois, ce vécu du retour, ces milliers de perceptions et de sensations sont autant d’indices qui attisent malgré moi une flamme à l’intérieur : mon envie de chercher encore et encore, partout et tout le temps s’il le faut, sur cette petite planète agitée, chacune des pièces du puzzle…

 

Puzzle, Graal, Sens de vie… appelons-le comme on veut …

 

De toute façon il m’est inconcevable de rester bien assis au chaud, dans un fauteuil devant la télé…

 

J’ai de plus en plus de mal à regarder en face l’actualité ; elle m’empoisonne avec ses vapeurs de crise, de conflits, de délinquance, de souffrances, avec ses nouvelles recettes de démesure technologique, ses relents d’ineptie mercantile, de destruction d’environnement, et ses remèdes miracles pour sauver un système constitué de leurres en tous genres…

 

Alors ? Laisser batifoler ma pendule au futur, dans un autre départ en guise d’antidote ou de sérum de vie ?

Pourquoi pas…

 

Et même si le quotidien du voyage comporte aussi ses longueurs, ses tracasseries, ses galères et son lot d’indésirables…

 

Et même s’il ne reste au final, sur le tamis, que quelques minutes de bonheur authentique…

 

Alors, juste pour celles-là…

 

La récolte ultime non ?

Un trésor de paix il me semble…

 

Je compte déjà mes premières pépites ;

Et il me semble que j’ai repéré le gisement ;

 

Alors je me prépare, et je repars…

 

Ça te parle Syl ?

 

Apparemment ça lui chante …et depuis longtemps…

 

 

 

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon... J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...

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