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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 18:54

Porto Santo (archipel de Madère)

En dehors de quelques courses que nous avons faites au village de Porto Santo et des premiers repérages engagés, cette petite île de 11 km sur 6, ne nous a pas encore révélé son âme ; par contre son caractère très aride transparaît immédiatement, et aussi le fait qu’elle se montre relativement bien organisée avec commerces et services en nombre, offrant des produits de qualité à des coûts très corrects et souvent inférieurs à ceux que nous connaissons.


 porto-santo-2.JPG

Hum… Pleut pas souvent par ici…


porto Santo 4

 Centre village


Le port accueille un ferry par jour en provenance de Madère, l’île principale,  distante d’une cinquantaine de kilomètres. La fréquentation touristique n’est pas envahissante.

Les bateaux de passage sont peu nombreux : nous sommes au mouillage parmi trois ou quatre autres voiliers, une dizaine d’autres sont entrés dans la petite marina, qui visiblement aimerait bien, avec ses jetées qui s’avancent comme des petits bras, et la sympathie de ses gérants, glaner d’autres voyageurs et étoffer ses pontons….

C’est la première escale qui dépayse vraiment ; il fait beau et chaud, les nuits sont à 25 degrés, la température et la transparence de l’océan appellent immédiatement à la baignade, quelque part sur la grande plage qui ourle pratiquement toute la longueur de l’île sur la côte sud, ou directement depuis le bateau ; ce qui n’est pas mal non plus.

 porto santo 3

Agur, en bordure d’image tout à fait à gauche

 

Nous avons prévu de consacrer quelques journées à la découverte des sentiers de randonnée, et d’une dizaine de points entourés au fluo par la réceptionniste de l’office de tourisme sur le dépliant qu’elle distribue dans un phrasé français bien rodé à l’exercice.

Porto Santo devrait donc nous retenir une partie du mois de septembre, et il y a fort à parier que je compléterai ces lignes…

 

 

 

 

Uniquement pour ceux qui auraient le réflexe de demander :

« Et cette traversée alors ? C’était comment ? »

 

Ben voilà, notre premier pas dans la cour « des grands » est fait… Elle est derrière nous, cette traversée du Portugal vers l’archipel de Madère !

Ou encore, comme on dit communément : « ça, c’est fait » !

J’ai lu sur internet de nombreux récits de différentes navigations, petites ou grandes, et je n’ai pu me convaincre que d’une chose : en mer chaque expérience est unique et non reproductible ; celle-ci, bien-sûr, s’inscrit sur la liste…

Nous pouvons dire que nous avons fait bonne route.

Même si…

 

Nous avions choisi de partir de Portimao dans un créneau de prévisions météo bien installées que nous guettions et qui se confirmaient de jour en jour avec un vent de Nord dominant, annoncé assez soutenu pour les premières 24 heures (Jusqu’à 21 à 22 nœuds) puis autour de 15 à 17 Nœuds ensuite, et faiblissant vers 10 à 12 Nœuds du secteur Nord/Nord-Est en fin de parcours.

Nous avons pu constater que la prévision était exacte et conforme à ce que nous avons rencontré. Ce serait mauvaise langue de rajouter « pour une fois », car les fichiers météo « gribs » que nous téléchargeons sur Ugrib ou Zygrib sont souvent assez pertinents.

D’ailleurs je dirais volontiers que : « avec le nombre de - bon vent ! - qu’il nous avait été souhaité avant le départ, il ne pouvait en être autrement. » (Merci)

Dès le départ, dimanche 24 Août, Agur s’est donc régalé de longs surfs, immédiatement après que nous ayons doublé le cap Saint Vincent (encore lui), par le sud à environ 5 milles.

L’océan, bien formé, nous a d’abord concoctés une première journée plutôt active, car il était préférable de barrer manuellement plutôt que de laisser faire le pilote automatique qui avait tendance à autoriser quelques embardées indésirables au catamaran. (Certainement faudra-t-il corriger encore un peu le paramétrage de ce pilote tel que nous l’avions déjà fait avant le départ de Hendaye ?)

Peu importe, ce n’était que plaisir de barrer à des pointes de vitesse grisantes et assourdissantes de plus de 10 Nœuds (jusqu’à 13 N dans les mains de Syl) sous grand voile à 1 ris et Génois entier ; pourtant, petit à petit, quelque chose nous laissait prévoir que la première nuit risquerait de nous sembler longue à ce rythme-là et à la barre…

Nous avons bien essayé à plusieurs reprises de réenclencher le pilote, et de temps à autre une vague plus grosse que les autres nous amenait au travers du vent (et des vagues suivantes) au prix de gerbes d’écumes un peu envahissantes ; d’ailleurs ce fut l’occasion d’une douche salée pour Syl  qui veillait sur les instruments. Tout a été trempé. Nous nous sentions bien à l’abri dans le cockpit, mais tout était relatif.

Bien décidé à limiter ces figures de style un peu douteuses, j’ai repris manuellement la barre toute la soirée dans un temps toujours aussi gaillard.

Néanmoins, quelques heures plus tard, à la nuit tombée, en l’absence de tout clair de lune, sans aucune visibilité sur la surface de l’océan et la fatigue se faisant sentir, il a fallu que je me rende à l’évidence : le pilote automatique redevenait meilleur que moi, et d’ailleurs je commençais à ressentir sérieusement les prémices du mal de mer m’assaillir.

Ah ! Ce mal de mer et sa règle des 3 F : Faim - Froid - Fatigue ; on sait qu’il suffit de l’un des trois facteurs pour le déclencher, et j’avais « la fatigue au clignotant rouge » depuis un moment déjà, mais je me sentais bien alors…

Alors… Trop tard !

Pilote louvoyant et capitaine incommodé, Agur a poursuivi, plutôt bien que mal, à pleine vitesse dans la nuit, d’abord sous un long quart assuré par Syl pas trop confiante, puis sous une légitime alternance malgré l’estomac toujours renversé de ce qui restait du capitaine.

En effet, comme pressenti, la nuit a été longue ; au petit matin le vent a faibli un peu, et le pilote a su rendre correctement son office sans qu’il soit nécessaire d’intervenir régulièrement pour corriger son cap.

Pas une goutte d’eau, pas un biscuit sec ; je n’ai absolument rien pu ingurgiter pendant 36 heures, sans faire un retour immédiat. C’est le prix de la leçon je suppose, pour avoir osé provoquer un seul F sur les 3…

Alors oui la route a été bonne, mais j’ai compté ces trente six heures, comme on compterait trente six chandelles après s’être cogné le crâne, et cette période a sincèrement été vécue intérieurement un  peu en décalage avec le plaisir total…

Syl a bien géré quant à elle, s’essayant à la lecture dans le carré le premier jour, elle a vite compris qu’il valait mieux ne pas insister : une bonne sieste et un cachet de Stugeron ont suffi à régler le souci naissant. Et dès le lendemain, elle s’est évadée dans de longues heures de lecture, (dans le cockpit cette fois) et ainsi jusqu’à l’arrivée !

Quelle chance !

Les Femmes apprendraient-elles plus vite à gérer les choses qui concepts par F ? (Fiesta, Féérie, Fleur, Faire la sieste, Falbala & Fanfreluche, Fard à paupières, Farfalle, Farine, Faisselle…)   à creuser, mais pas trop quand-même…

 

Bref, à la trente-septième heure, la fin de mon châtiment je suppose, les choses étaient rentrées dans l’ordre toutes seules, et la vie à bord a ressemblé à une valse à deux temps entre Syl et moi entre couchette et surveillance de l’avancement, justement pour que la route soit bonne…

 

Surveillance indispensable, car même si on se sent au milieu de nulle part, avec personne autour, pendant des heures durant... Sournoisement vers 4 heures du matin, alors que l’oreiller appellerait volontiers à sauter son tour de surveillance de l’horizon,  on n’est pas à l’abri de quelques blafards rais lumineux arrivés sur l’arrière, et d’un petit point qui apparaitrait sur l’écran du radar …

L’alarme se déclencherait alors et dans l’engourdissement du sommeil, qui on le sait déforme les jugements, on se laisserait bien encore convaincre de l’annuler en se disant « c’est encore une de ces grosses vagues qui fait un écho parasite »...

 

Cette fois c’était un cargo, un vrai, bien solide, certainement énorme, mais dont on ne voyait que trois petits points lumineux, un rouge et deux blancs. En décryptant la position relative de ces feux, et sans idée sur la taille réelle de l’engin, il semblait faire une route parallèle à la nôtre…

Finalement à bien y regarder, un quart d’heure plus tard il se trouvait toujours sur le même angle, et devenait de plus en plus gros ; en silence il s’approchait. Apparemment nos trajectoires convergentes présentaient un potentiel point de collision dans un futur assez proche.

Quelques courtes minutes se sont encore écoulées, et d’après le radar il était à deux milles de nous, toujours à l’arrière droit et toujours en trajectoire menaçante. Une action s’imposait.

Que faire ? En trajectoire, une seule option : écarter sur la gauche de 45 °, voire davantage ; oui, mais il faudrait changer de réglage des voiles et les changer de bord car elles étaient réglées pour le vent arrière et étaient déjà à la limite du possible.

Il faut bien le reconnaître, c’est toujours rageant, d’engager une manœuvre quand on est fatigué, alors que l’on sait que ce cargo, venant de l’arrière, est sensé gérer sa trajectoire sans menacer d’autre embarcations… C’est la règle, mais bon, la raison du plus fort…

Peut-être l’homme de quart ne nous avait-il pas vus ? Y en avait-il un d’ailleurs ?

Avant d’entreprendre le changement d’amures, j’ai tenté un joker : éclairer les voiles avec le puissant projecteur de pont…

Bingo !

Le résultat ne s’est pas fait attendre ; à peine une minute plus tard, je voyais les feux du cargo s’orienter différemment ; le rouge est disparu, les feux de proue et de poupe se sont superposés, le  feu vert est devenu visible. Ouf il a viré, et il nous est passé sur l’arrière à un demi-mille (900 mètres). Je reconnais que compte-tenu de la vitesse et des cotes XXXXL de l’embarcation, çà semble très proche.

Leçon n° 2 : à l’avenir, il serait bien d’avoir le joker dans sa manche, et de découvrir son jeu un peu plus tôt. Après tout, çà ne mange pas de pain…

Il y a tant d’espace en pleine mer, que l’on pourrait  cultiver l’idée qu’il soit statistiquement bien improbable de risquer de percuter un autre bâtiment au large, et pourtant nous avions là un numéro gagnant au premier rang dès notre première navigation loin du trafic côtier.

 

Oui, oui, la route a été bonne…  Même si, à environ à mi-parcours, en plein après-midi,  Syl a été interpellée par un curieux obstacle, sortant de l’horizon par deux formes verticales inhabituelles, aux coordonnées suivantes : 36° 37’00 N – 011° 21’00 W. Pourtant rien sur la carte. Un navire ?

Au changement de quart elle attirait mon attention, et je ne pouvais que confirmer son doute ; aux jumelles, le navire en question n’était qu’un récif abrupt sortant des fonds environnants de 2500 mètres par deux colonnes de roches et s’élevant à quelques dizaines de mètres au dessus des flots. Invraisemblable, cet obstacle n’est pas porté sur notre carte électronique, Navionics référence Gold 46 XG.

A moins qu’il ne soit le résultat d’une éruption volcanique dans la nuit précédente ? J’en doute.

De nuit, ce récif sorti tout droit des abîmes, est vraisemblablement éclairé, il m’a semblé apercevoir un promontoire qui devait porter un feu ; pas de réel danger donc, mais quand même la pilule est grosse quand on sait qu’une carte qui couvre les côtes européennes jusqu’aux Canaries, coûte 200 Euros, et qu’un détail de cette importance a été négligé pour de sombres raisons de découpages de zones (aucun détail indiqué à cet endroit ni d’ailleurs sur une zone très étendue séparant, on ne comprend pas pourquoi, des secteurs parfaitement renseignés).

Lamentable et irresponsable commerce !

Je sais bien, et ce n’est pas la leçon n° 3 ; il faut à bord, des cartes papiers en plus ; double équipement donc…

Pour faire face à une défaillance du matériel, je suis d’accord, mais pour pallier à des « trous » banalement laissés sans aucune information sur un document récent et à jour, qui concerne un itinéraire aussi fréquenté, je tousse un peu !  

Mais, au fait, comment faisait Christophe Colomb ? Autre époque !

 

Je trouve aujourd’hui assez facile et léger, pour les diffuseurs de cartes électroniques, de dégager leur responsabilité par un avertissement à l’écran qu’il est nécessaire de valider à chaque démarrage de l’appareil.

Cet avertissement devrait plutôt être écrit en ces termes : «  je vends le système, j’encaisse grassement, je sais qu’il est incomplet par endroits, mais je ne suis responsable de rien… »

Je sens que je vais « balancer » sur les forums internet…

-          Fin provisoire de colère -

 

 

21 degrés la première nuit, 23 la suivante, et 25 degrés la troisième ! Ah !  Voilà une bonne sensation qui n’est pas passée inaperçue lors de cette traversée. La température s’est graduellement adoucie à l’approche de l’archipel de Madère. Nous avons pu enfin quitter les bonnets, et anoraks indispensables, la nuit, depuis notre départ de Hendaye.

 

Dans la nuit de Mardi à Mercredi, l’éclat du phare de Porto Santo s’est manifesté à une distance de 25 milles environ (45 km). Terre ! Terre ! C’était une toute petite traversée de 3 jours, mais j’ai vraiment aimé ce moment, (l’effet mémoire des 36 h dans le cirage, certainement, et la promesse d’un repos proche)

Mercredi à partir de 1 h 00 le matin, un rapide calcul nous a invités à ralentir volontairement le bateau, afin de nous garantir une arrivée de jour. Grand voile seule avec un ris, génois roulé, le petit vent de force trois nous emmenait alors à un peu moins de 5 nœuds ; parfait !


 porto santo

Dans le petit matin : la vision de l’île et de ses élancements de reliefs, belle, jeune, fière, prometteuse… Voilà un autre plaisir que cette traversée nous a livré, à mettre au même rang que cette myriade d’étoiles toutes parfaitement visibles sur la voute céleste cristalline des deux premières nuits.

La troisième nuit plus sombre à cause de la couverture nuageuse a compensé la tristesse du ciel en saupoudrant la surface de l’océan de pépites luminescentes de plancton. Il y a décidément toujours quelque chose de beau en mer…

Nous n’avons pas vu de dauphin cette fois, ils se réservent certainement pour une autre occasion …

 

 

Mercredi 27 Août 09 heures, l’ancre se glissait sous le sable fin du mouillage de Porto Santo.

Oui assurément nous avons fait une bonne route.

453 milles parcourus en 72 heures, 6,3 N de moyenne ; nous sommes contents d’être là.

 

 

Si ma mémoire est correcte, c’est Jean-François DENIAUX qui écrivait quelque chose comme :

« Nous sommes arrivées à bon port, parce que nous avons fait ce qu’il fallait,

et que la mer nous a laissés passer »…

 

J’aime bien ce mariage de responsabilité et d’humilité.

Il me semble que l’esprit de cette phrase, qui me revient en mémoire d’une lecture assez ancienne, nous accompagnera tout le long de ce voyage.

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commentaires

yves sur la Curieuse 28/08/2015 19:20

nous nous préparons pour appareillage demain samedi, de Sines à Porto Santo.
impatients d'être en mer !

Guigui 07/09/2014 08:51


Super récit, mich, comme d'hab on s'y croirait. Au Passage Bon anniv sur ton île. Biz de nous 4

Michel 08/09/2014 12:31



Merci Gui et "vous 4"... C'est il me semble, l'anniversaire le plus chaud que j'ai vécu jusqu'à présent ; ici pas encore de prémisces d'automne et çà me va bien... A bientôt (Schépaou !) et
bizzz



David 05/09/2014 17:57


Bon anniversaire à toi mon Michel, homologue du 5 septembre !


Je penserai à toi à l'heure de l'apéro !

DIDIER 03/09/2014 09:01


Merci Michel pour ce petit chemin parcouru avec toi ... j'ai un peu vécu une traversée avant d'en vivre une moi même : - )  c'est beau même si cela fait un peu peur d'experimenter la règle
des trois F  : - ))


 

Michel 05/09/2014 14:32



Y a pas de quoi... Il ne faut pas avoir peur du mal de mer, il est préférable de se connaitre face à cette sensibilité qui touche plus de marins qu'on ne le pense... A chacun ses petits trucs, à
chacun le remède qui lui va le mieux... Les expériences (c'est vrai, pas agréables) apportent petit à petit des réponses, et "la chose" prend de moins en moins de place dans les préoccupations.



David 02/09/2014 22:16


Votre traversée est passionnante les amis. Vivement les prochains épisodes.  La bise

Michel 05/09/2014 14:28



Merci David ! Et une superbe journée d'anniversaire pour toi ! 



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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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