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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 13:42

Après avoir attendu près d’une semaine que les intempéries cessent et ne transforment la baie de Txingudi en fleuve d’Amazonie…

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…le Lundi 14 Juillet 09 h 40, nous quittons le mouillage de Hendaye.

Voilà quelques dizaines d’années que ce rêve démesuré s’est immiscé en moi, cinq ans que l’on en parle davantage, et plus de deux ans que l’on s’y prépare activement… Il y a des poignées de minutes dans une vie qui semblent compter plus que d’autres…

Amarres larguées, regards conscients sur cette bouée qui s’éloigne, et de l’autre côté la porte qui s’ouvre sur une grande aventure ; nous nous sentons prêts dans la tête, dans le cœur, le corps, et aussi dans le matériel qui nous entoure.

Nous percevons que la famille, les amis proches, tout ce petit monde a compris ce que nous entreprenons et au travers des petits mots que nous recevons nous situons chacun dans sa manière de partager notre voyage qui démarre ; il était capital que la sphère affective soit dépourvue de tension pour que nous puissions partir libres…

C’est maintenant !

Un petit mot sur le blog expédié depuis le réseau téléphonique 3G avec les quelques « Mo » qu’il nous reste sur le forfait internet français :

 

 « Tout le monde sur le pont…»

 

A ce propos, adorable intention, je reçois sur mon téléphone, au moment du départ, une photo de Mathilde, ma petite fille debout sur ses petites jambes qui marchent depuis à peine trois mois, habillée en marinière… Elle est aussi sur le pont en symbole !

Mille mercis à sa maman, Delphine, qui n’hésite jamais à envoyer régulièrement des images de « la pépette »… Celle-ci est particulièrement à propos !

 

Ca y est ! On décolle !

 

Je ne vais pas raconter ici, en détail,  toutes les navigations, mais celle-ci c’est la première du voyage, alors je m’épanche, pardon si c’est long ou trop précis, c’est la première je vous dis !…

 

Evidemment l’instant se voulait fort. Syl garde ses lunettes de soleil vissées sur le nez, derrière elles une petite ondée qui se voulait discrète se révèle sur ses joues… Ah ! Les émotions féminines… Elle vient d’adresser un texto à Hélène, sa « petite dernière »…

De mon côté cela fait deux jours que je m’excitais en sentant le départ proche, comme un gosse juste avant Noël, et Syl qui me regardait d’un œil amusé, heureuse de me voir exprimer à ma manière un bonheur simple et complet. Pour elle, la grosse transition s’est faite en quittant l’appartement et en venant s’installer à bord. Elle avait l’impression d’avoir vécu à ce moment-là, l’épisode le plus marquant, mais force est de constater que le moment du départ a aussi sa part de charge émotionnelle…

Pendant la manœuvre de sortie du mouillage, je ne suis pas trop chamboulé, à peine un peu nerveux. Pourquoi je ne ressens pas les mêmes choses aujourd’hui ? Euh, disons… Parce que je suis un garçon ! Pas très à l’aise avec les ressentis ; pas très clair ce monde-là…

Bref ! J’ai certainement d’autres préoccupations qui prennent la place… Cependant tout est au point, les navigations sont prêtes, les cartes sont sur la table, le frigo est capable de tenir un siège. Ca roule.

Nous disposons d’un assez court créneau de 48 à 72 heures durant lesquelles le vent sera plus ou moins « au portant » (venant de l’arrière du bateau), et le but est d’avancer au maximum sur la côte Nord espagnole pour nous sortir du Golfe de Gascogne. Au moment du départ, en fonction des estimations que nous faisons, nous ne savons pas si nous atteindrons La Corogne, ou si nous pourrons aller plus loin et virer le Cap Finisterre afin de faire escale à Muros, ce qui serait l’idéal ; le cap serait alors derrière nous et le capricieux Golfe de Gascogne aussi… Dans tous les cas nous ne voulons pas caboter quinze jours sur cette côte, certes jolie, mais que nous connaissons déjà, et qui n’est pas réputée pour ses saisons estivales exceptionnelles… Nous sommes davantage tentés par le littoral sud-portugais et nous voulons lui réserver un peu de temps.

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Sortir rapidement du golfe ; tout dépendra de toute façon de notre vitesse d’évolution, il faudrait atteindre le cap avant les premières heures du Jeudi 17, moment où le vent doit encore changer de direction pour revenir au secteur Ouest et de manière soutenue durant plusieurs jours. Drôle d’été !

 

Trois jours et deux nuits (peut-être trois) de navigations non stop… voilà ce qui se prépare. Dans notre petite expérience, nous n’avons jamais passé plus d’une nuit en mer… Nous savons qu’il faudra gérer la fatigue différemment, les repas, les quarts de veille à la barre, et espérer que les centres de l’équilibre ne soient pas trop perturbés en ce début de programme qui s’annonce donc assez intense.

Nous considérons que ce sera un bon test, c’est de fait un petit défi à notre mesure, que nous nous lançons dès le départ. Nous avons besoin de valider notre capacité à enchaîner plusieurs jours en mer ; nous en aurons besoin pour rejoindre Madère, et la suite du programme…

 

Au départ de Hendaye, le vent est à peine perceptible ; pas de quoi faire avancer un duvet de mouette posé sur l’eau. C’est donc la brise « Volvo » qui nous emmène doucement à 5 nœuds, 1500 tours, ça ronronne gentiment…

Au sortir des jetées, est-ce la vue de la plage qui s’éloigne ? La pleine mer qui se dévoile ? Ca y est voilà la petite vague qui me serre la cravate « Pu..(rée) ! Ca y est  on part ! Je percute ». Avaler, cligner un peu des yeux, souffler doucement… Allez ça va passer.

Non pas que ce soit une émotion triste, bien au contraire, mais elle est intense, complexe … Il y a des choses qui nous dépassent, assurément…

Bon me voila rassuré, je suis un humain vivant ! C’est tout de même bizarre, quand je m’y attends il ne se passe rien, et quand j’oublie, paf ! Ca me tombe dessus… Effectivement ; pas très clair ce monde-là…

C’est à ce moment que nous nous sommes remémorés notre souhait : heureusement, il n’y a personne qui nous fait signe sur la jetée…

 

Nous prenons l’option de gagner le large, et peut-être même si besoin, jusqu’à hauteur des 44° N, pour toucher au mieux le vent d’Est annoncé, et accrocher une bonne allure.

L’océan est plissé d’une houle courte d’Ouest de 1,50 mètre environ, qui nous ralentit un peu et entraîne le catamaran dans un tangage pas très agréable.

Nous prenons nos marques, accompagnés d’une chanson de Yannick Noah : « Ose, redonne à ta vie sa vraie valeur, redonne à tes rêves toutes ses couleurs… Ose…»

Syl a préparé quelques repas d’avance.

 

En fin de journée, nous recevons un sms de Marc, un pote vivant avec sa famille sur son bateau à Hendaye ; il nous indique d’avancer au maximum, car la renverse du vent est annoncée dans la nuit de mercredi à jeudi. Nous comprenons qu’il y a peu de chance que nous ayons le temps de virer le cap Finisterre avant cette échéance ; tant pis, l’essentiel est de nous expulser de ce fond de golfe aux vents tournoyants…

Merci Marc, c’est sympa ; nous prenons bonne note… Au passage nous sommes agréablement surpris de recevoir les sms à 12 milles des côtes (plus de 20km).

Le ciel clair nous livre un coucher de soleil serein, présage d’une nuit sans histoire. Petit à petit l’obscurité nous enrobe, nous laissant seuls avec quelques rares éclats lumineux côtiers sur bâbord.

Subitement au gré d’un coup d’œil sur l’arrière j’aperçois un curieux dôme très rougeâtre exactement derrière nous, sur l’horizon. Qu’est ce que c’est que ce truc ? C’est sûr, ce n’est pas la passerelle d’un cargo !

Ah mais bien sûr !  La lune qui se lève au ras de l’eau !

Superbe, impossible à photographier tellement le bateau remue ; un disque rouge énorme pratiquement complet, car nous sommes deux jours après la pleine lune, sort de l’eau. Rapidement elle inonde le plan d’eau d’une lumière généreuse qui nous accompagne toute la nuit.

Nous prenons nos quarts de barre en prenant chacun 2 heures environ. Pour cette première nuit nous dormons tour à tour sur la banquette du cockpit, car la houle encore bien formée rend la couchette arrière assez inconfortable.

Avec l’aide du radar, pilote automatique, et Gps, la navigation proprement dite est particulièrement facile, surtout au moteur.

Syl, qui finit son quart avant les premières lueurs du jour Mardi, me signale de nombreux dauphins autour du bateau ; en effet ils m’accompagneront encore au moins une heure, par petits groupes.

Au petit matin, enfin le vent se lève ; il vient de l’arrière, et nous permet d’avancer à 5 nœuds, sous Grand-voile et génois ; (nous avons fait le choix  de ne pas avoir de spi sur Agur)… La vitesse est faible mais nous nous en contentons. C’est toujours mieux que le moteur !

Journée en mer rythmée par de fréquentes et longues siestes, pour récupérer et préparer la prochaine nuit. Nous avons l’impression de ne faire que dormir ou veiller à la barre. Comme nous nous relayons, nous ne sommes finalement ensemble que quelques heures en fin de journée, et au repas de midi.

A noter d’ailleurs que les courts séjours en cuisine pour finaliser les repas et faire la vaisselle nous obligent encore à rester vigilants au mal de mer qui n’est quand même pas très loin, et à repérer fréquemment l’horizon pour calmer le jeu. L’un des avantages du catamaran est d’avoir une très bonne visibilité sur l’extérieur lorsque l’on est dans le carré ou la cuisine. Les séances de rééducation vestibulaire (séances chez un kiné traitant les troubles de l’équilibre) faites au printemps semblent également avoir été profitables, nous sommes apparemment moins sensibles aux nausées des premières navs. Tout se passe bien.

Olivia, depuis son petit village du pays basque a veillé les cartes météo pour nous. Sur les bases d’une initiation express qu’elle a reçue ces dernières semaines, elle nous signale par sms que le passage du cap Finisterre s’annonce difficile. De son côté Marc, avec son expérience marine fait de même et confirme cette information…

Nous convenons avec Olivia de refaire un dernier point le lendemain à 14 h.

Les nuits se suivent et ne se ressemblent pas… Sous un plafond nuageux particulièrement dense, la seconde nuit est aussi obscure que la première a été claire.

On n’y voit rien de rien. La côte a disparu elle aussi, et mis à part les feux de navigation de deux ou trois gros navires croisés de loin, nous sommes dans le cirage complet.

Les changements de quart s’enchaînent de deux heures en deux heures, le vent est un peu plus présent ; nous avançons à une vitesse entre 5 et 6 nœuds avec quelques pointes à 7 nœuds.

La matinée de mercredi s’agite avec un vent instable en direction et modulant entre force 3 et 4/5. Le ciel est gris, plombé.

Nous réfléchissons  sur l’option à prendre pour la suite ; je préfère arrêter avant La Corogne et éviter le passage du Finisterre de nuit et risquer un vent contraire pas très défini en puissance : Force 4 rafales à 7 annonce la météo…

En milieu de Journée de mercredi, Olivia renouvelle par sms : Passage du cap pas bon, vent Ouest puis Sud-Ouest assez fort.

C’est décidé, nous allons donc faire relâche à Cedeira.

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Mercredi 16 Juillet, 16 heures, 294 Milles parcourus (529 km), 54 heures de navigation ; c’est un bon début.

Nous nous sentons capable à présent d’enchaîner plusieurs jours et nuits. Peut-être allongerons- nous la durée des quarts à 3 ou 4 heures à l’avenir, de manière à mieux nous reposer ? C’est à tester aussi…

 

L’arrivée sur Cedeira se fait après trois heures de navigation rapides au grand largue, un ris dans la grand-voile, nous déboulons au dessus de 8 nœuds, avec une pointe à 9,6 Nœuds (vitesse Gps). Le vent est tonique entre 15 et 20 Nœuds.

C’est un plaisir de barrer Agur qui surfe bruyamment ; nous avons l’impression auditive de remorquer une cascade…

Plus on approche, et plus je me demande si l’entrée dans la ria entre les rochers ne va pas être acrobatique ; il n’y a pas de frein sur l’engin, et il nous faudrait quand-même un peu de calme pour affaler proprement les voiles.

Vœu exaucé, 100 mètres avant l’entrée ; en passant derrière la falaise, le vent tombe et passe directement sur l’avant tout doux. Syl propose d’affaler maintenant ; bonne idée mon second ! Aussitôt dit aussitôt fait.

 

J’ai une bonne sensation à l’arrivée, qui résume ces deux jours en mer. Notre expérience ensemble, et notre complicité, même si elles auront toujours à se parfaire a atteint un niveau agréable ; nous nous complétons souvent, nous partageons toutes les réflexions et décisions. C’est bon pour le capitaine de sentir son second tout près !

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Elle est mimi avec les cheveux coupés !

Ria de CEDEIRA : c’est une petite baie très bien abritée avant La Corogne où nous pouvons mouiller  sur ancre. Cet endroit est calme, charmant et dépaysant.

2014-07-9939.JPG 

Les monts couverts de grands arbres élancés que j'avais à première vue identifié comme étant des sapins, entourent la baie et accrochent les nuages donnant au lieu une allure de lac d’altitude ou de fjord nordique… Ces arbres sont en fait des eucalyptus de 30 à 35 mètres de haut, typiques de ces rias de Galice...

Il y a un ponton pour débarquer avec l’annexe, la petite ville est à peine à 1 kilomètre à pieds, nous y trouvons tous commerces, et un café avec le wifi ; des sentiers de ballade cernent la baie.

Il y a quelques autres bateaux de voyage au mouillage.

L’endroit est parfait pour quelques jours à condition de calculer un minimum les hauteurs d’eau et les marées, et de bien choisir où jeter l’ancre …

2014-07-9941.JPG Un peu juste là, non ?

 

Et le soleil est au rendez-vous !

La semaine prochaine, nous reprendrons notre route vers Sud, et en attendant si on se faisait un petit barbecue ??

 DSC00084

Merci pour tous vos messages, vos sms, et votre présence autour de nous.

Que du bonheur !

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commentaires

Francis b 28/07/2014 13:13


un petit signe à vous deux pour vous dire que je suis vos aventures marines avec attention..


pour dire la vérité je suis content que vous soyez partis pour de bon sur les flots...je trouvais la préparation un peu longue, mais qu'importe quand on a le temps ..;


vous avez l air en pleine forme tous les 2 ... 


je vous souhaite bon vent, je vous envie un peu aussi... c 'est génial ce que vous faites...


bises


Francis


PS Michel merci de me ramener Syl en un seul morceau et bien bronzée !!!!


 


 

Michel 29/07/2014 14:35



Salut Francisco,


C'est sympa de nous accompagner en pensées. On pense bien à toi aussi, et notamment pas plus tard qu'hier en manipulant les cartes marines des côtes portugaises qui portent, au crayon
papier tes traces de point ici et là...


"""Merci de me ramener Syl ????""" Que Nenni ! Je la garde entière et bien bronzée ! (Elle est d'accord !)


Bises de nous deux



Silvia 23/07/2014 10:54


Salut les marins!!grosses bises, soleil et calme depuis Hendaye plage!! profitez bien de l'aventure! à bientôt! ciao ciao!!

Sébastien 19/07/2014 16:19


Merci pour ce billet, j'avais bien reçu votre sms d'arrivée et je me demandais comment vous aviez vécu ce départ et cette première navigation.


Bravo à vous 2 et à Olivia qui assure le relais des infos carto/météo.


Profitez bien, au plaisir de lire vos prochaines aventures !


Nous 3

Francis et marilyne 19/07/2014 10:52


Bon, j'ai résolu mes problèmes d'informatique! Heureusement car je trépignais d'impatience de vous envoyer un petit mot.Je suis tellement heureuse et fière de vous que je raconte à qui veut
l'entendre votre chemin de vie!!! Même si je ne  vous laisse pas de commentaire régulièrement, ici même, sachez que vous étes avec moi dans mon coeur et que je vous accompagne dans
votre periple (je prends très peu de place...) Bon vent les amis et n'oubliez pas d'être heureux. gros gros bisous

Michel 22/07/2014 11:39



Nous te recevons "5 sur 5" Maryline ! Nous croisons aussi les doigts pour vous et vos projets...


Bizzzz



jp et monique 18/07/2014 19:33


Bravo c'est chouette et poignant cela génère à la foi de l'envie et de la prudence car se lancer un tel défit demande beaucoup de cran et de courage.


Bon vent et "merde"  

Michel 22/07/2014 11:38



Merci pour vos souhaits ! Comme vous le dites, le moteur principal de cette aventure, c'est davantage l'envie de la découverte, même si en effet, il faut quelques grammes de
courage pour s'arracher à une vie confortable et bien rangée, et aller se mettre au nomadisme marin...


Amicalement



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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon... J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...

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A mi-chemin  

entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

à travers le monde,  

et l'homme qui se regarde avec un peu de recul, déplie son rêve, l'observe, et tente d'exprimer

sa propre découverte...

 

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Nous sommes partis de Hendaye le Lundi 14 Juillet 2014

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