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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 23:21

Baptême du feu…

 

Voilà 6 mois que nous fantasmions sur la première navigation du nouveau Ciao avec des dizaines de questions…

 

Cette « nav » revêt aussi toute son importance dans beaucoup de domaines, car elle réunit en elle beaucoup de « premières fois »…

 

A vous, qui nous accompagnez par vos petits mots dans le blog, vos sms,  vos petits mails, la voici dans ses principales lignes :

 

Jeudi 17 Mai 2012

Au départ de Port Napoléon à Port Saint louis du Rhône, l’humeur est légère ; il est 05 h 30 au point du jour l’image est jolie, prometteuse d’une belle journée, ciel limpide, rosé vers l’est, vent faible et dans le bon sens pour nous… Les prévisions météo se confirment, et nous devrions avoir ce temps toute la traversée. Nous nous dirigeons vers Cadaquès (Espagne), à 100 milles (180 km)

 

Tout fonctionne correctement, le bateau avance vite, à pratiquement 7-8 nœuds ; je n’ai pas d’anémomètre et j’estime que nous avons un force 3 ; nous portons toute la toile…

 

Deux heures après le départ, le vent faiblit un peu, nous envoyons le spi… Super !

Nous avançons à 5 nœuds à présent. C’est agréable, mais nous savons qu’à cette allure nous n’arriverons pas de jour.

 

Nous nous prenons à faire des parallèles avec ce que nous connaissons du bateau précédent, et nous sommes ravis, d’évoluer à plat. Le sillage est vif, bruyant, comme le roulement des vagues en bord de plage ; il y a une certaine puissance qui se dégage de ce déplacement fluide, sur une mer belle. Un régal.

 

Nous enclenchons le pilote automatique, et comble du luxe en navigation, nous prenons un bon petit déjeuner à table, (c’est une première fois) café, pain beurre confiture, comme à la maison… et jusque-là, tout est conforme au rêve !

 

Vers 11 heures le vent changeant de direction, nous devons affaler le spi.

Tiens ! Voilà la première blague de la journée : le spi se coince dans sa chaussette ; il reste totalement déplié, battant au vent qui monte un peu maintenant. Il ne faut pas trop traîner comme çà…

Je dois finalement batailler pour l’affaler en grand sur le trampoline, avant qu’il ne passe à la mer, et le rentrer petit à petit dans son fourreau. Quelque chose ne fonctionne pas dans ce montage !

Il faudra y regarder plus tard, au calme, car là avec ce petit quart d’heure tonique sur l’avant du bateau, à regarder en l’air, j’ai le cœur à l’envers. La mer est un peu agitée maintenant.

 

C’est d’ailleurs aussi la première fois que nous entreprenons une longue navigation sans être amarinés ; c’est la première sortie de la saison, et il faut croire que « la patate » qui me sert de cerveau a oublié ses acquis de l’an dernier !

Il me faudrait une petite récupération au calme...

 

Que nenni ! C’est le vent qui commande, et là il me donne l’ordre de réduire la voile ; Il arrive de travers, le bateau accélère, les vagues se forment, et ciao commence à me dire qu’il a besoin qu’on s’occupe de lui.  Bon ok, on prend 2 ris d’emblée on sera tranquilles…

 

Monter sur le pont se concentrer sur la voile, capeler correctement les bosses de ris, font que j’oublie de gérer mon équilibre pendant le même temps…

 

Et c’est comme çà qu’a commencé le « festival du seau bleu » !

Quand on a l’estomac près des lèvres, les manœuvres ont tendance à accélérer les choses…

 

Vers 13 heures Syl, se prépare des œufs durs, et une grande salade dans le carré qui gigote passablement. Globalement pas trop perturbée par les mouvements du bateau, elle se fera un repas en tête à tête avec elle-même...

Pour ma part un simple regard sur le plat me suffit…

 

Je pense que maintenant les choses vont rentrer dans l’ordre. Le bateau est stable, et file à 7 nœuds avec les voiles réduites ; nous sommes maintenant au près, à 60 ° du vent environ.

 

Une heure plus tard de gros nuages noirs se profilent devant nous, et par précaution je prends le 3° ris dans la grand voile.

Ca c’est une idée que j’ai trouvé excellente par la suite, il est 16 heures 30, nous sommes maintenant à environ la moitié de la route, au beau milieu du golfe du Lion, et la mer est bien formée à présent, le vent nous gifle à Force 5-6 maintenant, Ciao est secoué à cette allure de près qu’il devient difficile de tenir.

 

Le baromètre du bord, sonne une alerte « baisse de pression - vents forts probables »

 

Nous prenons la décision de nous dérouter vers Port Vendres, pour soulager le bateau, et avoir un angle moins pointu avec le vent. De toute façon, nous savons que nous arriverons de nuit, et qu’un mouillage entre les rochers de Cadaquès ne serait pas envisageable.

 

Petit à petit le vent monte encore, la mer aussi ; Force 6 établi, avec parfois des rafales supérieures. 3 ris, et génois ½ roulé, nous défonçons les vagues à 8-9 nœuds. C’est une machine à laver, et nous sommes la petite boule de lessive au milieu…

 

Il m’est à nouveau arrivé de me confier deux ou trois fois au seau bleu, et Syl m’a maintenant rejoint ; la grande salade a fait demi-tour…

 

Vers 19 heures, le pilote automatique (amicalement surnommé « Mimi ») nous lâche, incapable de tenir le bateau sous les impacts des vagues. Bravo Mimi ! Mais bon… On t’en veut pas…

Nous comprenons que nous allons devoir tenir la barre pour le reste de la route. Heure d’arrivée prévue par le GPS : 03 h du matin… çà fait 8 heures à tenir, çà promet d’être chaud !

 

La nuit tombée, nous fonçons littéralement dans le néant, ne voyant que les étraves du bateau qui bondissent et nos deux petits bouts de voile qui frétillent dans les écarts de barre.

Regard scotché au compas, tour à tour, nous maintenons notre cap vers Port Vendres, mais le vent a tourné encore un peu ; l’allure est très près du vent donc très inconfortable… J’avais lu que les catamarans n’aiment pas les allures de près, maintenant c’est vérifié…

 

Le festival du seau bleu bat son plein, tour à tour, c’est organisé, minuté, rythmé! Tous les quart d’heure, il y a maintenant une vaccation… C’est amusant à écrire après, mais sur le moment, les forces commencent à manquer, le froid à attaquer. Il faut s’auto-motiver pour tenir bon.

Syl pensait à un bon lit bien chaud, ou encore à cambrioler la valise de secours de la Mimi (voir précédente vidéo). Moi je me disais que j’allais inscrire des mots d’encouragement au fond du seau pour les prochaines fois…

 

Régulièrement les plus grosses vagues franchissent le bord du bateau, et scotché à la barre on se fait copieusement rincer.

 

Là, aux petites heures de la nuit, le rêve, a clairement pris une tête de cauchemar. Comme dit Renaud, c’est de la plaisance, c’est le pied !

 


 

 

Et la Baston dans la nuit était aussi une première …

 

Néanmoins, à aucun moment, il nous a semblé être en danger ; le bateau a gardé un comportement bien équilibré malgré les coups de boutoir de la mer ; même si à un moment nous avons eu la sensation de décoller et de retomber lourdement. Juste impressionnant…

 

Lorsque le cap Béart a pointé son phare juste devant, nous avions encore environ deux heures à tenir, et petit à petit la mer et le vent se sont modérés.

 

Les lumières de la côte devenant visibles, nous retrouvions nos forces dans le calme relatif, mais nous ignorions qu’il nous restait une petite épreuve juste pour tester notre combativité…

 

Des éclairs lointains, puis de plus en plus proches se sont mis à nous entourer… Dans le fracas des vagues encore bien présentes, nous entendions le tonnerre se rapprocher…

Pour le bien il aurait fallu débrancher les appareils électroniques, et poser la tresse de masse prévue pour canaliser la foudre en cas d’impact (improbable mais quand même…) avec le mât.

Nous nous sommes regardés, et nous avons poursuivi notre route sans rien modifier, un peu dépassés pour lutter, et nous disant « si on doit griller ce soir, c’est que c’était notre heure »… Je me souviens avoir dit à Syl, « si tu connais le langage des anges, c’est le moment de leur faire un petit coucou »…

 

Finalement, sans recevoir plus que quelques gouttes éparses, les éclairs nous ont considérablement aidés à repérer l’entrée du port dans la nuit d’encre ; chaque coup de flash, nous renseignait un peu plus précisément sur l’approche à réaliser. Excellent !

Cadeau des anges ? En tous cas merci, car nous avons eu vraiment la sensation d’être aidés sur la fin…

 

03 heures du matin, après 21 h de navigation nous nous amarrons dans le bassin de pêche de Port-Vendres, nous échangeons quelques mots dans le carré, conscients d’avoir approché nos limites (pas celles du bateau), et nous relativisons notre « gentille promenade » avec les exploits des tour-du-mondistes de course en solitaire…

 

Le sommeil fut particulièrement lourd et profond à bord de Ciao, mais seulement pendant 2 heures, car interrompu par :

« toc toc toc… Faut changer de place ! Il y a un paquebot qui arrive ! »

Grrrr !!! gchmele !!! et autres onomatopées non transcrites ici…

 

A bientôt pour la suite…

 

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commentaires

Guigui 21/05/2012 23:10


Salut captain et Syl, beau départ dans les starting block. En regardant la vidéo et vous ayant lu précedemment, on se voit vous dire, "profitez en les petites galères arrivent", en tout cas vous
vous en sortez comme des chefs et Ciao à l'air d'être un brave compagnon de route. (Un petit coup de WD40 dans la chausette du Spy devrait vous sauvez la mise lors de sa prochaine sortie,
apparemment pas pour tout de suite!!)


Avec hâte de lire la suite de vos aventures. Bon vent à vous, nos ondes positives vous accompagnent. L'épopée promet d'être belle. Biz Gui

mimi 21/05/2012 12:51


BOUUUHHH !   ben vous avez été SERVIS !   pour un départ, c'est un DEPART !


s'il avait été PLANPLAN  bof  on s'en serait pas souvenu  alors !   BRAVO mes marins préférés vous êtes EXTRA !  j'ai hâte de connaitre la suite  (même si
j'avais le mal de mer avec la petite vidéo ..... bouh passe moi le seau bleu !!!!!!)  plein de bisous


PLEIN DE COURAGE et de BELLES AVENTURES A VENIR   pour le soleil faut attendre encore un peu !!!


DES BISOUUUUUUUUUUU   JE VOUS AIME    MIMI


 

marilyne 21/05/2012 07:46


Un vrai bonheur de vous voir et de vous lire.


Je suis impatiente d'avoir la suite de votre aventure....


"L'échec serait de rien tenter" dit-on, en cela votre voyage est déjà une victoire!


Bisous à vous 2 et bon vent :-)


 

Millner 20/05/2012 16:18


encore bravo avez fait le plus dur ,faire connaissance avec le bateau.21  heures à galerer c'est pas un  peu trop! En tout cas BONT VENT!

delphine 20/05/2012 15:14


Bon courage

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon... J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...

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A mi-chemin  

entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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sa propre découverte...

 

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