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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 18:15

14 Août 2012 - Yes ! Ciao a rejoint son port d’attache.

 

90 jours séparent le départ de Port Saint Louis du Rhône (Bouches du Rhône) le 17 Mai, et l’arrivée à Hendaye (Pyrénées atlantiques) le 14 Août 2012…

 

Avant d’écrire ces lignes, j’ai relu (pour la première fois) un à un nos récits sur ce blog et visionné les petits films associés…

J’y retrouve l’émotion de chacun des moments évoqués, même si certains semblent lointains… Les images de la mise à flots et du départ, celles de la première navigation semblent appartenir à un autre voyage…

 

Je mesure avec ce recul et me dis avec une sensation remplie :

- « Jolie ballade quand même »…

 

source-technique 7743

En parcourant le livre de bord où chaque navigation est consignée, je redécouvre certains détails. J’y retrouve bien sûr les moments forts, et bizarrement quelques autres dont nous n’avons absolument aucun souvenir ni  l’un ni l’autre…

Ce sont des lieux d’escale ou de mouillage où nous sommes arrivés un soir pour en repartir au petit matin… Des jours qui n’ont servi qu’à passer au suivant et à avancer de quelques millimètres sur l’immense carte que représente le trait de côte espagnol…

 

 

C’est en se déplaçant à faible vitesse, comme sur un voilier, que l’on retrouve la notion réelle des distances et du temps qu’il faut à l’humain pour les parcourir… La ballade a été belle, mais nous l’avons trouvée longue dans le temps imparti…

2066 milles (un peu plus de 3800 km) nous séparent du point de départ.

A l’échelle du globe c’est à peine plus d’une patte de mouche ; et pourtant que de lieux côtoyés, que d’horizons repoussés, de caps et promontoires rocheux doublés…

 

 

w etrave

 

Ce voyage, c’est aussi une mise entre parenthèses, c’est toute une tranche de vie vécue en parallèle de la société et de ses conventions, des commodités…

 

 

A bord du bateau, après quelques jours en mer, les repères familiers de la vie terrestre se perdent, d’autres les remplacent…

 

L’espace de vie est réduit, optimisé, organisé ; chaque chose est à sa place pour la trouver rapidement et à coup sûr ; et il n’y a pas de place pour le superflu…

Tout ce qui est à bord est sous surveillance, rien ne doit s’envoler, se desserrer, tomber à l’eau, se détériorer sournoisement…

 

Les ressources énergétiques et les provisions alimentaires sont comptées.

Le mot « autonomie » prend tout son sens, et domine.

 

Rapidement nous décrochons de l’actualité, des médias ; nous oublions l’Euro 2012, la constitution du nouveau gouvernement français… L’attention se focalise sur l’ici et maintenant.

 

Les corps quant à eux sont sollicités. Ils s’adaptent au nouvel équilibre à trouver dans les mouvements permanents, ils se modèlent aux autres efforts musculaires à fournir.

Prendre les repas, dormir, faire sa toilette, sont des gestes simples qui demandent certains aménagements en fonction de ce qui se passe dehors dans le même moment…

 

Autour du bateau, les distances sont immenses, et à bord le temps s’échappe.

 

C’est la nature qui dicte les règles ; elle est puissante ; elle n’a pas besoin d’en faire étalage, la force des éléments se ressent très vite en mer.

Nous sommes seuls devant elle avec nos petits moyens techniques, dont nous sommes parfois si fiers, mais qui ne pèsent pas bien lourd ; nos petites décisions logiques, nos observations imprécises, nos conclusions approximatives.

Petit à petit la mer nous apprend ; elle nous montre…

Le vent hausse le ton, juste un peu, puis disparait totalement, pour mieux s’orienter ; une brume enveloppe le bateau à en toucher le haut du mât.

Une nuit se fait des plus denses, la suivante des plus limpides, les vagues nous bercent ou nous chahutent selon la direction suivie ou l’angle avec lequel on les aborde…

La surface de l’eau nous renseigne, les nuages nous parlent…

 

Petit à petit nous lisons un peu mieux entre les lignes… Mais l’ouvrage est volumineux, la découverte infinie…

C’est notre première grande croisière ; nous faisons nos premiers pas, nous apprenons à marcher… Sur l’eau…

 

En 3 mois, (j’ai sorti ma calculette) nous avons passé entre 450 et 500 heures de déplacement (à peu de chose près le temps que représente un emploi à temps complet) en conjuguant avec l’élément marin, les verbes anticiper, veiller, gérer, progresser, relâcher, observer, adapter, bref naviguer…

 

Nos regards se sont gorgés de toutes les nuances de bleu, de la transparence des fonds, du flamboiement des crépuscules, de la profondeur des nuits noires…

Les levers de soleil, les oiseaux, les dauphins, l’immensité, la solitude du large, nous ont connecté au rêve, au sens, à la beauté de la vie aussi…

 

En touchant le rivage ici et là, nous avons mesurés les écarts, les dérives, la complexité des inventions de l’humain pour - à priori - se rendre la vie plus agréable… Meilleure ?

Nécessaire progrès ?

A propos de progrès, nous avons d’ailleurs ponctuellement profité des possibilités époustouflantes d’internet aux points Wifi trouvés partout où nous sommes passés, afin de gérer le travail de Syl, les communications avec la famille, les captures de fichiers météo. Autonomie, mais dépendance finalement…

 

Aux escales notre imagination s’est parfois projetée au delà de certaines rencontres trop brèves, et aux confins de certains lieux très attachants, où nous aurions pu laisser l’ancre s’enfoncer, jusqu’à disparaître sous le sable durant quelques semaines et peut-être davantage…

 

Et pendant tout ce temps imperceptiblement, nos âmes se sont nourries d’humilité, de simplicité, de réalité et certainement en final de sérénité…

 

 

Dans la mémoire de l’appareil photo, il y a encore des dizaines d’images à classer, des vidéos captées sur le vif et que nous n’avons pas encore eu le temps de visionner. De ce côté, heureusement la technique est au point, les prises de vue sont annotées de la date et de l’heure, nous allons pouvoir reconstituer la trame précisément.

 

 

Nous sommes arrivés… Ce voyage est terminé… Nous sommes arrêtés.

 

whendaye

 

Nous avions à cœur de respecter l’objectif du 15 Août et nous sommes arrivés le 14. Soulagement.

Comme lorsque l’on était jeune, en rendant sa copie juste avant la sonnerie, satisfait de son travail.

 

On peut relâcher maintenant…

 

 

 

Pour ma part je suis resté quelques temps, incrédule, immédiatement après avoir amarré le bateau. J’associais difficilement « Hendaye », son port et sa baie que je connais si bien depuis plusieurs années, avec ce bateau « Ciao » qui a constitué notre unique environnement de jour et de nuit depuis trois mois ; ce petit périmètre de 11 mètres sur 6 devenu plus que familier, sur lequel nous avons transité…

Les deux en un, au même endroit ! Un choc spatio-temporel qui a suffi à me mettre, pendant une heure ou deux, dans une sensation de mi-songe, mi-réalité. Un peu sonné…

 

Et puis voilà que des ressentis en émanent :

Heureux d’avoir fait ce tour… Heureux d’avoir réalisé un joli bout de rêve…

Ca y est j’ai atterri.

Montée d’émotions…

Quelques regards complices vers Syl, que j’ai senti très proche à mes côtés tout au long de ce voyage, harmonisant par sa présence, sa participation, son investissement et sa personnalité les hauts et les creux de vagues… Une très belle expérience humaine aussi…

 

90 jours, 90 fleurs d’un même et volumineux bouquet, récoltées une à une lors de cette croisière délivrent à présent leur senteur, leur couleur, leur éclat… J’y vois  aussi quelques branches de verdure, quelques magnifiques chardons, quelques épines sauvages.

Un bouquet qui sonne le vrai !

 

A Hendaye, le 14 Août, sur le ponton, le temps d’envoyer un petit texto aux plus proches qui ont vibré avec nous (parfois en rêves, parfois en inquiétudes), --- « Ciao amarré à Hendaye – mission accomplie ! Une belle ballade qui en appelle d’autres… » --- et de recevoir de multiples réponses en « bravos et félicitations », nous prenons la pleine conscience que pour les autres aussi, nous avons vécu trois mois qui sortent un peu de l’ordinaire…

 

Le soir même de notre arrivée nous recevons la visite de Grég (qui a acheté le précédent Ciao en début d’année). Nous parlons « bateaux », de nos vécus ; nous partageons nos plaisirs, nous évoquons nos projets réciproques du bout des lèvres car ils sont encore un peu emballés de papier « rêve »…

 

Syl et moi clôturons la soirée, la journée, et du même coup la croisière en tête à tête, à la terrasse d’un petit restaurant.

 

Ce n’est pas encore l’heure des bilans, mais nous échangeons « à chaud »…

 

A ma question « si tu devais ne retenir qu’un seul mot de ce voyage ? »

Syl répond après une très courte réflexion de quelques secondes :

- « diversité »

et met spontanément une note de 18/20 pour son  ressenti.

-          «  Il y avait toute la gamme, et j’aime quand il y a toute la gamme ! »

Ajoute-t-elle.

 

De mon côté, le mot de synthèse serait : « soutenu ».

C’est le rythme un peu trop fort à mon goût qui domine, et qui situe l’ensemble plutôt vers 15 ou 16/20.  Ce rythme, je l’ai porté par moments comme un fardeau, ayant même songé à le déposer quelque part dans le sud du Portugal, pour y revenir différemment plus tard…

Je suis heureux d’avoir dépassé (sous l’impulsion de Syl) ce moment délicat.

 

Mon plaisir est d’autant plus grand maintenant et il va se prolonger, je le sais, notamment par le traitement de toutes les images qui n’ont pas encore été exploitées, l’assemblage et le montage d’un petit film global de la croisière, et là j’oublierai à coup sûr la pression du temps, laissant toute la place au contenu de ce voyage, et aux riches souvenirs qu’il a gravés.

 

Plus techniquement, j’ai aussi le projet de consigner dans les pages de ce blog, les diverses informations que nous avons glanées aux différents segments de ce voyage. C’est une manière aussi de renvoyer l’ascenseur, car toute ma préparation antérieure s’est appuyée sur les récits d’autres voyageurs  qui se sont « pris les pieds dans le tapis » avant nous, ou qui au contraire ont su souligner l’intérêt d’un lieu ou d’une tactique intéressante.

 

Le bateau, un catamaran Fountaine Pajot de type « Louisiane » aura son chapitre.

Il s’est révélé un fidèle compagnon, nous mettant parfois à l’épreuve, mais jamais en danger ; nous lui devons bien quelques lignes…

 

Au présent, Ciao se repose, et souffle un peu en cette fin d’été. Vraisemblablement il pointera à nouveau ses étraves vers les côtes espagnoles ou portugaises d’ici peu ; la caresse des eaux de la Méditerranée sur ses coques risque fort de lui manquer aussi…

 

Il flotte dans l’air une envie de repartir autrement ; avec du temps pour nous poser là où les lieux et les gens nous inspireraient, là où nous percevrions un écho à notre sens de vie du moment, là où nous pourrions rester quelques jours, quelques semaines avant de changer de décor et partir découvrir un ailleurs…

 

Admirons pour l’heure notre joli bouquet tout frais, et ses dernières fleurs collectées comme en témoignent ces images des escales de la fin du parcours, (Ribadessella, Saint Vincent de la Barquera, Berméo, Guétaria)… Des escales toutes proches, et remplies de charme…

 

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commentaires

a bord de papyrus 10/09/2012 19:02


Coucou, merci pour vos réponses concernant Gibraltar, ça conforte dans les décisions ! Bises à vous deux

a bord de papyrus 31/08/2012 21:35


De lire et relire vos articles je ne me lasse, surtout que nous sommes enfin partis et que l'expérience des autres c'est toujours un grand enseignement ! A ce sujet, nous qui nous approchons de
gibraltar, une question s'impose : pourquoi êtes-vous partis 3h après la pleine mer, alors que nous comprenons que c'est plutôt 5h avant qu'il faut appareiller pour profiter des courants ?
Bon retour sur le plancher des vaches, et à bientôt de vous lire

Michel Lefebvre 01/09/2012 15:35



Hello les potes de Papyrus !


Je viens aussi d'aller voir vos récits... Heureusement qu'il y a les dauphins en mer pour rappeler la dimension magique, lorsque les pannes et la casse plombent un peu l'atmosphère...


Pour Gibraltar (bloc marine 2012 page 360)ns sommes partis à PM + 3 de Gibraltar car c'est la renverse des courants et si on se tient sur la partie Nord du détroit (très proche de la côte
espagnole)on bénéficie de 6 heures de courants favorables pour remonter vers le Nord après Tarifa.
Pour descendre sur Madère ou les Canaries, oui, Départ 5 h avant PM - et même à BM (courant nul ou portant)- serait pour moi aussi l'option que je prendrais...

Allez Papyrus ! Bon vent vers les îles ! a+ ... On vous suit ! (sur le blog pour l'instant)



mimi 24/08/2012 17:48


DIS MICHEL  ON REPART QUAND ? et surtout OU ?


pour ma part, terrienne parmi les plus terriennes (c'est pas sûr ....) j'y étais sur le CIAO tout au long de vos écris et très sincèrement et humblement je vous en remercie !  je vous
embrasse et vous dis à tout à l'heure............. mimi

Michel Lefebvre 27/08/2012 11:24



Merci, Mimi...


Tu sais, je ne suis pas vraiment rentré...


Je suis toujours en voyage, en imaginaire, en images, en écrits, à voguer sur un océan de doux songes, et de sensations heureuses, à déguster encore certains moments bien réels de cette
croisière, et à les mêler à d'autres que nous vivrons peut-être un jour...


Le bateau est toujours posé sur l'eau et il s'en faut de peu pour qu'il s'échappe de la baie, mais vraiment, je suis incapable de répondre à la question "vers ou ?" !


A bientôt Mimi, et bienvenue à bord...



Philippe 22/08/2012 22:36


Hé hé, mais c'est que ça ressemble à du "mal de terre" cette introspection , ça se soigne en préparant le prochain
départ !!!


Bravo encore pour ce périple mené de main de maître, et superbement relaté par ce blog sur lequel je me précipite dès l'annonce d'un nouvel article.


Amitiés Isa et Phil

Michel Lefebvre 27/08/2012 11:33



Merci les amis...


Nous fumons la même drogue, il me semble... Pas trop d'effets secondaires, mais quelle accoutumance !


Amitiés...



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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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A mi-chemin  

entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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et l'homme qui se regarde avec un peu de recul, déplie son rêve, l'observe, et tente d'exprimer

sa propre découverte...

 

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Nous sommes partis de Hendaye le Lundi 14 Juillet 2014

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