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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 21:43

Entre Gibraltar et Trafalgar…

 

MALAGA 1Après une escale dans la sympathique ville de Malaga, en attendant que le vent veuille bien se calmer et tourner dans le bon sens, Ciao a repris la mer, bien résolu à franchir l’une des difficultés du parcours.

 

MALAGA 2

 

 

 

 

Même si ce n’est pas le Cap Horn, le détroit de Gibraltar, se présente comme un passage un peu technique, pour un voilier de croisière.

Chaque passage est un vécu différent ; voici celui de Ciao en ce 3 Juillet 2012 :

 

Comme chacun le sait le détroit constitue une porte large de 8 milles (environ 15 km) pour passer de la Mer Méditerranée à l’Océan Atlantique ou réciproquement, entre les côtes marocaines, et les côtes espagnoles qui insèrent le petit territoire britannique de Gibraltar.

 

Ce que chacun ne sait pas forcément, c’est que ce couloir se comporte comme un vaste entonnoir par lequel les eaux de l’Océan viennent « se déverser » dans la Méditerranée. En effet la grande bleue est une mer fermée, sans marée significative, et avec un taux d’évaporation important ; son niveau à donc tendance à être plus bas que celui de l’Océan. De plus, ce dernier, sous la simple influence des marées, voit son niveau varier d’environ 2 mètres entre la pleine et la basse mer.

 

Pas besoin d’être géomètre pour comprendre, qu’à certains moments de la journée, les niveaux vont être sérieusement décalés aux parages du détroit, et que le « déversoir » sera plus actif qu’à d’autres moments…

Bien sûr en mer, Il n’y a pas d’escalier d’eau, ni de cascade, ni d’écluse. On imagine bien que les niveaux s’harmonisent sur quelques dizaines de milles de part et d’autre du détroit, et que cela crée des courants marins ...

 

Mais pour épicer un peu l’endroit, et mettre un peu d’ambiance sur les bateaux de plaisance, la nature a vraisemblablement prévu que des profondeurs de l’ordre de 200 mètres côté Océan, et 900 mètres au milieu du détroit et côté méditerranée, mettraient de l’animation sur le plan d’eau !

C’est gagné, car non seulement çà « déménage » en surface, et en prime, les grandes profondeurs échangent des volumes d’eau de températures différentes, et de densité différentes (la salinité est plus forte en Méditerranée).

En résumé, c’est donc un grand bouillon, et nos petits bateaux, ne pèsent pas bien lourds devant les forces en présence.

 

Il existe des cartes et des graphiques indiquant heure par heure (en fonction de la marée) ce à quoi on peut s’attendre approximativement aux différents endroits du détroit,  les emplacements où des rouleaux déferlants ont tendance à se créer, ainsi que les zones où des contre-courants se mettent en place ; ce sont les couloirs à prendre pour passer d’Est en Ouest. Dans l’autre sens, c’est plus facile.

 

C’est donc amusant (sur le papier), de calculer sa route en remarquant que si on va vers l’Ouest, il vaut mieux démarrer de Gibraltar 3 heures après la pleine mer, longer la côte, mais pas trop, serrer un peu les fesses et hop, 4 ou 5 heures plus tard, on se fait expulser de l’autre côté, après Tarifa.

 

Jusque là, je n’ai parlé que de l’eau…

Mais au dessus de la surface, ce n’est guère mieux.

C’est comme à la maison ; lorsqu’il y a courant d’air entre les deux façades, et que la porte du salon est restée ouverte !

 

Il va de soi qu’il faut choisir le courant d’air dans le bon sens de la marche !

 

GIBRALTARFort de toutes ces données longuement étudiées, nous sommes partis de Estepona  à 10 heures ce 3 Juillet, et nous avons présenté notre brave Ciao à l’entrée du détroit, au bon endroit et au bon moment.

 

Un seul paramètre était faux : absence totale de vent alors que nous comptions sur un force 4 pour nous pousser.

La « brise Yamaha » a donc essayé de pallier au manque, mais comme dans toute imitation, la copie est moins bonne que l’original ! La « brise » des moteurs génère une vitesse d’environ 5 nœuds, alors qu’un bon vent de force 4, nous envoie facilement à 7, 8 nœuds ; nous avons donc pris un peu de retard sur l’horaire ; logique, mais pas dramatique…

 

Il a donc fallu compenser en trajectoire, pour glaner les « tapis roulants » dans le bon sens. Nous étions interpellés de nous voir avancer au moteur, sans rien modifier au régime, à tantôt à 6,9 Nœuds, et deux minutes plus tard à 2,8 nœuds, selon que le courant nous poussait ou nous freinait.

Bon… tant qu’on avance ! Ce n’est que question de patience, disions-nous.

 

Nous avons observé chaque cargo, chaque ferry, et chaque navire à grande vitesse, dans un chassé croisé constant entre les côtes marocaines et espagnoles, afin de ne pas nous trouver sur leur trajectoire.

Nous avions le temps de suivre aussi du regard quelques dauphins, des ailerons non identifiés, et ce que nous avons pris pour un globicéphale ; le temps de faire quelques petits commentaires à la caméra…

 

On aurait presque pu prononcer « c’est cool Gibraltar ! pourquoi en faire toute une histoire ? », lorsque le réveil a sonné !

 

Nous étions au 2/3 du détroit lorsque le vent arrière s’est manifesté vivement. Le temps d’orienter les voiles en conséquence, et de comprendre que l’on pouvait stopper le moteur bâbord, Ciao grimpait déjà en vitesse au voisinage des 9 -10 Nœuds.

 

Euh ! Pour l’épisode « on serre les fesses », c’est maintenant !

 

La mer s’est évidemment aussitôt hérissée en de multiples vagues très courtes de plus en plus fortes. Le pilote automatique étant dans ces cas-là forcément hors course, les biceps de Syl ont pris provisoirement le relai à la barre, pendant que je réduisais avec difficulté la voilure, au 1er ris, puis trois minutes plus tard au 2ème ris. Ouf c’est fait ! Petite lutte quand même !

Sachant que réduire la voile au vent arrière est possible, mais physique !

 

En sortant de la manœuvre de réduction de voiles sur le pont, j’interroge Syl :

 

- A quelle vitesse on va ?

- Toujours 9 – 10 nœuds !

- Ouh ! ça va être chaud !

- Il faudrait prendre un 3ème  Ris ?

- Oui sûrement, ça peut monter encore !

 

Et avant que de n’aie le temps de faire deux pas, subitement Syl reprend :

- Viens vite je ne peux plus tenir la barre, c’est trop dur dans les vagues !

 

Dans ce cas-là, il faudrait pouvoir attraper la télécommande et faire « pause », le temps d’adapter le bateau au changement de conditions… Rien de tout cela, tant pis pour la voile, 2 ris c’est déjà bien ; priorité à la direction du bateau !

 

Si j’avais eu le temps pour un mot d’humour, j’aurais volontiers lancé :

C’est un bisou d’adieu de la Méditerranée, ou la tape amicale de l’Océan qui nous accueille ?

Ou encore :

C’est quoi le synopsis du film ?

« comment changer en quelques minutes, une ballade estivale au moteur sur un catamaran parfaitement horizontal, en descente de canyon en rafting de plus en plus humide ? »

 

Non, pas le temps pour la blague, ni l’esprit d’ailleurs, j’étais cramponné à la barre et à deux mains, pour garder le bateau au maximum dans l’axe, craignant à tout moment l’embardée et l’empannage (l’empannage c’est la grand-voile qui traverserait d’un bord sur l’autre de manière violente, en cassant je ne sais quoi au passage, mais en cassant forcément quelque-chose !).

Il y a eu plusieurs alertes, mais Ciao s’est révélé digne de confiance sur ce coup là. C’est une manière comme une autre d’apprendre à connaître son bateau.

 

Scotché à la barre, je gardais toujours un œil sur notre moteur bâbord  -mille milliards de mille sabords ! -  encore en position basse. Le pauvre s’est trouvé très malmené dans ces vitesses (normalement les moteurs sont remontés hors de l’eau lorsqu’on est sous voiles). Faisant office de frein permanent, il n’a cessé de heurter dans chaque vague, parfois totalement submergé. Je le regardais en me disant, s’il redémarre on aura de la chance !

 

Nous étions au point d’orgue ; le vent na plus monté ensuite, heureusement. C’était un 6 soutenu, avec de longues rafales certainement supérieures, le tout dans des remous indescriptibles jusque Tarifa.

 

Les images sont gravées que dans nos mémoires, et elles sont plutôt belles, bien qu’impressionnantes. Quelques autres ont été captées par la caméra, ce sera l’objet d’un futur petit montage…

 

Tarifa derrière nous, les conditions devaient logiquement se calmer, mais en réalité le vent est resté fort. La mer quant à elle a retrouvé une surface plus caractéristique d’un vent de force 6 ; ce n’est pas devenu une ballade bucolique pour autant, mais une allure tout à fait gérable.

 

Nous nous pensions tirés d’affaire, lorsqu’un wind-surfeur est venu graviter autour du bateau, faisant de grands signes d’obliquer vers la côte. A un passage plus proche il a pu nous faire comprendre qu’il y avait un homme à la mer sans gilet de sauvetage dans la direction qu’il nous indiquait.

 

Tiens ça manquait ! On aurait pu s’ennuyer…

Cap à tribord, mer de travers et douche salée intégrale pour chacun de nous deux, le temps de rouler un peu la voile d’avant et de les régler pour la nouvelle allure.  

 

Les pensées deviennent synthétiques en cas d’urgence. Il n’y a pas de place au doute.

 

Préparation des bouées : ok.

Ne pas perdre de vue notre interlocuteur : ok.

Lancer un appel radio…en anglais ? en espagnol ? pas ok !

Laisser tomber !

Continuer vers la côte : ok.

 

Parallèlement, je prenais conscience qu’il nous faudrait affaler les voiles à l’approche du naufragé, et finir doucement l’approche au moteur… d’ailleurs, le moteur  bâbord allait-il redémarrer ? Quant à l’autre il était relevé…

Déjà les choses s’annonçaient compliquées, surtout en imaginant grimper la personne à bord dans ce chahut général…

On ne se prépare jamais assez à ce genre de circonstance… Je l’ai lu tant de fois…

 

Une demi-heure plus tard, le wind-surfeur s’est rapproché de nous en maitrise totale de sa trajectoire et de sa voile, il est passé à quelques mètres du bateau, a ralenti son allure, et et nous a indiqué que la personne avait été secourue par un autre wind-surfeur.

Par gestes il nous remerciait.

Et quelque-part nous aussi, d’être dispensés de la suite !

 

Nous avons pu reprendre notre route normale vers le nord, en réalisant que nous venions de passer en Atlantique.

Le vent a faibli rapidement, puis est passé de face.

 

Le moteur bâbord a redémarré à la première sollicitation, démontrant assurément une bonne conception marine ! Pas de publicité, mais une satisfaction non dissimulée !

 

Cependant, comme rien n’est parfait, le moteur semblait osciller sur son support…

 

L’escale est décidée à Barbate, (juste avant le Cap Trafalgar) que nous avions possibilité d’atteindre juste avant la tombée de la nuit…

 

A 22 h 30 les manœuvres dans le port ont confirmé que la fixation du moteur était endommagée.

 

La lumière du lendemain, a donné son bilan : nous resterons bloqués à Barbate, car la chaise du moteur est cassée, le moteur menace de passer par le fond si nous continuons.

 

PANNE MOTEURLa suite est classique, technique, pas comique, et côté euros… Bien sûr « ça pique ! »

 

L’assurance prendra néanmoins en charge une partie des coûts.

 

La pièce est venue de Barcelone en express, et nous a permis de repartir ce Samedi 7 Juillet vers Cadix, d’où ce petit mot est posté.

 

 

 

Plus que jamais nous sentons la pression du calendrier ; la route qui nous reste à faire contre les « Alizés portugais » plombe un peu l’optimisme sur la tenue de notre date prévue d’arrivée à Hendaye. C’était un projet, çà devient un challenge !

 

Le bon côté de la chose serait que nous avons enfin eu le temps, d’écrire, de lire, de réparer ici et là les petites choses qui clochaient, et Syl de mettre à jour son travail par internet…

Nous avons tenté de prendre ce qui nous était présentement proposé…

 

A ceci près que lors d’un déplacement en ville, un nouveau désagrément est venu se greffer.

 

Nous savions qu’il était nécessaire de ne rien exposer au vol, car d’après les guides de navigation, la région semble avoir un taux de délinquance assez prononcé.

 

Nous l’avons vérifié à nos dépens, en constatant que nos 2 vélos pliables, pourtant attachés ensemble et entravés par un antivol, ont tout bonnement disparus devant la vitrine du cyber-café.

Après quelques « Grrr…» inutiles et impuissants, nous conviendrons que la marche à pieds est également excellente pour la santé !

 

A bientôt...

 

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commentaires

MIMI 09/07/2012 15:46


OUPS !  mais ca fout les chocotte tout ca !!!  é du bateau !!! faites bien attention à vous !  et surtout gardez COURAGE  !!!!  car  l'atlantique vous attend mais si
vous faites bien les présentations  le ciao va si bien "voler sur les zalisés" qu'il va vous étonner !!!!  ET PUIS ON EST TOUS LA  DERRIERE NOS CLAVIERS a vous soutenir et à direr
sur le fil d'amitié qui nous relit  O HISSE  OHISSE  ALLEZ  BON VENT  le PORTUGAL est un si beau PAYS !!!!!!!  plein de bisous  MIMI

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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