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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 22:19

D’une escale à l’autre... 

Retenus ici par des charmes invisibles, pressés de partir de là par un inconfort généralisé, chahutés entre les deux, distraits par des rencontres, voici quelques pages d’une vie de « nomades des mers », qui commence à s’inscrire hors du temps et de l’espace.

 

archipel Canaries

 

MORRO JABLE (Fuerteventura)

Le 4 Décembre, en arrivant à Morro Jable (petite ville sur la côte sud de l’île de Fuerteventura) nous pensions nous poser pour une quinzaine de jours au maximum, et puis allez savoir pourquoi, nous y sommes restés sept semaines…

 

Seraient-ce ces teintes particulières des roches bordant la plage « Las Coloradas » (Les rouges), où nous étions souvent l’unique bateau à y avoir jeté l’ancre, qui nous auraient hypnotisés ?

las coloradas

Serait-ce le gris des digues, qui lorsque nous quittions notre mouillage pour trouver refuge dans le bassin du port, nous rassurait ?

le port

Serait-ce encore l’ocre des sables sahariens, retrouvés partout à bord d’Agur après quelques jours de Sirocco, qui nous auraient séduits ?

sable

 

Non ! Ce n’est pas une question de couleur ; dans ce cas ce serait le coucher de soleil ou peut-être l’arc en ciel qui aurait eu le dernier mot !

 

Dans cette petite ville, nous avons tout naturellement pris nos repères, organisé notre quotidien, réglé nos axes de vie principaux. Peu de choses en fait ; il suffit juste de quelques points clés.

Comme ce petit restaurant en bord de plage « le Waikiki » où un « Irish Coffee », le soir du 31 décembre, est venu nous aider à pousser 2014 dans le passé, et à accueillir la nouvelle année. C’est d’ailleurs là aussi que nous avions salué l’anniversaire de Syl en début de mois.

Du côté pratique, nous sommes autonomes en électricité solaire et nous pouvions facilement faire nos pleins d’eau au port ; les deux éléments indispensables pour tenir un siège ! Et pour nous adoucir encore la vie déjà bien soyeuse, un service de livraison nous apportait jusque sur le ponton, prêt à charger dans l’annexe, le stock de bouteilles d’eau et les cartons de courses faites le matin même au supermarché.

Nos loisirs, loin d’être extravagants, ont consisté en des ballades en ville, des après-midis à la plage ou au calme sur le bateau, et aussi d’assez nombreuses parties passionnées de scrabble.

Sans que nous l’ayons expressément choisi, tous les ingrédients étaient donc présents, se fondant d’eux-mêmes selon une recette d’alchimiste, et transformant petit à petit une vie simple en bonheur… tout aussi simple.

Et planant sur ce nuage là, il semblait qu’autour de nous, tout y réponde naturellement…

A ce propos, nous gardons en mémoire la sympathie des pêcheurs à qui nous avions involontairement pris la place de leur bateau avec notre annexe. Ce jour-là, au retour de notre promenade à terre et constatant notre erreur, nous craignions au minimum une observation ou un regard de travers, et nous avions été surpris, au-delà des larges sourires sur les visages burinés d’entendre :

- « se passa nada ! » (ce n’est rien !)

et de recevoir en guise d’amende pour mauvais stationnement, 2 kilos de sardines fraîches !              Et comme il n’était pas question d’avancer le moindre Euro :

- « Una cerveza (une bière) ? » …

- « Si si ! Gracias ! ». 

Tout simple, je disais !

 

Chacun de ces détails a participé, (sauf peut-être le Sirocco, et cette infiltration généralisée de sable saharien !) à ce que nous nous sentions bien à Morro Jable.

Même si rien ne nous a retenus précisément en ce lieu, rien ne nous a invités à le quitter rapidement. Voilà aussi comment, lorsqu’on a réussi à laisser tomber la pression du temps, on accède au luxe de répondre au ressenti qu’émanent les lieux, sans trop chercher à comprendre le pourquoi…

 

« Alors l’espace prend tout l’espace, et puis le temps prend tout son temps… »                                       (paroles d’une des chansons de Syl)

morro jable

Morro Jable (Fuerteventura)

 

EN MER (entre Fuerteventura et Gran Canaria)

Le 15 janvier, nous nous sentions repus de cette escale et les conditions étaient réunies pour que nous poursuivions notre découverte de l’archipel en filant plein Ouest vers Gran Canaria, l’île voisine de 57 milles, soit un peu plus de 100 km. Le vent était annoncé du secteur Nord Est entre 15 et 20 Nœuds (force 4 à 5), le tout sous un ciel bleu et ensoleillé, et une vingtaine de degrés. Des conditions idéales, s’inscrivant en quelque sorte dans la fluidité de ce que nous vivions...

Le réveil fut matinal, à 05 heures, dans le but de nous garantir une arrivée de jour.

Nous avions commencé par hisser les voiles sous 20 à 25 nœuds de vent, ce qui semblait déjà beaucoup pour un petit matin et s’annonçait prometteur pour la suite ; nos regards interrogateurs vers le ciel et le baromètre, ne nous ont toutefois pas incités à changer notre projet.

Le temps que les premiers rayons du soleil s’étonnent de notre départ, Agur, affamé par 7 semaines de jeûne, avait déjà avalé comme un glouton les 8 milles de navigation côtière nous séparant de la pointe Sud Ouest de l’île.

Il est particulièrement  grisant, lorsqu’un vent puissant vient du rivage, et que de ce fait la surface de l’océan reste plate, de se sentir enlevé par les puissantes forces véliques, de sentir le bateau accélérer vers les 9 ou 10 nœuds, et de voir se découper sur l’arrière les deux sillages blancs bondissants. Sur un catamaran, on peut difficilement dans ce cas, retenir un regard vers le haut, vers le mat, les haubans, les voiles, et se demander si les efforts sont compatibles avec la résistance du matériel ; apparemment oui !

Prudents, c’est néanmoins avec la grand voile réduite au deuxième ris et le génois à 70 %, que nous avons doublé la pointe de l’île sous 30 nœuds de vent établis (force 7), rejoignant en même temps la houle de 2,50 m à 3m de travers, mais heureusement assez longue. Tout de travers, mer et vent, c’est l’une des allures les plus délicates ; celle où l’on est vigilant, celle où on observe le bateau et sa manière de passer dans la mer en recevant tous les efforts du même côté...

Au niveau de Punta Jandia, extrémité Sud Ouest de Fuerteventura, sur des fonds se situant entre 30 et 50 mètres et avant d’atteindre les grandes profondeurs, plusieurs vagues espiègles et menaçantes sont venues sans aucune délicatesse partager le cockpit avec nous, justifiant pleinement nos tenues un peu « nordiques » pour la latitude.

Agur ne nous a pas déçus sur cette épreuve, finalement largement à sa portée. Le résultat en est que nous sommes d’autant plus en confiance sur notre bateau, à chaque nouvelle expérience de ce type.

Deux ailerons de dauphins aperçus furtivement et quelques poissons volants plus loin, les vagues sont restées enfin chez elles, et nous avons poursuivi vigoureusement et rapidement vers Las Palmas de Gran Canaria, sous 20 nœuds, puis plus tard, 15 nœuds de vent moyen, rejoignant les prévisions générales de la météo qui ne prennent pas en compte des accélérations locales du vent dues aux reliefs importants des îles. En milieu d’après-midi, nous étions déjà en vue de l’île voisine.

Nous avions imaginé comme ce fut souvent le cas lors des approches, apercevoir Gran Canaria de très loin, avec ses sommets à presque 2000 mètres d’altitude. Au contraire, le ciel bleu des premières heures de la matinée a cédé vers midi au blanchâtre, puis l’atmosphère s’est embrumée de telle sorte qu’aucun signe de terre n’est resté visible, avant de voir s’approcher un littoral banal au ras de l’eau, révélant uniquement la presqu’île attenante à la ville de Las Palmas.

Le dessinateur avait mis un grand coup de gomme ; les montagnes, voilées dans une atmosphère de brumes et de nuages, jouaient les effacées…

A proximité de Las Palmas, grues portuaires, plateformes de manutention, immeubles, cargos en stationnement, et quelques cheminées fumantes se sont chargés de compléter le décor, ne recueillant pas nécessairement notre admiration…

 

LAS PALMAS 1 

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LAS PALMAS (Gran Canaria)

Las Palmas est une escale technique, où apparemment il vaut mieux s’efforcer d’oublier nos souhaits d’esthétique naturelle ; l’intérêt se situe ailleurs : c’est une grande ville, et ce lieu est le point de départ de nombreuses traversées transatlantiques. Tous commerces existent, toute compétence professionnelle est représentée, toute pièce ou produit spécifique pour le bateau peut se trouver aisément ici.

Notre bateau ne nécessite pas de grosse réparation, uniquement un entretien des moteurs à anticiper, et quelques bricolages sur le circuit d’eau, quelques joints d’étanchéité à refaire sur les hublots, et un repérage général des ressources disponibles au cas où, dans ce courant de l’année il serait nécessaire de repasser ici avant la traversée…

Aussi, nous sommes passés par Las Palmas pour recueillir toute information relative à la venue de nos enfants respectifs en Juin Prochain, et bon nombre des kilomètres parcourus avec nos petits vélos pliables à travers la ville se sont animés de notre plaisir de les recevoir dans quelques mois…

FOLKLORE CANARIEN 

Las Palmas de Gran Canaria, avec presque 400 000 habitants, concentre plus de la moitié de la population de l’île ; nous y avons retrouvé les centres commerciaux tels qu’ils existent chez nous, les mêmes enseignes, quelques autres en plus, les rues piétonnes, les vitrines aguichantes.                       En  compensation de notre première mauvaise impression lors de l’arrivée par la mer, le cœur de la ville nous est apparu agréable, la grande plage de « Las Canteras », et le parc « Pueblo Canaria »  avec ces animations folkloriques ont contribué à nous réconcilier quelque peu avec cette cité.

Oh ! Ce ne sera jamais le grand amour, mais il n’est pas, non plus, une souffrance d’y rester quelques jours.

Nous sommes donc allés à l’essentiel, un peu sur tous les fronts en même temps, nous sentant intérieurement agités par cette société grouillante, ayant même, par contamination sans doute,  la sensation d’être débordés.

Ajoutons que dès notre arrivée, le temps s’est révélé frais, venteux et maussade. En recoupant quelques informations, nous avons pris conscience que nous étions sur le côté de l’île le plus exposé au vent dominant.

Le relief de l’île, qui à cette saison tire à lui toute la couverture nuageuse, confisque par la même occasion quelques degrés à sa côte nord, et la masse de nuages plombant le ciel (et l’ambiance) provoque inévitablement de fréquentes petites averses. Ces conditions sont locales ; nous avons eu confirmation qu’au sud de l’île le temps est très différent.

Avouons-le, nous étions pressés d’aller voir un peu plus loin...

 

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LES BATEAUX-STOPPEURS

En dépit de ces petits désagréments, séjourner dans un port comme celui-là permet des rencontres.

Chaque jour ou presque, lorsque nous étions présents sur le bateau, notre attention était attirée par un «- Hello ! » venant du ponton. Un jeune le plus souvent, ou un couple se manifestant avec un  grand sourire, se hasardant en quelques mots d’anglais, pour nous demander si nous traversons l’atlantique prochainement, et si nous accepterions des équipiers.

Cette question est récurrente ; en échange de travaux de nettoyage sur le bateau, de faire la cuisine, ou de donner des cours de langues étrangères, ces jeunes cherchent un embarquement vers les Antilles ou le Brésil… Qu’ils soient allemands, français, suisses, anglais, tous sont en prospection active, selon les mêmes méthodes : affichettes scotchées un peu partout, et le « porte à porte » à l’arrière des bateaux amarrés. C’est pour eux un travail à plein temps pour suivre toutes les nouvelles arrivées, une stratégie sans faille à élaborer, pour déjouer leur concurrence mutuelle.

Ils sont une dizaine à tourner chaque jour dans la marina, chargés d’un sac à dos plein d’espoir, et posant inlassablement les mêmes questions…

Mais il y a peu de bateau en partance actuellement ; le flot important des départs était entre Novembre et décembre ;  dans ces mois de grands rushes, ils étaient paraît-il, une centaine à chercher des embarquements.

L’issue est invariable : rares sont ceux qui parviennent à trouver une place, et nombreux sont ceux qui restent à terre et doivent chercher une autre option ; rentrer au pays, ou si le budget le permet trouver un vol à bas prix, de dernière minute, en ruminant la frustration d’être privé de l’expérience marine.

Sur place, à Las Palmas ils logent dans des logements inoccupés ; des squats plus ou moins autorisés, dont ils se passent les adresses. Sans lendemain, et avec très peu d’argent, ils grignotent petit à petit leur capital de confiance en essuyant refus sur refus, ou promesse qui finalement se dédit, et affichent parfois une certaine fatigue.

Nous avons sympathisé avec Paul et Anna jeunes allemands, et les avons aidés à rédiger correctement en français leur petite annonce proposant leurs talents culinaires et une initiation à la trompette contre une traversée. Ce fut notre contribution pour cette année.

 

La question d’embarquer des équipiers est complexe. Il ne s’agit pas, comme en auto-stop de partager quelques heures de voyage.

Embarquer quelqu’un aux Canaries signifie cohabiter pleinement pendant quelques semaines dans les conditions particulières qu’est la vie en bateau et cela nécessite d’être en phase sur divers points ; le plus facile étant de partager le plaisir de la navigation (bien que ce ne soit pas systématiquement un plaisir lorsque les conditions se dégradent) et de se retrouver sous les cocotiers !

Les options d’escale aux Iles du  Cap vert ou la traversée directe divisent certains projets, et au-delà de ce choix viennent les mises au point sur la manière de se partager l’espace, les repas, les contraintes, les quarts, les frais pendant une période qui s’étalera au minimum sur 3 ou 4 semaines.

 

Il existe, paraît-il, de belles expériences de découvertes et de complicités réciproques ; elles seraient cependant assez rares.

Il y a aussi des voiliers qui se transforment en « poudrières flottantes » à mesure que les jours s’égrènent et que les humeurs se révèlent.

Sur Agur, nous sommes partagés face à ces demandes souvent sympathiques. Notre réponse est facile cette année puisque nous ne traversons pas ; l’an prochain elle aura davantage matière à s’argumenter. Nous avons le temps d’affiner notre propre point de vue.

 

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ON DIRAIT LE SUD

Après 13 jours d’arrêt à La palmas :

C’est sans tristesse, en ce 28 Janvier, que nous avons quitté le port industriel, en slalomant entre les cargos et pétroliers en attente devant le site.

- « Adieu grande ville, ton concert de sirènes quotidien, ta grisaille, ton vent froid, tes engins en tous genres, ton monde agité, ton bruit de fond permanent… »

 

La descente vers le Sud c’est faite sans encombre, au vent arrière, en quelques heures, bénéficiant encore des vives accélérations dues au relief ; à ce propos, nous avons eu cette fois le plaisir de découvrir les sommets de l’île, d’apercevoir les vallées escarpées, les petits villages accrochés à flanc de montagne.

Quelques « Wow ! » nous ont échappé réveillant nos motivations à visiter l’intérieur de l’île, espérant que les montagnards aient réussi à conserver le côté authentique des Canaries pendant que leurs frères du littoral cédaient aux promoteurs immobiliers…

 

Nous faisons  actuellement une halte à Pasito Blanco, au mouillage, dans une petite baie calme et reposante, face à une plage très peu fréquentée, comme on en trouve assez peu sur cette côte très touristique.

 Le soleil est de retour comme promis et avec lui les températures diurnes qui chatouillent déjà les 25 degrés en cette fin Janvier.

 

PASITO BLANCO

Agur au mouillage à Pasito Blanco

 

Nous avons prévu plusieurs escales, très proches les unes des autres, sur cette côte Sud de l’île, quelques excursions intérieures, et nous poursuivons notre repérage en vue de recevoir nos « jeunes » en Juin…

L’humeur est, comme le temps, revenue au beau fixe.

Est-ce utile de préciser que nous mesurons chaque jour notre chance de pouvoir régler nos conditions de vie selon nos préférences du moment ?

Même s’il est vrai que la liberté est intérieure, comme me le rappelle souvent Syl, avoir le pouvoir d’agir sur son environnement immédiat, et aussi celui d’oublier le temps, en constitue déjà les deux premiers éléments. C’est en tous cas, à mon avis une richesse colossale, qui présente de surcroît l’avantage d’échapper à toutes les places boursières du monde, et à l’assiette imposable !

Ce n’est peut-être pas un hasard si le nombre « d’équipages vagabonds » est en constante augmentation…

A bientôt sur le blog de Ciao/Agur !

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commentaires

Patrick 02/02/2015 07:01


Merci Michel et Syl pour ces 10 minutes de rêve !


Le style de votre blog est toujours aussi captivant, continuez !


 

Michel 05/02/2015 21:50



Merci Patrick ! Nous vous envoyons aussi un peu de soleil et quelques degrés ; nous nous habituons très bien à la douceur de cet hiver !



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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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