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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 13:37

Une puce sur le dos d’un éléphant…

 

C’est l’image que m’évoque Ciao, évoluant à la vitesse de ses petites voiles qui tentent de capter le moindre souffle de vent, sans y réussir totalement, le long de cette échine interminable (le dos de l’éléphant -pardon pour la promotion du tourisme en péninsule ibérique-) que constitue la côte espagnole entre le point où nous l’avons rejointe en face d’Ibiza, et Malaga où nous sommes aujourd’hui.

 

Par des navigations assidues de 6 à 12 heures par jour, nous avons avancé doucement à une moyenne de 5 Nœuds (9 km/h)…

Autant dire qu’en voilier, on a le temps d’observer les moindres détails le long de la côte, et à notre grand  étonnement, en ne rencontrant que deux types de paysages jusque Alméria.

 

Des jours entiers à observer des cailloux, des roches sombres, des falaises abruptes émergées depuis des millénaires et qui ne portent aujourd’hui encore, aucune trace de vie. Pas un arbuste, pas un cactus ; rien que du minéral brûlant de soleil tombant à pic dans le bleu profond de la méditerranée, sous une frange de dentelle blanche, nous permettant de mieux cerner les distances et les échelles de ces colosses qui nous feraient perdre toute notion de grandeur.

 

La variante se livre lorsque brusquement le relief s’efface au détour d’un des multiples caps, ou corniche pour laisser découvrir une zone habitée. L’effet de contraste est saisissant tant ces « petits » endroits sont totalement saturés d’immeubles de 15, 20 étages ou plus, agglutinés le long d’une plage. IMMEUBLES

La vie, a dû s’incruster là, il y a quelques siècles, par quelques maisons de pêcheurs que l’on ne devine même plus, pour laisser la place à ces énormes constructions qui se côtoient sans aucune harmonie, ni soupçon d’esthétique. Curieuse politique d’aménagement du territoire…IMMEUBLES 02

 

 

 

 

 

 

Nous sommes souvent interloqués devant ces amalgames de béton, en essayant d’imaginer le plaisir, et l’équilibre de vie des populations locales… Le temps nous manque, mais nous aimerions mener l’enquête, rencontrer des gens, échanger, comprendre…


 

Plus loin, aux environs d’Alméria, si le thermomètre n’était pas aux environs de 35 degrés, on pourrait croire que les plaines sont enneigées. Des centaines et des centaines d’hectares apparaissent blancs, à peine fractionnés géométriquement.

Nos amis espagnols auraient-ils cette fois emballé le paysage d’Andalousie dans du film plastique ?

Eh bien oui ! Nous savions que nos belles tomates du mois de janvier, et d’ailleurs une grande partie du rayon fruits et légumes (disponibles toute l’année) de nos hypermarchés venaient de ces régions… Nous visualisons maintenant et prenons conscience des volumes et des tailles de cette astronomique production sous serres…

SERRES

SERRES 01

Pauvre nature…


Et nous, que sommes-nous en train de devenir ?

Sensations de vertige…

 

 

Revenons les pieds sur mer ; sur Ciao ; le tempo de notre voyage a changé, et même si la vitesse de progression est lente, le rythme est soutenu. Nous ne sommes plus en croisière, nous sommes en « convoyage de bateau ». Il faut avancer. Nous avons planifié et nous devons tenir nos dates.

Les nuits sont parfois courtes ; il y a peu de mouillages abrités sur cette portion de côte ; nous nous posons souvent simplement en bord de plage lorsque la mer est calme, et il arrive qu’au petit matin Ciao s’apprête à surfer sur une houle venue d’on ne sait où… Il faut quitter ; ah ! Il est 5 heures… Alors on se dit « ce sera l’occasion de faire une grande étape ! ».

Nous validons que le catamaran est beaucoup plus stable que ne le serait un monocoque en mêmes circonstances, et nous apprécions de pouvoir nous autoriser ce type d’escale, sachant que l’on pourra se reposer en navigation.  

 

Un jour sur trois environ, nous débarquons avec l’annexe, les sacs à dos, en quête d’un « super-mercado » pour réapprovisionner en pain, et produits frais, trouver un bar avec une connexion Wifi, rafraichir les données météo (précisons-le : souvent à côté de la plaque) et rafraichir par la même occasion l’équipage par une « Cervesa, Helados, ou Mojitos…», histoire de donner régulièrement une touche « vacances » à ce déplacement.

D’autant qu’il revêt par moments des allures de « non-sens » (planning oblige) comme tout au long de la journée d’hier, où nous avons pris un départ face au vent, convaincus par les prévisions météo qu’il s’agissait d’une particularité locale, donc très passagère…

 

 Nous nous sommes propulsés avec un moteur d’abord à mi-puissance, puis au maximum, et enfin nous avons poursuivi avec les deux moteurs « plein pot », à la limite de rebrousser chemin, progressant péniblement à 3 Nœuds contre un vent de force 4 à 5, et une mer hérissée de moutons dans laquelle Ciao semblait se prendre pour un dauphin, en ignorant totalement ce que nous devenions.

En fait au terme de 5 heures de shaker et 30 litres de carburant volatilisés, nous sommes quand-même contents de vérifier que le mal de mer nous a bel et bien quittés, et que le seau bleu (après soigneux rinçages) peut passer à une autre activité plus gratifiante, comme recueillir les produits de la pêche.

 

Oui, s’il vous plait personne ne se moque !

Sur Ciao nous pêchons maintenant !

D’ailleurs pour preuve (vérifications comptables à l’appui), notre tableau de pêche a ainsi progressé :

D’abord :

 

-          Un bidon plastique

-          Une poche plastique (décidément la mer est sale)

-          Une vedette à moteur (qui nous a arraché la ligne après un emballement de moulinet, et un « déracinement » de canne à pêche – heureusement qu’elle était solidement attachée)

-          Le tee shirt du capitaine (ferré par la manche lors d’une manœuvre sur l’arrière) – multiples jurons en conséquence…

-           

Puis l’expérience a porté ses fruits :

 

-          2 Serrans et 1 sardine

-          5 Oblades

 

Avec un couac quand même

 

-          Un oiseau de mer (qui s’est précipité sur le joli poisson qui constitue le leurre de la ligne à la traîne ; l’oiseau s’est heureusement décroché au bout d’une minute de ski nautique)

 

Et retour fructueux par

 

-          6 maquereaux espagnols

 

Ouah !!! disent-ils fièrement ! Clap clap clap !

 

Bon c’est vrai, pour l’instant pas de poisson noble, pas de bonite, mais nous sommes en très nette progression.

 

Aux environs de Gibraltar, nous allons devoir relever nos lignes pour éviter malencontreusement de repêcher un immigrant clandestin !

 

Sous ce trait d’humour décalé (pardon si je choque) se cache une bien triste réalité qui m’affecte ; chaque jour nous entendons sur la radio marine VHF, des appels officiels concernant des embarcations légères qui se sont lancées depuis les côtes marocaines à travers les flots pour tenter de rejoindre l’Espagne. 57 personnes sur l’une, 14 personnes sur un autre pneumatique, et jusque là nul ne sait où est passé tout ce beau monde …

Quelle époque !

 

Tiens justement revenons à nos pontons…

Nous sommes à Malaga, pour deux jours (pour cause de vent fort d’ouest). Malaga est un grand port commercial, paquebots, cargos, vedettes de promenades sillonnent le bassin ; les quais sont bordés de terrasses ombragées et sonorisées, l’allée de promenade est équipée de brumisateurs ; l’endroit est très fréquenté ; les policiers du port passent leur temps à griller du gasoil en faisant l’aller-retour d’un bout du quai à l’autre.

 

D’ailleurs nous étions à peine accostés, sans attendre que les amarres soient frappées, qu’ils nous mettaient le grappin dessus en nous expliquant la règle d’ici.

« Si vous restez une nuit, vous payez 1 fois jusque minuit pour aujourd’hui, et 1 deuxième fois à partir de minuit pour demain. » Bref il faut payer 2 jours pour passer une nuit ! Original ! Il faut de l’imagination pour pondre un truc comme çà ! Jamais vu encore !

Pas trop le choix, la mer est mauvaise, le mouillage n’est pas envisageable…

 

Nous apprendrons plus tard auprès d’autres voyageurs marins (mais chut çà reste entre-nous) que la police portuaire fait ses « petits arrangements » alors que le bureau du port (fermé à l’heure à laquelle nous sommes arrivés) proposerait un calcul normal : 1 nuit on paye 1 fois ! Etrange…

De plus nous avons dû régler en espèces exclusivement… Interdisons-nous toute interprétation ; nous avons une facture qui ressemble à une vraie !

Nous avons tenté de faire régulariser la situation, mais le fonctionnaire du bureau de port, embarrassé, après s’être emberlificoté dans ses explications, s’est finalement rangé aux explications des « grilleurs de gasoil »…

 

Drôle d’époque…

 

Contrairement à cette ineptie, à 50 milles en amont nous nous sommes arrêtés à Roquetas del mar, superbe marina très propre et parfaitement équipée, où nous avons été accueillis aimablement et cordialement, en payant une modique redevance pour 24 heures, et en bénéficiant d’une souplesse de plus de 2 heures sur l’horaire de départ…

A noter que cette marina était quasiment vide. Seuls 5 % des places étaient occupées.

La crise ! Expliquait le fonctionnaire du port…

 

Ceci explique peut-être cela…


 Nous vous invitons à partager 3 minutes et demi à bord de Ciao en cliquant la vidéo ci-dessous. (Coeurs sensibles : attention au mal de mer !)

 

 


 

 

 

 

Notre prochaine étape consiste à rejoindre Gibraltar, assez proche maintenant, et passer le détroit pour retrouver les eaux atlantiques. Passage délicat où il est nécessaire de jongler finement avec les horaires de marée, les courants marins assez forts, et le sens du vent qui doit nécessairement être un allié.

Il avait été question d’une visite des côtes marocaines ; ce projet restera dans les cartons. Nous devons « tailler la route » à présent…

 

 

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commentaires

Millner 01/07/2012 18:21


En cette période de vacances vous nous faites réver.Vous nous donner  l'impression  de faire partie de ce voyage et de partager votre aventure!.. A le seule différence que nous
n'arrivons pas à bronzer,ni à pécher ,méme pas une daurade.


Quels marins!!!...Super


Vivement la suite


Et bon vent !

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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