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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 16:15

En jouant la carte de la transparence, le gouvernement choisit de remettre les pendules à l'heure ! Pour le coup, c'est parfaitement synchro puisque nous passons à l'heure d'été.

Grâce à cette mise au point précieuse, nous savons maintenant quand et combien d'équipements de protection, de machines de réanimation et de tests ont été commandés. Super ! Et il est encore plus facile et rapide de compter ceux qui sont disponibles...

Pour combattre efficacement ce virus, il faudrait que le monde entier entre en surproduction de ces équipements spécifiques, au moment même où il se met à l'arrêt pour se protéger.

C'est l'usine de pompes qui est inondée, la flotte de canadairs qui brûle dans un incendie, une foule qui hurle pour exiger le silence, une planète qui s'empoisonne pour avoir une vie meilleure...

Ce qui cloche surtout c'est que le temps est compté. Vite ! Vite !

Il faut enrayer cette pandémie pour vite relancer l'économie, celle-là même qui nous conduit à la situation ubuesque dans laquelle tout le système auto-fragilisé par ses interactions, ses sur-sollicitations, génère entre autres des pollutions, des fragilités respiratoires chez les pauvres humains, des extinctions d'espèces, un appauvrissement de la biodiversité et par voie de conséquence favorise le développement de ce genre de virus destructeurs, et aussi nous réserve bien d'autres surprises comme, par exemple, celles qui sont cachées dans le permafrost qui se réchauffe...

Vivement que nous puissions à nouveau voyager dans le monde avec des prix de transports les plus bas pour relancer la machine, vivement que nous puissions acheter en solde les stocks de fringues fabriquées à l'autre bout de la planète, acheter des voitures (électriques bien sûr), manger des avocats du Mexique, jeter nos fraises. Vivement que nous achetions les derniers téléphones 10 G pour mieux communiquer à travers le monde et nous filmer sur fond de ciel chargé de particules, nous connecter (mot magique). Nous connecter un peu plus à notre envie d'en finir avec nous-mêmes.

Réparons au plus vite ce véhicule, et surtout reprenons son accélération qui nous emmène droit dans le mur. Ce serait dommage de le louper !

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Février 2016 - Sur le voilier en transatlantique - Jour 12 -

Nous avions prévu de nous reposer, mais finalement, compte-tenu des dernières nouvelles et conscients de ce qui nous attend, nous veillons toute la nuit sur le pilote et la voilure, nous réglons fréquemment l’un et l’autre pour en tirer la meilleure progression possible.

Au petit matin, je suis englouti dans un sommeil similaire à une anesthésie. Syl m’appelle, me bouge, rien n’y fait. Elle est inquiète, un énorme nuage noir nous rattrape. Elle patiente au maximum.

En 10 secondes des cordes de pluies se déversent, et le vent siffle ses rafales typiques des grains tropicaux.

Cette fois elle hurle un « Michel », très efficace.

Tel un zébulon je me retrouve ébahi au milieu du cockpit ne sachant plus sur quel bout’ tirer. Au cœur de ce sommeil abyssal, je ne me souvenais même plus que j’étais sur le bateau, alors forcément…

C'est notre baptême du grain ! Il passe.

D’autres lui succèdent toute la matinée. Nous exploitons leurs rafales sous lesquelles nous avançons très vite, mais entre les grains la vitesse chute.

Il y a décalage d’une heure encore. C’est le dernier. Nous sommes maintenant à l’heure antillaise.

Nous descendons vers la Martinique depuis 24 heures maintenant.

15.27 N - 53.32 W

2020 03 29 - Confinement - Jour 12 -

L’après-midi un grand soleil revient.

Le dernier grain s’éloigne avec ses vents internes. Il nous laisse là, englués sur la surface de l’océan encore bien agitée.

Plus un souffle.

Le bateau s’arrête, vitesse nulle.

Les voiles balancent, passent d’un bord à l’autre. Elles n’ont plus d’utilité, nous roulons le génois et descendons la Grand voile au 2° ris, bôme retenue, pour éviter les claquements, et garder quand-même un semblant de surface toilée au cas où.

Un voilier sans vent donne une grande sensation de désœuvrement et un non-sens total…

Les prévisions étaient justes. Nous sommes cloués là pour 48 heures au moins. Si les prévisions sont justes pour le calme plat, elles le sont certainement aussi pour le coup de vent qui va suivre.

Nous sommes encore à 450 milles (800 km) de notre point d'arrivée.

Rester là « à camper » est possible, mais démotivant au possible. D’autant qu’ensuite nous savons que nous aurons 3 jours de temps fort, voire très fort à supporter pour clôturer cette transat.

A moins d’avancer doucement au moteur...Ce qui sera fait sera fait… C'est à priori la meilleure option.

C'est le moment d'examiner de près nos 48 heures d’autonomie en Gasoil. En deux jours complets nous pouvons parcourir 240 milles (430 km), une bonne moitié de ce qui nous reste.

Quelques doutes s’immiscent en ce qui concerne la consommation des moteurs. Elle est peut-être supérieure à ce que nous pensons, nous n'avons jamais été en nécessité d'y regarder précisément. Nous devons conserver un minimum de gasoil pour d'éventuelles manœuvres de sécurité, et pour l'arrivée.

Nous multiplions les calculs. Nous tergiversons.

Je descends dans la cale moteur et j'installe sur le réservoir de gasoil une jauge visuelle avec un tuyau translucide raccordé à la vanne de vidange du réservoir. C’est plus précis que l’aiguille de la jauge. Je vois exactement le niveau de carburant.

Nous décidons donc de poursuivre au moteur au régime le plus économique, en nous interdisant d'aller au delà d'un seuil minimum de carburant d'une vingtaine de litres.

L’océan s’aplatit. Il devient un grand lac, sirupeux, huileux, et tellement paisible…

C’est ce qu’on appelle « la pétole ».

2020 03 29 - Confinement - Jour 12 -

Moteur en continu, quelques heures sur bâbord, quelques heures sur tribord. Nous avançons à 5 nœuds de moyenne.

Nous faisons des relevés réguliers. Nous confirmons que nous avons au minimum 48 heures d’autonomie, peut-être  un peu plus en optimisant, jusqu'à 60 h au grand maximum.

Nous grignotons encore un peu notre forfait de communication satellite, il ne nous reste qu'une dizaine de minutes, et reprenons une météo.

Nous aimerions voir autre-chose, mais non. Il n'y a rien à espérer avant 2 jours, par contre derrière, les conditions s'annoncent plus dures que prévu : 25 à 30 Nœuds de vent - force 6 à 7 - venant du Sud, c'est à dire de travers, voire même un peu au près.

C'est clairement une mauvaise configuration, surtout en catamaran. C'est l'allure où ça cogne le plus contre les vagues, où c'est le plus pénible...

Nous ne sommes pas enchantés.

2020 03 29 - Confinement - Jour 12 -

L'océan, un peu taquin,  nous souhaite une bonne nuit à sa manière, mais nous connaissons son langage ; les jolis ciels sont souvent annonciateurs de mauvais temps.

Celui-là ne fait pas exception.

 

A demain

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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