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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 13:48

2020 03 23 - Confinement - Jour 6 -

Comme sur le bateau en transat ou chaque instant ressemble au précédent, les jours de ce confinement finissent par se confondre ; d'où l'intérêt de tenir un journal.

Après ce gros bouleversement d'il y a une semaine, on peut constater que la logique du copier-coller se met en place.

Par le hublot "télé", on y voit le même paysage, des images de villes vides, le même tableau de chiffres tombe aux mêmes heures, avec le bilan des victimes et une même expression d'effroi à laquelle on aurait tendance à s'habituer...

A 20 heures, les mêmes images des applaudissements destinés aux équipes médicales.

Les mêmes incohérences, les mêmes questions : où sont les masques ?

Les mêmes français qui tentent de contourner les consignes que les forces de l'ordre peinent à faire appliquer.

Les mêmes péripéties des confinés qui rivalisent de créativité pour trouver l'originalité de sauter à la perche sur un balcon, ou de faire du skate dans le salon.

Décidément cette année est étrange.

Même elle, depuis son premier jour, elle porte le copier-coller dans son chiffre 2020  ; deux - zéro - deux - zéro. Chaque mois on y a droit : 01 01 2020, 02 02 2020, 03 03 2020...

Noël au balcon - Pâques aux balcons ? C'est dans le domaine du possible...

Et ce virus, qui a tout compris avant tout le monde, il se recopie à l'infini...

Faudra-t-il attendre 2021 pour un vaccin contre le copier-coller ? Vraisemblablement...

 

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Janvier 2016 - sur le voilier en transatlantique - Jour 6

 

Ici nous sentons que quelque chose change, histoire de me contredire...

 

Dès les premières heures, c'est une journée de manœuvres qui démarre. Le vent est devenu instable en direction, irrégulier dans sa vitesse. Il oscille autour d'un axe qui ne nous arrange pas, nous obligeant à d'incessants changements d’allures.

 

La grand voile d'un côté, de l'autre ; même chose pour la voile d'avant qui décroche régulièrement, perd son effet propulsif, reprend le vent et claque brusquement en ébranlant le gréement au risque de se déchirer ou de casser quelque chose.

 

Qu’importe, nous sommes rodés, les gestes sont fluides, sûrs, rapides.

Agur sollicite de l'attention aujourd'hui. Nous faisons tout pour lui faciliter la tâche, nous sommes une équipe après tout.

 

Bon il y a des limites...Temps mort !

Nous finissons par rouler le génois devenu trop pénible et nous passer de ses services. Petite perte de vitesse, grande augmentation de la tranquillité.

2020 03 23 - Confinement - Jour 6 -

Il faudrait bien jeter un oeil à l'anticyclone qui dirige les alizés ; il est peut-être en train de nous préparer une blague.

 

La marche du bateau devenant plus facile à gérer avec la grand voile seule, nous prenons la décision de rafraîchir les données météo. Pour cela il est nécessaire de connecter l'ordinateur au téléphone satellite, et de télécharger les fichiers grib qui nous permettent d'interpréter la situation.

Nous aimerions avoir une situation globale sur tout l'Océan Atlantique, mais le poids des fichiers est trop important, il est nécessaire de restreindre la requête à une zone étroite et orientée dans l'axe de notre déplacement.

 

Par cette lucarne beaucoup trop mince à notre goût nous découvrons que dans 3 jours une zone de calme va nous barrer la route. Pourquoi ? Nous ne pouvons pas y répondre avec aussi peu de données. Dans tous les cas c'est plutôt une mauvaise nouvelle, car ne l'oublions pas, notre moteur c'est le vent. Pas de vent, pas d'énergie pour avancer...

Nous devons obliquer vers le Sud d’une bonne centaine de milles (200 km), pour rester dans des flux suffisants pour avancer correctement.

 

Correction de cap vers le sud, il sera toujours temps de compenser dans les jours suivants pour rejoindre notre objectif.

 

Peut-être aurions-nous dû prendre les services d'un routeur. C'est un spécialiste météo, installé à terre avec des données mondiales et qui est capable de router n'importe quel bateau d'après les analyses qu'il fait bien au calme dans son bureau. Un simple sms par jour par le téléphone satellite, et il suffit de lui faire confiance, il indique la route à suivre.

 

Nous n'avons pas opté pour cette solution au motif que c'est un service qui, d'une part coûte quelques centaines d'euros, et d'autre part dénature quelque peu la traversée.

C'est difficile de faire le choix entre tout sécuriser ou laisser une part d'autonomie, d'aventure, et sauvegarder cette rupture voulue avec le fonctionnement de la société.

Je l'écrivais précédemment : " à chaque choix, ses conséquences".

 

A la mi journée nous notons le point : 16.59 N - 40.03 W

2020 03 23 - Confinement - Jour 6 -

Est-ce la contrariété ? Dans l’après-midi, une indigestion me tracasse.

Migraine, maux de ventre. Je ne supporte ni le bruit, ni la luminosité. Impossible de faire cesser le désagrément. Pas de mode « pause », la transat continue. Je me repose davantage. Syl assure, elle est en pleine forme.

 

Nous adoptons une voilure plus réduite que nécessaire en fin de journée dans le but de passer la nuit sans intervenir sur les voiles. Le bateau ralentit un peu, c'est dommage mais nous gagnons en confort, et surtout nous évitons les manœuvres sur le pont qui, lorsque l’on n’est pas en forme, sont particulièrement éprouvantes.

 

Un peu verdâtre, je prends quand même les quarts de nuit ; ils sont franchement pénibles. J’ai une sensation « d’interminable » qui se met en place. Il me semble que nous sommes partis depuis 15 jours déjà alors que, sur le papier, nous n’avons pas encore bouclé la première semaine.

 

Ça fait partie de la gamme des sensations que d'être amené à se dire "mais qu'est ce que je fais ici ?".

Elle permet de prendre conscience que les marges de manœuvre sont minces.

Il faut que tout aille parfaitement bien.

En isolement, dans la nature, l'humain est un être fragile et il se sent vite vulnérable. Le moindre grain de sable est un rocher, un rocher une montagne. Leçon d'humilité.

 

Vivement demain.

 

 

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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