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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 17:15

Le soleil se lève sur une France qui, petit à petit, se recroqueville dans sa coquille. L'épidémie s'aggrave, la courbe du nombre de victimes décolle. Nul ne sait jusqu'où elle s'élèvera.

Les mesures de confinement se durcissent, les plages sont interdites, les activités en montagne sont interdites, les marchés sont fermés, la police chasse tout le monde des rues. Des drôles de drones diffusent : rentrez chez vous ! Rentrez-chez vous ! Les SDF se regardent et se demandent comment interpréter ces messages...

Les équipes médicales cherchent des masques et des équipements de protection qui sont promis depuis longtemps mais qui n'arrivent pas. Les hôpitaux de l'Est de la France sont débordés, ceux du Nord de l'Italie ont dépassé ce stade et appellent au secours. Fusées rouges ! Le navire prend l'eau !

Dans les hautes sphères pendant que l'économie, elle aussi, est admise en réanimation, que les banques centrales lui envoient de l'air et des transfusions, un projet de loi d'urgence est en passe d'être signé.

Dans cette réalité que l'on aimerait n'être qu'un scénario de science fiction on entend les signaux d'une grande confusion. Une page d'histoire est en train de s'écrire.

Des artistes diffusent sur le net des concerts gratuits à l'attention des millions de personnes confinées chez elles, les familles s'organisent, chaque maison, chaque appartement est un radeau de sauvetage. Chaque soir, à son balcon, on applaudit les soignants qui sont à la limite du possible...

La durée du confinement a été annoncée initialement à 15 jours. Comment y croire ?

Les politiques nous vendent déjà, discrètement, l'idée d'un prolongement comme s'ils étaient devant 60 millions de naïfs. En quoi pensent-ils que c'est une bonne idée d'annoncer court et de reculer la ligne d'arrivée à mesure que l'on avance ?

Ça revient à embarquer pour une transatlantique de 15 jours avec un capitaine qui finalement décide d'effectuer un tour du monde de peut-être 60 jours. Sur un bateau c'est courir le risque d'une mutinerie !

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Janvier 2016 - sur le voilier Traversée atlantique - Jour 3

Tout va bien à bord.

Pas de manque d'énergie cette nuit ; le pilote automatique consomme moins lorsque la mer est calme et le vent modéré. Les moteurs sont donc restés silencieux et notre réserve de carburant intacte.

Cadeau ! Au lever du jour il y a un poisson volant échoué sur le trampoline. Nous le récupérons. On ne peut rien en faire tant qu'il est seul, mais régulièrement des envolées de ces exocets se déclenchent à l'approche du bateau ; nous en récupérerons certainement d'autres en vue d'un petit plat de poisson frais.

 

La matinée file, tranquille, le bateau est un peu plus lent, et surtout plus confortable ; nous sommes sur une allure de « grand largue » peu exigeante en surveillance au niveau des voiles. Nous ressentons le bénéfice d'avoir allongé les quarts à 3 heures au lieu de 2, la sensation de repos est meilleure, ou alors nos organismes commencent à s'habituer...

 

Nous n’entendons rien à la radio ; de temps en temps je m’assure qu’elle fonctionne toujours.

Oui, c’est juste qu’elle diffuse un silence profond ; nous sommes vraiment seuls, cette perception est intense, mais pas angoissante.

2020 03 20 - confinement - Jour 3

De manière certaine, nous avons maintenant dépassé le point de non-retour. A partir de là, le sentiment d’isolement face à tout ce qui peut arriver, est entier.

 

Notre position à midi : 17.12 N - 32.30 W

2020 03 20 - confinement - Jour 3

Bonne nouvelle, je peux maintenant commencer à quitter l'horizon du regard sans ressentir que l'estomac se barbouille, la lecture devient possible.

Nous avons des liseuses qui présentent l'avantage de pouvoir contenir une bibliothèque entière sans l'inconvénient du poids. Même si le plaisir de lecture est moindre car l'écran n'imitera jamais le toucher du papier, la diversité des contenus est appréciable.

Avant ces inventions électroniques, les gens de bateau pratiquaient depuis longtemps l'échange de livres. Chaque bateau en détenait dix ou vingt, et aux escales les livres s'échangeaient de la main à la main à l'occasion d'une rencontre, ou alors étaient déposés sur une étagère dans les bars du port, dans les laveries, dans tous lieux de fréquentation commune.

Cette pratique s'est maintenant généralisée, même à terre.

 

Une routine de vie s'installe. Les nouveaux rythmes sont intégrés. Nous avons presque oubliés que nous sommes terriens.

Un végétal à bord nous le rappelle. Nous avons un plan de basilic qui nous accompagne depuis les îles Canaries. Il participe généreusement à toute salade de tomates, et quelque part cette plante nous relie à la vie terrestre. De son feuillage à nos racines...

 

Le temps passe, s'étire, il peut paraître plus ou moins long selon les moments. Nous échangeons sur nos lectures. Nous nous connectons à ceux qui sont à terre par des pensées régulières, des échanges imaginaires avec les uns et les autres, comme une envie de partage, d'union... Nous n'avons aucun moyen de communication. Le téléphone satellite est là uniquement en cas d'urgence.

 

Nous entretenons nos calculs et nos prévisions d'arrivée. 15 jours semblent jouables. Notre mental se conditionne par rapport à cette durée. Nous regroupons notre énergie autour de cet objectif comme on regroupe ses forces pour franchir un obstacle. Nous avons fait 3 jours sur 15, c'est 20 %. Cet étalonnage sert de jauge et nous encourage, nous gérons nos ressources physiques et mentales avec ces données.

 

Syl s'évade graphiquement...

2020 03 20 - confinement - Jour 3

De mon côté j'ai beaucoup de mal à structurer la notion du temps. Chaque moment ressemble à celui de la veille ou de deux heures plus tôt. J'ai l'impression d'être parti depuis plus d'une semaine !

Je note le vécu et sa chronologie, heureusement...

Le lâcher prise c'est  bon, mais la gestion de la traversée est nécessaire aussi !

 

 

Aujourd'hui est une journée fluide, sans complication, simple et sereine. Il y a de nombreux instants qui semblent vides d'actions c'est vrai, mais ils sont remplis d'être. L'ennui n'existe pas.

La tentation est d'imaginer que toutes les journées seront comme celle-ci.

2020 03 20 - confinement - Jour 3

Le soir s’approche, et avec lui la ronde des quarts. Ce soir Syl assure le début de nuit jusque minuit. Je prends ensuite jusque 3 heures. Il nous faut une régularité, et qu'elle corresponde à nos propres dispositions; celle-ci c'est celle qui nous va le mieux.

 

La lune, quant à elle, encore une fois va s’élancer dans le ciel juste à l’arrière du bateau, passer au dessus, et se coucher devant, dans notre direction. C'est pratiquement la même trajectoire que le soleil, mais chaque nuit elle se décale un petit peu dans l' horaire et bientôt nous savons que les nuits seront moins lumineuses, pour finalement être totalement noires.

 

J'aime particulièrement faire le quart du matin, celui qui assiste au lever du soleil ! Quelle joie d'ouvrir sur un jour neuf ! Rien que ça c'est un bonheur.

 

 

Bonne nuit bon quart ! A demain !

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  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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