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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 14:32

Depuis Lundi 16 mars midi nous sommes entrés dans une période dont tout le monde se souviendra.

Les instructions de confinement sont globalement respectées, mais globalement seulement...

Encore beaucoup trop de gens se promènent, vont au marché, sortent pour des motifs futiles qui sont déguisés en nécessaires. Ils veulent bouger, il veulent garder cette petite latitude spécifique qui leur permet de ressentir leur liberté de faire quelque chose ... Faire un jogging, faire un petit tour, faire des courses, faire le malin... A moins qu'ils n'aient pas conscience...

Il faut que des policiers descendent dans la rue, qu'ils expliquent, insistent, que leurs regards s'assombrissent, que les contraventions pleuvent, pour que les français se mettent enfin à l'abri.

Si mon cœur était à sourire il le ferait, en observant qu'il n'est apparemment pas donné à chacun de rester chez soi, avec ce "bien-trop-de-rien-à-faire" encombrant.

Elle était finalement pratique cette vie moderne rythmée, effrénée même, dans laquelle l'Activité, avec un grand A, était centrale ; activité professionnelle, activité sportive, activité culturelle, activité de loisirs... Tellement pratique pour éviter de se retrouver face à soi, face à des réflexions plus profondes, face à l'autre, face à la réalité.

On y reviendra à l'activité, heureusement, mais pour l'heure c'est STOP pour tout ceux qui en ont la possibilité!

Profitons-en, par exemple, pour réfléchir...

Réfléchir aux conséquences de nos comportements, là précisément, dans cette crise sanitaire et pour réfléchir à l'autre crise qui se profile juste derrière, économique, et l'autre encore derrière, climatique, celle dont on parle moins actuellement et vers laquelle on file à toute allure en se voilant la face...

A chacun de nos choix : une conséquence... Heureuse ou malheureuse, à chacun de choisir, mais on est tous dans le même bateau...

 

 

Janvier 2016 - Sur le voilier, traversée atlantique. Jour 2 .

A chacun de nos choix : une conséquence... Heureuse ou malheureuse, à chacun de choisir...

En bateau en pleine mer, c'est encore plus vrai, et aucun navigateur ne me contredira. Il suffit de négliger un détail, de prendre une mauvaise option et l'addition suivra immanquablement tôt ou tard. Quelque soit le sujet !

C'est logique, c'est une petite unité en autonomie au milieu de la nature, tous les équilibres sont fragiles, comme sur la planète finalement...

Tenez hier soir, j'ai écrit qu'il était nécessaire d'économiser l'énergie électrique. Nous l'avons fait, mais malgré cela :

Minuit : un défaut apparait sur l'écran du GPS ; en même temps le pilote automatique se met en sécurité, il n'est plus opérationnel, le frigo vient de se mettre en marche il prend toute l'énergie, il est rempli au maximum et il n'est pas question de compromettre la conservation de nos produits frais.

Nous avons sous la main un remède évident : mettre l'un des deux moteurs en route, et son puissant alternateur va recharger. Facile l'énergie fossile !

Mais je sais que je dois calculer au plus juste ce temps de recharge au moteur car le carburant est compté. En mer, pas de station service... Nous avons un réservoir de 250 litres mais au départ de Mindelo au Cap Vert, avec une pompe défectueuse et très très lente nous n'avons pris que 200 litres en presqu'une demi-heure. Impatients, nous avons jugé que ce serait suffisant... Je le regrette un peu. Nous avons environ 48 heures d'autonomie. Avec le plein nous aurions 12 heures de plus.

Je limite la recharge à une heure de moteur, ce sera suffisant pour attendre que les premiers rayons de soleil, demain, prennent le relais par les panneaux solaires.

Il reste à analyser pour quelle raison l'autonomie électrique n'est pas suffisante alors qu'elle l'a été jusqu'à présent. La réponse est simple : sur cette traversée nous naviguons vers l'ouest. Le soleil se lève sur l'arrière du bateau, passe sur le côté bâbord en milieu de journée, et termine sa course droit devant. Pendant toute sa course au Sud, une bonne partie de la journée, l'ombre des voiles se projette sur les panneaux solaires qui en profitent pour faire la sieste.

J'y avais pensé lors de la préparation, mais j'ai sous-estimé le phénomène, puis je l'ai oublié et au moment de faire le plein de gasoil ce paramètre n'a pas été pris en compte ; alors maintenant il faut faire attention à la consommation de carburant, il se peut que nous en ayons besoin plus tard...

Ce problème réglé et compris, j'échange avec Sylvie sur une autre décision que nous avons à prendre.

Plusieurs fois d'autres équipages nous ont dit : « une fois au large, tu ne verras plus personne ; plus besoin de faire de quarts de veille ; tu mets le pilote, le radar, et tu dors ! ». Mouais… Ca fait bizarre quand-même ; mais c’est tentant...  

Nous n'en sommes qu'à la deuxième nuit ; remplis de courage, nous sommes d’accord pour maintenir encore les quarts de veille. Au moins cette nuit. Sans le savoir, c’est une résolution doublement justifiée que nous prenons… Sylvie prend la première période de repos sur la couchette intérieure, je me colle à la veille pour 2 heures.

 

A l’appui de la propulsion mécanique que je viens de mettre en marche, c’est l’occasion de rectifier le cap car le vent, petit à petit, nous avait contraints de nous écarter de quelques milles de la route tracée afin de pouvoir conserver le réglage de voiles le plus favorable.

Correction donc de quelques degrés sur bâbord.

 

C’est pratiquement la pleine lune ce soir. On y voit à 360 ° jusque l’horizon comme lors d’un crépuscule. C’est un éclairage féérique diffusé par l’atmosphère légèrement brumeuse à la surface de l’océan.

 

Une demi-heure plus tard, mon regard capte un petit lampion vert entre deux vagues sur notre droite, à mi distance entre nous et l’horizon. Incrédule, j’observe aux jumelles ; en effet je vois un feu de navigation vert, mais je ne discerne pas la structure du bateau ; un voilier ? Une barque de pêche si loin des îles ? Perplexe. L’embarcation semble arrêtée, nous la laissons rapidement glisser sur l’arrière.

Au radar, rien ; que les échos des plus grosses vagues. Bizarre.

Je réalise que cette petite embarcation est à peu de chose près là où nous devions passer si je n’avais pas changé de cap quelques instants plus tôt. Invraisemblable concours de circonstances, pas rassurant du tout … mais l'incident est clos.

 

J’informe Syl au changement de quart ; nous devons rester vigilants. Tout est calme pour elle.

 

Plus tard, je reprends mon tour. Je somnole avec le réveil près de l’oreille, et toutes les 30 minutes je sors faire un tour d’horizon systématique. C’est réglé, presque mécanique ; un peu téléguidé, mais c’est suffisant pour repérer à temps quelque chose qui s’approcherait.

A 5 heures, apparaît un feu blanc sur l’horizon, droit devant.

Normalement un feu blanc, c’est l’arrière d’un bateau.  A priori nous suivons quelqu’un.

Je reviens voir 10 minutes plus tard, le feu est nettement plus visible, un autre se dessine juste à côté. Rapidement c’est une grappe de feux qui se rapproche en plein face à nous. Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

On ne le suit pas, il se rapproche beaucoup trop vite.

Conclusion : il est droit dans notre axe et en sens inverse.

 

Au radar rien, sauf les échos des plus grosses vagues. Cette fois c’est carrément louche…

 

Aux jumelles je distingue la proue d’un petit cargo qui tangue en remontant les vagues, face à nous.

Il est urgent de faire quelque chose ! Je m’écarte brusquement de 20 degrés, et nous croisons en effet de très près un petit navire de commerce d’une cinquantaine de mètres aux multiples projecteurs et aux feux de navigations restés invisibles à cause de l’aveuglement produit par les éclairages. Et lui nous avait-il vus ? J'en doute. Il est si proche que s’il y avait eu des hommes sur le pont je les aurais distingués facilement.

Coup de chaud rétrospectif donc. Ca nous arrive finalement assez souvent ce genre de rencontres lors des navigations côtières, mais là je n'en crois pas mes yeux...

 

Cette deuxième nuit conditionne évidemment toutes les suivantes, nous ne sommes plus en confiance. Jusqu’au bout de la transat nous conserverons nos quarts de veille ; nous comprenons aussi par ces deux constats que le radar présente certainement un dysfonctionnement.

Jusque là irréprochable, il est devenu gravement myope ; il faudra l’examiner à l’arrivée.

 

A la mi-journée nous ajoutons 140 milles à notre trajet soit 250 km. Position 17.06 N - 30.02 W

2020 03 19 - Confinement - Jour 2 -

Nous visons la Guadeloupe, Saint François plus exactement, par une route orthodromique, c'est à dire légèrement incurvée pour compenser la rotondité de la terre. En mer, le chemin le plus court n'est pas la ligne droite.

 

Le vent faiblit un peu, force 3. La mer s'adoucit et l'allure ralentit légèrement.

Des nuages de beau temps et quelques cirrus plus hauts dans le ciel témoignent de la présence d'une perturbation qui est centrée plus au nord et aperçue sur les fichiers météo d'avant départ. Les alizés faiblissent un peu, c'était prévu. Tout est conforme.

 

Le bateau a ralenti, il y a un peu moins de bruits d'eau, nous écoutons la musique du bord. Sylvie monte le son quand, par le mode aléatoire, la play-list s'arrête sur une chansons des chœurs de France et particulièrement celles du concert de "La Mer".

Elle y a participé :

"Je me revois et je revis des moments d'intense émotion en me rappelant ces moments de scène, où nous étions habillés en marins et chantions haut et fort la mer, les vagues, et les bateaux, et la similitude de ces moments vécus pour de vrai cette fois !"

2020 03 19 - Confinement - Jour 2 -

La mer étant plus calme, dans l'après-midi c'est l'occasion de faire un pain et d'embaumer le bateau lorsque la croûte commence à dorer dans le petit four à gaz.

Ces toutes petites choses simples sont tellement bonnes ! C'est inouï la place qu'elles prennent lorsqu'il n'y a plus rien pour faire interférence...

 

J'aimerais tenter de pêcher, mais c'est impossible ; depuis le départ, nous traversons en permanence des surfaces où les algues sont agglomérées en longs trains de plusieurs centaines de mètres. Ce sont des sargasses, elle prolifèrent, profitant du réchauffement des océans. Il y en a partout. La ligne de pêche n'y résisterait pas 3 minutes.

J'espère juste que ces algues n'entraveront pas les parties immergées du gouvernail (pas du gouvernement ! C'est vrai qu'il est un peu immergé et empêtré aussi, mais c'est par toutes autres choses que des sargasses).

 

Sieste (s) ...

 

L'après-midi ? Le matin ? je ne sais plus trop où j'en suis. Tous ces sommeils coupés me déforment la notion du temps. Peu importe... Je suis là et maintenant. Le vent, la mer, les vagues, le ciel. Je n'y vois que du bleu. Je me sens bien, le cœur gonflé, rempli de l'instant.

 

Il n'y a pas encore de lecture possible pour moi, et il n'est pas question non plus d'aller faire un footing, hein ! Confinement naturel obligatoire et des plus stricts celui-là ! Mais choisi, je le concède.

 

Petit à petit le rituel d'avant la nuit s'impose. Préparation du matériel, des lampes, vérifications du bateau.

2020 03 19 - Confinement - Jour 2 -

Pyjama rose ! Cette deuxième journée s'apprête maintenant à baisser le rideau.

La lune est là très tôt dès le début de soirée.

 

Elle rassure, elle diffuse juste assez de lumière pour que nos yeux accommodés à l'obscurité cernent l'horizon.

 

 

Nous décidons d'aménager nos quarts par tranches de 3 heures pour une meilleure récupération. Trois  heures ce sont deux cycles de sommeil consécutifs de 1 h 30 pour l'équipage en couchette. Rien que d'y penser c'est déjà très bon !

 

Ce sont 6 tranches d'une demi-heure pour l'équipage en semi-veille donc 5 sonneries de réveil. Nous allons bientôt vraiment détester la mélodie. C'est Syl qui démarre la veille jusque Minuit.

 

Une petite veste est la bienvenue ce soir, il fait 23 degrés, mais le vent et l'humidité sont désagréables.

 

 

Bonne nuit bon quart ! A demain !

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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