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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 15:35

Tous confinés avec du temps à revendre mais personne pour le racheter car tout le monde en a !

15 jours... Je prends au sérieux cette mesure et je vais bien évidemment la respecter.

Par réflexe je calque ces 15 jours sur la traversée atlantique que nous avons faite sur notre voilier Agur. En partant du Cap vert, archipel au large de l'Afrique, 15 jours c'est le temps que nous avons mis pour traverser l'atlantique et rallier les Antilles.

Nous avons conservé le journal de bord de 2016 et nos souvenirs de cette quinzaine d'un confinement choisi mais tellement particulier...

Pour mon plaisir, et aussi pour amener une page de lecture à ceux qui s'ennuient je propose de poster chaque jour le récit qui lui correspond et son parallèle d'aujourd'hui.

 

Jour 1 :

Le Président Macron, avec un ton grave, a fait son annonce. Les français viennent d'entrer dans un tunnel d'une quinzaine de jours, peut-être davantage, en restant le plus possible à l'écart des autres, avec quelques petites sorties autorisées par une auto-permission à écrire sur une feuille de papier, avec des vivres en quantité et des possibilités de les renouveler, avec malgré tout des moyens de communication, et une interaction sociale à la portée des claviers. Bon... Ça semble gérable...

Il y a un stress en toile de fond ; la progression du virus Covid 19 est peu prévisible, les équipes sanitaires luttent, certaines personnes perdent ce qu'il y a de plus précieux, la vie. L'économie du pays est en stand-by, la facture sera en milliards d'euros et les bourses mondiales ont des hauts-le-cœurs.

Nous sommes dans le scénario d'un film catastrophe qui nous aurait fait zapper sur une autre chaîne tant il est invraisemblable.

Des français s'échappent des grandes villes par tous moyens, s'entassent dans les gares, les foules s'engouffrent dans les magasins par peur de manquer et tous en profitent pour s'échanger le précieux virus que tout le monde devrait chercher à éviter. La panique n'est pas loin. C'est difficile de gérer les populations, entre trop sérieux et trop léger, la marge de manœuvre est épaisse comme un fil de funambule et histoire de corser l'histoire il y a une élection municipale qui secoue le fil.

La télé ne parle quasiment plus que du Covid 19, le fameux Coronavirus, être vivant microscopique et vedette mondiale du moment qui paralyse tout... Petit mais maous costaud, et pourtant finalement pas si violent que ça ; ce sont donc nos structures sociales, soit disant super évoluées, qui sont particulièrement vulnérables...

Qui aurait pensé que la troisième guerre mondiale s'engagerait contre une troupe d'êtres microscopiques ? Et de toute évidence nous n'avons pas de missile microscopique...

Bref certains politiques doivent jalouser la popularité et le pouvoir de ce nouveau tout petit roi fraîchement couronné!

Au milieu de ce chaos mondial et du confinement nécessaire de curieuses questions apparaissent : "comment s'occuper" ?

C'est une question que les médecins et les infirmiers ne se posent pas. J'ai d'ailleurs une pensée inquiète pour ma fille Olivia, ambulancière dans le sud-Ouest, aux premières loges et ne bénéficiant d'aucun matériel adapté pour se protéger. Plein de courage Olivia ! Et sois prudente !

Comment s'occuper ?

On dit souvent que le temps c'est de l'argent, alors tout à coup on devient tous riches, à chacun d'investir ce temps comme il veut, comme il peut, mais ce serait dommage de le perdre...

Alors moi j'écris sur le blog qui était en éclipse... Et vous ? Si vous me répondez nous pourrons échanger... Et puis aussi partagez l'adresse www.ciaociao33.com, plus on est flou plus Henri (quelque chose comme ça...)

 

Rembobinage... 22 Janvier 2016 - Traversée atlantique : Jour 1....

Nous avons quitté, hier, Mindelo au Cap Vert, sur notre voilier Agur.

Agur sur son ancre à Mindelo (Cap Vert) juste avant le départ

Agur sur son ancre à Mindelo (Cap Vert) juste avant le départ

C'est un catamaran de 11 m par 6 mais n'allez pas en déduire que nous disposons de 66 mètres carrés. Les surfaces de plancher sur un bateau sont extrêmement réduites. Disons que nous avons le carré intérieur de 4m x2 et la même surface à l'extérieur dans le cockpit. C'est plus petit que le plus petit des studios...

De toute manière, les m² de plancher nous importent peu, c'est assis ou couchés que nous sommes le mieux. En mer tout bateau est instable. Nous sommes propulsés par un vent soutenu, ce même vent qui forme la mer qui agite le tout.

La silhouette des îles du Cap Vert a totalement disparu derrière nous. Nous sommes seuls.

Il y a ici aussi un petit stress en toile de fond ; nous connaissons de manière certaine la météo pour 3 ou 4 jours, nous avons une idée des 3 jours suivants, et pour la suite c'est l'inconnu.  Un voilier c'est tout petit à l'échelle d'un océan et nous en avons pleine conscience.

Nous nous sentons en bonne forme, cependant il ne doit rien nous arriver de fâcheux sur le plan de la santé. Nous disposons d'une boîte de pharmacie avec quelques antibiotiques, des pansements, des remèdes basiques, du paracétamol, mais pas de gel hydro alcoolique.

Nous disposons d'un téléphone satellite de secours avec 30 minutes de communications prépayées utilisables sur un mois. Pas de quoi jouer en ligne...

Nous avons calculé et acheté nos vivres et l'eau douce pour 3 à 4 semaines sachant que la traversée devrait pouvoir se réaliser en 15 jours environ. Le filet à fruits est plein. Le moral est au beau-fixe.

Nous venons de passer notre première nuit de traversée, nous sommes en pleine mer, groggys, embrumés, car chacun le sait la navigation nécessite une veille permanente, 24 h sur 24. Nous ne sommes que deux à bord, et nous devons nous relayer pour assurer la bonne marche du bateau.

Assurer la bonne marche du bateau veut dire surveiller le réglage des voiles en fonctions des variations du vent, corriger les données de trajectoires du pilote automatique qui se charge de barrer là où on lui demande d'aller, surveiller la présence d'éventuels autres bateaux qui seraient sur notre route. Concrètement cette vérification  ne prend qu'une minute.

La journée c'est l'unique occupation que l'on ait, alors très souvent l'un ou l'autre se lève, se dégourdit les jambes avec toujours une main solidement ancrée sur un appui fiable, et fait le tour des vérifications.

La nuit en mer, on s'accorde à dire qu'il est nécessaire d'effectuer un tour de veille au minimum toutes les 20 minutes de manière a détecter à temps un autre bateau qui serait en trajectoire de collision. Entre deux il n'est pas interdit de s'assoupir, mais mettre un réveil est nécessaire.

20 minutes et un bip-bip vient interrompre le relâchement des paupières de l'homme (ou la femme) de quart. Vérification ; tout est ok et on repart pour 20 minutes. Le quart complet va durer 2 heures à ce rythme, puis nous échangeons nos rôles pour pouvoir bénéficier d'une période de repos de 2 heures. Et on recommence.

La nuit a été douce, même en ce mois de Janvier ; nous sommes à la latitude du Sénégal.

Ciel clair, vent constant qui nous vient de trois-quarts arrière, le bateau avance assez vite. Les vagues sont bien présentes malgré une houle croisée qui provoque des mouvements désagréables, c'est rapide, c'est plutôt bien parti.

2020 03 18 Tous confinés !

Pour s'occuper Sylvie tient un graphique sur lequel nous notons le point chaque jour et même plusieurs fois dans la journée. La page est large, et le trait de crayon à ce stade est ridiculement petit. En fonction de la vitesse instantanée du bateau et de sa vitesse moyenne depuis le départ nous faisons des projections sur notre date d'arrivée. Ce sera peut-être moins de 15 jours si nous continuons à ce rythme ? Plusieurs fois par jour nous réactualisons pour entretenir la motivation.

Il n'y a personne autour de nous. La radio de bord est muette ; hier soir, encore proche des îles, j'avais aperçu une voile très loin à l'horizon, j'ai fait un appel radio pour le côté rassurant de savoir que peut-être quelqu'un va traverser à quelques kilomètres de nous , mais aucune réponse... Nous sommes et resterons seuls.

2020 03 18 Tous confinés !

Notre play-list mp3 intervient de temps en temps pour égayer l'ambiance, mais le niveau sonore général est élevé, et nous ne supportons pas longtemps la musique. Le vent, le bruit de cascade que fait le bateau sur son arrière est très présent, il berce, il hypnotise, il fatigue, il endort.

Sylvie alterne lectures et grilles de sudoku. Pour ma part c'est un luxe encore inaccessible, il le sera peut-être dans quelques jours, lorsque ma sensibilité au mal de mer aura reculé. Je n'ai pas les hauts-le-cœurs boursiers, mais il m'est nécessaire de rester un maximum à l'extérieur à prendre l'horizon pour point de repère. Les traders devraient faire pareil !

Les yeux plantés dans le bleu du décor, nous nous imprégnons une fois de plus de l'échelle de la planète et des océans. C'est gigantesque et nous ne sommes quasiment rien... Ballotés, à la merci de tout. Nous sommes faussement fiers et confiants vis à vis de notre technique embarquée, GPS, pilote automatique, fichiers météo pris avant le départ, téléphone satellite, radar, mais nous avons une conscience accrue que c'est illusoire.

La petite voix intérieure souffle : "petit humain, insolent et arrogant, tu te vois, là où tu es ? Et tu te sens fort ?"  A vrai dire non...

Les questions tournent dans la tête : et si le Gps tombe en panne ? Il y en a un de secours...

Et si le pilote automatique tombe en panne ? Il faudra barrer manuellement en permanence,  cette option est mentalement écartée ; inenvisageable ! Ce serait exténuant... Nous n'avons pas d'équipement pour pallier à cette panne.

Et si l'un de nous se blessait sérieusement ? hum il y a le téléphone satellite pour donner l'alerte, oui mais après ? S'il devait y avoir secours et évacuation de l'un d'entre-nous que devient l'autre ? Une seule vraie réponse : soyons prudents...

En cas de nécessité aujourd'hui nous pourrions encore imaginer faire demi-tour, mais face au vent et aux vagues, ce serait pénible et trois fois plus long en temps pour parcourir dans l'autre sens, avec les moteurs, le trajet effectué. Demain la question ne se posera plus ; nous aurons dépassé le point de non retour car nous ne disposons que de 48 heures de carburant si nous devions recourir aux moteurs.

Après avoir balayé une fois de plus cette conscience des risques et le rapport des éléments en place, nous nous laissons aller chacun dans notre bulle à vivre pleinement l'instant. Il est là le but.

Depuis plusieurs dizaines d'années je rêve de ce voyage, je rêve de la liberté que j'éprouverai dans les immensités, de ces sensations exceptionnelles qui seront à la clé, des îles qui sont à l'autre bout...

La nature est belle, par de longues inspirations je me remplis de ces moments que je sais uniques. Je les ai voulus, j'y suis.

2020 03 18 Tous confinés !
2020 03 18 Tous confinés !

La journée s'avance ; Sylvie nous prépare un petit repas chaud que l'on prend dans un bol avec une cuillère pour éviter que sur un mouvement imprévu du bateau le précieux repas ne se retrouve au sol. Comme pour les personnes âgées les repas sont des moments très importants ; sensation rassurante s'il en est, petit confort pleinement  perçu au milieu de rien, 15 minutes d'occupation sur  un planning vierge.

Le point à la mi-journée 17.00 Nord 27.34 Ouest.

2020 03 18 Tous confinés !

Les stigmates de la nuit dernière, avec son sommeil haché, favorisent une petite sieste prise à chacun  son tour...

Aux changements de quart, rien à signaler, le vent est particulièrement constant, le bateau est très peu exigeant en attention. Il file sa route, nos calculs sont optimistes, nous traversons vite, nous avons une bonne sensation au fond.

Un petit gâteau à grignoter, une orange prélevée dans le filet encore bien garni, c'est 5 minutes d'un bonheur simple...

2020 03 18 Tous confinés !

Le déclin de ce jour 1 s'annonce, le soleil est droit devant, plein Ouest, doucement il s'approche de l'horizon. J'en profite pour mettre à portée de main les lampes frontales, pour faire un tour général sur le matériel extérieur du bateau, inspecter tout ce qui pourrait poser problème dans la nuit. Par précaution je réduis la grand-voile pour éviter de devoir aller en pied de mât en pleine nuit, car il n'est pas impossible que le vent se renforce un peu.

Ca y est, le compte à rebours est commencé, plus de soleil, très vite nous serons plongés dans l'obscurité totale, et après le repas du soir, livrés tour à tour à cette solitude nocturne et à la responsabilité de ce voilier qui fonce droit devant lui en aveugle.

Si on ne voit rien, c'est qu'il n'y a rien... C'est valable à 99 % car les gros cétacés n'ont pas de feu de navigation, les objets dérivants du style troncs d'arbres ou containers perdus des cargos non plus !

Pas de télé ce soir, pas de film sur le PC, pas de lumière superflue car l'énergie accumulée par les panneaux solaires suffit tout juste pour la consommation journalière du frigo et des appareils de navigation. Le pilote automatique est un glouton mais nous avons trop besoin de lui pour lui suggérer la diète...

Bonne nuit bon quart ! A demain !

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commentaires

BANCAIS 22/03/2020 15:35

https://www.youtube.com/watch?v=CUZtibsdgJQ ce lien correspond au message pour le coronavirus en silbo
Merci pour ces mots en cette période compliquée de la part de ll'équipage du voilier Panous actuellement en confinement à la Gomera. Nous nous sommes rencontrés ici même en 2015

Michel 23/03/2020 14:08

Oui !!!! Bonjour, bien sûr nous nous souvenons de vous ! Jacques et Jacquou de Panous !
On vous imagine bien sur cette île des Canaries qui était notre préférée.
Les conditions doivent être radicalement différentes aujourd'hui !
Dites-nous ! L'avitaillement ? Les déplacements à terre ? Comment ça se passe ?
Le stress de savoir la famille loin et sans moyen de retour ?
Nous reconnectons souvent avec notre période de vie "bateau".
Merci d'avoir réactivé notre communication
Donnez des nouvelles
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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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