Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 14:58

Tout en bas de l’arc antillais, l’île de Grenade, à notre surprise, nous apporte son lot de dépaysement et de ravissements.

Après avoir retardé au maximum notre arrivée sur l’île, nous évitons jusque-là les baies du Sud, les plus prisées, redoutant la sur-fréquentation de plaisanciers qui y sont stationnés pour la saison cyclonique.

 

« Grand mal Bay » notre première escale sur la côte Ouest, est très calme, face à un modeste village. Nous sommes pratiquement le seul bateau de voyage à y séjourner, et nous nous interrogeons encore sur les raisons qui motivent nos pairs à déserter ce genre d’endroit pour se regrouper, tous dans les mêmes classiques, au risque d’asphyxier…

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

A Grand Mal Bay nous ne sommes qu’à 3 kilomètres de la capitale, Saint Georges, et c’est par taxi collectif, le moyen de locomotion le plus populaire, que nous nous y rendons en quelques minutes.

 

Après quelques mois de calme et d’isolement, repus des plages désertes de PSV, ajustés par la force des choses aux modestes ressources de Petite Martinique et de Cariacou, nous retrouvons « la ville » !

 

Même si cette ville est petite, avec cinquante milles habitants, elle est très animée.

Si ce n’est un choc, c’est en tous cas un changement brusque qui nous nous vivifie subitement.

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Les rues grouillent, le port est en mouvement permanent, les marchés piaillent ; c’est coloré et vivant, klaxonnant et çà nous fait du bien !

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Pourtant cette ville n’est pas au dernier cri des aménagements publics.

Les caniveaux véhiculant des eaux usées sont parfois nauséabonds, les trottoirs sont soit encombrés soit inexistants, les chaussées sont étroites et les bâtiments d’une autre époque… 

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Mais si la ville Saint Georges nous apparaît charmante c’est certainement parce qu’elle est authentique.

 

Charmante, la population l’est tout autant. Nous ne comptons plus les « Welcome » et les « Enjoy » qui nous sont adressés en permanence. Nous ne pouvons pas croiser une personne, homme, femme, enfant, sans qu’il y ait un aimable salut, un sourire, un pouce levé, une plaisanterie qui nous soit adressée.

 

Que nous hésitions à un angle de rue, ou devant un bâtiment, et immédiatement quelqu’un s’enquiert de notre embarras.

 

Même si par réflexe nous restons vigilants, à aucun moment nous ne ressentons la moindre insécurité.

 

Nous comprenons plus tard, au fil des échanges, que la population est soucieuse de l’image qu’elle véhicule. Il lui importe que nous, étrangers, ayons une bonne appréciation de l’île, et que nous le fassions savoir.

Le tourisme est une ressource relativement naissante à Grenade. La structure politique actuelle de ce petit état indépendant ne date que de 1984.

Les habitants ont vraisemblablement conscience que par des moyens simples et qui sont à la disposition de chacun : la sympathie, l’accueil, la cordialité ; ils œuvrent dans leur sens. On ne peut que leur donner raison.

 

Un détail nous a surpris : il est quasiment impossible en Guadeloupe et en Martinique de photographier quelqu’un dans la rue, même de loin, sans se faire rabrouer. Sur les marchés les commerçantes se cachent le visage à la vue d’un objectif, et tempêtent vers le maladroit qui est derrière.

Un jour, nous avons spécifiquement demandé l’autorisation à un pêcheur de le photographier pendant qu’il vidait d’impressionnantes prises. Vexé que nous le prenions « pour une bête de foire », et imperméable à toute communication, nous avons essuyé son refus catégorique.

 

Contrairement à cela, à Grenade les gens sont heureux que nous les prenions en photos. Souvent ils le proposent d’eux-mêmes.

 

Ils posent spontanément, ils s’en amusent, et c’est toujours l’occasion d’un échange sur nos origines et nos raisons d’être là, sans que jamais nous n’ayons senti une attitude intéressée.

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

 

Bref nous sommes conquis par cette simplicité d’échanges et cette proximité possible.

 

Tout semble ici très spontané, normal, sans prise de tête, même si à nos yeux certaines scènes peuvent nous étonner :

 

Par exemple, dans la rue la plus passante, un large stand propose des films de cinéma gravés artisanalement sur des CD basiques pour être proposés à la vente.

L’équivalent de 2 euros les 5 films…

Les titres sont notés au feutre sur les CD, enfilés dans une poche en plastique.

Sont-ils copiés, téléchargés ?

Dans tous les cas, il est certain qu’ils ne sont pas dans leur version commerciale habituelle.

Inimaginable 5 minutes chez nous en France, évident ici.

 

 

Plus loin un homme d’âge mûr, dans le pur style du pays, édenté, usé par la vie et ses abus, nous interpelle « bonjou’ coman alé vou ? ».

Comment a-t-il repéré que nous sommes précisément des français ?

Cà se voit, dit-il, au look, au comportement…

Après quelques mots, il nous offre spontanément de goûter à son « petit joint » passablement détrempé.

Ben… non merci, c’est gentil …

 

Plus loin un autre, plus jeune et très « clean », propose de nous vendre un peu de cannabis à un prix « spécial caraïbes » ; le tout sans insistance, et avec le naturel qu’il aurait en proposant du chocolat.

 

Un coup de fatigue ? Pas de soucis : l’un dort sur une palette sous un arbre, l’autre derrière un stand de légumes…

 

Par contre nous avons remarqué que lorsqu’un jeune est saoul, ou qu’il commence à se faire un peu remarquer dans la rue, il se fait sévèrement réprimander par les aînés qui en sont témoins.

 

------------------

 

Au marché, les épices sont partout ; des dizaines de sachets remplis de poudre, des déclinaisons de couleurs ocres, des senteurs qui chatouillent les ailes du nez, et les doudous qui font l’article…

 

Le marché aux épices est néanmoins un classique dans toutes les Antilles, il n’est pas spécifique à Grenade.

 

L’île doit surtout sont slogan officiel « l’île aux épices », à la commercialisation mondiale de la noix de muscade appelée ici « Nutmeg ».

 

L’usine est à Gouyave, petite bourgade au Nord Ouest de l’Île. 

Gouyave, la rue principale

Gouyave, la rue principale

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Nous avons visité cet étonnant établissement datant de 1952. Tout y est encore traité manuellement comme au premier jour.

 

A l’heure de l’automatisation généralisée c’est comme un enchantement de voir travailler ces gens, calmement, dans une ambiance aérée, épicée et surtout calme par l’absence de machines…

 

Voyage dans le temps…

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
décorticage et tri manuel

décorticage et tri manuel

Les noix dégringolent du premier étage où se trouve le séchoir

Les noix dégringolent du premier étage où se trouve le séchoir

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Les noix de muscades se trouvent sous cette forme dans la nature :

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Elles sont récoltées manuellement par des paysans qui vont les chercher  dans la montagne. Ils viennent ensuite les vendre, au poids, à l’usine.

 

La grosse enveloppe jaune n’est pas utilisée.

Le « péricarpe » rouge est une petite peau très odorante dont la texture rappelle celle du plastique. Séché, le péricarpe se commercialise localement pour épicer les recettes traditionnelles.

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Sous le péricarpe se trouve une mince coquille de bois, et à l’intérieur de celle-ci la noix de muscade telle qu’on la connait chez nous.

 

Le traitement en usine  consiste à sécher naturellement les noix dans leurs coquilles, puis à séparer manuellement les noix des coquilles pour ne récupérer que la noix intérieure.

Les coquilles sont destinées au compost.

 

Un lavage des noix est effectué et il est suivi d’une immersion.

Certaines, de qualité moindre, flottent en surface du bain. Elles sont mises à part et destinées à l’industrie cosmétique.

Les autres, la grande majorité, subissent un ultime séchage avant la mise en sacs.

 

Chaque sac est imprimé manuellement au moyen de pochoirs, en fonction de sa destination.

 

La commercialisation depuis cette modeste usine, est mondiale.

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

Plus tard, en France, lorsque nous râperont une noix de muscade, il est certain que nous la sentirons différemment entre nos doigts et sur nos papilles…

 

 

 

 

Nous profitons d’être dans cette partie de l’île pour inscrire une randonnée à notre programme.

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...
la végétation est luxuriante

la végétation est luxuriante

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

 

Nous allons vers une cascade et au détour du chemin nous traversons plusieurs petits jardins exploités artisanalement à même la colline.

 

Les lopins de terre sont réduits à quelques mètres carrés, mal définis, ils produisent en très petites quantités des salades, quelques pommes de terre, des concombres, des herbes aromatiques.

 

Nous croisons quelques paysans dont le seul outil est le coupe-coupe.

L’un d’eux, rencontré sur le sentier, nous offre des carottes fraîchement cueillies qu’il rince spécialement dans le torrent avant de nous les donner. Toujours la sympathique spontanéité !

2016 10 06 - Grenade, l'île aux épices...

 

En dehors de ces jardins plus ou moins entretenus, la nature reste particulièrement généreuse.

 

Après notre jeûne de fruits et légumes des mois précédents, nous sommes ébahis de côtoyer dans la même ballade toutes sortes de fruits à portée de main : des bananes, des mangues, des citrons, avocats, papayes, nutmegs et aussi pour nourrir notre curiosité une grande quantité de cacaoyers.

C’est une cabosse de cacao, sur le tronc d’un cacaoyer.

C’est une cabosse de cacao, sur le tronc d’un cacaoyer.

 

C’est dans ces fruits étranges, « les cabosses de cacao », que se trouvent les pépites de cacao qui après un traitement long et complexe, fermentation, séchage, torréfaction, broyage, deviennent l’élément de base du chocolat.

 

De là, à la plaquette de chocolat, c’est encore une longue histoire, pour extraire le beurre de cacao, ajouter du sucre, et finaliser notre dessert favori, ou la poudre des boissons instantanées.

 

L’élaboration du chocolat est tout un savoir faire ancestral qui nécessite des équipements spécifiques, un procédé d’élaboration précis qui malgré notre bonne volonté échappe à nos possibilités de particuliers.

« Concord falls »  sous l’averse tropicale.

« Concord falls » sous l’averse tropicale.

 

Nous rentrons de cette randonnée avec un sac à dos surchargé, enchantés comme des enfants un soir de Noël, avec notre récolte 100 % bio et 100% éco !

Récolte du jour : bananes, nutmeg, orange verte (à jus), citron, avocat, mangues, cacao.

Récolte du jour : bananes, nutmeg, orange verte (à jus), citron, avocat, mangues, cacao.

 

Je pourrais raconter aussi la visite de la plus vieille distillerie de rhum de l’île. Elle date de 1785, et produit un rhum quasiment explosif !

Mais j’en garde un peu pour la prochaine fois !

 

C’est un autre monde à Grenade, ou plutôt notre monde mais à une autre époque !

Nous avons rajeuni d’un demi-siècle, ne nous demandez pas si nous allons bien !

 

Have a nice day !

Partager cet article

Repost0

commentaires

Feeling Du Blog

  • : le blog de Ciao...
  • : Voyages au long cours... Voyages intérieurs ... Ou plutôt les deux ensemble ! A mon avis, il y a une sorte de parallèle entre nos cheminements terrestres (ou maritimes) et nos évolutions intérieures... Faut-il pour autant partir pour se trouver ?
  • Contact

Profil De L'auteur

  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon... J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...

feeling du blog

A mi-chemin  

entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

à travers le monde,  

et l'homme qui se regarde avec un peu de recul, déplie son rêve, l'observe, et tente d'exprimer

sa propre découverte...

 

Recherche

Nous sommes partis de Hendaye le Lundi 14 Juillet 2014

Liens