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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 15:17

Le dernier article (du 27 Septembre) se clôture sur un fond de tempête tropicale en approche.

 

Dans ces cas-là, comme beaucoup, craignant le pire, ou en tous cas le très mauvais, nous cherchons un abri.

Celui dans lequel nous jetons l’ancre, n’est pas n’importe lequel : c’est Port Egmont, une sorte de port naturel sur la côte sud de Grenade ; « L’abri anti-cyclone » le plus réputé des Antilles !

 

En fait nous ne visons pas particulièrement Port Egmont, parce que les conditions ne le justifient pas, mais il se trouve que les autres baies devant lesquelles nous passons, paraissent totalement saturées de bateaux.

Ce sont de véritables forêts de mâts, visibles depuis le large qui nous dissuadent de nous en approcher.

 

Qui peut le plus, peut le moins ! A Port Egmont, certes plus isolé donc moins fréquenté, on peut voir venir !

 

C’est une enclave, un bras de mer coudé, qui s’enfonce à presque 2 kilomètres à l’intérieur des terres. Ici, pas de houle à craindre, pas de vague, on oublie la mer, il n’y a que le vent à gérer.

Le petit triangle noir c'est la position d'Agur

Le petit triangle noir c'est la position d'Agur

Quand nous arrivons il y a déjà 23 bateaux. Les autres équipages s’affairent. 

2016 09 30 - Dérapage non contrôlé

Cette baie est l’équivalent d’un lac, c’est plutôt joli, très calme, et résidentiel. Quelques maisons sont accrochées aux collines ; une route peu passante effleure le plan d’eau sur un petit pont en fond de baie.

2016 09 30 - Dérapage non contrôlé

Pas trop esthétique le petit pont, mais on l’accepte, il est chez lui après tout, et la place est tranquille !

 

L’ancre croche ferme, par 3 mètres de fond, avec 45 mètres de chaîne.

Nous tirons en marche arrière avec les deux moteurs à fond ; ça ne bougera pas !

En tous cas nous en sommes convaincus…

 

Précisons pour les non-marins qu’il faut mouiller une longueur de chaîne supérieure ou égale à 5 fois la hauteur d’eau pour être en sécurité. C’est une question d’angle de traction sur l’ancre. Dans le cas présent, disons que 20 mètres seraient suffisants. Nous avons mis plus du double… En la matière, trop ne nuit jamais !

 

Nous reprenons la météo par internet capté par le réseau téléphonique (lent mais finalement efficace) et nous constatons que la tempête (elle s’appelle Matthew) garde son intensité, mais que sa trajectoire s’oriente un peu plus au Nord.

C’est une bonne nouvelle pour nous, car les vents sont moindres dans la partie sud du système.

 

Plus il passe au Nord et moins nous en recevrons ici.

 

C’est un raisonnement très égoïste, car plus au Nord, c’est là que sont les petites îles où nous étions il y a quelques semaines, et aussi Saint Vincent, Ste Lucie, La Martinique, La Guadeloupe ; celle-ci seront alors aux premières loges...

Au fil des heures, nous recomptons nos voisins : on avoisine les 50.

 

Lundi, Mardi, Mercredi, l’attente est longue, quelques grains passent, sans vent.

Le bateau, animé par de faibles courants d’air, tournicote de nombreuses fois sur lui-même.

 

Nous repassons à l’aplomb de l’ancre plusieurs fois. Nous passons par toutes les orientations cardinales. Un vrai carrousel !

En général nous n’aimons pas trop ces allers et retours dans tous les sens qui, au bout de quelques jours, risquent de déloger l’ancre.

Mais nous nous savons tellement bien accrochés que nous restons confiants.

 

Plusieurs fois par jour nous rafraichissons les données météo. Les vents resteront sous les 30 nœuds au lieu où nous sommes ; pas d’inquiétude à avoir. Sur les îles plus au nord, 40 nœuds et davantage sont attendus (force 8 à 9) ; c’est plus délicat.

 

Petit à petit des orages grondent ; les averses isolées commencent, intenses, très serrées.

 

Dans la nuit de Mercredi 28 à Jeudi 29, vers 2 heures, le vent se lève autour des 20 nœuds, une bagatelle, mais ce sont les premiers souffles, nous sommes aux aguets.

 

Depuis la couchette, je donne un coup d’œil par le hublot, histoire de voir si tout va bien autour.

A l’éclairage public de la route, je reconnais que nous sommes dans l’axe longitudinal de la baie, l’arrière vers le pont ; je sais qu’il n’y a pas d’autre bateau dans cette direction ; RAS donc.

 

Quelques instants après, titillée par « l’ange gardien du voyage », Syl se lève précipitamment, pour mieux y voir.

A peine arrivée dans le cockpit elle déclenche l’alerte.

 

  • Viiiiite Agur recule vers le pont !
  • Depuis les toilettes, je lui réponds : « Mais oui, bien sûr… »
  • Mais puisque je te dis qu’il recu-u-u-u-le !!!! (+ quelques petits mots efficaces pour stimuler…)

 

Accélérant la « case toilette », je la rejoins.

En effet, contre toute vraisemblance, nous sommes largement derrière la bouée blanche (voir photo précédente). On dérape en marche arrière ; on dirait qu’on a une ancre sur roulettes !

 

Il faut faire vite ; Syl vient de démarrer les moteurs !

Le pont n’est plus très loin, 20 mètres, 30 mètres ? On n’y voit rien, la pluie cingle.

 

Déjà  évitons le pire !

Marche avant.

 

Ensuite, en petite tenue, sous une cascade heureusement tiède, je m’occupe de remonter « ce qui normalement nous sert d’ancre », pendant que Syl, aux commandes, nous maintient  dans l’axe du vent qui rafale.

Nous communiquons difficilement car le grain est fort et on ne s’entend pas ; je lui fais des signes, je ne la vois pas, mais je constate qu’elle suit mes demandes comme nous en avons l’habitude. La manœuvre progresse efficacement.

 

Arrivés au bout des 45 mètres de chaîne, le constat est simple : l’ancre est littéralement emballée, enrubannée dans une énorme boule d’algues très serrée au point que je ne distingue même pas la forme cachée dedans. Voilà l’explication des roulettes…

 

Tout est clair ; on le savait : « tournicotis » = mouillage suspect.

L’ancre ainsi masquée ne peut plus accrocher…

 

S’en suivent donc quelques minutes de plaisir très modéré, à plat ventre sur le pont sous la pluie battante, envasé au-delà des coudes au contact des algues qui sentent bien la marée… Arrachant poignée par poignée l’amalgame, je finis par dégager notre crochet !

 

Je sens que cette opération est un peu longue au goût de Syl qui essaye de faire un vol stationnaire dans l’obscurité, et crie régulièrement quelque chose comme « t’es prêt ? » ou « ça y est ? ».

 

Ca y est, remouillage et fin de l’épisode !

 

Quittes pour l’adrénaline et un rinçage copieux. Et un souvenir de plus dans l’album !

 

 

Côté débriefing :

 

Voilà comment en une minute de plus, on casserait bêtement un bateau, encastré sous un pont, alors que nous avons pris toutes précautions en étant dans la région adaptée à la saison, en nous posant spécifiquement dans un abri exceptionnel pour des conditions qui se sont révélées en fin de compte relativement banales.

 

Sauf bien sûr, qu’il aurait fallu tester le mouillage mercredi soir au dernier moment en tirant avec les moteurs, et le repositionner de jour, hors situation d’urgence.

 

Ca ne tient toujours qu’à un fil…

 

Nous avons examiné la trace enregistrée sur le GPS, nous étions à 18 mètres du pont selon le positionnement qui est donné lors du démarrage, et qui semble juste.

 

On s’en sort bien.

 

Matthew continue sa route. Le calme est revenu.

 

Il a malmené les îles au Nord de notre position, et continue en se renforçant.

Les populations de la République Dominicaine, Haïti, La Jamaïque, Cuba, risquent de voir arriver dans quelques jours quelque chose de beaucoup plus menaçant…

 

 

Un peu distrait de mes objectifs d’écriture, par ces quelques jours lors desquels la récupération d’eau de pluie a, entre autres, été très active (510 litres ; notre record, tous les réservoirs sont à ras bord) je me recentre maintenant sur le prochain article (comme promis) : Grenade l’île aux épices !

 

A très bientôt.

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commentaires

POISSON 01/10/2016 11:18

Merci Michel et Syl pour ces merveilleuses aventures. Nous avons acquis il y a 4 mois un petit catalac de 8 mètres que nous restaurons. Nous partons dans 3 semaines aux canaries avec notre petit vito aménagé pour voir si il y fait bon vivre. J’ai 66 ans et je n’aurais jamais cru faire tout ceci. En fait je le dois à vous. Un jour en janvier j’ai lu l’une de vos aventures et j’ai soudainement senti me pousser des ailes. D’autres réalisaient ce dont je rêvais. Merci mes amis. Fabienne et Jacky

Michel 01/10/2016 14:13

Merci Fabienne et Jacky !
C est un bonheur pour moi de savoir que j ai pu contribuer à "délivrer" quelqu un de ses rêves !
Je dis "délivrer" car un vrai grand rêve comme celui-là, qui se necroserait sans voir le jour, ferait naître regrets et aigreurs plus tard lorsqu'il n'est plus possible de le concrétiser.
La résignation n est pas epanouissante pour l humain. ..
Meme si on dit qu'il n est jamais trop tard, il arrive un jour où cette affirmation s ecroule..
Bravo d avoir osé franchir le pas !
Bon vent, belles aventures, soyez prudents !
Michel

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

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