Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 18:10

Il y a un mois et demi, nous sommes arrivés à Carriacou de la même manière que nous arrivons partout ailleurs, en nous disant « nous nous posons pour quelques jours, et peut-être davantage, ce sera selon… »

Six semaines sont passées et l’ancre d’Agur est restée profondément enfouie, enracinée, à risquer de la fossiliser…

 

Pendant six semaines nous avons gravé sur nos rétines le même décor, celui de Tyrell bay, anse naturelle sous le vent de Carriacou, ni moche ni sublime ; tout simplement naturelle et paisible.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

La baie est calme, bien protégée, le bateau bouge à peine et çà c’est un élément agréable qui, au quotidien, pèse favorablement dans la balance du côté : « on reste ».

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Le tour des lieux s’est fait rapidement : une plage, une petite route de béton toute droite qui la longe, quelques « cases-bars » plus ou moins lumineuses, quelques restos dans le même style, et juste de quoi se ravitailler à l’essentiel sans être trop exigeant (surtout pas exigeant).

 

En effet, dès l’arrivée, nous avons accusé une certaine déception vis à vis de la diversité des approvisionnements alimentaires.

 

Ce n’est pas spécifique à Carriacou, au contraire ; mais nous attendions de cette île, plus grande que les autres, une meilleure offre, plus riche, plus large ; une profusion de fruits et légumes par exemple.

 

Eh bien non !

 

Les fruits que nous trouvons le plus couramment à un prix abordable et de bonne qualité, sont les bananes et les mangues. Pour le reste, c’est une question d’opportunité, et ça se comprend, l’île produit peu et les arrivages par ferries sont irréguliers.

 

Suivant la même logistique, les légumes se trouvent « au compte goutte » ; il faut souvent faire trois ou quatre étals pour réunir de quoi composer une entrée de crudités telle que nous la connaissons.

 

D’une manière générale, depuis que nous sommes dans les Grenadines, nous avons dû nous forcer à effacer de nos menus un certain nombre de plats : par exemple tout ce qui entrerait normalement dans un rayon « boucherie charcuterie», et aussi les produits frais, les yaourts, le fromage également.

 

 

Malgré tout, après quelques essais/erreurs, jour après jour, nous avons tissé notre toile.

 

  • Nous avons fini par trouver où acheter des œufs sans devoir en jeter 4 sur une douzaine. Ils sont vendus en vrac, comme à l’époque de nos grand mères, sans indication sur la date de ponte ou la date limite de consommation. Au feeling !

 

  • Nous avons ciblé avec un taux de réussite correct où se fournir en pain sans qu’il ait un goût de savonnette. Nous avons encore des progrès à faire car il nous semble acheter toujours le même type de pain, et lorsqu’on le tranche, nous le découvrons complet, blanc, ou brioché, selon le tirage, car bien sûr rien n’est indiqué sur l’emballage…

  

  • Plus difficile, nous nous sommes résolus à concevoir la possibilité d’ingurgiter du Nescafé en remplacement de vrai café qui est, on se demande bien pourquoi, totalement introuvable ici. Les pays producteurs ne sont pourtant pas loin.

 

  • Pour finir avec ce bougonnement libérateur, avouons que certains produits restent un mystère pour nous : les « Corned beef » et autres viandes en conserve. Instinctivement nous détournons la tête à leur vue. Peut-être avons-nous tort…

Nous avons bien tenté de goûter le jambon en boîte, il a terminé par-dessus bord en guise d’appât pour nos pêches (efficace d’ailleurs).

 

Selon le principe « tout ce qui ne tue pas rend plus fort », nous nous sommes donc adaptés et nous avons même réussi le tour de force de nous persuader (provisoirement) que nos manques ne seraient que les conséquences de nos exigences…

 

Lorsqu’on sait ce qu’endurent certaines populations, nous sommes bien conscients que finalement nous ne manquons réellement de rien !

 

Alors nous avons adopté, malgré nous, l’incontournable « chicken » ; le poulet industriel présenté sous toutes ses formes, cuisses, wings, blancs, dos, nuggets ; on le trouve uniquement en surgelé, en espérant quand même qu’il n’ait pas manqué quelques maillons à la chaîne du froid…

 

Réflexe paranoïaque de l’européen ? C’est possible ! Nous serions donc incurables…

 

Récemment sur une autre petite île, nous avons observé, ébahis, un jeune homme installé dehors, par 30 degrés à l’ombre, à côté de la façade d’un magasin.

Il était occupé à reconditionner des morceaux de poulets congelés reçus en gros cartons et posés là à même le sol.

Tranquillement, à mains nues, à température ambiante (tropicale), il les replaçait dans de  petites poches en plastique de 2 parts.

Sur la table, le tas de petites poches terminées attendait, tranquillement aussi, d’être replacé plus tard au congélateur.

Tout est normal ! Où est le problème ?

 

Mais, certains jours gris, reconnaissons que nous évoquons le magret de canard du Sud Ouest avec une nostalgie certaine…

 

 

Au fil des jours, là, sans grand-chose, entre nos pêches aussi régulières que productives, nos indispensables récupérations d’eau de pluie, un certain équilibre s’est établi, et cet équilibre a résisté naturellement à ce qu’on le remettre en question. C’est ainsi que le séjour à Carriacou s’est prolongé de lui-même jusqu’à être l’un des plus long depuis le début du voyage.

 

Nous savons parallèlement que nous devons gérer au mieux les 5 mois à passer dans le sud de l’arc Antillais, distiller les escales, ne pas avancer trop vite pour éviter, tant que faire se peut, la lassitude.

 

Nous avons lâché le projet de rejoindre l’île de Tobago distante de 90 milles (180 km) dans le Sud-Est, constatant que la direction du vent se montre quasiment toujours contraire à la route.

Nous gardons donc l’option pour l’an prochain, en route directe depuis la Martinique.

 

Parce que l’an prochain…

Il y aura encore la saison des cyclones et il faudra encore s’exiler… Tel est le tribut du navigateur sous les tropiques !

 

____________________

Pour meubler un peu, nous avons pris le temps de faire quelques ballades dans l’île, histoire de nous familiariser au mode de vie local qui se révèle, lui aussi, différent de ce que nous connaissons.

 

L’île de Carriacou est peu touristique. Nous dirions volontiers : « tant mieux ! », elle est restée authentique.

 

L’habitat est dispersé, et assez disparate aussi ; de la grande villa en béton aux petites cases de planches, chacun profite comme il le peut de sa vue sur mer. 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Les panoramas sont magnifiques, les plages s’étendent sur des kilomètres du côté « sous le vent » Il est facile de trouver son petit coin solitaire, isolé. Les structures hôtelières sont rares et discrètes.

 

La côte au vent est déserte, sauvage, un peu délaissée même.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

A Windward, petit village au nord de l’île, nous avons été surpris par l’existence d’un micro « chantier naval » à l’ancienne.

Un homme de l’art y a entrepris, seul, la construction traditionnelle de ce qui deviendra un petit cargo destiné aux liaisons inter-îles..

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.
2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Les travaux ont démarré il y a un an !

 

On pourrait croire que le matériau principal est le bois.

Il semblerait que ce soit plutôt un savant mélange de savoir-faire, détermination, courage et patience.

 

______________________

 

 

Il y a relativement peu de voitures personnelles sur l’île. Pour la grande majorité, les habitants se déplacent en taxis collectifs.

 

 

Nous avons testé, c’est efficace, économique, surprenant parfois, toujours cordial.

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

De nombreux mini-vans équipés en 12 ou 15 places assises sillonnent l’île continuellement. Ils portent des numéros en fonction des secteurs qu’ils desservent.

Ils sont personnalisés, peints, agrémentés d’une sono aux rythmes plus ou moins épicés selon le goût du chauffeur.

 

Pour les utiliser c’est simple : il suffit de se tenir en bordure d’un chemin, et dans les minutes qui suivent une voiture s’arrêtera, c’est sûr, pour proposer une place.

Ensuite c’est le lâcher-prise.

Il est inutile de repérer l’itinéraire, les chauffeurs ne prennent jamais le même circuit, ils composent leur course au fur et à mesure, en fonction des clients.

Quand subitement le véhicule s’arrête, c’est que quelqu’un descend, ou que d’autres personnes vont monter sans que l’on saisisse vraiment comment ils se sont compris. On a l’impression que chacun sait ce que l’autre veut. C’est fluide ; la clé de l’énigme c’est que tout le monde ici se connaît.

 

Parfois au prix d’une très longue marche-arrière le van va récupérer, au fond d’une vallée isolée, une mamie pimpante qui descend faire ses courses au village.

Ou encore, un sac en plastique dont on ne sait ce qu’il contient ni à qui il appartient, est passé au chauffeur par la vitre toujours grande ouverte. Quelques minutes plus tard le sac ressort et passe dans d’autres mains. Une commande peut-être ?

 

Il y a toujours quelqu’un pour nous indiquer que nous sommes arrivés à destination, le chauffeur lui-même ou un passager attentif qui a compris nos intentions. Les gens sont prévenants, attentifs.

 

C’est curieux, dans ces taxis, on se sent à la fois étrangers et intégrés à la population qui nous prend en charge pour un moment, comme si nous étions des leurs.

On se sent en sécurité bien que l’état des véhicules soit parfois limite ; les amortisseurs n’amortissent plus grand-chose, les sièges sont défoncés ; les ceintures sont totalement superflues, et c’est le klaxon qui régule les priorités ;  mais tout se passe bien…

 

Pour l’équivalent d’un Euro et vingt centimes, c’est un quart d’heure de vie locale concentrée ! C’est en tous cas toujours un bon moment garanti que de se déplacer en taxi collectif…

 

________________

 

 

19 Août 2016 - ça y est ! 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Nous avons décidé d’arracher l’ancre ! La chaîne, entourée d’algues est deux fois plus épaisse que d’origine, les cordages de la patte d’oie dégoulinent de filaments verdâtres, et quelques coquillages s’arrachent aux premiers tours d’hélice.

Dans ces eaux chaudes, la vitesse de la prolifération subaquatique est impressionnante.

 

 

L’idée est d’aller passer quelques moments sur un ilot voisin, Sandy island, type « fond d’écran » : une bande de sable blanc de 300 mètres de long avec quelques bouquets de cocotiers pour faire joli ; rien d’autre.

Tout autour : des fonds coralliens à explorer en palmes, masque, tuba 

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Nous avons prévu un ou deux autres mouillages "trank'île" à proximité immédiate de Carriacou pour les jours à venir.

 

Ensuite pendrons-nous la direction de Grenade, l’île principale ?

C’est probable…

 

 

Affaire à suivre !

2016 08 20 – Le cœur Grenadi-i-nes.

Partager cet article

Repost0

commentaires

jean-claude 23/08/2016 01:51

merci de votre blog que je suis avec attention.. j'ai passé dernièrement 3 mois à Carriacou(janvier à mars) sans comprendre ce qui me rendait si heureux.. c'est comme tu le dis ... mais faut surtout pas regretter le magret de canard sinon tu pourris ton escale... ce coin n'a presque pas changé depuis 20 ans..si ce n'est la quantité de bateaux... mais à terre on ne le voit pas!!
un autre endroit que j'ai beaucoup aimé juste à côté ..Frégate ou Ashton sur l'île d'union... tu vas faire l'entrée à pied à Clifton à l'aéroport..sont trés sympas!.. tranquillité assurée..
bonne continuation ..mais faire une halte à Halifax pour aller à Grenade sinon le sud est envahi ..mais reste joli.. et sympa
profitez bien.
amitiés marines
jean-claude habitant Saint Martin (en espérant vous voir une jour!)

Michel 23/08/2016 13:11

Merci pour ce petit mot et les infos. Nous sommes a Petite Martinique pour le moment. C est tout petit et là aussi le temps c est arrêté ! Bon vent. Au plaisir de se croiser. .Michel

Silvia 22/08/2016 20:29

Coucou je lis la suite de vos superbes aventures depuis Hendaye où le soleil est au rdv en buvant un vrai café, Du coup je vous dis "salud" a la votre!! grosses bises et bonne continuation !

Michel 23/08/2016 13:15

Salud Silvia et merci !
Ton mot nous a porté chance car hier nous avons trouvé 1 paquet de café. Il y en avait 1 seul sur l étagère d une épicerie, dans une ile minuscule... Totalement improbable et pourtant...
Merci, bises
Michel

Feeling Du Blog

  • : le blog de Ciao...
  • : Voyages au long cours... Voyages intérieurs ... Ou plutôt les deux ensemble ! A mon avis, il y a une sorte de parallèle entre nos cheminements terrestres (ou maritimes) et nos évolutions intérieures... Faut-il pour autant partir pour se trouver ?
  • Contact

Profil De L'auteur

  • Michel
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon... J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...

feeling du blog

A mi-chemin  

entre l'aventure concrète d'un terrien qui appréhende la vie sur un bateau, ouvre les pages d'un grand voyage

à travers le monde,  

et l'homme qui se regarde avec un peu de recul, déplie son rêve, l'observe, et tente d'exprimer

sa propre découverte...

 

Recherche

Nous sommes partis de Hendaye le Lundi 14 Juillet 2014

Liens