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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 22:37

Une escale qui commence bien, mais qui nous met à l’épreuve ensuite…

 

Fish ? Fish ?

A l’arrivée à San Nicolau, il fait un très beau temps, calme.

Nous n’avons pas encore terminé la manœuvre de mouillage qu’une barque s’approche.

Un jeune homme longiligne, noir comme la nuit, agite de grands bras sur ses rames, à risquer de se les nouer à chaque mouvement. Seul à bord de son embarcation, il interrompt régulièrement son effort pour brandir de loin un poisson à notre attention. Fish ? Fish ?

 

Notre interlocuteur comprend davantage à nos gestes qu’à nos paroles que nous n’avons pas besoin de son fameux « fish » pour le moment ; peut-être dans quelques jours, lorsque nous aurons terminé de déguster la dorade coryphène pêchée une heure plus tôt.

 

Après une bonne nuit de récupération, l’annexe mise à l’eau, nous nous dirigeons vers la plage.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

A notre approche un jeune garçon d’une dizaine d’années arrive les pieds dans l’eau, visiblement pour nous aider à accoster, puis à hisser l’annexe au sec.

 

Nous savons, pour l’avoir lu dans d’autres récits qu’il est là pour nous proposer de garder notre annexe, contre une modeste rétribution, pendant que nous irons dans le village.

A l’aide de quelques mots de portugais, nous tombons d’accord : nous revenons dans 2 heures et il garde l’annexe.

 

 

Dans la rue, deux adolescents nous abordent :

 

  • « Bonjour, vous êtes français ? Nous apprenons le français à l’école… »

 

Nous passons un moment agréable avec ces collégiens qui nous renseignent sur les lieux, et aussi sur leur mode de vie. Apparemment ils ne vont à l’école que par demi-journée, et encore ce n’est pas obligatoire.

 

 

Les informations circulent vite dans le village, et les jours suivants d’autres jeunes nous abordent en français. Chacun a un service à proposer.

 

Tous sont courtois, agréables, accueillants, mais attendent de nous un petit quelque chose ; ce n’est pas dit, mais çà se perçoit très fort.

 

Ils se disputeraient d’ailleurs assez facilement la garde de l’annexe.

Nous devons trancher, Vani était le premier, c’est lui qui garde l’annexe…

Et d'ailleurs il le fait consciencieusement

Et d'ailleurs il le fait consciencieusement

Nous avons compris qu’il était préférable de les rétribuer par le don d’objets, tels que stylos, cahiers, ou un paquet de gâteaux, plutôt que de l’argent.

 

Ceci nous a été confirmé plus tard par un adulte ; si les enfants gagnent de l’argent de cette façon, ils ne vont plus à l’école et préfèrent guetter les touristes qui passent par là.

 

Les jours suivants, à chacune de nos descentes à terre, le petit comité d’accueil s’enrichit de nouvelles têtes aux regards plus ou moins malicieux…

C’est bon-enfant, mais quand même très présent.

 

Ils proposent de nous accompagner ici ou là ; nous jouons le jeu en gérant à la fois une sincère ouverture et une petite distance, ce qui semble nécessaire.

 

Nous leur donnons quelques livres en français.

La distribution de stylos va bon train, ils en sont friands, heureusement nous en avions fait une petite réserve (merci à Ivan et Patricia pour l’info)

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Un jeune adulte francophone se propose comme guide pour visiter l’île, notamment les versants escarpés du côté Nord que nous avons aperçus en arrivant ; pourquoi pas, nous convenons avec lui, de nous organiser cette sortie le Jeudi 14.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Entre temps, nous visitons ce que nous appelons « le village » et qui pour eux est une grande ville ; au premier regard, tout semble mi-construit, mi-démoli.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal
2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal
2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

En réalité, c’est mi-construit ; des projets immobiliers sont nés un peu partout, et les chantiers sont interrompus après le gros œuvre. Manque de moyens.

 

Certains bâtiments, qui ont eu la chance d’être pratiquement terminés, sont occupés par des familles, en dépit de leur aspect « brut de maçonnerie ».

Les voies de communications ne sont pas finalisées. Des poules se baladent en liberté. C’est quand-même assez chaotique.

 

 

A l’autre bout du village, un ensemble hôtelier est construit depuis 8 ans ; des lignes inesthétiques de studios, les pieds dans l’eau et le dos à la roche, au milieu de nulle part ; le complexe, pas vraiment achevé, ne fonctionne pas ; on a envie d’ajouter : « forcément ! ».

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Cette île tente vraisemblablement d’attirer le touriste.

Est-ce faute de moyens ou de professionnalisme en la matière ? Force est de constater qu’elle n’y parvient pas encore.

Est-ce un bien ? Est-ce un mal ?

 

Dans les commerces, nous trouvons tous les produits de base sans difficulté. Conversion monétaire effectuée, ils sont sensiblement aux prix que nous connaissions aux Canaries, soit un peu plus bas qu’en France.

 

Sur le trottoir extérieur, devant le magasin d’alimentation, notre regard s’arrête sur de gros sacs de 25 kg ; c’est du riz importé de Thaïlande.

 

Nous échangeons quelques mots avec un capverdien parlant très bien notre langue pour être marié à une française. Il nous indique entre autres que le pouvoir d’achat est faible ici. Leur salaire quand ils en ont un, est de l’ordre de 2 Euros de l’heure.

Plus tard nous lisons sur un site internet bien documenté, qu’un maçon gagne l’équivalent de 15 euros par jour, et qu’une femme de ménage perçoit environ 100 Euros par mois.

 

Nous comprenons facilement que nous sommes sollicités.

 

Au petit marché, nous trouvons des jolis légumes « du jardin ». Non calibrés, des vrais légumes, avec de la terre aux racines, et des formes naturelles. La poche se garnit de carottes, poivrons, tomates, salades, chou… Très classique en fait.

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

Mercredi soir nos sacs sont prêts pour la ballade dans l’île, notre casse-croûte aussi, nous avons rendez-vous avec notre « guide » vers 9 heures le lendemain.

 

C’est sans compter une « animation nocturne » qui va contrarier nos projets…

 

Au milieu de la nuit l’alarme du baromètre se déclenche, la pression est en chute libre et le vent se lève de manière inquiétante. Tout le monde sur le pont ! Tout va très vite.

Plus de 30 Nœuds en quelques minutes, avec des rafales très violentes.

 

Un voilier à la dérive passe à côté de nous, il file avec sa ligne de mouillage qui n’accroche plus. J’appelle, je siffle, j’éclaire les hublots, rien à faire, ses occupants dorment encore. Le bateau s’éloigne vers le large ; ce n’est pas trop grave, ils finiront bien par réaliser.

 

Au même moment je vois sur l’avant un catamaran de 15 mètres arriver sur nous. 

A peine le temps d’attraper la torche que je venais de poser, qu’un gros boum secoue Agur. Impact à l’avant. (gros gros mots !)

 

Ce gros pataud, placé latéralement par le vent, pousse autant qu’il le peut sur les étraves d’Agur ; ils sont nombreux sur le pont, et tous éberlués, des mains tentent d’écarter les coques, ça force, ça craque.

 

Ce sont des allemands, et c’est un catamaran de location ; visiblement les gens à bord n’ont pas bien le bateau en mains.

Je leur hurle de démarrer les moteurs.

Le skipper met la sauce mais il se trompe de côté ; je le vois à deux doigts de nous embarquer la patte d’oie avec son hélice.

Cette fois je hurle un « STOOOP !! » qui est valable dans toutes les langues (comme dirait Hélen, la fille de Syl). Il finit par se dégager en utilisant le moteur opposé.

Il a fait chaud sur ce coup là.

 

Pas de dégât sur Agur, les étraves sont robustes. C’est un catamaran basque, il a la tête dure !

Par contre l’autre catamaran présente une déchirure de la coque sur une cinquantaine de centimètres  sous le bordé…

 

Pendant cette petite lutte, circonstance étonnante, le vent s’inverse avec la même violence. Il nous emmène alors vers la plage ; notre ancre qui a bougé d’une cinquantaine de mètres suite aux efforts des deux catamarans ensemble se raccroche. Nous surveillons. Plus rien ne bouge.

Le bateau qui s’en était allé à la dérive au large revient.

 

Le vent se calme, puis le même scénario se reproduit deux heures plus tard, une demi-heure dans un sens, une demi-heure dans l’autre ; sans conséquence, chacun ayant anticipé et étant prêt à intervenir.

 

Le jour se lève sous un ciel tourmenté, Nous annulons notre sortie à terre pour la visite de l’île, quitte à la reprogrammer un autre jour ; nous préférons rester sur le bateau au cas où…

 

Dans la journée, à la faveur d’autres montées subites du vent, nous observons nos différents voisins manœuvrer et repositionner plusieurs fois leur ancre qui dérape. Nous sommes à la fois satisfaits et étonnés que notre mouillage reste bien en place.

Les repères pris sur le rivage sont fixes, mais notre confiance s’altère fortement.

 

 

La plage est battue par de gros rouleaux. Débarquer est dorénavant inenvisageable.

Tant pis pour la visite de l’île, nous sommes frustrés, mais nous décidons de quitter San Nicolau dès le lendemain, car rien ne laisse supposer le retour d’un temps stable, et il nous est impossible d’envisager de quitter le bateau une journée sachant qu’il n’est pas en sécurité.

 

Nous allons donc rejoindre Mindelo, capitale de l’île de Sao Vicente, plus tôt que prévu.

 

 

Comme pour nous conforter dans cette décision, la nuit suivante nous réserve, elle aussi, son lot de surprises.

 

 

D’abord, un orage éclate en début de nuit « c’est la mise en bouche ». Violentes déflagrations en même temps que les éclairs ; il est juste au dessus. Très peu de pluie ; ça claque très fort, le son est amplifié par le relief. Pas rassurant tout ça… Il s’éloigne doucement.

Nous essayons de dormir un peu.

 

Vers 3 heures du matin : alarme du baromètre ; ce doit être la dixième en deux jours ; encore de très fortes rafales ; après une surveillance de deux heures, le temps se calme, et je suis de retour à la couchette.

 

Plus tard, dans un demi-sommeil dû aux circonstances, j’entends à nouveau le vent. Il est continu, sans rafale, pas trop fort, 15 à 20 Nœuds, le bateau tangue. Je ne sais pas ce qui me motive vraiment, mais quand le doute est là, le sommeil n’a pas sa place.

Je me décide à bouger, et je sors dans le cockpit.

 

Là, mes yeux ne s’ouvrent pas assez grands pour capter la réalité. Nous ne sommes plus à notre place, la plage est toute proche derrière nous, à moins de 50 mètres. Les vagues gonflent sous le bateau et de gros rouleaux se brisent tout près. A chaque ondulation, nous sommes en train de glisser doucement mais incontestablement vers eux.

Démarrage des moteurs, nous nous sortons de là en trente secondes, et nous repositionnons notre mouillage bien plus loin, en « sécurité ».

 

L’autre catamaran à une centaine de mètres de nous, est éclairé ; il manœuvre aussi.

 

Il était temps de réaliser, il ne restait que 3,90 m sous le bateau, alors que nous avions mouillé par 10 mètres de fond.

Deuxième coup de chaud en deux jours.

 

 

Nous en concluons que les fonds de cette baie de Porto Tarrafal, ne sont pas de bonne qualité ; ils sont trompeurs ; sable mou et quelques roches, parfois ça glisse, parfois ça accroche très bien et si le vent tourne çà glisse à nouveau ; c’est sournois et imprévisible…

Donc, mouillage à pratiquer par temps calme, ou si les alizés sont bien établis et portent au large en cas de dérapage.

 

Au lever du jour nous sommes consternés de voir un monocoque de voyage couché sur la plage, balayé par les vagues. Un attroupement s’est formé en face. C’est l’un des seuls bateaux qui n’avait pas bougé pendant les coups de vent précédents…

A peu de chose près nous lui tenions compagnie sur les galets…

 

Au réflexe d’aller proposer notre aide, nous opposons une réflexion qui nous convainc que seule une tentative de remise à flot à la marée suivante, et un remorquage sont susceptibles d’apporter une première réponse à cette situation.

De toute évidence notre catamaran ne dispose pas de la puissance, ni des équipements suffisants pour cette manœuvre.

Les naufragés trouveront vraisemblablement la ressource nécessaire parmi les plus gros bateaux de pêche présents sur place. Il y a vingt à trente personnes autour du bateau, ils ne manqueront pas de bras.

 

Nous conservons donc notre décision de partir.

 

Nous quittons San Nicolau vers 07 heures 30, jetant des regards derrière nous, tant sur la coque rouge de ce voilier en mauvaise posture, que sur cette île dont nous n’aurons pratiquement rien vu.

 

Saint Nicolas, tu m’as fait rêver, je te conserve en rêves… Et d’ailleurs, si ma mémoire d’enfant est bonne, il était aussi question, à l’époque, de son indissociable compère le « Père Fouettard »… J’étais sur le point de l’oublier !

 

Nous sommes arrivés Vendredi 15 à Mindelo sur Sao Vicente ; c’est la dernière escale avant la traversée toute proche maintenant.

 

Ici l’ancre croche ferme et la baie est très bien abritée. Ouf

2016 01 17 - Sao Nicolau, Porto Tarrafal

De prochaines news avant le Départ !

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commentaires

Marido GRAVELINES 18/01/2016 17:35

Ola ... et bien dites donc ; les alizés font des leurs !!!
bizarre cette météo qui change de cap aussi rapidement....pas très fiable tout ça....vous l'avez échappé belle... tout est bien qui fini bien... bon vent pour la suite..

Nanou 18/01/2016 10:53

Wawou.... quel récit qui fait froid dans le dos ! Bon réflexes, et là on voit que sans expérience la situation peut définitivement amené à des complications irréversibles.
Votre sens de l observation, le feeling et le reste cous ont fait sortir de cette passe difficile.
Prenez soin de vous. Bisous

Michel 18/01/2016 21:16

D'après ce que j'en lis ici ou là, des bateaux qui dérapent c'est assez fréquent (surtout ceux de location). Parfois l'un entraîne l'ancre du voisin, et les deux vont à la plage. Va falloir s'habituer à les esquiver. Bisous à tous les deux.

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  • Je suis né dans un petit village du Nord de la France ; 1/2 siècle plus tard, je me réveillais tous les matins avec l'envie d'aller voir de l'autre côté de l'horizon...
J'ai rencontré Syl, et ensemble nous prenons le départ en 2014...
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